On juge de l’embarras où se trouvèrent le roi et la reine! Ce n’était
pas à des ambassadeurs, cette fois, qu’il fallait répondre, mais à leur
fille elle-même, suppliant, pleurant, jurant qu’elle ferait une maladie
si on ne la mariait avec son amoureux, et qu’elle en mourrait à coup
sûr. D’autre part, le prince Diamant n’était pas de ceux qu’il est
facile d’évincer; il était fils de l’empereur de Golconde, il pouvait
mettre en campagne contre ses ennemis quatre ou cinq armées dont une
seule eût suffi à ravager plusieurs royaumes; il y avait donc tout à
craindre de sa colère, et il ne manquerait pas de s’irriter grandement
si la princesse lui était refusée. L’instruire du sort affreux réservé à
Isoline, ce n’était pas pour sortir de gêne; il n’aurait pas ajouté foi
à un récit aussi peu vraisemblable, aurait cru qu’on voulait se moquer
de lui. Si bien qu’attendris par leur fille et s’effrayant du prince, le
roi et la reine en vinrent à se demander s’ils ne feraient pas aussi
bien de laisser aller les choses comme si aucun désastre n’en devait
résulter; il se pouvait, d’ailleurs, que la fée Urgande, après tant
d’années, eût renoncé à sa vengeance. Enfin, non sans beaucoup
d’hésitations, d’excuses, de retards, ils consentirent à l’hymen des
deux amants, et jamais on n’avait vu, même dans une noce royale, de
mariée plus belle, ni de plus heureux marié.