La plaine s'étend au loin, mollement vallonnée, étalant ses champs
hérissés de chaume ou rayés de sillons bruns, ses prairies à l'herbe
courte et jaunie, ses vignes où se tordent les ceps noirs. Sur la
hauteur, à gauche, s'étage la ville lointaine, les Roches, station
balnéaire, recherchée l'été; ses villas les plus proches se dressent,
éclatantes, sous la lumière crue d'un beau jour de décembre. Un phare,
mince colonne carrée rayée de rouge, une vieille église badigeonnée de
blanc, servant d'amers, et ressemblant à une gigantesque cocotte de
papier, un moulin dont les ailes tournent, se détachent de la masse
confuse des maisons. Au vent salé qui fouette le visage, on devine la
mer, en face; on aperçoit même sa ligne bleue de lin étincelante, où
passent des bateaux, noirs et nets comme des ombres chinoises. Enfin,
dégringolant le long de la côte, à droite, le village du Val, l'église,
dont la massive tour grise s'aperçoit à travers les ramures des arbres
dépouillés.
Assis sur le talus qui borde la route gelée et blanche, un garçonnet de
dix ans, les pieds nus dans des sabots bourrés de paille, vêtu de vieux
habits trop étroits, taille un bâton avec un couteau ébréché. Les
boucles dorées de ses cheveux, s'amassent en auréole autour d'un béret
bleu fané. De temps en temps, il interrompt sa besogne, lève un petit
visage rond, fin et doux comme celui d'une fille, et promène autour de
lui de grands yeux clairs, tristes et inquiets. A ses côtés, un chien
labri, gravement étendu, deux de ses pattes réunies devant lui,
surveille attentivement les allées et venues d'une couple de vaches qui
broutent l'herbe rare du bord du fossé.
Rien, rien sur la longue route! Les carrioles du boulanger et du boucher
sont passées depuis longtemps. L'omnibus de midi, petite boîte carrée,
noire et branlante, vient de disparaître au bas de la côte. Encore un
grand vapeur qui s'en va, là-bas, laissant sa traînée de fumée loin
derrière lui. Mais l'enfant détourne la tête. Il ne veut plus regarder
de ce côté. Cela lui fait trop de peine de les voir fuir l'un après
l'autre, tous ces bateaux, petits et grands: voiliers aux ailes
déployées, palpitant sous la brise, comme ivres d'espoir,
transatlantiques majestueux, sûrs d'eux-mêmes, maîtres de la mer,
déchirant l'air de leur sifflet joyeux et conquérant, envoyant, de
leur long panache gris, comme un dernier adieu. Jamais aucun d'eux ne
ralentira-t-il donc sa marche, ne s'arrêtera-t-il pas pour le prendre?
Hélas! il est si petit et si faible, point à peine perceptible sur la
côte! Il aura beau agiter son mouchoir, pleurer, crier, supplier... ils
ne le verront même pas. Ils passeront, indifférents, ils continueront
leur route vers ces merveilleux pays dont parlent les vieux marins aux
veillées, les pays où le soleil, splendide ne se cache jamais derrière
les nuages noirs, où les rochers sont de corail rose comme les colliers
des femmes riches, où les fleurs de l'air se balancent entre les lianes
flottantes, où les oiseaux, pas plus grands que des mouches, brillants
comme des pierreries, volent autour de vous. Ah! s'en aller ainsi, de
vague en vague, sur cette mer si aimée et si belle! Laisser derrière soi
tout ce qui est laid, tout ce qui est méchant, tout ce qui est lâche,
tout ce qui attriste, dégoûte et fait souffrir, voguer vers l'inconnu,
vers ce qui doit être le bonheur! Non, non, il ne faut pas regarder par
là; tout, ensuite, semble plus sombre, plus terne, plus vilain!
La route, à la bonne heure! Elle est si vivante, si variée! Elle lui
réserve, parfois, de si charmantes surprises! Elle lui apportera
peut-être, un jour, ce qu'il attend. Ce qu'il attend? Qu'est-ce donc?
Eh! il n'en sait rien, ou, s'il le sait, cela lui semble trop beau pour
y croire; il se l'avoue à peine à lui-même. Mais, enfin, les choses
mauvaises ne peuvent durer toujours, n'est-ce pas? Tout change, en ce
monde, avec le temps et la patience, il l'a observé. Les petits enfants
deviennent des hommes, les jeunes gens, des vieillards. Après la
tempête, le calme; après l'hiver, le printemps. Donc, fermement, il
attend.
