Conversation avec l'impératrice, au sujet au mariage du prince
de....--Ordre donné par l'empereur au prince de se séparer de sa
maîtresse.--Esprit et paresse du prince de....--Démarches de
madame*** auprès de l'empereur.--Résultat de ses
démarches.--Madame***, mariée au prince de.....--Sotte timidité
des gens d'esprit, et audace heureuse des sots.--Mécontentement de
l'empereur.--Son aversion pour madame***.--Les deux premiers
maris de madame***.--Double complaisance, et argent reçu des
deux mains.--Consentement acheté fort cher.--Suite de la
conversation avec l'impératrice.--Détails racontés par
l'impératrice sur les sœurs de l'empereur.--Toilette de la
princesse Pauline.--_Aisance_ incroyable.--Mort du fils du général
Leclerc et de la princesse Pauline.--Le café et le sucre.--Économie
outrée de la princesse Pauline et des frères et sœurs de
Napoléon.--Traits de parcimonie de madame-mère.--La dame de
compagnie à mille francs d'appointemens, et le voile de 500
francs.--Le melon au sucre.--Madame-mère se coupant des
chemises.--Parcimonie du cardinal Fesch.--Louis
Bonaparte.--Exaltation de ses sentimens.--Dehors froids et âme
passionnée de Louis.--Sa jalousie.--Mademoiselle C., amie de la
reine Hortense.--Portrait de la reine Hortense.--Hilarité
d'Hortense excitée par une épithète impériale.--Gravité de
Cambacérès déconcertée.--Gravité d'un jugement de Napoléon sur son
frère Joseph.--Tête-à-tête de l'auteur avec
Joséphine.--L'impératrice enviant le sort d'une pauvre
femme.--Aversion de Joséphine pour l'étiquette.--Chagrin causé à
l'impératrice par des calomnies.--Lettre de Napoléon à Joséphine au
sujet d'Hortense.--Timidité d'Hortense vis-à-vis de
Napoléon.--L'auteur persiste dans sa résolution de s'éloigner de la
cour.
EN parlant des cercles, je me suis éloignée de l'impératrice avec
laquelle je me promenais; la conversation qu'elle avait commencée
l'amena à me parler du mariage d'un ministre dont tout le monde s'était
étonné (à commencer, je crois, par lui).
L'empereur, effrayé de la dissolution des mœurs suite nécessaire de
l'anarchie dans laquelle la France avait été plongée, et de l'irréligion
devenue presque générale, avait cru consolider son autorité en
rétablissant le culte, et en donnant l'exemple d'une vie régulière.
Ses regards s'étendirent sur plusieurs personnes de sa cour. Un de ses
ministres reçut l'ordre de renvoyer de chez lui sa maîtresse, qui
jusqu'alors avait fait les honneurs de sa maison.
On trouvait très-simple qu'il eût une maîtresse s'il en avait la
fantaisie, mais on voulait qu'il allât la voir chez elle, et que sa
présence chez lui ne fût pas pour les représentans de tous les
souverains de l'Europe une preuve de mépris pour toutes les opinions
reçues.
Ce ministre, qui joint à tout l'esprit qu'il est possible d'avoir, une
faiblesse, une paresse de caractère qui lui fait préférer d'être
gouverné par les gens qui l'entourent à l'ennui d'avoir une volonté avec
eux[60], fut charmé (ceci est une supposition) que les ordres de
l'empereur missent fin à une manière de vivre qui devait lui déplaire,
mais qu'il n'avait pas la force de changer.
Quant à sa maîtresse, ce fut tout autre chose; elle avait dit, écrit,
répété à toute la terre qu'elle était sa femme; que ce qui manquait à la
cérémonie de leur mariage était si peu de chose que ce n'était pas la
peine d'en parler, et qu'à l'exception de s'être présentés à la
municipalité, c'était tout-à-fait la même chose: elle n'était pas femme
à abandonner ainsi la partie.
