CHAPITRE XIII.

Conversation avec l'impératrice, au sujet au mariage du prince

de....--Ordre donné par l'empereur au prince de se séparer de sa

maîtresse.--Esprit et paresse du prince de....--Démarches de

madame*** auprès de l'empereur.--Résultat de ses

démarches.--Madame***, mariée au prince de.....--Sotte timidité

des gens d'esprit, et audace heureuse des sots.--Mécontentement de

l'empereur.--Son aversion pour madame***.--Les deux premiers

maris de madame***.--Double complaisance, et argent reçu des

deux mains.--Consentement acheté fort cher.--Suite de la

conversation avec l'impératrice.--Détails racontés par

l'impératrice sur les sœurs de l'empereur.--Toilette de la

princesse Pauline.--_Aisance_ incroyable.--Mort du fils du général

Leclerc et de la princesse Pauline.--Le café et le sucre.--Économie

outrée de la princesse Pauline et des frères et sœurs de

Napoléon.--Traits de parcimonie de madame-mère.--La dame de

compagnie à mille francs d'appointemens, et le voile de 500

francs.--Le melon au sucre.--Madame-mère se coupant des

chemises.--Parcimonie du cardinal Fesch.--Louis

Bonaparte.--Exaltation de ses sentimens.--Dehors froids et âme

passionnée de Louis.--Sa jalousie.--Mademoiselle C., amie de la

reine Hortense.--Portrait de la reine Hortense.--Hilarité

d'Hortense excitée par une épithète impériale.--Gravité de

Cambacérès déconcertée.--Gravité d'un jugement de Napoléon sur son

frère Joseph.--Tête-à-tête de l'auteur avec

Joséphine.--L'impératrice enviant le sort d'une pauvre

femme.--Aversion de Joséphine pour l'étiquette.--Chagrin causé à

l'impératrice par des calomnies.--Lettre de Napoléon à Joséphine au

sujet d'Hortense.--Timidité d'Hortense vis-à-vis de

Napoléon.--L'auteur persiste dans sa résolution de s'éloigner de la

cour.

EN parlant des cercles, je me suis éloignée de l'impératrice avec

laquelle je me promenais; la conversation qu'elle avait commencée

l'amena à me parler du mariage d'un ministre dont tout le monde s'était

étonné (à commencer, je crois, par lui).

L'empereur, effrayé de la dissolution des mœurs suite nécessaire de

l'anarchie dans laquelle la France avait été plongée, et de l'irréligion

devenue presque générale, avait cru consolider son autorité en

rétablissant le culte, et en donnant l'exemple d'une vie régulière.

Ses regards s'étendirent sur plusieurs personnes de sa cour. Un de ses

ministres reçut l'ordre de renvoyer de chez lui sa maîtresse, qui

jusqu'alors avait fait les honneurs de sa maison.

On trouvait très-simple qu'il eût une maîtresse s'il en avait la

fantaisie, mais on voulait qu'il allât la voir chez elle, et que sa

présence chez lui ne fût pas pour les représentans de tous les

souverains de l'Europe une preuve de mépris pour toutes les opinions

reçues.

Ce ministre, qui joint à tout l'esprit qu'il est possible d'avoir, une

faiblesse, une paresse de caractère qui lui fait préférer d'être

gouverné par les gens qui l'entourent à l'ennui d'avoir une volonté avec

eux[60], fut charmé (ceci est une supposition) que les ordres de

l'empereur missent fin à une manière de vivre qui devait lui déplaire,

mais qu'il n'avait pas la force de changer.

Quant à sa maîtresse, ce fut tout autre chose; elle avait dit, écrit,

répété à toute la terre qu'elle était sa femme; que ce qui manquait à la

cérémonie de leur mariage était si peu de chose que ce n'était pas la

peine d'en parler, et qu'à l'exception de s'être présentés à la

municipalité, c'était tout-à-fait la même chose: elle n'était pas femme

à abandonner ainsi la partie.