C'est l'été, surtout, que la route est amusante! On ne voit, alors, que
cavaliers vêtus de flanelle blanche, que belles dames en habits bien
ajustés, à chapeaux d'hommes, toutes raides sur leurs chevaux luisants,
ou à bicyclette, la jupe envolée au vent, précédées ou suivies de
leurs enfants, de leurs maris; automobiles bruyantes aussitôt passées
qu'aperçues, portant des êtres étranges, informes, cachés derrière des
masques, laissant derrière elles un tourbillon de poussière blanche et
une odeur âcre: machines à perdition, inventées par le diable, disent
les vieilles gens du village, et dont il faut se garer du plus loin
qu'on les voit; chars-à-bancs démodés et mal suspendus, omnibus
paisibles, voitures aux rideaux de toile rayée déteints, bondées de
«baigneurs» aux toilettes claires, d'enfants aux joues roses qui rient
en le regardant et semblent heureux. Ils ont des manières polies et
aimables, ils ne crient pas en parlant, ces gens-là, malgré leur
joie. Raymond aime à les observer; il suit les équipages quand ils
ralentissent le pas pour monter la côte, et surprend des fragments de
conversations qui le plongent dans des rêveries sans fin. Des mots lui
font battre le coeur: «Voyons, mon chéri», disait une fois une voix très
douce, «ne le penche donc pas ainsi, tu pourrais tomber!» Chose étrange!
Le petit garçon à qui l'on témoignait cette tendre sollicitude, au lieu
d'en être reconnaissant, en paraissait impatienté! Il ne se souvient
pas, lui, qu'on ait jamais tremblé pour sa vie, que personne se soit
inquiété de ce qu'il peut faire ou ne pas faire, qu'on lui ait jamais
parlé en l'appelant «mon chéri»! Combien cela doit être bon! Il est
libre et détaché, comme cette feuille sèche que le vent pousse devant
lui, et captif, comme celle que l'ajonc sauvage retient dans ses
piquants.
Un jour de la fin d'août, pourtant, il a cru que son rêve se réalisait,
que ce quelque chose qu'il attendait était enfin venu. Une voiture de
forme étrange, traînée par un âne gris et une jument poussive, avait
paru au bas du chemin. C'était comme une vieille petite maison de bois
qui aurait eu des roues. Raymond n'en avait jamais vu de semblable.
Intrigué, il s'était mis à courir pour la contempler de plus près.
Dessous, bercé dans une espèce de hamac de planches, un vieux chien
jaune dormait. Les bêtes allaient sans qu'on s'occupât d'elles. Arrivée
à l'entrée du village, à l'endroit où, après le temple, contre la
fontaine, le gros noyer fait une ombre si épaisse, un homme qu'on ne
voyait pas avait crié quelque chose, de la voiture. Aussitôt, jument et
âne s'étaient arrêtés. Le chien, quittant à regret sa couche, avait
été à la porte de la roulotte recevoir un garçon de douze ans, noir et
maigre comme un grillon, qui s'était mis à dételer aussitôt. Après lui
descendait un vieillard sec, le visage tanné, qui donnait des ordres,
dans une langue étrange et dure, à quelqu'un resté à l'intérieur. Les
gamins s'étaient groupés et regardaient de tous leurs yeux. Qui donc,
là-dedans, répondait de cette voix chantante? D'où venaient ces
grognements et ces bruits de chaînes remuées? Tiens, des ours! oui, deux
gros ours bruns, en vie! L'un après l'autre, au commandement impatienté
du maître, ils descendaient pesamment. Après eux, une jeune fille de
dix-huit ans sautait vivement à terre. Ses cheveux, de la couleur de la
châtaigne mûre, ternes et rudes comme le chaume, étaient partagés au
milieu du front, et s'en allaient, en deux nattes serrées, entourer une
petite oreille, pâle comme un bijou d'ivoire. Une vieille blouse de
coton, d'un rouge déteint, cachait mal son buste hardi et plein; un
mouchoir jaune entourait son cou long et souple; une jupe d'une nuance
brunâtre indécise, tombait, trop courte, de ses hanches rondes, laissant
à découvert des chevilles fines, un pied mince et nerveux.
En un clin d'oil, tandis que le vieux bonhomme, profitant de la foule
curieuse amassée autour de lui, faisait danser les animaux, elle
installait un trépied et une marmite, allumait le feu en chantonnant.
Qu'elle était belle! Jamais Raymond n'avait vu, même parmi les grandes
dames qui passent, l'été, sur la route, un visage aussi lumineux dans sa
magnifique pâleur, aussi rayonnant de grâce sauvage, de jeunesse libre
et heureuse! Quand il s'échappait avec les autres polissons, tout
honteux de n'avoir pas le sou que le vieux réclamait pour le prix du
spectacle, il lui semblait être suivi par les grands yeux sombres, et
voir le rire moqueur qui retroussait sur ses dents, étincelantes comme
l'écume qui borde les rochers, les jolies lèvres, rouges comme la graine
de l'herbe à serpent.
Il avait vite mangé sa soupe pour retourner auprès d'elle. Etendue à
l'ombre, elle dormait, sa petite main hâlée cachant à moitié son fin
visage bistré.
