_A ANDRÉ RUYTERS_.
Gérard Lacase, chez qui nous nous retrouvâmes au mois d'Aoüt 189., nous
mena, Francis Jammes et moi, visiter le château de la Quartfourche dont
il ne restera bientôt plus que des ruines, et son grand parc délaissé où
l'été fastueux s'éployait à l'aventure. Rien plus n'en défendait
l'entrée: le fossé à demi comblé, la haie crevée, ni la grille descellée
qui céda de travers à notre premier coup d'épaule. Plus d'allées; sur
les pelouses débordées quelques vaches pâturaient librement l'herbe
surabondante et folle: d'autres cherchaient le frais au creux des
massifs éventrés; à peine distinguait-on de ci de là, parmi la profusion
sauvage, quelque fleur ou quelque feuillage insolite, patient reste des
anciennes cultures, presque étouffé déjà par les espèces plus communes.
Nous suivions Gérard sans parler, oppressés par la beauté du lieu, de la
saison, de l'heure, et parce que nous sentions aussi tout ce que cette
excessive opulence pouvait cacher d'abandon et de deuil. Nous parvînmes
devant le perron du château, dont les premières marches étaient noyées
dans l'herbe, celles d'en haut disjointes et brisées; mais, devant les
portes-fenêtres du salon, les volets résistants nous arrêtèrent. C'est
par un soupirail de la cave que, nous glissant comme des voleurs, nos
entrâmes; un escalier montait aux cuisines; aucune porte intérieure
n'était close ... Nous avancions de pièce en pièce, précautionneusement
car le plancher par endroits fléchissait et faisait mine de se rompre;
étouffant nos pas, non que quelqu'un pût être là pour les entendre,
mais, dans le grand silence de cette maison vide, le bruit de notre
présence retentissait indécemment, nous effrayait presque. Aux fenêtres
du rez-de-chaussée plusieurs carreaux manquaient; entre les lames des
contrevents un bignonia poussait dans la pénombre de la salle à manger,
d'énormes tiges blanches et molles.
Gérard nous avait quittés; nous pensâmes qu'il préférait revoir seul ces
lieux dont il avait connu les hôtes, et nous continuâmes sans lui notre
visite. Sans doute nous avait-il précédés au premier étage, à travers la
désolation des chambres nues: dans l'une d'elles une branche de bois
pendait encore au mur, retenue à une sorte d'agrafe par une faveur
décolorée; il me parut qu'elle balançait faiblement au bout de son lien,
et je me persuadai que Gérard en passant venait d'en détacher une
ramille.
Nous le retrouvâmes au second étage, près de la fenêtre dévitrée d'un
corridor par laquelle on avait ramené vers l'intérieur une corde tombant
du dehors; c'était la corde d'une cloche, et je l'allais tirer
doucement, quand je me sentis saisir le bras par Gérard; son geste, au
contraire d'arrêter le mien, l'amplifia: soudain retenti un glas
rauque,si proche de nous, si brutal, qu'il nous fit péniblement
tressaillir; puis lorsqu'il semblait déjà que se fût refermé le silence,
deux notes pures tombèrent encore, espacées, déjà lointaines. Je m'étais
retourné vers Gérard et je vis que ses lèvres tremblaient.
--Allons-nous en, fit-il. J'ai besoin de respirer un autre air.
Sitôt dehors il s'excusa de ne pouvoir nous accompagner: il connaissait
quelqu'un dans les environs, dont il voulait aller prendre des
nouvelles. Comprenant au ton de sa voix qu'il serait indiscret de le
suivre, nous rentrâmes seuls, Jammes et moi, à La R. où Gérard nous
rejoignit dans la soirée.
--Cher ami, lui dit bientôt Jammes, apprenez que je suis résolu à ne
plus raconter la moindre histoire, que vous ne nous ayez sorti celle
qu'on voit qui vous tient au coeur.
Or les récits de Jammes faisaient les délices de nos veillées.
