L’Heure du Mahdi

Le mot de la fin...

Notre lendemain seul le connaîtra.

Ce soir, notre mémoire rythme la dernière strophe d’un chant de Gœthe.

«_Et puisque derrière chaque chant du poète, nous exigeons qu’une

moralité gravement chemine, je veux aussi selon cette voie

traditionnelle vous avouer ce que ces vers démontrent: En le chemin de

la vie nous faisons plus d’un faux pas, et pourtant dans ce monde

insensé, il est deux leviers bien puissants sur les actions humaines: à

coup sûr le Devoir,--mais encore plus, l’Amour!..._»

Noura, alors que tu sombres avec l’effroi de ton erreur, dans le

naufrage de ta volonté, voici naître pour toi un amour qui te sauve,

voici pour ton front l’épaule du Mahdi...

Tu avais su te faire un devoir; tu l’avais déifié. Les épreuves

tragiques te firent douter de sa sublimité et tu devenais telle une

épave errante, une âme sans dieu. Le Messie paraît qui te rend une

croyance.

Pour nous, si nous n’approuvons pas le devoir et les dieux de notre

prochain, si nous n’aimons pas votre zèle, nous voulons cependant nous

incliner devant tout autel qu’érigèrent la sincérité et le noble désir

du mieux.

C’est pourquoi nous n’aurons point de blâme pour toi, Mahdi,

annonciateur d’un autre matin, pour toi, Noura, crucifiée moralement à

cause de ta doctrine, toi qui vas ressusciter pour une mission encore.

* * * * *

Dans l’ombre de la maison où passent des revenantes aux longs yeux, aux

petites mains brunes et tatouées, Noura murmure:

--Grâce pour moi, ô mes mortes et mes vivantes. O mes Endormies, si je

vous réveille pour la souffrance, grâce, car c’est aussi pour un bonheur

possible dans l’avenir. Les premiers convertis sont lapidés. Ceux qui

suivent n’endurent que des paroles; puis, tout le peuple connaît la

vérité; la joie vient pour tous avec la lumière. Grâce pour tous les

efforts qui appelleront la clarté.

* * * * *

Dans la ruelle musulmane bruit l’écho des pas du Mahdi...

* * * * *

Claude Hervis, au désert, fleurit de dahnouns et de zeïtas le blond

sépulcre de Mouni!

Le mot de la fin... Notre lendemain seul le connaîtra. Et nous préférons

ne pas l’entendre, nous qui portons le poids secret, les encens

savoureux et la volupté d’une âme ancienne. S’il te plaît, ô Destin,

quand parleront les lointains avenirs, nous serons les morts d’un autre

passé.

Les endormies · 第 23 / 26 题