Une nuit, les quatre vents, des quatre coins du ciel, se mirent à
souffler à la fois! Ce fut une si terrible tempête, sur la terre et sur
la mer, que les toits des maisons ruinées s’envolaient ainsi que des
nids d’oiseaux et que les plus grands navires, voiles arrachées et mâts
rompus, tournaient dans l’air comme une toupie sous le fouet d’un
enfant. Aucun chêne ne résista à la poussée furieuse des souffles. On
entendait, parmi les rafales, des craquements énormes, à cause des
forêts qui se couchaient sur le sol plus vite qu’une herbe foulée aux
pieds; l’effondrement des montagnes roulait en torrents de sapins et de
rocs; et la nuit était noire parce que la tempête avait éteint toutes
les étoiles. Vous pensez si l’enfant eut peur pour la petite flamme
bleue! Certainement, elle ne pourrait pas résister, si chétive, à
l’acharnement des vents. Réfugié dans la crevasse d’un mont qui ne
s’était pas encore écroulé, il essayait, joignant les mains, de la
garantir, autant que possible, de la forcenée bourrasque; mais un
redoublement de tempête s’engouffra dans le creux de la roche; il fut
renversé, tomba sur les pierres, défaillit, le front saignant. Quand il
sortit, le lendemain, de pâmoison, il se prit à pleurer. Le moyen
d’espérer que la jolie lueur n’était pas morte dans cette nuit
formidable où les astres eux-mêmes avaient cessé de briller? Mais il
vit, à travers ses larmes, un reflet tremblant de clarté sur un marbre
tombé là. O adorable prodige! Il avait toujours au front la petite
flamme bleue.
Quelques semaines plus tard, par une tiède matinée de juin,--marchant
toujours vers le jardin de la Joie et des Rêves,--il traversait une
vaste plaine où il n’y avait pas une maison, pas un arbre. Il s’étonna
d’apercevoir, au loin, vers la ligne de l’horizon, quelque chose de
long, de sombre et de lisse, avec des blancheurs par endroits, qui
s’avançait peu à peu, comme un rempart vivant détaché du ciel, dans un
profond et grossissant murmure. Il ne tarda pas à reconnaître que, ce
qui s’approchait, c’était une masse énorme d’eau! Une inondation, telle
que jamais encore il n’y en avait eu de pareille, envahissait
irrésistiblement la plaine; et toute la terre, dans un instant, ne
serait plus qu’une mer immense. L’enfant trembla de peur; non pas pour
lui-même, mais pour la petite flamme. Elle serait vaincue par l’onde, si
elle avait été victorieuse du vent. Il se mit à fuir, courant à perdre
haleine. Vainement. Le flux énorme le suivait, le suivait, le gagnait de
vitesse, l’atteignit, l’emporta. Pendant bien des heures,--tantôt
surnageant, tantôt couvert par l’humide lourdeur,--il fut une épave
roulant dans l’eau qui coule; et, quand l’inondation eut atteint un
désert brûlant dont les sables la burent, quand il fut couché sur les
fleurs d’une oasis, il sanglota, navré de n’avoir point péri. Car, cette
fois, c’en était fait, il était sûr de ne plus avoir la douce lueur au
front. Elle avait dû s’éteindre, à jamais, dans la froideur de l’eau. Il
poussa un cri de joie. Là, dans la flaque d’un creux de sable, tremblait
un reflet d’or et d’azur. Elle vivait toujours, la petite flamme bleue!
Dès lors il connut le bonheur de l’espoir sans trouble et de la
certitude. Ayant répudié tous les doutes, il marcha fièrement à la
conquête de son rêve. Puisque la vivace clarté avait triomphé de la
rafale et des flots, il était sûr d’entrer dans le miraculeux Jardin qui
ouvre, de l’autre côté de l’ombre, sa porte de diamant.