A seize ans, la princesse Isoline était si belle que, par toute la
terre, il n’était bruit que de sa beauté; ceux qui la voyaient ne
pouvaient se défendre de l’adorer, et ceux qui ne la voyaient point ne
laissaient pas d’en être épris à cause de ce que publiait la renommée.
De sorte que, de tous les pays, des ambassadeurs venaient à la cour de
Mataquin demander la main de la princesse pour les plus riches et les
plus puissants monarques. Hélas! le roi et la reine, avertis de l’avenir
promis à leur enfant, ne savaient que répondre; il eût été imprudent de
marier une demoiselle qui, la nuit de ses noces, devait être si
étrangement métamorphosée. Ils congédiaient les ambassadeurs avec
beaucoup d’égards, sans consentement ni refus, et se désolaient autant
qu’il est possible. Quant à Isoline, à qui l’on avait laissé ignorer son
cruel destin, elle se souciait fort peu d’être épousée ou non; son
innocence ne s’inquiétait pas de cela; pourvu qu’on la laissât jouer
avec sa poupée et avec son petit chien dans les allées du jardin royal,
où les oiseaux lui disaient: «Votre voix est plus douce que la nôtre»,
où les roses lui disaient: «Nous sommes moins roses que vos lèvres»,
elle se montrait satisfaite, ne demandait pas autre chose; elle était
comme une petite fleur qui ne sait pas qu’elle doit être cueillie.
Mais un jour qu’elle était occupée à nouer une tige de liseron au cou de
son bichon qui jappait d’aise, elle entendit un grand bruit sur la route
voisine; elle leva les yeux, elle vit un cortège magnifique en marche
vers le palais, et, à la tête du cortège, sur un cheval blanc secouant
sa crinière, il y avait un jeune seigneur qui avait si bonne façon, avec
une beauté si éclatante, qu’elle en eut la vue éblouie et le cœur tout
troublé. «Ah! qu’il est aimable!» pensa-t-elle; et, songeant pour la
première fois à de telles choses, elle s’avoua que, s’il avait
l’intention de la demander en mariage, elle n’en éprouverait aucun
déplaisir.
Le jeune seigneur, cependant, par-dessus la haie fleurie, avait aperçu
Isoline; il s’arrêta, charmé aussi.
--Veuillent les bonnes fées, s’écria-t-il, que vous soyez la fille du
roi de Mataquin! car je viens pour l’épouser, et il n’y a rien sur la
terre d’aussi charmant que vous.
--Je suis la princesse Isoline, dit-elle.
Ils ne parlèrent plus, se regardant toujours; à partir de ce moment, ils
s’aimèrent d’une tendresse si ardente qu’il n’y a pas de mots pour
l’exprimer.