Les mémoires de M. Constant ont été faits par lui dans un double but:
pour faire connaître l'empereur Napoléon, et pour faire connaître aussi
la cour impériale. Les noms des principaux personnages, et même des
auteurs secondaires de ce grand théâtre, revenant sans cesse dans les
récits de M. Constant, l'éditeur de ses mémoires a pensé que l'on
pourrait être curieux de voir quels étaient l'emploi et les rôles de
chacun. L'étiquette, à l'époque de l'avènement de Napoléon à l'empire,
fut long-temps la grande affaire de la nouvelle cour, et occupa même
quelques-uns des loisirs de cet homme extraordinaire, qui songeait en
même temps à l'invasion de l'Angleterre et à la coupe d'un habit de
chambellan, et qui datait de son quartier général du Kremlin un nouveau
règlement pour le Théâtre-Français.
L'éditeur a donc eu l'idée de satisfaire une juste curiosité, en
plaçant ici, en forme de pièces justificatives, des _réglemens
d'étiquette_ qui ont été longuement discutés dans un conseil formé et
rassemblé _ad hoc_, lequel tenait ses séances en présence de l'empereur.
Napoléon prit part à cette grave discussion autant qu'à celle du Code
civil, et son esprit, également prêt à traiter tous les sujets, jeta de
vives lumières sur l'une comme sur l'autre. Ainsi, ce que l'on va lire
est en majeure partie l'œuvre du vainqueur d'Austerlitz, moins de
nombreux plagiats dérobés à l'ancienne cour de France; car les
conseillers de Napoléon sur ces matières avaient appartenu plus ou moins
à l'ancienne cour, et l'empereur ne fut pas médiocrement aidé dans le
travail dont il s'agit par l'homme honorable et spirituel qu'il
institua, avec grande raison, son grand-maître des cérémonies.
* * *
Les attributions du grand-maréchal du palais étaient:
Le commandement militaire dans les palais impériaux et leurs
dépendances, la surveillance de leur entretien, embellissement et
ameublement, la distribution des logemens;
Le service de la bouche, les tables, le chauffage, l'éclairage,
l'argenterie, la lingerie et la livrée.
Le grand-maréchal du palais était présent à l'ordre que Sa Majesté
donnait journellement aux colonels-généraux de sa garde. Il le recevait
pour le palais, et faisait à Sa Majesté son rapport sur tous les
événemens qui pouvaient s'y être passés.
Il proposait à Sa Majesté la distribution du service militaire à établir
pour la garde du palais. Ce service une fois fixé ne pouvait plus être
dérangé sous un nouvel ordre de Sa Majesté.
Le grand-maréchal du palais, chargé du commandement et de la police dans
les palais impériaux, commandait aux détachemens de la garde impériale
qui y faisaient le service. Il leur donnait les consignes et l'ordre; il
recevait le rapport des officiers qui commandaient les différens postes.
Les officiers militaires en service dans le palais ne devaient recevoir
des ordres que du grand-maréchal du palais ou des officiers qui le
représentaient.
Il donnait les ordres pour battre la retraite ou le réveil, pour fermer
ou ouvrir les grilles du palais.
Le grand-maréchal du palais prenait le commandement, et était chargé de
la police dans tous les endroits où Sa Majesté allait en cérémonie, et
dans lesquels la garde impériale prenait poste.
Sa Majesté donnait ses ordres au grand-maréchal du palais pour les
personnes qui devaient monter à cheval aux grandes parades qui avaient
lieu dans l'enceinte du palais.
Il devait lui être rendu compte de tous les événemens qui arrivaient
dans le palais, de tous les individus qui venaient y loger, s'y établir
ou s'y introduire. Ceux qui y étaient arrêtés n'étaient plus relâchés ou
renvoyés à d'autres autorités que d'après ses ordres.
Comme chargé de la police dans les palais, c'était lui seul qui pouvait
infliger, sur la demande qui lui en était faite, la punition
d'emprisonnement, aux individus des différens services de la maison de
Sa Majesté, quelles que fussent leurs fonctions. Il faisait exécuter ses
ordres par les officiers de la gendarmerie impériale de service dans le
palais.
Le grand-maréchal du palais, ou les officiers qui le représentaient,
étaient exactement prévenus des cérémonies ou fonctions qui devaient
avoir lieu dans le palais, des personnes qui devaient y participer ou y
assister, par les officiers qui les ordonnaient.
Il prenait les ordres de l'empereur pour les logemens que Leurs
Majestés, leurs officiers et les gens attachés à leur service, devaient
occuper dans les différens palais impériaux, à l'année et dans les
voyages.
Le grand-maréchal du palais était chargé de la distribution des
appartemens, et des logemens dans les palais impériaux. Il réglait leur
ameublement, et s'adressait à l'intendant général pour en obtenir les
travaux en réparation et entretien, et tous les meubles nécessaires.
Il ne pouvait rien être changé à la distribution ou à l'ameublement du
palais, et l'on ne pouvait faire sortir aucun des meubles, à moins d'un
ordre du grand-maréchal du palais. Il ne pouvait rien y entrer non plus
sans qu'il en fût prévenu.
Le grand-maréchal du palais faisait à l'intendant général la demande des
meubles nécessaires; les chambellans de Leurs Majestés les faisaient
disposer dans les grands appartemens et appartemens d'honneur de Leurs
Majestés, comme cela était nécessaire pour les cérémonies ou fonctions
qui pouvaient avoir lieu.
Il avait sous ses ordres les concierges, garçons d'appartement,
portiers, et tous employés quelconques au service du palais; il avait la
surveillance sur tous les individus quelconques, attachés au service de
Leurs Majestés, qui y étaient logés. Il donnait à tous les portiers les
consignes pour leur service.
