L'empereur, M. l'intendant-général, me charge de vous écrire que vous
m'envoyiez le plus tôt possible,
1º L'état de situation de l'armée d'après les revues passées par les
inspecteurs aux revues à la date du 1er octobre;
2º L'état de situation de l'habillement de l'armée, afin que l'empereur
puisse fixer l'état de ses magasins. Sa Majesté sait qu'il y a à Dantzig
plus de cent vingt mille paires de souliers, et ces souliers pourriront.
Au reste, il ne faut prendre aucune détermination jusqu'à ce que je
connaisse la décision de l'empereur.
Je dois vous rappeler que les magasins ne sauraient être trop bien
approvisionnés à Stetein, parce que cette place tient à la Poméranie
suédoise, que nous conserverons jusqu'à la paix maritime.
Quant à l'argent, il est indispensable que les fonds soient faits et
préparés pour tout 1807, car il est vraisemblable que l'armée achèvera
de passer l'année en Allemagne. Il faut non-seulement assurer la solde
du corps du maréchal Davoust pour 1807, mais encore pour les trois
premiers mois de 1808.
En général, de préférence à tout, assurez la solde de l'armée, ainsi
qu'il est dit ci-dessus, dans la caisse du payeur-général et de ses
proposés.
Envoyez-moi un état de caisse qui me fasse connaître toutes les recettes
faites depuis le 1er novembre et ce qui reste à recouvrer; un autre
état de tout ce que peut avoir produit la grande armée en argent, et où
se trouvent les différentes sommes, enfin un troisième qui indique ce
qu'elle a produit en denrées ou effets, ce qui a été employé, ce qui
reste et où sont les magasins. Par là l'empereur sera à même de
connaître où sont les fonds et les magasins, car aujourd'hui Sa Majesté
trouve tout cela si confus, qu'elle ne peut faire aucune disposition. Il
ne faut pas, dans ces états, entrer dans de petits détails, et quand
vous les aurez établis, au 1er novembre, l'empereur désire que tous
les dix jours vous m'en envoyiez de nouveaux qui fassent connaître la
situation des magasins et des caisses, d'après les mutations ou emploi
pendant les dix jours.
Instruisez-moi de ce qui peut être dû à l'armée pour 1806 et 1807.
Tâchez de ne rien omettre.
L'empereur a dû vous écrire directement pour le traité que vous aurez à
faire à l'égard des cent cinquante millions; mais Sa Majesté croirait
n'avoir rien si les effets devaient passer l'armée, car le commerce du
pays n'a point les moyens nécessaires pour les acquitter. En pressant le
gouvernement prussien et en tenant bon, l'empereur ne doute pas qu'il
ne paye, et il peut le faire s'il est quelques années sans armée.
L'empereur vous autorise à faire rentrer les auditeurs dont vous n'avez
plus besoin; mais Sa Majesté vous recommande d'envoyer des inspecteurs
aux revues pour bien établir l'effectif de l'armée, et pour faire rayer
des contrôles ceux dont on n'a point de nouvelles, et qui doivent être
rayés d'après les lois; car, en comparant les états de l'effectif avec
le présent sous les armes et les détachés dont on a connaissance, on
trouve une différence de quarante mille hommes, lesquels doivent être ou
des hommes morts, ou désertés à l'ennemi ou à l'intérieur, qu'il faut
rayer des contrôles.
L'intention de l'empereur est que vous établissiez l'administration de
la Poméranie suédoise, de l'île Rugen, etc., que vous y frappiez une
contribution de guerre dans la proportion de celle imposée aux autres
pays; faites-moi connaître le nombre des troupes que l'on peut y laisser
pour bien y vivre.
Fontainebleau, le 30 décembre 1807.