1763.
Pendant ce drame intérieur, des événements énormes avaient eu lieu en
Europe, hors de toute prévoyance, des péripéties rapides qui allaient
changer le monde. La Russie apparaissait sous une forme nouvelle, plus
barbare et plus menteuse, sous un masque d'Occident.
J'ai vu dans la nature des monstres, les grosses araignées des
tropiques, noires, aux longues pattes velues. J'ai vu des poulpes
horribles avec leur gluante méduse, les suçoirs et les ventouses
qu'ils tendent, agitent vers vous. Mais je n'ai rien vu de tel que
l'odieux minotaure russe dont on a l'image à Ferney.
Tout le monde a vu les images si différentes et si fades, que l'on fit
de Catherine, sous la couronne de lauriers, un douceâtre César
femelle, courtisane en cheveux blancs, banale comme le coin de la rue,
bonne fille, si bonne, si bonne, qu'elle attend le premier passant.
Que de bonté on y lit! La tolérance en Pologne! la peine de mort
abolie! un code philosophique établi chez les Calmouks! En recevant
ces portraits, les crédules, Diderot, Voltaire, voyaient arriver l'âge
d'or, et pleuraient à chaudes larmes.
Que dut devenir Voltaire quand, vers 1770, il reçut le vrai portrait!
OEuvre médiocre, il est vrai, mais d'admirable conscience. Un peintre
flamand, fidèle, ne peignant que ce qu'il voyait, n'osant mentir,
embellir, d'une main pesante, exacte, a donné la réalité. Seulement il
l'a grandie à la taille de cet empire, il en a fait un géant.
Elle a le regard si dur, si mornement inhumain, que le portrait de
Frédéric qu'on voit dans la même chambre, avec ses yeux bleus
terribles (comme d'un chien de faïence), à côté paraît très-doux.
Pour arriver à cet état étonnant d'endurcissement, il a fallu bien des
choses. La vraie Catherine d'abord, une laborieuse Allemande, était
bien loin de cela. La Catherine de trente-trois ans, qui fit étrangler
Pierre III, était loin encore de cela. Il a fallu que vingt ans de
plus elle entrât dans le mal, régnant avec les meurtriers (neuf ans
avec les Orloff, quinze ans avec Potemkin). Il a fallu qu'avec eux
elle entrât de plus en plus dans les assassinats en grand, les atroces
perfidies, les égorgements en masse de Pologne et de Turquie. Ajoutez
la brutalité flétrissante du torrent fangeux d'amours achetés que la
vieille incessamment renouvelait.
Elle est terriblement parée. Son roide corset, ou plutôt sa cuirasse
de pierreries, couvre-t-il un être humain? rien ne le fait présumer.
Mais on sent bien que _cela_, quoi qu'il soit, est impitoyable, qu'il
y a là un élément et de sauvage exigence. Rouge et de tête carline, le
corps épaissi de matière, énorme d'iniquités. Endurcie au plaisir
brut, elle fait trembler pour la foule des misérables forcés de passer
par cette épreuve, pour l'intrépide armée russe qui, tout entière, eut
la chance de faire l'amour à ce monstre.
Est-elle bien Russe elle-même? oui et non. Elle n'a pas l'expansion
généreuse d'un Pierre III, d'un Paul Ier; c'est une pesante Allemande
russifiée, boeuf de travail, un scribe, type de ces Allemands qui
écrasent la Russie. On le sent. Deux tyrannies ici se combinent en
une. Bureaucratie et police, inquisition plumitive, ajoutant un poids
de plomb à la terreur du Kremlin.
Moins lettrée, moins hypocrite, non moins sale, Élisabeth, vraie fille
de Pierre le Grand, avait, avant Catherine, barbarement exprimé les
appétits de la Russie.
Cette Russie semblait un ventre profond, un gouffre, une gueule qui
s'ouvrait grande à l'Ouest, disant: «Que me donnerez-vous?»
Ce monstre avait faim de tout, faim de Turquie, faim de Pologne, mais
beaucoup plus, faim de Prusse.