--Je vous raconterais volontiers le roman dont la maison que vous vîtes
tantôt fut le théâtre, commença Gérard, mais outre que je ne sus le
découvrir, ou le reconstituer, qu'en dépouillant chaque événement de
l'attrait énigmatique dont ma curiosité le revêtait naguère ...
--Apportez à votre récit tout le désordre, qu'il vous plaira, reprit
Jammes.
--Pourquoi chercher à recomposer les faits selon leur ordre
chronologique, dis-je; que ne nous les présentez-vous comme vous les avez
découverts?
--Vous permettrez alors que je parle beaucoup de moi, dit Gérard.
--Chacun de nous fait-il jamais rien d'autre! repartit Jammes.
C'est le récit de Gérard que voici.
I
J'ai presque peine à comprendre aujourd'hui l'impatience qui m'élançait
alors vers la vie. A vingt-cinq ans je n'en connaissais rien à peu près,
que par les livres; et c'est pourquoi sans doute je me croyais
romancier; car j'ignorais encore avec quelle malignité les événements
dérobent à nos yeux le côté par où ils nous intéressaient davantage, et
combien peu de prise ils offrent à qui ne sait pas les forcer.
Je préparais alors, en vue de mon doctorat, une thèse sur la chronologie
des sermons de Bossuet; non que je fusse particulièrement attiré par
l'éloquence de la chaire: j'avais choisi ce sujet par révérence pour mon
vieux maître Albert Desnos, dont l'importante "Vie de Bossuet" achevait
précisément de paraître. Aussitôt qu'il connut mon projet d'études,
M. Desnos s'offrit à m'en faciliter les abords. Un de ses plus anciens
amis, Benjamin Floche, membre correspondant de l'Académie des
Inscriptions et Belles-Lettres, possédait divers documents qui sans
doute pourraient me servir; en particulier une Bible couverte
d'annotations de la main même de Bossuet. M. Floche s'était retiré
depuis une quinzaine d'années à la Quartfourche, qu'on appelait plus
communément: le Carrefour, propriété de famille aux environs de
Pont-l'Évêque, dont il ne bougeait plus, où il se ferait un plaisir de
me recevoir et de mettre à ma disposition ses papiers, sa bibliothèque
et son érudition que M. Desnos me disait être inépuisable.
Entre M. Desnos et M. Floche des lettres furent échangées. Les documents
s'annoncèrent plus nombreux que ne me l'avait d'abord fait espérer mon
maître; il ne fut bientôt plus question d'une simple visite: c'est un
séjour au château de la Quartfourche que, sur la recommandation de M.
Desnos, l'amabilité de M. Floche me proposait. Bien que ses enfants M.
et Madame Floche n'y vivaient pas seuls: quelques mots inconsidérés de
M. Desnos, dont mon imagination s'empara, me firent espérer de trouver
là-bas une société avenante, qui tous aussitôt m'attira plus que les
documents poudreux du Grand Siècle; déjà ma thèse n'était plus qu'un
prétexte; j'entrais dans ce château non plus en scolar, mais en
Nejdanof, en Valmont; déjà je le peuplais d'aventures. La Quartfourche!
je répétais ce nom mystérieux: c'est ici, pensais-je, qu'Hercule
hésite ... Je sais de reste ce qui l'attend sur le sentier de la vertu;
mais l'autre route?... l'autre route ...
Vers le milieu de Septembre, je rassemblai le meilleur de ma modeste
garde-robe, renouvelai mon jeu de cravates, et partis.
Quand j'arrivai à la station du Breuil-Blangy, entre Pont-l'Évêque et
Lisieux, la nuit était à peu près close. J'étais seul à descendre du
train. Une sorte de paysan en livrée vint à ma rencontre, prit ma valise
et m'escorta vers la voiture qui stationnait de l'autre côté de la gare.