La faiblesse du ministre, son laissez-aller avec elle, lui donnaient

l'assurance qu'il ne dirait pas _non_, si elle pouvait parvenir à

vaincre la résolution de l'empereur.

Elle mit donc tout en œuvre pour parvenir à le voir.

Ce n'était pas chose facile; il ne l'aimait pas. Sa liaison avec le

ministre, qu'elle s'était plu à afficher, l'avait indisposé contre elle.

Joséphine, à qui elle s'adressa pour obtenir une audience, n'osa pas

même la demander. Mais madame*** ne se rebuta pas. Elle alla dans les

appartemens, dans les corridors, et après bien des heures d'attente,

elle saisit l'empereur au détour d'une porte, se jeta à ses pieds, et

tant il est vrai que la bête la plus bête a une sorte d'éloquence de

sentiment quand il s'agit d'intérêts qui touchent son bonheur, elle

arracha à l'empereur ces mots: _Eh bien, madame, si vous ne voulez pas

le quitter, alors épousez-le_.

Elle ne demandait pas mieux assurément, c'était la volonté du ministre

qu'elle n'avait pu maîtriser jusqu'alors assez pour arriver à ce but

désiré, qu'elle redoutait: mais une fois munie de l'ordre qu'elle se fit

donner, elle sortit triomphante, et force fut au ministre de se

soumettre à épouser... Dans cette circonstance on put se convaincre

d'une grande vérité, c'est qu'une personne de peu d'esprit réussit dans

beaucoup de choses ou échoueraient celles qui ont du tact et le

sentiment des convenances; celles-là sont retenues par mille craintes,

par mille bienséances qu'elles craignent de blesser. Celle qui manque de

ces qualités n'aperçoit que son but, elle y marche hardiment en passant

sur tous les obstacles qui arrêteraient des personnes plus délicates.

L'empereur était mécontent de lui, mécontent d'avoir cédé à ces

importunes sollicitations. C'était la première fois qu'on eût emporté un

ordre contraire à sa volonté.

La précipitation qu'on mit à le faire exécuter lui épargna la peine de

le révoquer.

Mais il garda toujours au fond de son cœur un fond d'aversion pour la

femme qui la première avait pu changer son immuable volonté. Sa vue lui

rappelait toujours un souvenir désagréable; aussi l'évitait-il aussi

souvent qu'il le pouvait.

Moins cette femme possédait de séduction d'esprit, plus l'humeur de lui

avoir cédé s'en augmentait. On dit que cette personne qui a été si belle

a été très-profitable à ses deux premiers maris. On prétend que le

premier qui l'épousa la perdit le premier jour de son mariage. Elle lui

fut enlevée par le second, qui, ainsi que cela se pratique dans les pays

soumis à la domination anglaise, lui paya une somme très-considérable

pour le dédommager de la privation de sa femme.

Ce second mari avait été vivement sollicité par elle depuis long-temps

pour consentir au divorce. Elle lui donnait beaucoup d'argent dans

l'espérance d'obtenir qu'il céderait à ses instances; d'un autre côté,

_on dit_ que le ministre, qui était bien aise d'avoir un obstacle à

opposer aux sollicitations de madame***, pour l'épouser, payait fort

chèrement le mari pour qu'il gardât son titre. Celui-ci, qui trouvait

très-doux de recevoir des deux mains, ne demandait pas mieux de

prolonger cette importante négociation; mais on prétend que lorsqu'il

vit qu'il allait perdre cette double pension et qu'il fallait se

décider, il mit un prix très-haut à son consentement.

Joséphine, qui me raconta l'histoire du mariage que je viens de

rapporter, y ajouta cet épisode qu'elle ne me donna que comme un _on

dit_. Cette conversation l'amena à parler des sœurs de l'empereur; nous

étions seules. Je pus juger qu'elle les aimait peu. Elle s'étonnait que

la sévérité qu'il voulait introduire dans les mœurs de sa cour ne

s'étendît pas à sa propre famille. La princesse Pauline fut en grande

partie le sujet de cette conversation; elle était parfaitement jolie, et

elle voulait qu'on ne pût pas douter de la perfection de sa personne.