La faiblesse du ministre, son laissez-aller avec elle, lui donnaient
l'assurance qu'il ne dirait pas _non_, si elle pouvait parvenir à
vaincre la résolution de l'empereur.
Elle mit donc tout en œuvre pour parvenir à le voir.
Ce n'était pas chose facile; il ne l'aimait pas. Sa liaison avec le
ministre, qu'elle s'était plu à afficher, l'avait indisposé contre elle.
Joséphine, à qui elle s'adressa pour obtenir une audience, n'osa pas
même la demander. Mais madame*** ne se rebuta pas. Elle alla dans les
appartemens, dans les corridors, et après bien des heures d'attente,
elle saisit l'empereur au détour d'une porte, se jeta à ses pieds, et
tant il est vrai que la bête la plus bête a une sorte d'éloquence de
sentiment quand il s'agit d'intérêts qui touchent son bonheur, elle
arracha à l'empereur ces mots: _Eh bien, madame, si vous ne voulez pas
le quitter, alors épousez-le_.
Elle ne demandait pas mieux assurément, c'était la volonté du ministre
qu'elle n'avait pu maîtriser jusqu'alors assez pour arriver à ce but
désiré, qu'elle redoutait: mais une fois munie de l'ordre qu'elle se fit
donner, elle sortit triomphante, et force fut au ministre de se
soumettre à épouser... Dans cette circonstance on put se convaincre
d'une grande vérité, c'est qu'une personne de peu d'esprit réussit dans
beaucoup de choses ou échoueraient celles qui ont du tact et le
sentiment des convenances; celles-là sont retenues par mille craintes,
par mille bienséances qu'elles craignent de blesser. Celle qui manque de
ces qualités n'aperçoit que son but, elle y marche hardiment en passant
sur tous les obstacles qui arrêteraient des personnes plus délicates.
L'empereur était mécontent de lui, mécontent d'avoir cédé à ces
importunes sollicitations. C'était la première fois qu'on eût emporté un
ordre contraire à sa volonté.
La précipitation qu'on mit à le faire exécuter lui épargna la peine de
le révoquer.
Mais il garda toujours au fond de son cœur un fond d'aversion pour la
femme qui la première avait pu changer son immuable volonté. Sa vue lui
rappelait toujours un souvenir désagréable; aussi l'évitait-il aussi
souvent qu'il le pouvait.
Moins cette femme possédait de séduction d'esprit, plus l'humeur de lui
avoir cédé s'en augmentait. On dit que cette personne qui a été si belle
a été très-profitable à ses deux premiers maris. On prétend que le
premier qui l'épousa la perdit le premier jour de son mariage. Elle lui
fut enlevée par le second, qui, ainsi que cela se pratique dans les pays
soumis à la domination anglaise, lui paya une somme très-considérable
pour le dédommager de la privation de sa femme.
Ce second mari avait été vivement sollicité par elle depuis long-temps
pour consentir au divorce. Elle lui donnait beaucoup d'argent dans
l'espérance d'obtenir qu'il céderait à ses instances; d'un autre côté,
_on dit_ que le ministre, qui était bien aise d'avoir un obstacle à
opposer aux sollicitations de madame***, pour l'épouser, payait fort
chèrement le mari pour qu'il gardât son titre. Celui-ci, qui trouvait
très-doux de recevoir des deux mains, ne demandait pas mieux de
prolonger cette importante négociation; mais on prétend que lorsqu'il
vit qu'il allait perdre cette double pension et qu'il fallait se
décider, il mit un prix très-haut à son consentement.
Joséphine, qui me raconta l'histoire du mariage que je viens de
rapporter, y ajouta cet épisode qu'elle ne me donna que comme un _on
dit_. Cette conversation l'amena à parler des sœurs de l'empereur; nous
étions seules. Je pus juger qu'elle les aimait peu. Elle s'étonnait que
la sévérité qu'il voulait introduire dans les mœurs de sa cour ne
s'étendît pas à sa propre famille. La princesse Pauline fut en grande
partie le sujet de cette conversation; elle était parfaitement jolie, et
elle voulait qu'on ne pût pas douter de la perfection de sa personne.
