Le même jour, à l’autre bout de l’Angleterre, dans une ville ancienne

qui porte le surnom de «la fière», à Preston, commençait un jubilé qui

revient tous les vingt ans, et qui célèbre l’anniversaire de la Charte

octroyée par Henri II l’Angevin aux corporations de sa bonne ville de

Preston. Ces corporations évanouies se sont réorganisées pour la

circonstance; tout le cérémonial du moyen âge a été scrupuleusement

observé. A l’Hôtel de Ville, lord Derby, maire de la ville, a présidé à

l’appel des noms, qui sont, pour la plupart, les mêmes depuis près de

huit siècles. Le mécanisme moderne a transformé toutes les industries,

mais, pendant ces journées, la ville pavoisée a été parcourue par des

cavalcades magnifiques où figuraient avec leurs accessoires périmés tous

les anciens corps de métier. Le premier jour, une procession immense,

composée des membres de «l’Église établie», des écoles, etc., s’est

lentement déroulée à travers les rues encombrées, se rendant aux églises

où se célébraient des services solennels. Le lendemain, dix mille

catholiques, conduits par leurs évêques, défilaient à leur tour, ayant

formé des groupes qui représentaient l’histoire de l’Église catholique

en Angleterre, et dans cette ville anglaise six messes pontificales

étaient célébrées en même temps.

Et, de toutes parts, amoureuse de son passé, l’acceptant tout entier, la

population se pressait; venus de loin, des extrémités de l’immense

empire, étaient accourus pour cette fête unique les fils de la vieille

cité, qui écoutèrent respectueusement la lecture solennelle, précédée

d’une fanfare de trompettes, de l’Édit du douzième siècle: les

privilèges et avantages qu’il confère ne leur paraissent nullement à

dédaigner; ils savent bien que l’œuvre qui a fait l’Angleterre n’est pas

commencée d’hier.

Et ce qui est vraiment consolant et fait espérer que l’homme se civilise

un peu, c’est la joie de la partie la plus éclairée de la nation à ces

preuves de vraie tolérance et de progrès, car les Anglais intelligents

admettent aujourd’hui qu’on persécutait et qu’on brûlait sous Élisabeth

de glorieuse mémoire, avec le même entrain que sous sa sœur Marie.

Pour avoir accueilli les protestants du continent, l’Angleterre avait

acquis une réputation usurpée de libéralisme, car si elle recevait les

protestants persécutés, les prêtres catholiques n’avaient alors de

refuge que dans les «Priest’s hole[P]» cachettes ménagées avec une

extraordinaire ingéniosité, et qui existent encore intactes dans nombre

de vieilles demeures. Il y a tout lieu de croire que, désormais, la

majorité qui gouverne l’opinion n’appartiendra plus aux fanatiques

d’aucun parti qui se valent tous, mais aux esprits larges qui entendent

vraiment l’exercice de la liberté de conscience; ils l’entendent

peut-être à la manière de cet officier de marine qui, embarrassé pour

grouper ses hommes à la parade du dimanche, finit par trouver cette

formule: «Les membres de l’Église d’Angleterre à droite, les catholiques

à gauche, et les _religions de fantaisie_ en arrière.» Du moins chacun

avait sa place, un peu plus à l’ombre, un peu plus au soleil, et que

peut-on raisonnablement demander au delà?

On ne saurait trop le répéter, le changement survenu en Angleterre sur

ce point spécial de tolérance est prodigieux depuis vingt-cinq ans: sans

tapage extérieur, car, à l’intérieur, il y en a eu beaucoup, un

changement profond, un retour aux coutumes abolies s’est imposé dans

l’Église établie, et les assemblées d’évêques ont été forcées

d’admettre, d’après le «Prayer-Book», «la légitimité de la confession,

le droit de prier pour les morts», celui de croire à la présence réelle,

etc. Enfin, il est actuellement loisible d’accomplir des actes religieux

qui relèvent presque des punitions édictées contre les coutumes

catholiques par les lois anciennes. Très heureusement, la loi, en

Angleterre, a presque toujours été subordonnée aux mœurs; et cela n’a

pas empêché le char de l’État de s’avancer triomphalement.

On sait que, dans la libérale Angleterre, la terre tout entière

appartient fictivement au roi, car Guillaume le Conquérant avait établi

une féodalité toute différente de celle du continent, attachant chaque

homme à sa personne directement et non à son seigneur particulier, et

aujourd’hui encore, pour Blenheim, par exemple, apanage du duc de

Marlborough, des redevances sont payées au roi comme seigneur. Les

choses se sont modifiées insensiblement, comme elles se modifient dans

les êtres humains par l’effet de l’âge, sans qu’il soit aucunement

nécessaire de faire peau neuve.

