III

On juge de l’embarras où se trouvèrent le roi et la reine! Ce n’était

pas à des ambassadeurs, cette fois, qu’il fallait répondre, mais à leur

fille elle-même, suppliant, pleurant, jurant qu’elle ferait une maladie

si on ne la mariait avec son amoureux, et qu’elle en mourrait à coup

sûr. D’autre part, le prince Diamant n’était pas de ceux qu’il est

facile d’évincer; il était fils de l’empereur de Golconde, il pouvait

mettre en campagne contre ses ennemis quatre ou cinq armées dont une

seule eût suffi à ravager plusieurs royaumes; il y avait donc tout à

craindre de sa colère, et il ne manquerait pas de s’irriter grandement

si la princesse lui était refusée. L’instruire du sort affreux réservé à

Isoline, ce n’était pas pour sortir de gêne; il n’aurait pas ajouté foi

à un récit aussi peu vraisemblable, aurait cru qu’on voulait se moquer

de lui. Si bien qu’attendris par leur fille et s’effrayant du prince, le

roi et la reine en vinrent à se demander s’ils ne feraient pas aussi

bien de laisser aller les choses comme si aucun désastre n’en devait

résulter; il se pouvait, d’ailleurs, que la fée Urgande, après tant

d’années, eût renoncé à sa vengeance. Enfin, non sans beaucoup

d’hésitations, d’excuses, de retards, ils consentirent à l’hymen des

deux amants, et jamais on n’avait vu, même dans une noce royale, de

mariée plus belle, ni de plus heureux marié.

Les oiseaux bleus · 第 15 / 74 题