Il surveillait l'entretien des bâtimens des palais et celui de leur
ameublement. Il veillait à l'appropriement et à la bonne tenue de tous
les appartemens et logemens, des communs, des cours, jardins et
dépendances.
Il veillait à ce que les gouverneurs et sous-gouverneurs des palais
tinssent la main pour que les inventaires que les concierges devaient
avoir de leur mobilier, et leurs registres de recette et consommation,
fussent conformes à ce qui était réellement.
Le grand-maréchal du palais et ses officiers devaient veiller à ce qu'il
ne s'introduisît dans le palais aucun individu qui ne devait pas y
entrer.
Comme grand-officier de la maison, le grand-maréchal du palais avait ses
entrées déterminées et fixées dans les appartemens habités par Leurs
Majestés. Mais lorsqu'elles n'habitaient pas un appartement, il pouvait
y entrer et y ordonner.
Les pompiers et la chambre de veille étaient sous les ordres du
grand-maréchal du palais; en cas d'accidens imprévus et d'incendies, le
grand-maréchal du palais ordonnait toutes les dispositions.
Il visitait et faisait visiter par les maréchaux-des-logis, les palais
impériaux, leurs dépendances, les différens logemens qui y étaient
établis, afin de s'assurer qu'ils étaient tenus proprement, et que ceux
qui les occupaient n'y commettaient aucune dégradation, ni rien qui fût
préjudiciable à la police et au bon ordre qui devaient y régner.
À l'armée et en voyage, le grand-maréchal du palais était chargé de
pourvoir au logement de Leurs Majestés.
Il ordonnait la répartition des logemens pour les personnes de la suite
de Leurs Majestés et de celles de leur service, et faisait fournir les
écuries nécessaires.
C'était au grand-maréchal du palais à régler ce qui concernait les
logemens des hommes et des chevaux de la garde impériale qui
accompagnaient Sa Majesté dans ses voyages; et pour cela, les commandans
des détachemens lui fournissaient les officiers ou sous-officiers de
logement qui lui étaient nécessaires.
Les logemens marqués par ordre du grand-maréchal du palais, pour le
service de Leurs Majestés, les personnes de leur suite et pour la garde
impériale, ne pouvaient plus être pris par aucune autre personne, quels
que fussent son rang et ses fonctions, et pour aucun autre service.
Lorsque Sa Majesté arrivait ou faisait sa première entrée dans un de
ses palais, le grand-maréchal la recevait à la porte, la précédait et la
conduisait dans les appartemens où elle pouvait désirer d'aller.
La place du grand-maréchal du palais dans les cérémonies était désignée;
si c'était dans l'enceinte du palais ou dans un lieu dont il avait le
commandement, il était placé de manière à pouvoir recevoir directement
les ordres de Sa Majesté.
Le grand-maréchal du palais, comme chargé du service de la bouche, du
chauffage, de l'éclairage, de l'argenterie, de la lingerie et de la
livrée, ordonnait tout ce qui était relatif à ces services, et devait
veiller à ce qu'ils fussent bien faits dans tous les endroits
quelconques où Leurs Majestés pouvaient se trouver.
Il distribuait les tables, déterminait quelles étaient les personnes qui
devaient y manger, réglait le service de chacune.
Le grand-maréchal du palais était prévenu des ordres que Leurs Majestés
donnaient pour le service de leurs tables, et des invitations qu'elles
faisaient faire. Il chargeait les préfets des détails des services.
Le grand-maréchal faisait visiter par les préfets du palais, les
cuisines, offices, caves, lingerie et fourrières, pour s'assurer que
tout était tenu proprement et en ordre.
Lorsque Leurs Majestés mangeaient en grand couvert, le grand-maréchal du
palais prenait lui-même les ordres de Leurs Majestés pour le service; il
les faisait exécuter par les préfets du palais, qui l'avertissaient
quand le repas était servi.
Le grand-maréchal du palais prévenait Leurs Majestés, les conduisait
jusqu'à la table, se plaçait à la droite, et les reconduisait de même
après le repas.
Pendant le repas, le grand-maréchal du palais offrait à boire à
l'empereur.
Lorsque Leurs Majestés mangeaient en petit couvert dans les appartemens
d'honneur, et que le grand-maréchal du palais était présent, il prenait
de même les ordres de Leurs Majestés pour le service, et les prévenait
lorsque tout était prêt.
Il faisait faire, tous les six mois au moins, par les préfets, la
vérification de toute la vaisselle, argenterie, lingerie, porcelaine et
verrerie appartenant à Leurs Majestés.
Il visait tous les états de dépenses et de gages pour lesquels il lui
était accordé des fonds par le budget de la maison.
Le grand-maréchal du palais présentait à Sa Majesté et à son lever, les
officiers compris dans ses attributions qu'elle avait bien voulu nommer.
Il leur remettait copie de l'expédition du décret de leur nomination, et
recevait le serment de ceux qui ne le prêtaient pas entre les mains de
Sa Majesté.
Le grand-maréchal du palais nommait, avec l'agrément de Sa Majesté, et
brevetait le secrétaire, les maîtres d'hôtel, les concierges et toutes
les autres personnes au service du palais ou de la maison, comprises
dans ses attributions, et recevait leur serment.
Le bureau de la poste aux lettres, établi dans chacun des palais
impériaux, était sous la surveillance du grand-maréchal du palais.
Le grand-maréchal du palais était logé et avait une table servie aux
dépens de la couronne.
* * *