Souvent les dames de service près d'elle étaient admises dans son
appartement pendant sa toilette, qu'elle prolongeait à dessein de se
faire admirer. Souvent un intervalle assez long séparait le moment où on
lui offrait sa chemise de celui où on la lui passait; pendant ce temps
elle se promenait dans sa chambre avec autant d'aisance que si elle eut
été totalement vêtue. Il y a sur cette toilette des détails qui
paraissent incroyables, mais dont je n'aime pas à rappeler le souvenir
même dans le secret de ma pensée. Joséphine me parla du fils que la
princesse Pauline avait eu de son premier mariage avec le général
Leclerc; cet enfant charmant fut envoyé en Italie au milieu de la
famille du second mari de sa mère. On prétendait que cette famille
l'aimait peu, que croyant qu'il naîtrait des enfans de ce mariage, elle
voyait avec peine qu'ils auraient pour frère un fils du général Leclerc:
quoi qu'il en soit, cet enfant mourut.
* * *
Joséphine disait qu'il était très-intéressant; elle me cita de lui une
naïveté pleine de malice.
* * *
Un jour, sa mère, avec beaucoup d'affectation, refusait de prendre du
café[61], et donnait pour raison qu'il lui avait coûté trop cher
(voulant faire entendre que c'était pour ces denrées coloniales que
l'empereur avait fait partir l'expédition de Saint-Domingue, dans
laquelle le général Leclerc avait perdu la vie). Mais, maman, lui dit
son fils, _tu manges bien du sucre tous les jours_.»
L'impératrice parlait de cet enfant avec beaucoup d'intérêt, et
regrettait sa fin prématurée.
La princesse Pauline avait en commun avec toute la famille de Napoléon
une parcimonie qui eût été ridicule dans une personne d'un rang peu
élevé, et qui le paraissait bien davantage quand c'était la sœur du chef
de l'état qui en était capable. À côté de grandes dépenses d'ostentation
se trouvaient des économies qu'on a peine à concevoir. J'en citerai un
exemple: Étant aux bains de Lucques, il y avait sur la cheminée de son
salon des candélabres portant des bougies; à l'instant où les visites
sortaient on les éteignait; et lorsqu'on entendait une voiture entrer,
on les rallumait précipitamment. Cet exercice se renouvelait plusieurs
fois dans la soirée.
Mais tout ce qui dans ce genre paraissait ridicule parmi les frères et
sœurs de Napoléon était effacé par ce qu'on racontait de sa mère.
Dans le temps du consulat, sa maison n'était pas encore montée comme
elle l'a été depuis; elle n'avait qu'une dame de compagnie à laquelle
elle donnait mille francs d'appointemens. Cette dame avait été
chanoinesse, et appartenait à une très-bonne famille de Franche-Comté.
Dans un voyage à Rome, pendant lequel madame Bonaparte fut présentée au
pape, elle dit à madame D..., sa dame de compagnie, qu'elle devait avoir
pour cette présentation une toilette convenable, et particulièrement un
grand voile lamé, tel qu'on en portait alors. Sur l'observation que
madame D... lui fit que ce voile lui coûterait 500 fr., ce qui, avec le
reste de sa parure, excéderait la somme qu'elle pouvait y consacrer,
madame Bonaparte lui dit: «Je vous avancerai six mois de vos
appointemens. Cette dame ne pouvant pas consacrer six mois de ses
appointemens pour un seul voile, se détermina, lors de son retour à
Paris, à donner sa démission. Depuis, lorsque la maison de madame-mère
(comme on la nommait alors) fut montée, obligée d'avoir une table bien
servie, elle s'était aperçue que plusieurs des dames faisant partie de
sa maison demandaient du sucre avec des melons; elle fit défendre à son
cuisinier d'en servir pour éviter cette double consommation.