Les ours, couchés en tas sous la voiture, sommeillaient aussi auprès
du chien. Les hommes étaient dans la roulotte. Au bruit de ses pas, la
jeune fille s'était réveillée. Elle avait souri en le reconnaissant et,
d'un signe, l'appelait auprès d'elle.
--D'où viens-tu? osait-il demander, rassuré par la rusticité de la
pauvresse.
--Très loin, _Roussie_! et elle faisait gentiment rouler l'r en
retroussant ses lèvres pures.
--Où vas-tu?
--Là-bas, partout! et sa main montrait l'horizon sans bornes.
--Je veux aller avec toi, s'était-il écrié, transporté. Je ferai la
cuisine pour toi, j'irai puiser l'eau, ramasser le bois; j'allumerai le
feu...
--«Nous, pauvres», avait-elle répondu, redevenant très grave et secouant
la tête énergiquement. «Pain pour trois», et elle montrait trois de ses
doigs effilés, «pas pour quatre», et elle en levait un autre. «Nous
partir, toi rester ici et travailler pour manger».
A ce moment l'homme était sorti de la maison roulante. Sur son ordre
bref, en un rien de temps, les ours étaient rentrés, les bêtes,
attelées, le sol, nettoyé, et la voiture disparaissait, emportant la
vision radieuse....
Seule, une petite place noire, fumante, sous le noyer, prouvait
à l'enfant qu'il n'avait pas rêvé. Raymond y pensait sans cesse.
Reviendrait-elle jamais, la belle étrangère? Ah! s'en aller, s'en aller
comme elle!
--Eh! bien, Nourrisson, cria une voix aigrelette, que fais-tu là? Tu ne
vas donc pas manger la soupe?
Le petit sauta vivement sur la route.
--Ah! c'est toi, La Seiche! Tu m'as fait peur! Le patron est aux Roches
et ne rentrera pas avant une heure. Faut l'attendre. Et toi, ou donc que
tu vas?
--Moi? Ça ne biche guère chez nous. L'argent des vendanges a filé à
acheter des chaussures pour la vieille et un pantalon pour moi. Pas une
fichue croûte de pain pour faire une frottée à l'ail, aujourd'hui.
Je vais voir si je trouve des chancres à la conche. Ça fera pas un
réveillon ben épatant pour c'te nuit, mais, enfin, ça vaudra mieux que
ren. Viens-tu avec moi? J'en avais pris un plein «bayot[26]», y a deux
jours, de chancres, mais, dame, y sont finis, faut recommencer. Et
cette mâtine de mer qui perd presque pas! Alle se fiche du pauv'monde!
Impossib'de prend' des moules et des huîtres! Et les jambes[27]! Compte
là-dessus, mon bonhomme, y en a pas, les gens s'y jettent tous après!
Avec ça, la vieille a pus de travail, rapport à son âge: alle court sur
ses septante-huit ans, sans qu'il y paraisse, la pauv'! On ne la veut
pus nulle part pour gringonner[28]. Alors, quoi, moi je fais des courses,
je vas en ville chercher des provisions pour ceux qui veulent pas se
déranger; mais, depuis que les «baigneurs» ont déguerpi, y a pus ren
à faire. Tout le monde a de tout. C'est un sale métier, tout de même!
Mais, attends un peu que je vienne grand!
[Note 26: Panier de bois.]
[Note 27: Espèce de mollusque, à coquille conique, incrusté dans les
rochers.]
[Note 28: Nettoyer.]
--Qu'est-ce que tu feras?
--Tu le sais ben, je partirai mousse.
--Et ta grand'mère?
--La commune s'en chargera. Tiens, faudra ben, alors! Pauvre vieille,
je pourrai pourtant pas l'amener, la mett' dans ma poche comme mon
mouchoir. Viens-t'en, allons!
--Et les vaches?
--Alles ont pas besoin de toi pour les regarder boulotter, j'pense, et
pis, t'as Blaireau pour les garder.
--Mais il me suivra et les bêtes s'en iront encore dans le champ du père
Brodin et la Poupin me cognera, comme la dernière fois.
--Ah! ouatte! tu n'as qu'à lui lancer des pierres, à ton chien, s'il
veut faire le crampon. Et pis, moi, la mère Poupin, si j'étais à ta
place, ce que je la balancerais!
--Comment?
--Ben, je l'enverrais paître avec ses bêtes! Une femme laide comme une
chenille et méchante comme un âne rouge!...
--Mais non, mais non, elle n'est pas tant vilaine que cela; et, des
fois, elle est bonne! et puis, c'est ma nourrice, je l'aime bien, moi,
je ne veux pas qu'on en médise; elle m'a gardé, tu sais!
--J'crois ben! pour te faire faire la besogne du beau Nestor, le prince
héritier, au nez camard, qu'a des cheveux comme des baguettes de
tambour.