L'aspect du cheval et de la voiture coupa l'essor de mon imagination; on
ne pouvait rêver rien de plus minable. Le paysan-cocher repartit pour
dégager la malle que j'avais enregistrée; sous ce poids les ressorts de
la calèche fléchirent. A l'intérieur, une odeur de poulailler
suffocante ... Je voulus baisser la vitre de la portière, mais la poignée
de cuir me resta dans la main. Il avait plu dans la journée; la route
était tirante; au bas de la première côte, une pièce du harnais céda. Le
cocher sortit de dessous son siège un bout de corde et se mit en posture
de rafistoler le trait. J'avais mis pied à terre et m'offris à tenir la
lanterne qu'il venait d'allumer; je pus voir que la livrée du pauvre
homme, non plus que le harnachement, n'en était pas à son premier
rapiéçage.
--Le cuir est un peu vieux, hasardai-je.
Il me regarda comme si je lui avais dit une injure, et presque
brutalement:
--Dites donc: c'est tout de même heureux qu'on ait pu venir vous
chercher.
--Il y a loin, d'ici le château? questionnai-je de ma voix la plus
douce. Il ne répondit pas directement, mais:
--Pour sûr qu'on ne fait pas le trajet tous les jours!--Puis au bout
d'un instant:--Voilà peut-être bien six mois qu'elle n'est pas sortie,
la calèche ...
--Ah!... Vos maîtres ne se promènent pas souvent? repris-je par un
effort désespéré d'amorcer le conversation.
--Vous pensez! Si l'on n'a pas autre chose à faire!
Le désordre était réparé: d'un geste il m'invita à remonter dans la
voiture, qui repartit.
Le cheval peinait aux montées, trébuchait aux descentes et tricotait
affreusement en terrain plat;parfois, tout inopinément, il stoppait.
--Du train dont nous allons, pensais-je, nous arriverons au Carrefour
longtemps après que mes hôtes se seront levés de table; et même (nouvel
arrêt du cheval) après qu'ils se seront couchés. J'avais grand faim; ma
bonne humeur tournait à l'aigre. J'essayai de regarder le pays: sans que
je m'en fusse aperçu, la voiture avait quitté la grande route et s'était
engagée dans une route plus étroite et beaucoup moins bien entretenue;
les lanternes n'éclairaient de droite et de gauche qu'une haie continue,
touffue et haute; elle semblait nous en tourner, barrer la route,
s'ouvrir devant nous à l'instant de notre passage, puis, aussitôt après,
se refermer.
Au bas d'une montée plus raide, la voiture s'arrêta de nouveau. Le
cocher vint à la portière et l'ouvrit, puis, sans façons:
--Si Monsieur voulait bien descendre. La côte est un peu dure pour le
cheval.--Et lui-même fit la montée en tenant par la bride la haridelle.
A mi-côte il se retourna vers moi, qui marchais en arrière:
--On est bientôt rendu, dit-il sur un ton radouci. Tenez: voilà le parc.
Et je distinguai devant nous, encombrant le ciel découvert, une sombre
masse d'arbres. C'était une avenue de grands hêtres, sous laquelle enfin
nous entrâmes, et où nous rejoignîmes la première route que nous avions
quittée. Le cocher m'invita à remonter dans la voiture, qui parvint
bientôt à la grille; nous pénétrâmes dans le jardin.
Il faisait trop sombre pour que je pusse rien distinguer de la façade du
château; la voiture me déposa devant un perron de trois marches, que je
gravis, un peu ébloui par le flambeau qu'une femme sans âge, sans grâce,
épaisse et médiocrement vêtue tenait à la main et dont elle rabattait
vers moi la lumière. Elle me fit un salut un peux sec. Je m'inclinai
devant elle, incertain ...
--Madame Floche, sans doute?...
--Mademoiselle Verdure simplement. Monsieur et Madame Floche sont
couchés. Ils vous prient d'excuser s'ils ne sont pas là pour vous
recevoir; mais on dîne de bonne heure ici.
--Vous-même, Mademoiselle, je vous aurai fait veiller bien tard.
--Oh! moi, j'y suis faite, dit-elle sans se retourner. Elle m'avait
précédé dans le vestibule.--Vous serez peut-être content de prendre
quelque chose?