Une des questions intérieures les plus aiguës en Angleterre est celle de

son clergé national dont le recrutement est devenu laborieux. Pendant

longtemps l’Église était une carrière commode et fructueuse ouverte aux

cadets de famille, car la nécessité de passer par l’Université pour

entrer dans les ordres excluait et exclut tout recrutement

démocratique. Le protestantisme anglican, tel qu’il était entendu, était

plutôt une règle d’hygiène morale qu’autre chose. Les _livings_ (cures)

étaient un don des propriétaires fonciers qui les distribuaient à leurs

parents. Le clergyman, sans scrupule aucun menait une vie de gentilhomme

campagnard, et la machine religieuse marchait sans excès et sans zèle;

la vulgarité de ce sentiment était laissée aux sectes dissidentes. Le

point de vue a changé; les consciences sont devenues plus délicates, et

l’accomplissement des devoirs ecclésiastiques est devenu une fonction

sérieuse: il n’est plus uniquement question d’avoir bon gîte et le

reste. Il s’ensuit que les cadets choisissent d’autres débouchés, et

l’immense structure menace un jour de rester sans desservant, d’autant

que la crise agraire diminue considérablement les dîmes; elles tombent

si bas que certains clergymen sont contraints d’abandonner leur cure,

mense comprise, ne pouvant plus y vivre décemment, et la détresse du bas

clergé qu’on appelle en Angleterre les «curates»--ce qui répond aux

vicaires--est réelle; l’un d’eux dernièrement échouait dans un

«work-house». Les plus débrouillards cherchent des remèdes parfois

singuliers à cet état de choses. Un vicaire entreprenant propose que

chaque paroisse ait un théâtre proche de l’église; il estime que la

tendance des clergymen est _de donner trop d’importance au côté

religieux de la vie_. Son projet est d’offrir à ses ouailles le côté

plus riant des choses sous la forme de tragédies et de comédies

soigneusement épurées; volontiers il rétablirait les Mystères du moyen

âge, et souhaiterait dans toute la Grande-Bretagne des représentations

locales comme à Oberammergau. Sous la surveillance d’acteurs ambulants,

il propose d’instruire les populations rurales dans le grand art du

drame qu’il considère comme «fille secourable de la Mère Église», et

peut-être cet homme à bonnes intentions a-t-il raison.

* * * * *

Ceci est une des transformations qui s’effectuent, et dont l’évolution

se continuera, lente, mais certaine. Le clergyman, gentilhomme hautain,

endormi dans sa quiétude, cédera la place à de plus actifs et de plus

militants, ou bien l’édifice sombrera sans fracas, s’enlisant dans le

sable, et quelque chose de nouveau et de vivant fleurira aussitôt sur

les ruines.

Déjà les hommes en masse osent ne plus se montrer le dimanche à

l’église: il est convenu tacitement que la préoccupation de l’autre

monde est futile; l’attachement à l’Église nationale est surtout

politique; les âmes en mal de croire se tournent ailleurs, et l’Église

catholique, lentement, mais de la manière la plus efficace, reprend sur

quantité d’âmes son ancien prestige. Le chemin parcouru depuis trente

ans est inouï, et provoque du reste des cris d’alarme de la part du

parti qui a Rome en abomination. Non seulement les anciens monastères se

relèvent, mais à l’heure qu’il est «l’Église établie» dont S. M. le Roi

Édouard VII est le chef, possède des religieux _Franciscains_ et

_Bénédictins_, et tout comme avant Henry VIII, ce sont des grands

seigneurs, des propriétaires terriens qui leur font présent du sol dont

ils ont besoin pour bâtir leurs couvents. De ce côté-là, avant que

vingt-cinq autres années se soient écoulées, il se verra en Angleterre

de prodigieux changements.

Et du reste, de bien des côtés une modification sociale profonde

s’annonce.

La dernière guerre, qui a changé la nation des victoires faciles sur des

sauvages, a révélé les plaies qui ont besoin d’être guéries, mais elle a

révélé aussi cette persévérance qui est une des meilleures

caractéristiques du naturel anglais.

