À M. LE MARÉCHAL COMTE DE KALKREUTH.

Je vous préviens, M. le maréchal, que je suis chargé d'entrer avec vous

dans quelques explications sur l'exécution du traité de paix entre sa

majesté l'empereur et sa majesté le roi de Prusse; elles n'ont pour but

que de lever toute incertitude et de prévenir toute discussion qui

pourrait retarder l'évacuation de la Prusse.

Les articles 16, 25 et 26 doivent avoir reçu leur entière exécution

avant l'évacuation des provinces prussiennes; en conséquence, les

troupes françaises ne quitteront le pays, entre l'Oder et la Vistule,

que lorsque:

1º La convention qui, au terme de l'article 16, doit avoir lieu pour la

fixation d'une route de communication entre le royaume de Saxe et le

duché de Varsovie, aura été conclue avec M. le maréchal Soult, qui a

reçu des plénipotentiaires à cet effet.

Je dois vous observer, relativement à cet article du traité de paix, que

le terme de route militaire qui y est employé ne peut s'entendre

exclusivement du passage de troupes, et que les communications

commerciales entre le royaume de Saxe et le duché de Varsovie doivent

être libres de manière à ce que les productions agricoles et

manufacturières de la Saxe et du duché de Varsovie puissent y être

voiturées sans être assujéties à d'autres droits qui seront

indispensables pour l'entretien de cette route, stipulant d'ailleurs les

précautions convenables pour empêcher la contrebande.

Il serait à désirer que sa majesté le roi de Prusse consentît à ce que

les relations commerciales s'établissent entre la Saxe et le duché de

Varsovie par les principales villes de la Silésie. Les objets

transportés par ces routes seraient assujétis à un droit de transit qui

ne pourrait excéder celui qu'on perçoit en Saxe pour les objets de même

nature. Cette convention présenterait des avantages réciproques, et

serait un heureux présage pour l'avenir.

2º Les papiers, titres et documens, cartes et plans relatifs au duché de

Varsovie auront été remis.

3º Les fonds capitaux et valeurs quelconques, pris par sa majesté le roi

de Prusse dans le duché de Varsovie, auront été restitués.

4º Toutes les contributions, tant ordinaires qu'extraordinaires, qui

peuvent encore être dues par les Prussiens à l'est de la Poméranie et de

la Nouvelle-Marche, auront été acquittées, ou du moins il aura été

donné pour ces paiemens des sûretés trouvées suffisantes par M.

l'intendant-général de l'armée.

Quant à l'évacuation de la Silésie et des provinces à la gauche de

l'Oder, elle ne doit avoir lieu qu'après,

1º La remise de tous les papiers, documens, cartes et plans appartenant

aux provinces cédées par sa majesté le roi de Prusse à la gauche de

l'Elbe;

2º La restitution des fonds, capitaux et valeurs quelconques qui

auraient été pris par sa majesté le roi de Prusse, et qui doivent être

restitués;

3º Le paiement de toutes les contributions, tant ordinaires

qu'extraordinaires, qui peuvent encore être dues par la Silésie, la

Poméranie, la Nouvelle-Marche et les autres provinces prussiennes

situées entre l'Elbe et l'Oder, ou la remise des sûretés trouvées

suffisantes par M. l'intendant-général, le tout conformément aux

stipulations antérieures.

L'article 2 du traité de paix met la nouvelle Silésie au nombre des pays

qui doivent être rendus au roi de Prusse. Lorsqu'on s'est servi de cette

dénomination, les négociateurs français ignoraient que des provinces

polonaises avaient été réunies à la nouvelle Silésie. L'ensemble du

traité, et surtout l'article 13, qui porte que, de toutes les provinces

ayant appartenu au ci-devant royaume de Pologne antérieurement au 1er

janvier 1792, le roi de Prusse ne doit conserver que l'Ermeland, les

pays à l'ouest de la vieille Prusse, à l'est de la Poméranie et de la

Nouvelle-Marche, au nord du cercle de Culm, de Bromberg et de la

chaussée allant de Schneidemüchz à Driesen, avec la ville et citadelle

de Grandenz, et trois villages qui se trouvent dans le voisinage, ne

laissent aucune incertitude sur le véritable sens de l'article 2 du même

traité. Il ne doit donc être restitué à la Prusse de la nouvelle Silésie

que ce qui a pu faire partie du duché de ce nom antérieurement au 1er

janvier 1772, et ce qui, à cette époque, appartenait à la Pologne

appartient maintenant au duché de Varsovie.

J'ai l'honneur de vous prévenir, monsieur le maréchal, que le maréchal

Soult a reçu les pleins-pouvoirs nécessaires pour passer toutes les

conventions auxquelles ces observations pourront donner lieu.

Fontainebleau, le 30 décembre 1807.

Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l'empereur, sur la vie privée de Napoléon, sa famille et sa cour. · 第 354 / 456 题