Cela datait de très-loin. La Pologne lui importait infiniment moins
que la Prusse, le Holstein, le Danemark, le cercle enfin de la
Baltique.
Frédéric, dans sa petitesse, simple mouche, à chaque instant, pouvait
être happé, aspiré, englouti dans cette gueule qui bâillait
horriblement.
Si petit, il avait pourtant, en 1755, fermé la porte de l'Ouest,
s'était fait gardien de l'Europe. Alors on appelait les Russes.
Frédéric leur dit: «Arrière! Vous n'entrerez pas dans l'Empire.»
Pierre III arrivant au trône, la Prusse semblait sauvée. C'était un
généreux jeune homme, parfois brutal et violent, mais d'un admirable
coeur[10]. Il voyait dans Frédéric le seul homme de l'Europe. Il se
déclara pour lui. Eh bien! l'aveugle poussée de la Russie vers l'Ouest
était si forte et si fatale, que Frédéric eut bientôt un péril dans
cet ami. Pierre III, né Holstein-Gottorp, voulait punir le Danemark
des torts faits à sa famille. Il allait traverser la Prusse, la noyer
de ses armées. Frédéric n'imagina rien de mieux pour le détourner que
de lui montrer la Pologne. Déjà les Russes, il est vrai, y entraient à
chaque instant, y venaient camper chaque hiver.
[Note 10: Frédéric, si fort, si grave, si juste dans ses
jugements, si sévère pour ses amis, dit cela, et je le
crois. Le pauvre Paul que l'histoire a de même calomnié,
était homme de grand coeur. Il eût voulu réparer, pleura
devant Kosciusko.]
Il fit comme le cerf à la chasse quand il fait lever un cerf, le met à
sa place, échappe. À la Prusse, que la Russie eût absorbée tôt ou
tard, il substitue la Pologne et propose à son ami Pierre III de la
partager.
C'est le crime de son règne. Pour l'instant, il est puni. Au bout de
six mois le czar est dépossédé, étranglé.
Pierre III se croyait aimé. Il copiait les Prussiens, mais lui-même
était vrai Russe. Dans une généreuse confiance, il se promenait tout
seul, sans gardes ni précautions. Ses vices mêmes ne déplaisaient
pas; il buvait comme Pierre le Grand. Il eut le tort et l'imprudence
de louer trop haut la Prusse, de plier à la discipline les gardes, un
corps orgueilleux. Il voulait payer lui-même le clergé, et prenait ses
biens. Tout cela trop brusquement, malgré les sages conseils que lui
donnait Frédéric. Il l'écouta, mais en un point qui lui devint
très-fatal. C'est Frédéric qui avait désigné à la czarine, quand elle
maria Pierre III, Catherine, princesse d'Anhalt. Quoi qu'elle ait dit
dans ses Mémoires (dont on a le premier volume), elle se montra
hardiment insolente et désordonnée. Elle prédit la mort de Pierre III,
de manière à la provoquer. Il aurait pu l'enfermer. Frédéric l'en
détourna. Pierre ne fit rien, périt.
L'histoire honteuse est connue. C'est l'eau-de-vie qui fit tout.
Catherine en pleurs dit aux gardes que Pierre veut les faire
Luthériens. Dans le manifeste qui suit et qui glorifie le crime, on
mêle toute hypocrisie. Pierre III était le tyran; Catherine a été le
Brutus qui a sauvé la patrie. Pierre était l'ennemi de l'Église;
Catherine a sauvé l'Église, sauvé la religion.
Montée ainsi dans le sang par le secours du popisme, le lendemain,
impudemment, elle se dit philosophe. Elle offre tout à d'Alembert pour
qu'il élève son fils. Elle prend Voltaire par le coeur, par des dons
pour les Calas. Elle a déclaré la Prusse l'_ennemie héréditaire de la
Russie_. Mais elle n'ose agir encore; Frédéric a un répit.
