REVUE SUR LA PLACE DU CARROUSEL.--LA GARDE MUNICIPALE.--LA GARDE
NATIONALE.
Nous avons assisté sur la place du Carrousel à une revue de très belles
troupes, composées de gardes nationaux, de soldats de la ligne, et de ce
superbe corps municipal appelé _la garde de Paris_. Ce dernier, il me
semble, remplit dans Paris, depuis la révolution de 1830, les fonctions
policières de ce que l’on appelait anciennement la _gendarmerie_; mais
ce nom étant tombé en discrédit dans la capitale--_les jeunes gens, par
exemple_, considéreraient comme une insulte le nom de gendarme--on a
pris à sa place celui de _garde de Paris_; les _gendarmes_ ne se
trouvent plus qu’en province. D’ailleurs, qu’ils s’appellent d’un nom ou
d’un autre, je ne vis jamais un corps avoir plus belle apparence. Les
hommes et les chevaux, les équipements et la discipline, tout m’y sembla
parfait...
L’apparence de la garde nationale réunie sous les armes, comme à cette
revue, est aussi très imposante. On s’aperçoit au premier coup d’œil que
ce ne sont pas là des troupes ordinaires. Tous les équipements sont en
excellent état, et leurs uniformes, confectionnés non en gros drap de
soldat, mais en drap fin, contribuent à rehausser leur éclat. Inutile de
dire que l’uniforme lui-même, bleu foncé, avec son délicat pantalon
blanc, est particulièrement joli dans une parade; le blanc est beaucoup
plus seyant, à mon avis, que le pantalon rouge des troupes, il est
peut-être moins pratique en campagne.
Le roi et ses fils étaient à cheval. L’état-major entier était brillant
et élégant, et d’un style aussi aristocratique qu’un prince le peut
désirer. Des cris de «_Vive le roi!_» fournis et gais, se faisaient
entendre le long des rangs; et, si cela est un indice des sentiments de
l’armée envers Philippe, le roi peut rester indifférent à toutes les
prédictions de mauvais avenir.
Mais, dans cette cité de contradictions, on ne peut jamais tirer aucune
conclusion sûre de ce qu’on observe; car, cinq minutes après, celui-ci
ou celui-là vient vous affirmer que vous êtes dans l’erreur, que vous
vous abusez complètement, et que c’est le contraire exactement de ce que
vous supposez qui est la vérité. Ainsi, lorsque je racontai dans la
soirée la réception cordiale que les soldats avaient faite au roi le
matin même, on me répondit: «_Je le crois bien, madame; les officiers
leur commandent de le faire_.»
Nous restâmes un bon moment sur le terrain de la revue, et nous vîmes
aussi bien qu’on peut voir du fond d’une voiture. Comme toute parade de
troupes bien équipées et bien commandées, celle-là formait un spectacle
brillant et joli; et en dépit de la caustique réponse à mon enthousiasme
que je viens de vous rapporter, je reste d’avis que le roi Philippe peut
être content de ses troupes et de la manière dont elles l’ont
accueilli...