--Elle me nourrit, m'habille...
--Alle ne te laisse pas tout à fait mourir de faim, faut êt' juste, et
t'empêche de crever de froid grâce aux frusques râpées du dit avorton.
--Mais, je ne lui suis rien, moi, pense donc, et je coûte, à élever!
--Ah! nom d'une peau-bleue, si ça ne fait pas suer! Il ne manquerait pus
que cela qu'alle te flanquât à la porte, comme un chien! Et pis, pas si
bête, ne lui sers-tu pas de domestique? Et un domestique qu'alle paye
même pas, qui ne peut pas la planter là si alle l'embête. Dame, c'est
queuqu' chose, ça, ça vaut ben le lard rance et les patates gelées
qu'alle te donne. Sais-tu ce que tu devrais faire, toi? Quand je
partirai mousse, faudra t'en veni' avec moi.
--Oh! oui, je veux bien, mais quand?
--Le grand Bidard, tu sais, qu'est noir comme un' taupe et qu'a deux
dents cassées devant, que, même, c'est très commode pour tenir la pipe,
y connaissait mon père, y ont fait quasiment le tour du monde ensemb'. Y
me prendra sur son bateau, dans deux ans. J'en aurai quatorze: faut ça,
pour être assez fort. J'suis trop plat, encore, paraît, j'filerais
entre les planches. C'est vrai qu' c'est pas le fricot que j'mange qui
m'gonfle! Toi, t'es plus rembourré que moi, ça fera ren qu' tu sois pas
si vieux. Et ce qu'on rigolera, nous deux!
--Deux ans! attendre encore deux ans! murmura Raymond en soupirant.
Il fixait son regard sur le visage blême, en lame de couteau, sur les
petits yeux perçants et verts de son ami, pour voir s'il disait vrai, et
le suivait distraitement. Il pensait à cet avenir, si tentant mais si
lointain, sur la mer attirante. Ah! pourquoi ne pouvait-il pas s'élancer
tout de suite vers cet inconnu tant désiré?
Ils étaient arrivés à la plage. Grimpés sur les rochers que la mer
abandonnait peu à peu, ils fouillaient les «lagottes» du bout de leurs
bâtons pointus. Les crabes peureux se cachaient hâtivement sous les
pierres; mais les enfants, habiles à les découvrir, tout gris entre les
fentes grises, emplissaient le «bayot».
--Dis-moi, c'est-y bien dur les premiers temps qu'on est mousse? demanda
Raymond.
--Pour sûr, bonnes gens, qu'on est pas couché su d'la plume et qu'on
n'vous sert pas vot' chocolat tout chaud dans vot' lit, l'matin, comme
ces flemmards de baigneurs qu'étaient près de cheux nous, c't été--en
v'là un beau! tiens! trape-le donc, il s'en vient vers toi! Ah! le
singe! le voilà ensauvé! Mazette, va!--Par exemp'e, faut pas avoir des
rhumatis, ni une asiatique, faut savoir grimper aux mâts comme les chats
aux arbres. Moi, ça me va.
--Et moi aussi, je suis leste.
--Et pis, y a la noyade.
--La noyade?
--Oui, ou le baptême, comme tu voudras: histoire de vous faire faire
connaissance avec la mer. Les matelots vous attachent par le milieu
du corps avec un bon câble et vous jettent à l'eau comme un harpon:
débrouille-toi, mon petit! De temps en temps, le patron tire la corde:
«La soupe est-elle trop salée?» qu'y demande. Si vous avez la frousse,
y vous laisse mijoter pus longtemps. Sinon, au bout d'un quart d'heure,
vingt minutes environ, y vous tire. Quand on a ainsi bu cinq ou six fois
à la grande marmite, on sait nager, si on n'est pas une andouille. Le
chiendent, c'est qu'y a les requins qui vous avalent comme une pistache.
Lorsqu'on veut vous ramener à bord, ni vu ni connu, mon ami, y a pus ren
au bout du filin; seulement, sur la mer, tout juste un peu de rouge.
Mais c'est rare pourtant: y ne disparaît guère pus de vingt sur cent de
ceux qui vont à l'eau. Mais, quoi? On ne fait pas d'omelette sans casser
des oeufs!--Pige-moi ce gros père!--Et pis, y a les quatre-vingts qui se
tirent d'affaire: on peut être de ceux-là! Le plus fichant, pour
moi, c'est la peau-bleue. Ah! par exemple, j'en aurais peur.--Oh! le
sacripant! il m'a échappé!
--La peau bleue! qu'est-ce que c'est que ça?
--Voilà! C'est un poisson quasiment grand comme un requin et qu'on ne
voit pas parce qu'il est couleur de la mer. Paraît même qu'il est très
joli; l'animal! N'empêche que j'ai pas envie de faire sa connaissance.