Tout s'acheminait vers la paix. L'Angleterre avait atteint le plus
haut de sa victoire. Dès septembre 1760, elle eut, avec le Canada,
tout le monde américain. En janvier 61, nous perdîmes Pondichéry. Le
drapeau français disparut de l'Inde. Et en même temps le drapeau
anglais fut planté en France, à Belle-Isle (27 avril). Mais cela ne
suffit pas. Pitt voulait surtout outrager. Le point le plus cher à son
coeur, c'était Dunkerque, la présence d'une autorité britannique en
France même. À tout cela il ajoutait ces fières et amères paroles:
«L'Angleterre a l'empire des mers; je n'ai pas peur de Dunkerque, mais
le préjugé subsiste. On hasarderait sa tête à ne pas le respecter.
Dans la ruine de Dunkerque, le peuple voit un _monument éternel du
joug imposé à la France_.»
Deux choses auraient dû pourtant tempérer un peu cet orgueil.
Premièrement, l'Angleterre eut des succès trop faciles sur une France
désorganisée, qui ne combattait que d'un bras, employant l'autre, et
le meilleur, à la vaine guerre d'Allemagne. Deuxièmement, la pose
hautaine, l'orgueil imité de Pitt, couvrait dans la majorité immense
de l'Angleterre un fond avide et avare, la convoitise d'argent.
Pitt avait eu beau leur dire: «C'est en Allemagne qu'il faut conquérir
l'Amérique.» Cela n'était pas compris, ou cela semblait trop cher. On
grondait. À l'avénement de George III, l'Écossais Bute, qui
gouvernait, répondit à cette avarice. Il n'envoya plus un sou à celui
qui, dans vingt batailles, avait tant servi l'Angleterre. Les Anglais
grondèrent contre Bute plus qu'ils n'avaient fait contre Pitt, et ne
lui pardonnèrent pas d'avoir fait ce qu'ils voulaient.
Choiseul eut la paix dans les mains. On vit alors à quel point il
restait, au fond, autrichien. Toute la difficulté qu'il trouva à faire
la paix, c'est qu'on voulait que la France rendît ses conquêtes
d'Allemagne; mais, par le traité, ces conquêtes revenaient à
l'impératrice. Son intérêt arrêta tout.
Lord Bute était si avide, si impatient de la paix, que, pour abréger,
il entrait sans scrupule dans l'indigne plan des ennemis de Frédéric,
qui, pour avoir le secours de la Russie, avait offert de lui faire
cadeau de la Prusse, mettant ainsi les Tartares en Europe et presque
au Rhin. L'Autriche l'avait offert, et la France n'y répugnait pas.
Mais l'énorme, l'incroyable, c'est que l'Angleterre elle-même, si bien
servie par les victoires de Frédéric, l'eût livré!
Vienne seule voulait encore la guerre. Choiseul, sur le dos de la
France et sur le dos de l'Espagne, en 1762, avait reçu une grêle
épouvantable de revers. La pauvre Espagne fut battue en Portugal,
rançonnée aux Philippines, éreintée à la Havane. Sa riche, délicieuse
Cuba, tomba aux mains des Anglais, et ses millions, et ses vaisseaux.
Et nul secours de Choiseul. Nos corsaires nombreux, heureux, faisaient
mille tours aux Anglais. Mais la flotte était encore en partie sur le
papier. Nous ne pouvions qu'assister au naufrage de l'Espagne,
compromise si étourdiment. Vienne a beau dire. On n'en peut plus. Un
million d'hommes ont péri en Europe. Tous en ont assez.
Qu'est-ce que l'Autriche a gagné? Rien du tout. Frédéric reste le
même.
Qu'est-ce que la France a perdu? Le monde, pas davantage.
Pour longtemps elle est désarmée, abattue, humiliée.
Que cette cour de Versailles, cette monarchie criminelle, cette France
légère, étourdie, perde l'Inde, perde l'Amérique, c'est justice. Mais
le résultat laisse un problème bien grave dans le destin du genre
humain.
