II

A seize ans, la princesse Isoline était si belle que, par toute la

terre, il n’était bruit que de sa beauté; ceux qui la voyaient ne

pouvaient se défendre de l’adorer, et ceux qui ne la voyaient point ne

laissaient pas d’en être épris à cause de ce que publiait la renommée.

De sorte que, de tous les pays, des ambassadeurs venaient à la cour de

Mataquin demander la main de la princesse pour les plus riches et les

plus puissants monarques. Hélas! le roi et la reine, avertis de l’avenir

promis à leur enfant, ne savaient que répondre; il eût été imprudent de

marier une demoiselle qui, la nuit de ses noces, devait être si

étrangement métamorphosée. Ils congédiaient les ambassadeurs avec

beaucoup d’égards, sans consentement ni refus, et se désolaient autant

qu’il est possible. Quant à Isoline, à qui l’on avait laissé ignorer son

cruel destin, elle se souciait fort peu d’être épousée ou non; son

innocence ne s’inquiétait pas de cela; pourvu qu’on la laissât jouer

avec sa poupée et avec son petit chien dans les allées du jardin royal,

où les oiseaux lui disaient: «Votre voix est plus douce que la nôtre»,

où les roses lui disaient: «Nous sommes moins roses que vos lèvres»,

elle se montrait satisfaite, ne demandait pas autre chose; elle était

comme une petite fleur qui ne sait pas qu’elle doit être cueillie.

Mais un jour qu’elle était occupée à nouer une tige de liseron au cou de

son bichon qui jappait d’aise, elle entendit un grand bruit sur la route

voisine; elle leva les yeux, elle vit un cortège magnifique en marche

vers le palais, et, à la tête du cortège, sur un cheval blanc secouant

sa crinière, il y avait un jeune seigneur qui avait si bonne façon, avec

une beauté si éclatante, qu’elle en eut la vue éblouie et le cœur tout

troublé. «Ah! qu’il est aimable!» pensa-t-elle; et, songeant pour la

première fois à de telles choses, elle s’avoua que, s’il avait

l’intention de la demander en mariage, elle n’en éprouverait aucun

déplaisir.

Le jeune seigneur, cependant, par-dessus la haie fleurie, avait aperçu

Isoline; il s’arrêta, charmé aussi.

--Veuillent les bonnes fées, s’écria-t-il, que vous soyez la fille du

roi de Mataquin! car je viens pour l’épouser, et il n’y a rien sur la

terre d’aussi charmant que vous.

--Je suis la princesse Isoline, dit-elle.

Ils ne parlèrent plus, se regardant toujours; à partir de ce moment, ils

s’aimèrent d’une tendresse si ardente qu’il n’y a pas de mots pour

l’exprimer.

Les oiseaux bleus · 第 14 / 74 题