Il aime, de préférence, la viande des mousses, qui pèse moins sur
l'estomac, et, quand y voit un bateau, y le suit sournoisement. Gare à
celui qui tombe dans l'eau, alors! Y passe ras de vous, vous ne le voyez
pas, y vous déguste une jambe ou deusse, ou un bras, vous ne sentez ren,
ça saigne même pas, tant c'est proprement fait. On vous tire: adieu mes
bourgeois, impossible de danser un bal de Saintonge, vous n'êtes pus
qu'un mognon!
--Oh! c'est-y vrai, cela?
--Vrai, comme j'ai mangé-du chat crevé tout cru avec son poil, un jour
que j'avais l'estomac dans les talons.
--Pas possible!
--Oui, mon fi. T'as pas besoin de frissonner et de me regarder comme si
j'allais t'avaler, toi aussi, comme le chat. Mais, pauv' innocent, tout
cela n'est ren à côté de ce qui vous attend quand vous êtes matelot!
C'est alors que ça devient chouette! Faut pas faire le délicat et
tourner le museau quand le menu ne vous convient pas. Faut savoir se
boucher le nez et croquer dur, ou ben se serrer le ventre. Faut avoir
peur ni des coups de canon, ni des peaux-bleues, ni de la tempête, ni
des sauvages, qui vous enlèvent le cuir du crâne comme moi je t'ouvre
cette huître, afin de se faire des fourrures avec vot' perruque.--C'est
pas la peine de prend' ces p'tits, y a ren dedans, faut les laisser
deveni' gros. Toi, tu seras jamais un loup de mer, t'as pas de courage,
te voilà pâle comme un Christ, déjà!
--Oh! j'ai pas peur de ça, mais... les vaches! regarde, voilà Blaireau,
il les a lâchées... n'entends-tu pas qu'on m'appelle? Il me semble que
c'est Nestor...
Une voix criarde arrivait jusqu'à eux malgré le bruit des vagues:
--Raymond, grand paresseux, où es-tu?
Et un enfant de dix ans parut, tout essoufflé, sur la falaise, entre les
yeuses couchées par le vent du large.
--Ah! c'est le Dauphin, dit La Seiche. Attends un peu, je m'en va lui
faire son affaire, pour lui apprend' à veni' nous moucharder jusqu'ici.
Qu'il reste dans ses champs, le terrien! Sur la plage, je suis cheux
moi!
--Je viens! cria Raymond, et il montait rapidement la côte lorsqu'un
galet, adroitement lancé, atteignit Nestor au front et lui fil une
petite blessure; il poussa un juron retentissant; le sang coula.
Le «nourrisson» était atterré. Certes, il n'aimait pas le méchant
garnement, faux et cruel, qui le faisait punir sans cesse, l'humiliait,
le traitait de mendiant, lui rappelait vingt fois par jour qu'il n'était
qu'un enfant abandonné par une femme inconnue, et oublié sans doute, par
elle. Ah! comme il lui faisait méchamment sentir sa supériorité de
fils de la maison, d'enfant légitime, aimé, choyé, ayant du bien, une
famille, un avenir assuré! Oui, Nestor n'avait que ce qu'il méritait, le
lâche? Mais sa mère, mais la Poupin? Il l'aimait, elle, bien qu'il la
redoutât. Lorsque tout allait à souhait et qu'ils étaient seuls, tous
deux, elle lui disait, parfois, une bonne parole. Elle était l'unique
être au monde, l'uni que lien auquel sa petite âme d'enfant solitaire
pût se rattacher. Que penserait-elle de lui?
«Je le dirai à maman», tel était l'éternel refrain de Nestor, dès que le
pauvre petit se révoltait et cherchait à secouer le joug. Et, ce qu'il
disait à «maman» était toujours si odieux, si outrageusement faux,
que Raymond était pris pour lui d'une aversion invincible. Oh! ne pas
pouvoir seulement le convaincre de mensonge, le vilain traître! Mais on
le croyait toujours, lui, le fils, et l'étranger, jamais.
--Ces sangsues-là, disait le père nourricier, ne se servent de leur
langue que pour tirer le sang des veines et pour mentir.
Raymond trouva son frère de lait en train d'étancher sa coupure avec son
mouchoir malpropre. Blême, les lèvres serrées, il ne dit rien, d'abord,
mais ses petits yeux noirs, luisants et comme pointus dans son plat
visage sans couleur, avaient un air de triomphe insupportable.
--Ce n'est pas moi... murmura le pauvre garçon.
--Non, c'est moi, p't-êt'. C'est pas toi, non pus, qu'as quitté les
vaches pour t'en aller courailler avec ce vaurien de La Seiche, n'est-ce
pas? Que même elles sont entrées dans le champ à Brodin, comme la
semaine dernière. T'as bien gagné ta journée, ton affaire est bonne, ma
fine! T'avais donc oublié que c'est la veillée de Noël, ce soir? Même
que la mère a acheté queuqu' chose pour mett' dans ton sabot: ce sera
pour moi, cette année encore, comme l'année dernière, mon drôle!