L’Anglais contemporain, et l’officier avec lui, est en général très

ignorant: une «phobie» ridicule a depuis trente ans dénaturé la

physionomie des jeux, et fait du sport, non plus une récréation, mais un

moyen, mais un but. La conviction que le champ de cricket était

nécessairement une pépinière de héros avait pénétré profondément

l’esprit public, et à ce compte-là leur recrutement n’était pas

difficile. Tandis qu’en France il existe une littérature militaire si

admirable, témoignant de la sérieuse culture des officiers, en

Angleterre un ouvrage militaire, traitant de questions techniques, est

l’exception. A Sandhurst qui est l’école répondant à Saint-Cyr, un jeune

homme studieux était méprisé, et là comme à l’école publique, comme à

l’Université, la réelle admiration va aux athlètes.

Et le mal existe dans toutes les classes; des milliers d’hommes valides

passent des journées et des journées de stupide attention à suivre la

lutte de deux camps de _cricketers_. Or, le cricket est un jeu qui n’en

finit pas, et qui répondait à un état de choses où les loisirs étaient

longs, le jeu un divertissement et non pas une exhibition. Il est arrivé

que tous ces beaux joueurs, tous ces amateurs forcenés, ont fait de

pitoyables soldats. Un officier supérieur anglais n’a pas caché que la

fin de la dernière campagne a été une gigantesque panique. La vérité

s’est fait jour. Sandhurst avec un nouveau commandement va être

entièrement réformé, et la réforme soyez-en sûrs, s’étendra loin et sera

complète. Ceux qui ont d’abord préconisé l’idée impériale étaient en

somme des hommes épris d’idéal, et désirant pour leur pays une autre

grandeur que la prospérité commerciale. Parmi ceux-là brille le grand

historien Froude, dont la perspicacité fut prophétique; car, visitant le

Cap en 1886, et constatant combien le gouvernement y était malhabile, il

prédisait que l’Angleterre un jour serait humiliée dans les plaines de

l’Afrique du Sud. Il affirmait que la grande majorité des Anglais, le

Colonial Office inclus, ignoraient que le Cap fût une _colonie

hollandaise_, et la façon dont elle était échue à l’Angleterre. C’est à

peine aujourd’hui que le voile d’ignorance se déchire. Si le pays avait

été un peu plus éclairé sur les vraies conditions du Cap, bien des

malheurs eussent été évités.

Il s’est formé en Angleterre un parti d’hommes sensés qui essaient

d’endiguer cette folie des jeux athlétiques, qui est aussi celle du jeu

et des paris, car les hommes y servent comme les bêtes. Ces hommes sages

proclament résolument que ce n’est pas en jouant au cricket qu’on

apprend à se bien battre, et qu’il faut autre chose; que la culture

intellectuelle n’y est pas nuisible, au contraire.

Au XVIIᵉ siècle, les «country-gentlemen» faisaient enseigner à leurs

enfants le maniement des armes; cet enseignement était la retraite des

vieux chevronnés. Il était excellent, et très supérieur assurément à la

brutalité du foot-ball. On vit bien au moment de la guerre civile sous

Charles Iᵉʳ l’utilité pratique de ces coutumes. Des hommes, qui

n’avaient de leur existence quitté leurs tranquilles manoirs, se

transformèrent du jour au lendemain en officiers émérites. L’épée, et

non le «poing» paraissait alors l’arme noble par excellence. Depuis

cinquante ans surtout qu’on ne se bat plus en duel en Angleterre,

l’espèce de discipline morale qui est inhérente à la pratique des armes

a totalement disparu.

La suppression totale du duel n’a pas été sans avoir abaissé

sensiblement le niveau de l’idée de l’honneur: l’homme du peuple peut

faire usage de la force brutale pour châtier un insulteur, mais le

gentleman qui ne songerait jamais, pour quelque raison que ce soit, à

aller sur le terrain, n’a d’autre recours que de s’adresser aux

tribunaux; les compensations que dans les cas les plus délicats

octroient les juges sont, en général, purement pécuniaires. Ainsi, tout

récemment, on a vu ceci: un officier supérieur intente un procès en

divorce à sa femme (personne d’un rang social élevé) qui l’avait trompé

pendant son absence au Transvaal. Le _co-respondent_ était riche, et une

somme de cent mille francs fut allouée en dédommagement au mari lésé;

il crut généreux de placer cette somme sur la tête de son ex-femme,

afin de lui assurer une situation indépendante.

Avec des mœurs aussi pacifiques, il n’y a pas à être étonné qu’en

Angleterre le crime passionnel soit extrêmement rare.

Certes, il est lamentable que de jeunes hommes risquent inconsidérément

leur vie pour des raisons parfois futiles. Mais d’un autre côté il est

bien difficile de trouver un autre frein contre certains abus de force.

