Années Nombre de broches

1865................ 265,321

1866................ 403,624

1867................ 470,360

1868................ 537,416

1869................ 540,614

1870................ 544,606

1871................ 730,183

1872................1,094,702

1873................1,212,694

1874................1,258,508

1875................1,269,048

1876................1,274,265

1877................1,284,701

Le premier juillet 1875 Fall River comptait 43 filatures de coton

d'une capacité de 1,269,048 broches et 29,865 métiers. Cinq nouvelles

filatures érigées depuis, augmenteront probablement ces chiffres d'un

dixième. Fall River produit maintenant près des deux tiers des tissus

à indienne fabriqués dans les États-Unis, comme on peut le voir par

le tableau suivant qui est officiel:

Production totale des États-Unis 588,000,000 yds

" de la Nouvelle Angleterre 481,000,000

" de Fall River, 343,475,000

Ces chiffres datent de 1875, et comme il a été dit plus haut, il

faudrait y ajouter à peu près un dixième pour rendre justice aux

capacités productives de Fall River, au premier janvier 1878. Le

nombre des compagnies industrielles incorporées est de 33; les

capitaux versés sont de $15,735,000; le nombre des métiers est de

30,577; le nombre de balles de coton fabriqué annuellement est de

139,175; les personnes employées dans les filatures sont au nombre de

15,270; et le montant des salaires mensuels des employés varie entre

$450,000 et $500,000.

La plupart de ces chiffres sont empruntés au rapport officiel de 1875

et l'accroissement merveilleux du commerce et de l'industrie de Fall

River, depuis quelques années, font prévoir une augmentation

considérable pour l'avenir.

Fall River compte en outre: une filature de laine, un immense

établissement pour le blanchissage des cotons écrus et deux

imprimeries à indienne qui sont des merveilles de mécanisme

perfectionné et de génie industriel, et une immense usine connue sous

le nom de «Fall River Iron Works.» L'évaluation totale du bureau des

assesseurs pour l'année 1875, porte à $51,401,467 la valeur des

propriétés soumises aux contributions municipales et à $763, 464.37

le montant des impôts perçus pendant l'année.

Les voies de communication par terre et par mer sont abondantes,

et de nombreuses lignes de chemins de fer et de bateaux à vapeur,

offrent toutes les facilités désirables au commerce et à l'industrie.

L'accroissement rapide de Fall River pendant les cinq dernières

années a été un sujet d'étonnement pour le monde industriel, et

spécialement pour ceux qui ont assisté comme témoins aux efforts

énergiques de ses citoyens entreprenants.

Un grand nombre de banques fournissent les facilités nécessaires pour

les transactions commerciales, et deux journaux quotidiens et cinq

journaux hebdomadaires distribuent chaque jour et chaque semaine,

parmi toutes les classes de la société, des nouvelles du monde

entier. On a remarqué avec raison que plus de 14,000 personnes

employées dans les filatures, étaient inscrites dans les livres de

caisses d'épargne; ce qui est une preuve non équivoque de l'esprit

d'économie de la population ouvrière de Fall River.

La population de la ville, comme il a été dit plus haut, est

généralement estimée à 50,000 habitants, parmi lesquels on compte

environ 6,000 Canadiens d'origine française. L'arrivée des premières

familles canadiennes à Fall River, date de 1868 et dès l'année

suivante, l'évêque du diocèse de Providence, Rhode-Island, envoyait

un prêtre français pour organiser la paroisse de Sainte-Anne des

Canadiens. Grâce à l'énergie et à l'esprit de sacrifice du nouveau

pasteur, une église fut érigée immédiatement et les émigrés purent

remplir leurs devoirs religieux avec la même facilité qu'au Canada.

Le mouvement d'émigration continuait toujours dans des proportions

étonnantes et trois ans plus tard, il fut jugé nécessaire d'agrandir

le nouveau temple pour faire place aux fidèles qui s'affluaient à

Fall River de toutes les parties du Canada. On compte actuellement

deux paroisses catholiques consacrées spécialement au service des

Canadiens. L'une, la plus considérable, se compose de tous les

Canadiens habitant la ville de Fall River proprement dite, et elle

est connue sous le nom de «paroisse de Sainte-Anne des Canadiens».

L'autre, de moindre importance, sous le titre de «paroisse de

Notre-Dame-de-Lourdes» comprend toutes les personnes professant la

religion catholique, sans distinction de nationalités, et habitant le

faubourg connu sous le nom de «Flint village». Quelques protestants

d'origine française se sont réunis pour former une congrégation et se

procurer les services d'un pasteur de leur culte, mais leur nombre

est relativement restreint.