Du plus haut lac du Canada jusqu'à la Floride espagnole (qui est
livrée à l'Anglais), un superbe empire va se faire, tout européen,
admirable de jeunesse et de grandeur. _Qui aura péri? L'Amérique_.
Toutes les races américaines avec nous auraient subsisté. Comment. Les
sauvages le disent: «Les Français épousaient nos filles.» Un monde
mixte se fût formé, où se serait conservé le génie américain.
Les Anglais ne sauvent point, ne conservent point les races. Ils les
remplacent seulement.--Et cela encore ne se voit que dans les rares
climats moyens, où l'Anglais peut s'acclimater (Bertillon,
_Acclimatement_).
Dans l'Inde, qu'est-il advenu? Les Anglais en firent la conquête
extérieure. Ils n'y vivent point. Ils n'ont pu y rien créer.
Dupleix, mieux compris, mieux aidé du cabinet de Versailles, aurait
égalé, je le crois, la cruelle habileté, les ruses, les succès de lord
Clive. Je n'y ai aucun regret. Ce qui me laisse du regret, c'est que
la France, répandue, mêlée à l'élément indien, eût duré, fait une
race. Le mariage de Dupleix avec une femme indienne, de capacité si
grande, dit assez ce que ce mélange eût pu avoir de fécond.
L'Inde dure, fort heureusement. Elle n'est pas effacée, comme
l'Amérique du Nord, en ses races primitives. Les Anglais n'y ont rien
fait que laisser périr, crever, les admirables réservoirs qui
recevaient les pluies des Gattes, fertilisaient le pays.
Malgré tout l'écrasement du pesant boa anglais, qui ne fait que
digérer, les arts exquis de l'Indostan sont venus à l'Exposition de
1856, et ils ont éclipsé tout. (V. les _Reports_ et ma _Bible de
l'humanité_.)
On a juré mille fois devant moi que l'Italie ne pourrait renaître
jamais. Elle est renée, vit et vivra.
Eh bien! je jure à mon tour que l'Indostan revivra; qu'il revivra, et
de lui-même, et par des races amies.
Non, certes, par les Anglais, gras, vieux, riches et endormis. Non
pas, certes, par les Russes, que l'on connaît depuis deux ans, et qui
sont l'horreur du monde.
Les Russes y viendront sans doute. Il faut bien qu'ils engraissent
l'Inde de leurs corps, comme ont fait les autres peuples. Ils y
fondront plus vite encore, disparaîtront comme neige. Et bien plus que
les Anglais, ils laisseront un souvenir exécré de barbarie.
Tout cela est à la surface. L'Inde est comme l'Océan, et rien n'y
bouge en dessous. Elle revivra par sa race guerrière dont la discorde
seule a créé, et récemment a sauvé l'empire anglais. Si elle s'aide
des Européens, ce sera de ceux du Midi, Provençaux, Catalans, Grecs,
Siciliens, Maltais, Génois, de ces races sobres, qui résistent à tout
climat et qui sont aussi durables que l'est peu l'homme d'Angleterre
dans la dévorante Asie.
Une telle paix demandait des fêtes. Elles furent fort irritantes. On
trouva d'un comique amer qu'une statue triomphale, après Rosbach et
tant de hontes, fût érigée à Louis XV. Des épigrammes sanglantes
furent attachées au piédestal.
Tout cela en pleine banqueroute. Le Roi ne paye rien aux Français; il
réduit de moitié la rente; mais il paye les étrangers. L'Autriche,
après cette guerre ruineuse que l'on fit pour elle, reçoit jusqu'au
dernier sou les subsides arriérés, pas moins de trente-quatre
millions.
Nos Autrichiens s'arrondissaient. Toute la légion lorraine, les
Choiseul, Praslin, Stainville. Choiseul achète Chanteloup, se donne un
grand fief en Alsace. Son revenu primitif, de six mille livres de
rentes, a profité tellement qu'il a un million de rentes, si nous en
croyons Barbier.
