Pierre Gassend, connu sous le nom de Gassendi, mérite une première place
dans le rang des philosophes: Antiquaire, historien, biographe,
physicien, naturaliste, astronome, géomètre, anatomiste, prédicateur,
métaphysicien, helléniste, dialecticien, écrivain élégant, érudit, et
critique consommé, il a parcouru le cercle des sciences et des arts, à
l'époque de leur renaissance encore indécise. Gassendi naquit au village
de Chantersier, près de Digne en Provence, le 22 janvier 1592. Ses
parents n'étaient pas riches, mais remarquant les heureuses dispositions
de leur enfant, ils voulurent qu'une bonne éducation les développât. Ce
fut un des enfants les plus précoces qu'on ait connus: à quatorze ans il
débitait de mémoire de petits sermons et se dérobait pendant la nuit à
la surveillance de ses parents pour observer les astres. A dix ans il
harangua l'évêque de Digne, Antoine de Boulogne, qui faisait sa visite
pastorale dans le pays. Celui-ci émerveillé prédit à l'enfant qu'il
serait un jour un homme célèbre. Gassendi recevait alors des leçons du
curé de son village, puis il allait étudier seul à la lueur de la lampe
de l'église. Il apprit la rhétorique à Digne et il étudia la philosophie
à Aix. A seize ans il obtint la chaire de rhétorique à Digne, puis,
comme il se destinait à l'état ecclésiastique, il retourna à Aix
apprendre la théologie; il prit le bonnet de docteur à Avignon et fut
nommé prévôt du chapitre de cette ville. A vingt et un ans il obtint à
la fois la chaire de théologie et de philosophie.
Ses lectures favorites étaient Sénèque, Cicéron, Plutarque, Juvénal,
Horace, Lucien, Juste Lipse, Érasme; ses loisirs étaient souvent
employés à des travaux anatomiques et astronomiques. Pourvu d'un
bénéfice à la cathédrale de Digne, Gassendi donna en 1623 la démission
de sa chaire pour se livrer avec plus de liberté à ses travaux
scientifiques. Dès l'année suivante, il publia les deux premiers livres
de ses _Exercitationes paradoxica_, _adversus Aristotelem_, qui firent
beaucoup de bruit; à la suite de cette publication il alla à Paris,
voyagea dans les Pays-Bas et la Hollande, se lia avec plusieurs savants,
visita les établissements scientifiques et consulta les bibliothèques.
Il fit à Marseille, en 1636, plusieurs grandes observations
astronomiques et rectifia quelques erreurs des anciens.--Il fut
longtemps protégé par le comte d'Alais Louis de Valois, depuis duc
d'Angoulême.
On pensa un instant à lui pour l'éducation de Louis XIV; en 1646, il fut
nommé lecteur de mathématiques au collège de France, par les soins de
l'archevêque de Lyon, frère du cardinal de Richelieu: mais il n'obtint
jamais la faveur de ce premier ministre. La reine Christine de Suède fut
en correspondance avec Gassendi qui lui écrivit une fort belle lettre
sur son abdication; Frédéric III, roi de Danemark, deux papes, plusieurs
princes français, le cardinal de Retz et la grande Mademoiselle
témoignèrent une très-vive estime à Gassendi.
Son cours au collège de France lui attirait une affluence nombreuse
d'auditeurs; il mit en honneur l'étude de l'astronomie négligée
jusque-là. L'enseignement fatigua sa poitrine, et, après avoir langui et
souffert quelque temps, il mourut le 14 octobre 1655, des suites d'une
saignée mal appliquée qui lui fut faite. Gassendi fut en relation avec
Galilée et le consola durant sa captivité par des lettres pleines d'une
philosophie élevée. Il partageait l'opinion du philosophe italien sur le
mouvement de la terre. Il entretint aussi une correspondance avec Kleper
et les plus fameux astronomes de son siècle; il fut en relation avec
Campanella, Hobbes, le père Mersenne, Descartes, Deodati, Naudé, Pascal
et Cassini, jeunes encore, Roberval, etc. Molière et Bachaumont furent
ses disciples.
Il serait trop long de donner ici la liste des nombreux ouvrages
scientifiques de Gassendi, tous écrits en latin. Gassendi a les plus
beaux titres à la gloire; il fut comme Galilée et comme Torricelli un
des précurseurs de Newton.