Par exemple dans les corps d’officiers, il s’est révélé de révoltants

scandales: humiliations brutalement infligées, qui n’auraient pu

s’imposer là où le droit de se défendre par l’épée est encore un

privilège viril.

XII

LE ROI ÉDOUARD VII

Voici le premier roi aimable que l’Angleterre ait eu depuis deux cents

ans; descendant en ligne directe de l’infortunée reine d’Écosse, on

retrouve en lui toute la bonne grâce des Stuarts.

Le roi Édouard a été préparé, par un long noviciat, au rôle qu’il

remplit aujourd’hui. Pendant près de quarante ans, c’est-à-dire depuis

sa vingtième année, il a été voué à une tâche infiniment ardue et

ingrate: il était l’héritier désigné d’une reine, enveloppée de ses

voiles de veuve, qui, tout en demeurant jalouse de ses moindres

privilèges, fuyait en même temps l’exercice et les charges extérieures

du pouvoir. Le prince de Galles pendant ces longues années, sans

lassitude apparente a été constamment sur la brèche, déployant soit

dans les fonctions sociales, soit dans les fonctions publiques, le tact

le plus rare, une invariable bonhomie et une infatigable vaillance.

Libre de toute attache à quelque parti que ce fût, droit, loyal, soumis

à sa souveraine dont il demeurait le premier sujet, il s’est, jusqu’à la

fin, confiné dans ses attributions de prince de Galles. On ignore, à

l’étranger, combien laborieuse et représentative a été l’existence de ce

prince débonnaire qui aimait cependant fort à se récréer et qui, comme

le dit la chanson des porions flamands, «y allait plus volontiers qu’à

confesse».

Je ne sais si un prince morgué eût été plus populaire, en Angleterre, je

ne le crois pas: feu le prince consort, homme correct s’il en fut, ne

rencontra de sympathies qu’après sa mort, tandis que l’amour de tout un

peuple est constamment demeuré fidèle à son futur roi.

La reine Victoria était glorieuse de ses maternités, mais il ne paraît

pas qu’elle ait jamais eu une prédilection pour le premier-né de ses

fils, dont l’éducation fut dirigée par le prince Albert, homme de

programmes beaucoup plus que de réalités. Aussi la véritable et efficace

éducatrice du roi Édouard a-t-elle été la vie, où il a puisé une

connaissance profonde des hommes et des choses. Il s’est mêlé, sans

hauteur, à toutes les manifestations d’activité sociale, mais néanmoins

ceux qui ont été admis dans son intimité, n’ignoraient pas qu’il

convenait de ne jamais oublier qui il était. Depuis son accession au

trône le prince a pris conscience des graves responsabilités du pouvoir

et il s’est identifié profondément avec son nouveau rôle, en acceptant

toutes les servitudes, non sans regretter peut-être «l’infinie liberté

de cœur qu’un roi doit forfaire». (Shakspeare.)

Le roi Édouard possède à un degré remarquable le don de se maintenir en

unisson constante avec son peuple. Le caractère du prince de Galles

semble avoir évolué parallèlement à l’esprit public anglais; il a subi

l’empreinte de l’ambiance intellectuelle et morale, en sorte que,

parvenu au trône, le roi Édouard s’est trouvé incarner très exactement

l’âme anglaise contemporaine, essentiellement différente de

celle--puérile et sentimentale--que la reine Victoria et le prince

Albert, d’origine et de culture allemandes, eussent voulu façonner à

leur fils.

Le roi a pu dire, avec vérité, dans sa proclamation au peuple anglais,

qu’il avait marché à son couronnement comme vers l’heure suprême de sa

vie. La concordance entre les idées du souverain et les aspirations de

son peuple est apparue dans l’attentive et enthousiaste émotion avec

laquelle la nation a suivi la rigoureuse reconstitution des antiques

pompes féodales du sacre, qui a donné au monde le spectacle grandiose du

souverain d’un immense empire revêtant l’armure du passé, pour affronter

les problèmes complexes qu’a l’ambition de résoudre une race dominatrice

qui rêve d’un avenir mondial.

