MONSIEUR,

Je reçois de France, l'ordre de vous faire parvenir au nom de M. le

comte de Kénardieuc, capitaine de frégate au service de Sa Majesté,

une traite de vingt mille francs, payable à vue, chez Maître Larue,

notaire, rue Notre-Dame, à Montréal. M. le Comte me prie en même

temps de me faire, auprès de vous, l'interprète de sa reconnaissance

pour le service signalé que vous lui avez rendu, en lui faisant

parvenir des nouvelles d'un frère, M. le vicomte de Kénardieuc, qu'il

croyait mort depuis bien des années. La dernière volonté de ce pauvre

missionnaire du Nord-Ouest que vous m'avez transmise d'une manière si

fidèle, n'était autre chose qu'un testament en règle, sur lequel

était porté un legs de dix mille francs pour celui qui délivrerait à

Montréal, entre mes mains, les documents en question. M. le Comte

vous prie d'accepter le double de cette somme, en mémoire de la peine

que vous avez prise pour lui faire connaître les circonstances de la

mort de son frère bien aimé qui avait fait le sacrifice d'un grand

nom et d'une belle fortune, pour se dévouer au salut des sauvages du

Nouveau-Monde.

Permettez-moi, monsieur, de vous féliciter sur la récompense méritée

que reçoit aujourd'hui la bonne action que vous faisiez alors avec un

coeur noble et désintéressé.

Croyez monsieur, etc., etc.,

Jeanne la Fileuse: Épisode de l'Émigration Franco-Canadienne aux États-Unis · 第 27 / 64 题