C'est un beau couteau, je l'ai vu dans le tiroir du buffet, ça m'ira
joliment ben: juste que j'ai perdu le mien hier.
Raymond pâlit; ce couteau, il le désirait tant, et depuis si longtemps!
La Poupin le lui promettait toujours «s'il était sage». Pour, le gagner,
il avait travaillé avec courage tout l'été.
--Mais c'est pas moi qu'ai jeté le caillou, tu le sais bien, puisque je
m'en venais vers toi et que le coup est parti d'en bas.
--J'en sais rien; j'ai vu que toi. Tu paieras pour les deux. Allons,
avance! Et l'oie, ce soir, au réveillon, t'en auras pas, et moi j'en
aurai jusque-là, ton morceau et le mien, pardine! Cela te fait bisquer,
hein, ventre vide?
Raymond était pâle d'indignation.
--Garde le couteau et mange toute l'oie, si tu veux, dit-il, mais ne dis
pas des menteries, ne dis pas que c'est moi qui t'ai lancé le caillou.
Ta mère croira que je suis un mauvais coeur, ce qui n'est pas vrai.
--Et le père te caressera l'échine à coups de trique. C'est cela qui te
fait peur surtout, avoue-le? Bah! une petite bastonnade rabattra un
peu ton caquet, défrisera ta belle perruque, te fera maigrir, car nos
monjettes te profitent que tu sois rond et plein comme un barricot.
Les enfants approchaient delà maison, longue bâtisse à un étage dont les
quatre fenêtres et la porte s'ouvraient sur un jardin potager, où, entre
des carreaux de légumes, se dressaient quelques tiges de soleils, brûlés
par la gelée. Une plaie bande de violettes longeait le mur badigeonné
de jaune pâle; un cep de vigne s'étendait en tonnelle au-dessus de la
porte, servant d'abri, en été, à la cuve pour la lessive. L'étable
s'ouvrait dans la cour, de l'autre côté de la maison. Les enfants
entrèrent par là. Des poules, des canards mangeaient en caquetant le
grain qu'on venait de leur lancer, tandis que Blaireau, paisible et la
conscience tranquille, allait s'installer au chaud contre la meule de
paille, près du fumier.
La Poupin venait d'arriver. La petite voiture à bras qui lui servait à
porter le lait en ville n'était pas encore remisée.
--Te voilà, mauvais sujet, propre à rien, cria le maître, sortant de
l'étable où il venait de ramener les vaches. C'est ainsi que tu gagnes
le pain que tu manges! Tu vas voir ce qu'il t'en coûte d'aller te
balader sur les conches comme un bourgeois, avec les polissons de ton
espèce.
Poupin, furieux, s'approchait de l'enfant qui tremblait, lorsque des
cris perçants, partis de la maison, l'arrêtèrent.
--Oh!... oh!... hurlait la nourrice, paraissant sur le seuil, la voix
changée par l'indignation et la colère, oh! le sans-cour, l'ingrat!
Jamais je n'aurais cru cela de lui! Faut que je le voie de mes quittes
yeux pour le croire! Tant de malice, à son âge, et contre qui? Contre
notre garçon qu'a bu le même lait, qu'a mangé le même pain que lui,
quasiment son frère! Il lui a fendu la tête d'un coup de pierre; le
voilà marqué pour la vie!
--Le gueux! Attends un peu que je lui fasse passer l'envie de
recommencer!... Et le paysan, saisissant une fourche qui traînait,
allait en frapper Raymond, mais celui-ci, d'un bond, fut hors de sa
portée. Il se mit à courir de toutes ses forces, suivi du bonhomme qui
jurait et de Nestor qui, subitement guéri, s'élançait de son côté. Il
eût été pris si, brusquement, il n'avait tourné court; en quelques
enjambées il disparut derrière la maison, grimpa lestement le long du
cep de vigne, entra par une fenêtre et se trouva dans le grenier à
fourrage. Il se blottit dans le foin et, immobile, le coeur battant, il
attendit. Par la trappe de l'étable restée ouverte, il entendait tout ce
qui se disait en bas.
--Où peut-il ben être passé? s'écriait la Poupin, soudain alarmée.
Pourvu qu'il n'ait pas été se jeter dans le puits! Il a la tête près du
bonnet, le drôle: ces mauvaises graines-là, qui viennent d'on ne sait
où, ça a souvent des idées pas comme les aut...
--Bah! y a pas de danger! il est ben trop capon pour se détruire. Et
pis, après, tant mieux! bon débarras! De cette espèce-là, y a toujours
assez.
