Paris, 1er juillet 1804.
J'ai prêté mon serment aujourd'hui à Saint-Cloud, comme dame du palais
de l'impératrice, en même temps que M. d'Aubusson comme chambellan.
Madame de La Rochefoucault seule assistait à cette cérémonie, qui s'est
passée dans le salon bleu, d'une manière assez gaie. Joséphine y a mis
beaucoup de grâce; elle avait rencontré autrefois dans le monde M.
d'Aubusson; il lui a paru très-plaisant de renouveler connaissance avec
lui, en recevant son serment comme impératrice. Elle parle de son
élévation très-franchement, très-convenablement. Elle nous a dit avec
une naïveté tout-à-fait aimable qu'elle était très-malheureuse de rester
assise, lorsque des femmes qui naguère étaient ses égales ou même ses
supérieures, entraient chez elle; qu'on exigeait d'elle de se conformer
à cette étiquette, mais que cela lui était impossible. Madame de La
Rochefoucault, qui s'est fait prier long-temps pour accepter la place de
dame d'honneur, et qui ne l'a fait que par l'attachement qu'elle a pour
Joséphine, se donne une peine infinie pour faire arriver à cette cour
tout le faubourg Saint-Germain. C'est elle qui a déterminé M.
d'Aubusson. Il avait désiré prendre du service comme colonel; il a été
un peu surpris de recevoir, au lieu d'un régiment, une nomination de
chambellan. La formation des maisons de l'empereur et de l'impératrice
occupe tout Paris; chaque jour on apprend le nom de quelque famille de
l'ancienne cour, qui va faire partie de celle-ci. C'est une chose assez
curieuse que l'embarras avec lequel on aborde les personnes de sa
connaissance: incertain si elles ont reçu des nominations, on ne veut
pas se vanter de la sienne; mais apprend-on la leur, on en est enchanté;
c'est une arme de plus pour le faisceau qu'on voudrait former, en
opposition aux mauvaises plaisanteries du faubourg Saint-Germain.