On ne supprime qu'un impôt. Mais un autre le remplace. Tout impôt de
guerre persiste. Les dons gratuits des villes s'exigeront pendant cinq
ans. Le second vingtième de guerre durera encore six ans. Le premier
vingtième se classe dans l'impôt perpétuel et reste pour l'éternité.
Le 31 mai 1763, fanfares! Le Roi, avec une armée, gardes à pied,
gardes à cheval, fait son entrée redoutable, et tient son Lit de
justice. Il impose au Parlement... quoi? ces édits odieux qu'on n'ose
même publier encore. Le secret est commandé aux magistrats. Contraste
étrange! grand bruit et grande lâcheté!
Les remontrances, violentes et sur un ton inouï, firent entendre que
l'autorité par cet abus de la force se suicidait, qu'en foulant la
loi aux pieds, la royauté supprimait la base même qui soutenait la
royauté.
Le Parlement de Rouen, non moins hardi, affirma que la propriété est
un droit antérieur et supérieur à celui du gouvernement, réclama pour
la nation son imprescriptible droit d'accepter librement la loi.
La Cour des Aides alla plus loin. Par l'organe de son président, le
jeune et courageux Malesherbes, magistrat de vertu antique et
d'admirable candeur, elle prononça le mot solennel et décisif, demanda
le grand remède, l'appel des _États généraux_ (23 juillet 1763).
Les Parlements, peu amis des philosophes, leur empruntent désormais
des doctrines, des paroles même. Celui de Rouen a parlé comme eussent
fait Quesnay, Mirabeau (dont l'_Ami des hommes_ a paru dès 1755). En
1763, les _Entretiens de Phocion_ par Mably, sous forme plus faible,
font accepter les idées qui ont étonné naguère dans le _Contrat
social_ de 1762. Malesherbes, ami des philosophes, qui dans la
direction des affaires de la librairie servit si bien Rousseau et
tous, donne à la pensée commune une formule forte et simple: l'appel à
la nation.
Irait-on jusqu'à l'action? La puissance judiciaire frapperait-elle la
royauté? Les Parlements de Grenoble, Besançon, Rouen, Toulouse,
citent, appellent en justice l'homme du roi, leur gouverneur de
Province. Le plus violent fut à Toulouse. Le gouverneur Fitz-James
avait mis les magistrats aux arrêts dans leurs maisons. Le Parlement,
à son tour, voulut arrêter Fitz-James.
La question révolutionnaire se posait avec netteté: laquelle des deux
autorités avait le droit d'arrêter l'autre?
Si les Parlements s'unissaient sur ce point, si Paris surtout appuyait
ici Toulouse, on sautait d'un coup vingt-cinq ans, on passait sans
transition à l'année 89, et le cataclysme arrivait.
La cour ne marchanda pas. Elle se jeta aux genoux du Parlement de
Paris.
De cette chambre des enquêtes, si bruyante, si redoutée, du foyer de
l'opposition, Choiseul tire un simple membre, modeste, estimé,
Laverdy, et le met au ministère des Finances. Plus, le roi prie les
Parlements, les Chambres des comptes, les Aides, de lui envoyer des
mémoires, de le conseiller en finances, et pour la répartition, et (ce
qui est fort) pour l'_emploi_.
Grande, grande révolution.
Cela amortit, détrempa le Parlement de Paris, et il lâcha la proie
pour l'ombre.
Sa vraie force aurait été dans l'union des Parlements.
Il trahit, délaissa Toulouse.
Fitz-James était pair. Un pair ne peut-il être ajourné qu'ici? et le
Parlement de Paris n'est-ce pas la cour des pairs? Grosse question de
vanité?
Cinquante membres mirent de côté leur privilége et leur orgueil,
soutinrent Toulouse et dirent qu'on pouvait pousser le procès; mais
quatre-vingt-neuf votèrent pour eux-mêmes, pour leur privilége, en
désarmant les Parlements, se bornant aux remontrances, à leurs
éternels papiers.
Choiseul, à ce coup d'adresse, gagna sept années de règne. Les
Parlements désunis firent du bruit (surtout en Bretagne), mais à son
profit plutôt et contre ses ennemis.