--Oh! comment peux-tu dire... c'est pas chrétien cela! Faut jamais
souhaiter la mort de personne, ça porte malheur. Et ensuite, pis, tu
n'y penses pas, quelle affaire! Jaserait-on assez dans le village, en
ferait-on des potins, bonnes gens! La gendarmerie viendrait mett'
son nez partout par ici, on nous accuserait d'avoir fait disparaît'
l'enfant, on nous fourrerait en prison, qui sait? Et tout de même, vrai,
pauv' petit, faudrait pas. Un caillou est vite parti. Mais d'un, à son
âge, en a fait autant. Y peut ben s'ennuyer, après tout, d'être pas
comme les aut'.
--Pauv' p'tit, en effet, qui mange le bien du nôt', qui devient gras des
morceaux qu'il lui prend, qu' a, même, voulu le tuer! T'as ben de
la compassion à perdre ma fine! Garde-la pour ceux qu' en sont pus
méritants. C'est un vaurien, une canaille, un criminel que j't' dis.
J'en ai assez de sa tête de mouton frisé, de ses yeux qu' ont toujours
l'air de vous reprocher queuq' chose. Quoi, je vous l' demande? T'as
voulu le garder, v'là ta récompense; alle est jolie!
--Y travaille pourtant ben.
--Manquerait pu que ça qu'y ne fichât ren! Et nous, nous nous tournons
les pouces, p'têt'?
--Si t'allais seulement un peu voir, Augustin, tout d'même...
Augustin s'en alla en grognant et, lentement, se dirigea vers le puits
qui se trouvait auprès des carreaux de légumes, du côté de la maison par
lequel l'enfant avait disparu.
--Tu m'as dérangé pour ren, dit-il, en revenant de mauvaise humeur. De
c'te fois y n'est pas nayé; il a seulement décampé: bon voyage! S'y
pouvait ne jamais reveni'!...
L'enfant écoutait, palpitant. Qu'allait répondre la Poupin? Elle ne dit
rien. Ils passèrent dans la cuisine, et Raymond entendit le bruit des
cuillères dans les assiettes de soupe.
Il avait faim, mais il ne songeait guère à manger. Quelque chose lui
serrait la gorge à l'étouffer. Il sortit sa tête de dessous le foin,
une tête très pâle, où des yeux clairs brillaient, hagards, dans
l'obscurité.
Alors c'était vrai, vrai de vrai, on en avait assez de lui! Son père
nourricier et Nestor le détestaient, il le savait depuis longtemps; ne
lui répétaient-ils pas toujours les mêmes humiliantes paroles: qu'il
leur était à charge, qu'il mangeait plus qu'il ne travaillait? Mais
sa nourrice, jusqu'ici, le défendait faiblement. Aujourd'hui, elle
l'abandonnait. Ce qui l'avait émue, d'abord, ce n'était pas la peur
qu'il fût noyé, c'était la crainte des ennuis qui résulteraient de sa
mort, le bruit, les gendarmes, les fouilles dans la maison. Débarrassée
de ce souci, elle acceptait l'idée qu'il ne reviendrait pas et,
tranquillement, prenait sa soupe, comme si sa vie, à lui, ne venait pas
d'être arrachée!
Ah! comme il l'aimait pourtant, cette ingrate, cette cruelle qui, après
l'avoir si longtemps protégé, le laissait s'éloigner sans un regret,
sans un mot de rappel! Tant de liens rattachaient à elle! Il se
souvenait de telle caresse qu'elle lui avait faite dans son enfance,
de telle intonation plus douce de sa rude voix, qui lui avait
délicieusement dilaté le coeur. Il se disait, parfois, en regardant sa
figure grossière et hâlée sous la sévère quisnotte noire: «C'est vrai,
pourtant, je n'ai ni père, ni mère, ni frère, ni soeur, ni oncle, ni
tante, ni cousin, ni cousine, comme les autres, mais j'ai ma nounou. Ce
sont ces bras qui me portaient quand j'étais trop petit pour marcher,
c'est sur cette poitrine que j'étais bercé, que je m'endormais. C'est
son lait qui m'a nourri. Elle pouvait me mettre dehors, m'abandonner:
elle ne l'a pas fait: elle est bonne. Et il trouvait je ne sais quel
charme à ce visage si dur, pourtant. Elle était pour lui, à défaut d'une
autre, meilleure et plus chère, celle auquel l'être jeune a besoin de
rattacher sa vie, le rameau qui porte le bouton naissant, la direction,
la protection, l'abri. Et il fallait s'éloigner d'elle!... S'il avait pu
la voir, se levant hâtivement pour cacher son assiette presque pleine,
et essuyant une larme du revers de sa rude main...
Oui, il fallait partir puisqu'elle avait assez de lui. Quelque chose
de plus fort que toutes les raisons le décidait brusquement. Mais où
irait-il? La bohémienne l'avait repoussé, il était trop jeune pour être
mousse, trop faible pour se placer comme domestique. Partout, hélas!
encore, il mangerait plus qu'il ne travaillerait; partout il serait
un fardeau. Qui donc l'aimait dans ce monde si grand, lui, si petit!