Dans ce temps elle se faisait conduire quelquefois dans la rue des
Moineaux, dans les magasins du Gagne-Petit, descendait à quelque
distance de la maison, de peur que la vue de sa voiture ne l'exposât à
payer quelques sous de plus: elle y achetait de la toile pour des
chemises, et, revenue à son hôtel, elle s'enfermait dans sa chambre pour
les couper elle-même, dans la crainte qu'une lingère pût lui prendre un
peu plus de toile.
Le cardinal Fesch, son frère, qui a dépensé tant de millions dans son
hôtel de la rue de la Chaussée-d'Antin, participait à cette maladie de
famille. Lorsqu'il fut nommé cardinal, sa sœur se trouvait à Borne, et
il logeait chez elle.
Donnant un grand dîner à tous les cardinaux, le cuisinier de madame
Bonaparte lui dit qu'il avait besoin de beaucoup de vases communs en
terre, pour mettre les jus, etc. Le cardinal lui dit d'en acheter.
Lorsque le chef de cuisine lui présenta la facture de 18 fr. jointe à la
dépense du dîner, il lui donna l'ordre de rapporter toutes ces poteries
dans une armoire de son antichambre, ne voulant pas les laisser dans la
cuisine de sa sœur, puisque c'était lui qui les payait...
Louis était, de toute la famille de l'empereur, celui qui participait
le moins à ce défaut, et celui qui réunissait quelques belles qualités.
C'est un honnête homme un peu exagéré dans tous ses sentimens. Il eût
été passionné pour sa femme, si elle l'eût aimé; mais elle n'éprouvait
pour lui que de l'éloignement; elle avait sacrifié ses affections aux
désirs de sa mère, mais l'attrait peut-il se commander? Sans doute la
conduite dépend de nous, mais nos sentimens sont involontaires. J'ai vu
souvent dans le monde confondre la conduite et les affections, ce qui me
semble très-injuste: on doit à soi-même et au mari qu'on aime le moins
une conduite régulière, mais l'aimer est tout autre chose. La volonté
est souvent insuffisante à cet égard.
Louis cachait sous des dehors assez froids une âme passionnée: il ne put
se contenter des seuls sentimens que sa femme put lui accorder; ses
affections les plus pures, sa tendresse pour sa mère, son attachement
pour son frère, excitaient son envie; il était jaloux de tout ce qui
pouvait la distraire de lui; il eût voulu lui interdire la musique, le
dessin, qu'elle cultivait avec beaucoup de succès. Ces innocentes
occupations excitaient souvent son humeur.
La reine Hortense avait une amie dans la personne d'une de ses
lectrices, mademoiselle C..., qui était détestée de Louis. Je pense que
l'affection de sa femme pour elle était le seul motif de cette
antipathie.
Mademoiselle C... conduisait toute la maison de la reine. Elle passait
pour avoir de l'esprit; on a dit (je ne sais sur quoi cette supposition
est fondée) que loin de calmer l'irritation des deux époux, elle y avait
ajouté par ses conseils. C'est un _on dit_ que je répète sans y croire,
Hortense ayant bien assez d'esprit pour se conduire d'après ses propres
lumières. C'était une femme fort agréable par ses grâces, ses talens,
ses manières et son aimable caractère; elle n'était pas jolie; la
conformation de sa bouche, qui laissait paraître ses dents longues et
saillantes, gâtait sa figure, qui sans ce défaut eût été remarquable par
de jolis yeux bleus, une belle peau et des cheveux d'un blond charmant;
sa taille était moyenne et sa tournure fort agréable. Dans les premiers
momens de son élévation, et de celle de sa famille, elle eut à écouter
un jour un discours de Cambacérès. Peu faite encore à l'épithète
d'_auguste_ qu'on se croyait obligé d'ajouter au nom de sa mère, elle
partit d'un grand éclat de rire. La gravité du grand chancelier en fut
presque altérée; mais il fut bientôt remis; chacun sait avec quelle
sérieuse importance il remplissait les fonctions de sa place.
