Comme elle se promenait, peu de temps avant les noces, dans le verger,
une vieille femme s’approcha d’elle, demandant l’aumône, puis, tout à
coup, recula avec un cri, comme quelqu’un qui a failli marcher sur un
crapaud.
--Ah! ciel! qu’ai-je vu!
--Qu’avez-vous, ma bonne femme, et qu’est-ce que vous avez vu? Parlez.
--La plus laide chose de la terre!
--A coup sûr, ce n’est point moi, dit Jacinthe en souriant.
--Hélas! si, pauvre enfant, c’est vous. Il y a bien longtemps que je
suis au monde, mais jamais encore je n’avais rencontré une personne
aussi affreuse que vous l’êtes.
--Je suis laide, moi?
--Cent fois plus qu’on ne saurait l’exprimer.
--Quoi! mes yeux?...
--Ils sont gris comme la poussière, mais ce ne serait rien si vous ne
louchiez pas de la façon la plus désagréable.
--Ma peau...
--On dirait que vous avez frotté de charbon pilé votre front et vos
joues.
--Ma bouche...
--Elle est pâle comme une vieille fleur d’automne.
--Mes dents...
--Si la beauté des dents était d’être larges et jaunes, je n’en
connaîtrais pas de plus belles que les vôtres!
--Ah! du moins, mes oreilles...
--Elles sont si grandes, si rouges et si poilues, sous vos cheveux de
filasse, qu’on ne peut les regarder sans horreur. Je ne suis point
jolie, moi-même, et cependant je pense que je mourrais de honte, si j’en
avais de telles!
Là-dessus la vieille femme--ce devait être quelque méchante fée amie de
la méchante reine,--s’enfuit en jetant un mauvais éclat de rire, tandis
que Jacinthe se laissait choir, tout en pleurs, sur un banc, entre deux
pommiers.