Souvent les dames de service près d'elle étaient admises dans son

appartement pendant sa toilette, qu'elle prolongeait à dessein de se

faire admirer. Souvent un intervalle assez long séparait le moment où on

lui offrait sa chemise de celui où on la lui passait; pendant ce temps

elle se promenait dans sa chambre avec autant d'aisance que si elle eut

été totalement vêtue. Il y a sur cette toilette des détails qui

paraissent incroyables, mais dont je n'aime pas à rappeler le souvenir

même dans le secret de ma pensée. Joséphine me parla du fils que la

princesse Pauline avait eu de son premier mariage avec le général

Leclerc; cet enfant charmant fut envoyé en Italie au milieu de la

famille du second mari de sa mère. On prétendait que cette famille

l'aimait peu, que croyant qu'il naîtrait des enfans de ce mariage, elle

voyait avec peine qu'ils auraient pour frère un fils du général Leclerc:

quoi qu'il en soit, cet enfant mourut.

* * *

Joséphine disait qu'il était très-intéressant; elle me cita de lui une

naïveté pleine de malice.

* * *

Un jour, sa mère, avec beaucoup d'affectation, refusait de prendre du

café[61], et donnait pour raison qu'il lui avait coûté trop cher

(voulant faire entendre que c'était pour ces denrées coloniales que

l'empereur avait fait partir l'expédition de Saint-Domingue, dans

laquelle le général Leclerc avait perdu la vie). Mais, maman, lui dit

son fils, _tu manges bien du sucre tous les jours_.»

L'impératrice parlait de cet enfant avec beaucoup d'intérêt, et

regrettait sa fin prématurée.

La princesse Pauline avait en commun avec toute la famille de Napoléon

une parcimonie qui eût été ridicule dans une personne d'un rang peu

élevé, et qui le paraissait bien davantage quand c'était la sœur du chef

de l'état qui en était capable. À côté de grandes dépenses d'ostentation

se trouvaient des économies qu'on a peine à concevoir. J'en citerai un

exemple: Étant aux bains de Lucques, il y avait sur la cheminée de son

salon des candélabres portant des bougies; à l'instant où les visites

sortaient on les éteignait; et lorsqu'on entendait une voiture entrer,

on les rallumait précipitamment. Cet exercice se renouvelait plusieurs

fois dans la soirée.

Mais tout ce qui dans ce genre paraissait ridicule parmi les frères et

sœurs de Napoléon était effacé par ce qu'on racontait de sa mère.

Dans le temps du consulat, sa maison n'était pas encore montée comme

elle l'a été depuis; elle n'avait qu'une dame de compagnie à laquelle

elle donnait mille francs d'appointemens. Cette dame avait été

chanoinesse, et appartenait à une très-bonne famille de Franche-Comté.

Dans un voyage à Rome, pendant lequel madame Bonaparte fut présentée au

pape, elle dit à madame D..., sa dame de compagnie, qu'elle devait avoir

pour cette présentation une toilette convenable, et particulièrement un

grand voile lamé, tel qu'on en portait alors. Sur l'observation que

madame D... lui fit que ce voile lui coûterait 500 fr., ce qui, avec le

reste de sa parure, excéderait la somme qu'elle pouvait y consacrer,

madame Bonaparte lui dit: «Je vous avancerai six mois de vos

appointemens. Cette dame ne pouvant pas consacrer six mois de ses

appointemens pour un seul voile, se détermina, lors de son retour à

Paris, à donner sa démission. Depuis, lorsque la maison de madame-mère

(comme on la nommait alors) fut montée, obligée d'avoir une table bien

servie, elle s'était aperçue que plusieurs des dames faisant partie de

sa maison demandaient du sucre avec des melons; elle fit défendre à son

cuisinier d'en servir pour éviter cette double consommation.