L'empereur, en parlant de son frère Joseph, disait qu'il avait l'esprit
de commérage d'une vieille femme.
Deux jours après cette promenade à la Malmaison, je reçus un message de
Joséphine qui désirait me voir à Saint-Cloud. La maison de campagne que
j'occupais en était peu éloignée. En arrivant, je la trouvai dans sa
chambre à coucher. Elle pleurait et paraissait profondément affectée.
Elle prit ma main, et me fit asseoir sur un siége placé près de celui
qu'elle occupait, en gardant ma main dans la sienne. Elle continuait de
pleurer; je voulus essayer quelques paroles consolantes, toujours
embarrassantes à prononcer quand on ignore le sujet qui fait couler les
larmes qu'on voudrait tarir.
«Vous voyez ce tableau[62], me dit-elle en élevant la main pour me le
désigner; eh bien! la femme qu'il représente était plus heureuse que
moi. Ah! souvent tous mes vœux se sont réunis pour envier son sort bien
préférable au mien. Je voudrais être à sa place, et cependant on croit
mon sort heureux! on l'envie! Ah! si on pouvait bien le connaître, on
le plaindrait loin de l'envier. L'impératrice n'est qu'une esclave
parée; l'expression de ma pensée ne m'appartient même pas, on veut me la
dicter, on voudrait anéantir tous mes souvenirs, et paralyser tous mes
sentimens.» Sans s'expliquer positivement, je vis qu'elle venait
d'éprouver une vive contrariété, relative, je crois, à quelques amies
qu'elle avait voulu servir sans avoir pu y réussir. Cette contrariété
qu'elle venait d'éprouver ajoutait à l'humeur qu'elle avait si souvent
contre l'étiquette dont on l'entourait.
«On exige, me dit-elle, que je reste assise lorsque des femmes qui
naguère m'étaient supérieures, entrent chez moi, c'est impossible, je ne
le puis pas. Quelle jouissance pourrais-je trouver à faire sentir aux
personnes qui m'entourent, la différence du rang qu'elles occupent à
celui auquel je suis parvenue? non, cela est impossible.
»Être aimée est le premier besoin de mon cœur...» Nous restâmes
long-temps seules.
Elle me parla des horribles calomnies imprimées dans les journaux
anglais au sujet de sa fille, et répétées par le public parisien. Dans
ce moment, disposée à l'attendrissement auquel elle venait de se livrer,
elle alla chercher dans une cassette quelques lettres; elle en prit une
qui lui avait été écrite en dernier lieu par l'empereur, du camp de
Boulogue à Aix-la-Chapelle.
Il se plaignait de n'avoir reçu aucune nouvelle de sa fille, il lui
disait que ses enfans lui étaient aussi chers que s'ils tenaient de lui
la vie, et paraissait blessé de ce silence.
Joséphine avait écrit à Hortense pour l'engager à être moins négligente
envers Napoléon; elle me montra sa réponse.
Hortense lui disait qu'il était impossible que l'empereur pût douter de
son attachement, qu'il faudrait qu'elle fût un monstre d'ingratitude
pour ne pas lui rendre en reconnaissance et en affection, tout ce qu'il
avait fait pour elle et son frère; mais qu'elle ne pouvait pas se
défendre d'un peu de timidité avec lui, que c'était cette timidité qui
gênait souvent l'expression de son affection, et qui était la cause de
son silence.
Ces calomnies affectaient vivement Joséphine, chaque fois qu'elles
étaient répétées.
Je la quittai sans lui parler de ma démission, et sans prendre congé
d'elle, comme j'en avais eu l'intention. Les bontés dont elle m'avait
comblée, l'attachement dont j'avais reçu tant de preuves, m'imposaient
le devoir de ne pas choisir le moment où je la voyais tristement
affectée, pour l'occuper de moi. Mais en partant de Saint-Cloud, je
pris la résolution formelle de n'y plus retourner, de prendre congé de
Joséphine en lui écrivant, et de quitter Paris sous très-peu de jours.