II

Un aussi grand prince n’était pas pour être mal reçu à la cour; on lui

fit l’accueil le plus empressé; pendant une semaine, il y eut en son

honneur des carrousels, des bals, toutes les fêtes qu’on peut imaginer.

Mais ce n’était pas de ces plaisirs qu’il était occupé! A toute heure du

jour et de la nuit, il songeait à Roselinde; quand il la voyait, il

sentait son cœur déborder de délice; quand il l’entendait parler, il

croyait ouïr une musique divine, et il faillit se pâmer d’aise, une fois

qu’il lui donna la main pour danser une pavane. Une chose le chagrinait

un peu: celle qu’il aimait tant ne paraissait point prendre garde aux

soins qu’il lui rendait: elle restait le plus souvent silencieuse, avec

un air de mélancolie. Il n’en persista pas moins dans le projet de la

demander en mariage; et, comme on le pense, les royaux parents de

Roselinde se gardèrent bien de refuser un parti aussi considérable.

Ainsi le vagabond de naguère allait posséder la plus belle princesse du

monde! Une si extraordinaire félicité le troublait à tel point qu’il

répondit au consentement du roi par des gestes extravagants peu

compatibles avec la solennité de son rang, et, pour un peu, il eût dansé

la pavane, devant toute la cour, tout seul. Hélas! cette grande joie

n’eut qu’une courte durée. A peine avertie de la volonté paternelle,

Roselinde tomba, à demi morte, dans les bras de ses demoiselles

d’honneur; et quand elle revenait à elle, c’était pour dire, avec des

sanglots, en se tordant les bras, qu’elle ne voulait pas se marier,

qu’elle se tuerait plutôt que d’épouser le prince.

Les oiseaux bleus · 第 11 / 74 题