En deux occasions, le roi a pu mesurer de quel prix sa vie est aux yeux

de ses sujets. En décembre 1871, la fièvre typhoïde le mit dans le plus

extrême péril de mort; la désolation en Angleterre fut générale, comme

aussi les réjouissances éclatantes lorsque la guérison inattendue du

royal patient rendit au pays son prince. Ce n’est pourtant pas que la

succession directe fût en péril, les regrets allaient à la personnalité

du prince de Galles. La cruelle épreuve de l’année dernière est présente

à toutes les mémoires; à Londres pendant ces jours d’angoisse, on

s’abordait dans les rues avec les paroles mêmes de Shakspeare: «Est-elle

vraie la nouvelle de la mort du _bon roi Édouard_?»--«Les cœurs des

hommes» étaient en vérité «pleins de crainte» et il y avait matière. La

mort du roi Édouard eût été une calamité pour l’Angleterre, et en même

temps un malheur pour l’Europe. Ce prince de tant d’expérience, allié

d’une façon si étroite à plusieurs puissants souverains, connaissant les

cours et les peuples, est appelé à un rôle bienfaisant que son

successeur n’aurait certes pu remplir. L’Angleterre aujourd’hui est ivre

de sa puissance, elle se mire complaisamment en ses vastes colonies:

elle était en train d’oublier qu’il y avait une Europe;--son roi l’en

fera souvenir. Édouard VII paraît destiné à tenir l’emploi suprême de

modérateur: sa main saura maintenir dans les digues de la civilisation,

la marée des appétits de conquête et de domination. Peu d’Anglais sont,

au même point que le roi Édouard, familiers avec la langue et le génie

des autres nations. Sans vouloir sonder le cœur des rois on peut

affirmer que le roi Édouard aime la France, son ciel et son génie. La

France a joué un rôle important dans les influences indirectes qui ont

agi sur lui. Tout enfant, à Windsor, il a été tenu sur les genoux

paternels de Louis-Philippe roi des Français,--il a vu peu d’années

après ce même Louis-Philippe revenir en Angleterre et s’y installer dans

l’exil. Puis, adolescent, il a accompagné à Paris ses augustes parents,

et a subi le charme vainqueur de l’impératrice Eugénie, charme auquel ni

la reine ni le prince Albert n’échappaient. Jeune homme, il a connu

Paris à l’heure la plus brillante de l’Empire, puis à leur tour ces

souverains à l’apothéose desquels il avait assisté, ont trouvé un refuge

attristé sur la terre anglaise. Depuis ce temps, il n’a cessé de donner

des preuves de sa prédilection pour notre pays. Amoureux de l’art

français sous toutes ses formes, le prince de Galles a contribué plus

que quiconque à cette réaction heureuse qui a permis au répertoire

dramatique français de prendre droit de cité en Angleterre. Le fils de

la reine Victoria a toujours abominé l’hypocrisie, et aujourd’hui, roi

à barbe grise, il est resté fidèle aux amitiés du prince à barbe blonde

que les Parisiens considéraient presque comme un des leurs; sous son

impulsion salutaire et franche, le génie anglais, longtemps comprimé, va

sans doute prendre un essor nouveau qui rappellera la floraison

magnifique du XVIᵉ siècle.

TABLE DES MATIÈRES

TERRE DE SOLEIL

I.--Paysages et mœurs de Toscane 1

II.--La vie à Florence 48

III.--Pâques à Florence 90

IV.--Rome 103

V.--L’agro romano 130

VI.--Ombrie 139

TERRE DE BROUILLARD

I.--Décors et aspects 147

II.--Les distractions 155

III.--Le «home» 165

IV.--La pudeur anglaise 173

V.--Hypocrisies d’antan et d’aujourd’hui 181

VI.--Législation 191

VII.--Les enfers et les remèdes 201

VIII.--Largesses et éducation 211

IX.--La pierre de Jacob 223

X.--Impérialisme 237

XI.--L’héritage des siècles 248

XII.--Le roi Édouard VII 262

Imp. PAUL DUPONT.--Paris, 1ᵉʳ Arrᵗ.--206.10.1903 (Cl.)

NOTES:

[A] _Podere_, ferme, terre.

[B]

Et vers nous il cligne les paupières

Comme le vieux tailleur fait au trou de l’aiguille.

[C] Y a-t-il plus beau métier que de n’avoir pas de soucis?

[D] Mule.

[E] Honnêtes gens.

[F] _Grembiuli_, ceux qui portent le _tablier_.

[G] Journaliers.

[H] Aumônes pour les pauvres honteux de Saint-Martin.

[I] Gamins.

[J] Heureuses fêtes.

[K] _Fiacco_, mou, lâche.

[L] Elle a été de deux millions pour le prince Sciarra.

[M] Trois cent soixante-deux.

[N] Cape d’une forme spéciale.

[O] Amoureux.

[P] Trou du prêtre.

Terres de soleil et de brouillard · 第 11 / 11 段