Des écoles françaises ont été fondées, à différentes reprises, avec

plus ou moins de succès, quoique le système d'éducation gratuite et

obligatoire des écoles publiques ait toujours été un obstacle sérieux

au progrès de ces établissements; si l'on en excepte, cependant, les

écoles de filles organisées par des religieuses canadiennes qui

paraissent avoir assez bien réussi. Plusieurs sociétés nationales ont

été organisées à différentes époques et quelques unes fonctionnent

aujourd'hui avec assez de régularité, quoique ces associations, en

général, aient eu une existence assez précaire en raison des

changements importants qui se font chaque année dans les rangs de la

colonie française de Fall River. Plusieurs jeunes Canadiens, depuis

leur arrivée aux États-Unis, se sont lancés dans la voie difficile

des professions libérales, et quelques uns d'entre eux ont réussi à

se faire de bonnes clientèles comme avocats, notaires, médecins,

journalistes, artistes, etc. Toutes les branches de commerce se

trouvent aussi représentées par des négociants canadiens qui ont

établi des magasins pour la vente des marchandises de toutes sortes,

et quelques-uns de ces établissements sont remarqués pour

l'exactitude du service et l'élégance et la richesse de leurs fonds

d'assortiment. Le commerce des provisions, des nouveautés et des

épiceries a particulièrement pris des proportions étonnantes et

quelques marchands canadiens ont réussi à se faire une belle

clientèle américaine en dehors du commerce canadien dont ils ont le

monopole. Quelques autres négociants font avec succès l'importation

des céréales, des foins, du beurre et des pommes de terre du Canada,

et un Commerce actif s'est établi depuis quelques années entre

Montréal, Québec, Saint-Hyacinthe et Sherbrooke et tous les centres

industriels de la Nouvelle-Angleterre où les Canadiens se sont

établis.

Sous le rapport du travail, les familles entières, comme règle

générale, entrent dans les filatures de coton. Hommes, femmes et

enfants obtiennent des emplois plus ou moins lucratifs, quoiqu'il y

ait exception pour les artisans qui ont un métier qui leur permet de

commander des salaires plus élevés dans leur spécialité. Mais ces

derniers sont forcés de faire la part des temps de chômage; ce qui

fait, que même en travaillant pour des appointements comparativement

modiques, les personnes employées dans les filatures peuvent quelques

fois gagner tout autant que les hommes de métier. Quelques jeunes

Canadiens occupent maintenant des positions responsables comme chefs

d'ateliers et contremaîtres dans les manufactures, et l'ouvrier

d'origine française, en général, est recherché pour sa fidélité, son

assiduité au travail et sa sobriété. Comme classe ouvrière, les

Canadiens occupent une position que l'on pourrait comparer avec

avantage à celle de leurs compagnons de races irlandaise, anglaise et

écossaise, qui forment avec eux la presque totalité des employés des

filatures de coton, à Fall River.

L'émigration canadienne ne s'étant portée vers Fall River que depuis

neuf ou dix ans, aucun Canadien n'a encore pu acquérir ce qu'on

appelle de la fortune, quoique plusieurs d'entre eux occupent des

positions qui les mettent à l'abri du besoin. Le plus grand nombre de

ces derniers ont cru devoir prendre leurs lettres de naturalisation

afin de protéger leurs propriétés contre les éventualités d'une mort

soudaine: ce qui rendrait leur succession assez difficile à régler.

Une loi de l'état du Massachusetts assigne aux enfants nés aux

États-Unis, toutes les propriétés mobilières ou immobilières qui

pourraient être laissées sans dispositions testamentaires, au

détriment de la veuve et des enfants nés au Canada, si le père n'a

pas été naturalisé américain. L'influence politique que possède la

population canadienne est relativement insignifiante, quoique le

nombre des électeurs aille en augmentant, chaque année, dans une

proportion qui fait prévoir qu'avant longtemps, les citoyens

d'origine franco-canadienne pourront prendre la part qui leur

revient, à la gestion des affaires publiques.

Somme toute, la position matérielle sociale, religieuse et politique

de la population canadienne de Fall River, sans être aussi brillante

qu'il serait peut-être permis de l'espérer, est loin d'être aussi

misérable que l'on a bien voulu l'affirmer dans les rangs d'une

certaine presse, aux États-Unis et au Canada. On a parlé de faim et

de misère, et l'on est même allé jusqu'à dire que la seule raison qui

retenait les Canadiens à l'étranger, se trouvait dans le fait qu'ils

étaient, en général, trop pauvres pour payer leurs frais de retour au

pays. Ces assertions ont été faites par des écrivains qui devaient

être payés pour mentir ou qui avaient été trompés grossièrement par

des rapports fantaisistes. Quand on répète, au Canada, que la misère

règne aux États-Unis parmi les émigrés, on se trompe d'une manière

étrange. Relativement au nombre de la population et au nombre des

émigrants qui arrivent le plus souvent sans les moyens de pourvoir

à leurs premiers besoins, il n'existe pas un pays au monde où

l'indigence et la mendicité soient plus rares que dans la

Nouvelle-Angleterre. La statistique est là pour le prouver, et les

chiffres, avec leur concision mathématique, en disent plus long que

tous les articles des journaux qui paraissent avoir pour mission de

décrier les institutions américaines et de calomnier le peuple qui

accorde l'hospitalité la plus franche et la plus cordiale, à tous

ceux qui désirent marcher dans la voie honorable du travail, du

progrès et de la civilisation.

V

Jeanne la Fileuse: Épisode de l'Émigration Franco-Canadienne aux États-Unis · 第 44 / 64 题