Blaireau, peut-être, et encore... Justement un froissement dans le foin
lui apprit que le chien le cherchait. Il s'approcha, bondit vers lui, la
queue frétillante, la langue pendante de plaisir. Il le regardait de
ses bons yeux d'or, phosphorescents dans l'obscurité. Il allait japper,
comme pour lui demander ce qu'il faisait là, à jouer, tout seul, sans
avertir les camarades, au lieu d'aller à la soupe comme les autres. Mais
l'enfant lui dit à voix basse: «Tais-toi, Blaireau, on veut me batt', tu
me ferais prend'!» Le chien se tut, et, comprenant que son ami avait du
chagrin, se mit à lécher sa main tendrement. Raymond entoura de ses
bras le corps frémissant de la bonne bête, y appuya sa tête brûlante et
éclata en sanglots.
Ah! où aller, où aller? L'instituteur, qui l'aimait tant autrefois,
quand il était son élève docile et appliqué, ne lui rendait plus son
salut, depuis le jour où Nestor avait faussement accusé son frère de
lait d'avoir mangé les belles pêches, gardées avec tant de soin dans
l'espalier du jardin de l'école.
--Qui a fait le coup? avait demandé le maître, de sa grosse voix qui
imposait le respect à la bande indisciplinée.
--Ce doit être le nourrisson de la Poupin, avait dit quelqu'un.
--C'est lui, affirma Nestor. Je lai vu, il était avec «La Seiche».
Ce nom de «La Seiche», larron fieffé, que Raymond avait le tort d'avoir
pour ami, avait décidé l'opinion contre lui. Et puis, d'après la logique
humaine, si injuste souvent, le menteur et le voleur devait être le
petit pauvre, élevé par charité, envieux, par conséquent, et non pas un
de ces enfants heureux et choyés. Raymond avait eu beau protester, on ne
l'avait même pas écouté. Le maître avait ajouté tristement:
--Je n'aurais jamais cru cela de toi, mon enfant--et n'en avait plus,
reparlé. Mais le pauvre garçon gardait au coeur un chagrin autrement
cuisant que s'il avait été puni.
Une rancune lui était restée de se voir injustement accusé sans qu'il
lui fût seulement permis de se défendre. Il en voulait à ses camarades,
à ces heureux gaillards qui, tous, avaient une maison, une maman, un
nom, qui n'étaient le «nourrisson» de personne.
D'ailleurs, bientôt, à son grand regret, il n'allait plus à l'école dont
il aimait la vaste classe aérée, claire, ornée de gravures pour les
leçons de choses, et de grandes cartes de géographie où il cherchait les
magiques noms des mers lointaines qu'il parcourrait un jour. Il n'avait
plus la fierté, lorsqu'il avait bien travaillé, d'accompagner le maître
dans la salle de la mairie, sorte de cuisine carrelée, dont les murs
blanchis à la chaux étaient cachés par les casiers en planches des
registres; où, sur la vaste cheminée, trônait un buste en plâtre de la
République au-dessous d'un portrait de Monsieur Carnot.
Alors, de plus en plus, il s'était lié avec Jules Nourrit, surnommé «La
Seiche» à cause de sa maigreur extrême, un vaurien sûrement, mais un
malheureux comme lui. Il était bon, au moins, celui-là. Il ne l'appelait
pas de noms infamants. Resté seul d'une famille de pêcheurs avec sa
vieille grand'mère qu'il adorait, il avait, lui aussi, quitté de bonne
heure l'école pour gagner son pain. Il travaillait lorsqu'il trouvait de
l'ouvrage, faisant tous les métiers, péchant, et même «chopant», comme
il disait, de ci, de là, quand il n'y avait rien au logis. Plusieurs
fois il avait entraîné Raymond à mal faire. Ensemble n'avaient-ils pas
volé la dinde de Monsieur le curé, une belle bête, ma foi, fine et
bien en chair; que la vieille Angèle engraissait avec amour pour le
réveillon, l'année dernière! Depuis lors, le prêtre, si bon jusque-là,
lui gardait rancune.
--Ce nourrisson de la Poupin, avec sa ligure de chérubin, m'a bien
trompé, disait-il en secouant sa tête grisonnante. Il tournera mal. Bon
chien chasse de race, mauvais chien vole d'instinct.
Certes, le pauvre petit n'avait pas mangé un seul morceau de la bonne
dinde, mais la grand'mère s'en était régalée huit jours durant; et,
comme disait son ami:--«Autant valait qu'elle fût dans sa vieille
carcasse que dans la grosse panse à Monsieur le curé.» Raymond trouvait
ce raisonnement très juste et n'avait aucun remords de sa mauvaise
action.