Dans ce temps elle se faisait conduire quelquefois dans la rue des

Moineaux, dans les magasins du Gagne-Petit, descendait à quelque

distance de la maison, de peur que la vue de sa voiture ne l'exposât à

payer quelques sous de plus: elle y achetait de la toile pour des

chemises, et, revenue à son hôtel, elle s'enfermait dans sa chambre pour

les couper elle-même, dans la crainte qu'une lingère pût lui prendre un

peu plus de toile.

Le cardinal Fesch, son frère, qui a dépensé tant de millions dans son

hôtel de la rue de la Chaussée-d'Antin, participait à cette maladie de

famille. Lorsqu'il fut nommé cardinal, sa sœur se trouvait à Borne, et

il logeait chez elle.

Donnant un grand dîner à tous les cardinaux, le cuisinier de madame

Bonaparte lui dit qu'il avait besoin de beaucoup de vases communs en

terre, pour mettre les jus, etc. Le cardinal lui dit d'en acheter.

Lorsque le chef de cuisine lui présenta la facture de 18 fr. jointe à la

dépense du dîner, il lui donna l'ordre de rapporter toutes ces poteries

dans une armoire de son antichambre, ne voulant pas les laisser dans la

cuisine de sa sœur, puisque c'était lui qui les payait...

Louis était, de toute la famille de l'empereur, celui qui participait

le moins à ce défaut, et celui qui réunissait quelques belles qualités.

C'est un honnête homme un peu exagéré dans tous ses sentimens. Il eût

été passionné pour sa femme, si elle l'eût aimé; mais elle n'éprouvait

pour lui que de l'éloignement; elle avait sacrifié ses affections aux

désirs de sa mère, mais l'attrait peut-il se commander? Sans doute la

conduite dépend de nous, mais nos sentimens sont involontaires. J'ai vu

souvent dans le monde confondre la conduite et les affections, ce qui me

semble très-injuste: on doit à soi-même et au mari qu'on aime le moins

une conduite régulière, mais l'aimer est tout autre chose. La volonté

est souvent insuffisante à cet égard.

Louis cachait sous des dehors assez froids une âme passionnée: il ne put

se contenter des seuls sentimens que sa femme put lui accorder; ses

affections les plus pures, sa tendresse pour sa mère, son attachement

pour son frère, excitaient son envie; il était jaloux de tout ce qui

pouvait la distraire de lui; il eût voulu lui interdire la musique, le

dessin, qu'elle cultivait avec beaucoup de succès. Ces innocentes

occupations excitaient souvent son humeur.

La reine Hortense avait une amie dans la personne d'une de ses

lectrices, mademoiselle C..., qui était détestée de Louis. Je pense que

l'affection de sa femme pour elle était le seul motif de cette

antipathie.

Mademoiselle C... conduisait toute la maison de la reine. Elle passait

pour avoir de l'esprit; on a dit (je ne sais sur quoi cette supposition

est fondée) que loin de calmer l'irritation des deux époux, elle y avait

ajouté par ses conseils. C'est un _on dit_ que je répète sans y croire,

Hortense ayant bien assez d'esprit pour se conduire d'après ses propres

lumières. C'était une femme fort agréable par ses grâces, ses talens,

ses manières et son aimable caractère; elle n'était pas jolie; la

conformation de sa bouche, qui laissait paraître ses dents longues et

saillantes, gâtait sa figure, qui sans ce défaut eût été remarquable par

de jolis yeux bleus, une belle peau et des cheveux d'un blond charmant;

sa taille était moyenne et sa tournure fort agréable. Dans les premiers

momens de son élévation, et de celle de sa famille, elle eut à écouter

un jour un discours de Cambacérès. Peu faite encore à l'épithète

d'_auguste_ qu'on se croyait obligé d'ajouter au nom de sa mère, elle

partit d'un grand éclat de rire. La gravité du grand chancelier en fut

presque altérée; mais il fut bientôt remis; chacun sait avec quelle

sérieuse importance il remplissait les fonctions de sa place.

L'empereur, en parlant de son frère Joseph, disait qu'il avait l'esprit

de commérage d'une vieille femme.