--Ma foi, je vous avoue que je n'ai pas dîné.
Elle me fit entrer dans une vaste salle à manger où se trouvait préparé
un médianoche confortable.
--A cette heure, le fourneau est éteint; et à la campagne il faut se
contenter de ce que l'on trouve.
--Mais tout cela m'a l'air excellent, dis-je en m'attablant devant un
plat de viande froide. Elle s'assit de biais sur une autre chaise près
de la porte, et, pendant tout le temps que je mangeais, resta les yeux
baissés, les mains croisées sur les genoux, délibérément subalterne. A
plusieurs reprises, comme la morne conversation retombait, je m'excusai
de la retenir; mais elle me donna à entendre qu'elle attendait que
j'eusse fini pour desservir:
--Et votre chambre, comment feriez-vous pour la trouver tout seul?...
Je dépêchais et mettais bouchées doubles lorsque la porte du vestibule
s'ouvrit: un abbé entra, à cheveux gris, de figure rude mais agréable.
Il vint à moi la main tendue:
--Je ne voulais pas remettre à demain le plaisir de saluer notre hôte.
Je ne suis pas descendu plus tôt parce que je savais que vous causiez
avec Mademoiselle Olympe Verdure, dit-il, en tournant vers elle un
sourire qui pouvait être malicieux, cependant qu'elle pinçait les lèvres
et faisait visage de bois:--Mais à présent que vous avez achevé de
manger, continua-t-il tandis que je me levais de table, nous allons
laisser Mademoiselle Olympe remettre ici un peu d'ordre; elle trouvera
plus décent, je le présume, de laisser un homme accompagner Monsieur
Lacasse jusqu'à sa chambre à coucher, et de résigner ici ses fonctions.
Il s'inclina cérémonieusement devant Mademoiselle Verdure, qui lui fit
une révérence écourtée.
--Oh! je résigne; je résigne ... Monsieur l'abbé, devant vous, vous le
savez, je résigne toujours ... Puis revenant à nous brusquement:--Vous
alliez me faire oublier de demander à Monsieur Lacase ce qu'il prend à
son premier déjeuner.
--Mais, ce que vous voudrez, Mademoiselle ... Que prend-on d'ordinaire
ici?
--De tout. On prépare du thé pour ces dames, du café pour Monsieur
Floche, un potage pour Monsieur l'abbé, et du racahout pour Monsieur
Casimir.
--Et vous, Mademoiselle, vous ne prenez rien?
--Oh! moi, du café au lait, simplement.
--Si vous le permettez, je prendrai du café au lait avec vous.
--Eh! eh! tenez-vous bien, Mademoiselle Verdure, dit l'abbé en me
prenant par le bras--Monsieur Lacase m'a tout l'air de vous faire la
cour!
Elle haussa les épaules, puis me fit un rapide salut, tandis que l'abbé
m'entraînait.
Ma chambre était au premier étage, presque à l'extrémité d'un couloir.
--C'est ici, dit l'abbé en ouvrant la porte d'une pièce spacieuse
qu'illuminait un grand brasier,--Dieu me pardonne! on vous a fait du
feu!... Vous vous en seriez peut-être bien passé ... Il est vrai que les
nuits de ce pays sont humides, et la saison, cette année, est
anormalement pluvieuse ...
Il s'était approché du foyer vers lequel il tendit ses larges paumes
tout en écartant le visage, comme un dévot qui repousse la tentation. Il
semblait disposé à causer plutôt qu'à me laisser dormir.
--Oui, commença-t-il, en avisant ma malle et mon sac de nuit,--Gratien
vous a monté vos colis.
--Gratien, c'est le cocher qui m'a conduit? demandai-je.
--Et c'est aussi le jardinier; car ses fonctions de cocher ne l'occupent
guère.
--Il m'a dit en effet que la calèche ne sortait pas souvent.
--Chaque fois qu'elle sort c'est un événement historique. D'ailleurs
Monsieur de Saint-Auréol n'a depuis longtemps plus d'écurie; dans les
grandes occasions, comme ce soir, on emprunte le cheval du fermier.
