PRÉAMBULE

Depuis plusieurs années il plaît à Dieu de m’éprouver par la maladie.

Des crises fréquentes me vouent à l’inaction pendant des périodes plus

ou moins prolongées. L’élaboration d’un livre m’est devenue si pénible

que, quand je pose la plume après en avoir écrit les dernières lignes,

je ne puis m’empêcher de m’écrier:--Cette fois, l’effort m’a épuisé;

jamais plus je ne serai capable de le renouveler...

Cependant quelques mois passent et voici que dans cet âtre plein de

cendres grises et froides: ma cervelle, un feu se rallume que nourrit

l’espoir de servir Notre-Seigneur et son Église jusqu’à mon dernier

souffle.

C’est ce qui m’arrive encore aujourd’hui. Des âmes, charitables au vieil

éclopé qu’elles fortifient de leurs prières, me rappellent que Dieu

daigna souvent employer mes pauvres écritures à leur rendre évidentes

les merveilles de Son Amour. A certaines heures d’oraison, il me semble

aussi voir se presser autour de moi ceux à qui j’appris à tracer sur

leur front le signe de la croix. Dès lors, qu’importent ma lassitude et

mes fléchissements dans la voie douloureuse? Pour les uns et les autres

j’assemblerai, tant bien que mal, quelques floraisons d’automne en leur

demandant de penser à moi lorsqu’ils les déposeront au pied du Crucifix.

Terminerai-je ce livre? Ou bien, laissant l’œuvre inachevée, serai-je

cité demain au tribunal de mon Juge? Je l’ignore. Je sais seulement

ceci: n’attendant rien des choses de ce monde, je garde les yeux fixés

sur l’horizon où grandissent les premières lueurs de la vie éternelle et

je sens que ma raison unique de subsister c’est de me tenir près du

Christ au Calvaire. Vous le comprenez, amis en Dieu qui lirez ces pages.

Par suite, comme vous comprendrez que chacune d’elles représente une

souffrance!...

Le voyageur étonné · 第 8 / 36 题