Deux jours après cette promenade à la Malmaison, je reçus un message de

Joséphine qui désirait me voir à Saint-Cloud. La maison de campagne que

j'occupais en était peu éloignée. En arrivant, je la trouvai dans sa

chambre à coucher. Elle pleurait et paraissait profondément affectée.

Elle prit ma main, et me fit asseoir sur un siége placé près de celui

qu'elle occupait, en gardant ma main dans la sienne. Elle continuait de

pleurer; je voulus essayer quelques paroles consolantes, toujours

embarrassantes à prononcer quand on ignore le sujet qui fait couler les

larmes qu'on voudrait tarir.

«Vous voyez ce tableau[62], me dit-elle en élevant la main pour me le

désigner; eh bien! la femme qu'il représente était plus heureuse que

moi. Ah! souvent tous mes vœux se sont réunis pour envier son sort bien

préférable au mien. Je voudrais être à sa place, et cependant on croit

mon sort heureux! on l'envie! Ah! si on pouvait bien le connaître, on

le plaindrait loin de l'envier. L'impératrice n'est qu'une esclave

parée; l'expression de ma pensée ne m'appartient même pas, on veut me la

dicter, on voudrait anéantir tous mes souvenirs, et paralyser tous mes

sentimens.» Sans s'expliquer positivement, je vis qu'elle venait

d'éprouver une vive contrariété, relative, je crois, à quelques amies

qu'elle avait voulu servir sans avoir pu y réussir. Cette contrariété

qu'elle venait d'éprouver ajoutait à l'humeur qu'elle avait si souvent

contre l'étiquette dont on l'entourait.

«On exige, me dit-elle, que je reste assise lorsque des femmes qui

naguère m'étaient supérieures, entrent chez moi, c'est impossible, je ne

le puis pas. Quelle jouissance pourrais-je trouver à faire sentir aux

personnes qui m'entourent, la différence du rang qu'elles occupent à

celui auquel je suis parvenue? non, cela est impossible.

»Être aimée est le premier besoin de mon cœur...» Nous restâmes

long-temps seules.

Elle me parla des horribles calomnies imprimées dans les journaux

anglais au sujet de sa fille, et répétées par le public parisien. Dans

ce moment, disposée à l'attendrissement auquel elle venait de se livrer,

elle alla chercher dans une cassette quelques lettres; elle en prit une

qui lui avait été écrite en dernier lieu par l'empereur, du camp de

Boulogue à Aix-la-Chapelle.

Il se plaignait de n'avoir reçu aucune nouvelle de sa fille, il lui

disait que ses enfans lui étaient aussi chers que s'ils tenaient de lui

la vie, et paraissait blessé de ce silence.

Joséphine avait écrit à Hortense pour l'engager à être moins négligente

envers Napoléon; elle me montra sa réponse.

Hortense lui disait qu'il était impossible que l'empereur pût douter de

son attachement, qu'il faudrait qu'elle fût un monstre d'ingratitude

pour ne pas lui rendre en reconnaissance et en affection, tout ce qu'il

avait fait pour elle et son frère; mais qu'elle ne pouvait pas se

défendre d'un peu de timidité avec lui, que c'était cette timidité qui

gênait souvent l'expression de son affection, et qui était la cause de

son silence.

Ces calomnies affectaient vivement Joséphine, chaque fois qu'elles

étaient répétées.

Je la quittai sans lui parler de ma démission, et sans prendre congé

d'elle, comme j'en avais eu l'intention. Les bontés dont elle m'avait

comblée, l'attachement dont j'avais reçu tant de preuves, m'imposaient

le devoir de ne pas choisir le moment où je la voyais tristement

affectée, pour l'occuper de moi. Mais en partant de Saint-Cloud, je

pris la résolution formelle de n'y plus retourner, de prendre congé de

Joséphine en lui écrivant, et de quitter Paris sous très-peu de jours.

Mémoires de Constant, premier valet de chambre de l'empereur, sur la vie privée de Napoléon, sa famille et sa cour. · 第 255 / 456 题