--Monsieur de Saint-Auréol? répétai-je, surpris.
--Oui, dit-il, je sais que c'est Monsieur Floche que vous venez voir;
mais la Quartfourche appartient à son beau-frère. Demain vous aurez
l'honneur d'être présenté à Monsieur et à Madame de Saint-Auréol.
--Et qui est Monsieur Casimir? dont je ne sais qu'une chose, c'est qu'il
prend du racahout le matin.
--Leur petit-fils et mon élève. Dieu me permet de l'instruire depuis
trois ans. Il avait dit ces mots en fermant les yeux et avec une
componction modeste, comme s'il s'était agi d'un prince du sang.
--Ses parents ne sont pas ici? demandai-je.
--En voyage. Il serra les lèvres fortement puis reprit aussitôt:
--Je sais, Monsieur, quelles nobles et saintes études vous amènent ...
--Oh! ne vous exagérez pas leur sainteté, interrompis-je aussitôt en
riant, c'est en historien seulement qu'elles m'occupent.
--N'importe, fit-il, écartant de la main toute pensée désobligeante;
l'histoire a bien aussi ses droits. Vous trouverez en Monsieur Floche le
plus aimable et le plus sûr des guides.
--C'est ce que m'affirmait mon maître, Monsieur Desnos.
--Ah! Vous êtes élève d'Albert Desnos? Il serra les lèvres de nouveau.
J'eus l'imprudence de demander:
--Vous avez suivi de ses cours?
--Non! fit-il rudement. Ce que je sais de lui m'a mis en garde ... C'est
un aventurier de la pensée. A votre âge on est assez facilement séduit
par ce qui sort de l'ordinaire ... Et, comme je ne répondais rien:--Ses
théories ont d'abord pris quelque ascendant sur la jeunesse; mais on en
revient déjà, m'a-t-on dit.
J'étais beaucoup moins désireux de discuter que de dormir. Voyant qu'il
n'obtiendrait pas de réplique:
--Monsieur Floche vous sera de conseil plus tranquille, reprit-il; puis,
devant un bâillement que je ne dissimulai point:
--Il se fait assez tard: demain, si vous le permettez, nous trouverons
loisir pour reprendre cet entretien. Après ce voyage vous devez être
fatigué.
--Je vous avoue, Monsieur l'abbé, que je croule de sommeil.
Dès qu'il m'eut quitté, je relevai les bûches du foyer, j'ouvris la
fenêtre toute grande, repoussant les volets de bois. Un grand souffle
obscur et mouillé vint incliner la flamme de ma bougie, que j'éteignis
pour contempler la nuit. Ma chambre ouvrait sur le parc, mais non sur le
devant de la maison comme celles du grand couloir qui devaient sans
doute jouir d'une vue plus étendue; mon regard était aussitôt arrêté par
des arbres; au-dessus d'eux, à peine restait-il la place d'un peu de
ciel où le croissant venait d'apparaître, recouvert par les nuages
presque aussitôt. Il avait plu de nouveau; les branches larmoyaient
encore ...
--Voici qui m'invite guère à la fête, pensai-je, en refermant fenêtre et
volets. Cette minute de contemplation m'avait transi, et l'âme encore
plus que la chair; je rabattis les bûches, ranimai le feu, et fus
heureux de trouver dans mon lit une cruche d'eau chaude, que sans doute
l'attentionnée Mademoiselle Verdure y avait glissée.
Au bout d'un instant je m'avisai que j'avais oublié de mettre à la porte
mes chaussures. Je me relevai et sortis un instant dans le couloir; à
l'autre extrémité de la maison, je vis passer Mademoiselle Verdure. Sa
chambre était au-dessus de la mienne, comme me l'indiqua son pas lourd
qui, peu de temps après, commença d'ébranler le plafond. Puis il se fit
un grand silence et, tandis que je plongeais dans le sommeil, la maison
leva l'ancre pour la traversée de la nuit.