dans l’instant même où je ne pouvais pas faire _ouf_ sans me
compromettre, mais il vit bien, hélas! à la façon dont j’acceptai cela,
que je ne lui reprocherais pas sa canaillerie.
«Nous remontâmes par une allée opposée à celle par où la belle-sœur
regagnait le château en m’appelant. Je crois qu’elle ne nous avait pas
vus; elle se garda de faire allusion même à la recherche à laquelle elle
avait eu la complaisance de se livrer, et je ne pus l’en remercier. Mon
mari me dit, au fond de la voiture, au retour: «Il me semble que vous
vous en payez un flirt avec monsieur Arthur!...» Il me dit cela sans la
moindre arrière-pensée, car le flirt était d’usage chez les X...
«Ah! ma chère amie, il ne se doutait pas, il ne s’est jamais douté de
l’embarras où certains usages peuvent plonger une femme, qui, toute
exempte de préméditation, n’est cependant pas héroïque! Si nous ne
sommes pas héroïques, il faut peu de chose pour nous faire sauter le
premier pas; mais ce qui contribue le plus à composer ce peu de chose,
croyez-le bien, c’est la caresse. Il faut bien des façons et bien des
salamalecs, dans votre monde, avant que vous n’en veniez seulement à
vous laisser baiser le creux du bras; quand vous en venez là, c’est que
vous consentez à beaucoup plus, disons à tout, c’est en un mot que vous
êtes rendue; un long cérémonial vous a laissé le temps de réfléchir.
Mais si nous commençons par ce qui devrait être presque un
aboutissement, si les trois quarts du chemin sont faits avant que vous
n’ayez pu prendre garde!... «On s’aguerrit, me direz-vous, on
s’accoutume précisément à considérer les trois quarts du chemin comme un
parcours nul; et, comme en ces matières tout dépend de l’idée que nous
associons aux faits, on n’est, en dépit de ces usages, pas plus près de
l’extrémité!...» Non, ma belle, tout ne dépend pas en ces matières de
l’idée que nous nous faisons des choses, car il intervient, dans les
usages que je vous ai signalés, un élément qui se moque un peu de
l’interprétation que nous faisons de lui; cet élément, c’est la
sensation physique... Tiens! mais vous êtes bonne; ça compte, je vous
prie de le croire; et quand ça y est, bernique! Vous pouvez gloser, nous
sommes prises bel et bien. Et nous pouvons l’être, voilà ce qu’il y a de
vexant, par un homme que nous n’avons pas choisi.
«Toujours est-il que me voilà, moi, à l’issue de la soirée que je vous
ai racontée, dans une situation singulière. La première résolution que
je pris, et dès le retour en voiture, à côté de mon mari qui se payait
la tête de M. Arthur d’une façon vraiment désobligeante pour moi, ma
première résolution fut de ne jamais remettre les pieds dans la maison
d’où nous sortions. Mais mon mari, qui plaisantait si bien les X..., fut
le premier à me faire entendre que ma résolution n’était pas tenable. Il
m’annonça, toujours en plaisantant et comme si la chose n’eût pas eu
pour lui d’autre importance, que par l’intermédiaire de M. X... il avait
acquis ce soir l’assurance d’être décoré à la prochaine promotion. Or,
je savais combien cette chose, qu’il affectait de traiter à la légère,
non seulement lui tenait à cœur, mais lui serait avantageuse au point de
vue de ses affaires. Ah! non, le moment n’était pas venu de donner à M.
Arthur son congé!... Alors quoi? Lui avouer loyalement ce qui était, à
savoir que je regrettais vivement un instant de faiblesse auquel
j’entendais ne donner aucune suite, attendu que je n’éprouvais pas le
plus petit sentiment pour lui? Ah! bien oui, je l’entendais rire, M.
Arthur, et me répondre que de mes sentiments il se souciait en vérité
bien peu, que c’était autre chose qu’il souhaitait de moi, et que cet
autre chose il était bien sûr de le tenir ou de le provoquer, puisqu’il
l’avait eu déjà! Un moment de faiblesse de ma part, mais il savait
désormais comment cela s’obtient!... Alors? alors? Eh bien! lui échapper
en évitant tout aparté? Mais s’il tenait à m’avoir, il était homme à
organiser avec moi un tête-à-tête, coûte que coûte, et à me demander au
nom de quoi je me refusais. Au nom de mon honneur de femme? Ah! c’est un
argument à mettre en avant que notre honneur de femme, quand nous avons
écouté et soutenu des conversations où la vertu est tenue pour la chose
la plus rococo et la plus ridicule du monde, quand nous nous sommes
laissé tripoter et lécher comme des grues, et quand, surprises tout à
coup par une défaillance de la chair, nous nous sommes quasi pâmées dans
les bras mêmes du monsieur à qui nous irions parler de notre honneur de
femme!... Alors? alors?... Dire au monsieur qu’il nous dégoûte? Mais le
lui faire croire serait plus difficile, attendu qu’il nous a paru si
désirable l’avant-veille!... C’est tout bonnement, ma chère, une
situation sans issue et où le parti le moins odieux est peut-être de se
montrer bonne joueuse et de tenir le coup, puisqu’on a engagé la partie.
Oui, si disgracieux que cela paraisse, c’est, je crois, le moindre mal,
et c’est le parti qu’aujourd’hui, moi qui ne suis pas une vertu, je
regrette presque de n’avoir pas adopté; car, après une liaison que
j’aurais pu rendre aussi brève que possible et rompre décemment, j’en
aurais été quitte; tandis qu’en me refusant, comme je l’ai fait, j’ai
laissé répandre par M. Arthur, qui m’avait un instant vue si faible, le
bruit que je n’étais qu’une allumeuse, et bonne tout au plus à acheter
au rabais «avec soixante-quinze pour cent de remise»--c’est l’expression
dont il s’est servi--la décoration de mon mari.»
LA BETE NOIRE
Vous savez de quel œil malin on voit venir à soi un ancien camarade que
l’on n’a pas rencontré depuis qu’il est marié. «Eh bien, mon pauvre
vieux?...» tels sont les premiers mots dont votre expérience de la vie
humaine vous engage à aborder celui qui vous fit part, un jour, qu’il
jouait son va-tout, mais négligea depuis de vous informer des résultats.
Dans l’espace des trois pas qui vous séparent de lui, l’urbanité corrige
votre calcul des probabilités évidemment pessimistes, et, la bouche en
cœur, hypocrite, vous demandez à ce vieux copain des nouvelles de Madame
et de la petite famille. La réponse d’un homme qui sait vivre est de
même qualité que la demande: «Mais ça va bien, mon vieux, ça va très
bien! très bien!»
Ce fut exactement ce que me dit, il y eut cinq ans ces vacances, sur les
planches de Trouville, un camarade à moi, nommé Thomasseau. Je n’avais
pas vu Thomasseau depuis le lycée; ce n’est pas depuis hier! Il avait,
lui, sept ans et demi de mariage, deux enfants; sa mine était
excellente; ni rides, ni embonpoint, ni poil blanc: «Tu te conserves,
toi, sacré bougre!...» D’après mes souvenirs, il n’était pas un type à
s’agiter outre mesure ni à se forger des ennuis chimériques; le «ça va
bien!» de celui-ci pouvait, ma foi, être sincère.
Au bout de quatre tours de «planches», j’étais à peu près informé et de
la vie et des affaires de Thomasseau. Son ménage était parfait, et il
vivait dans les meilleurs termes avec son beau-père et avec sa
belle-mère. On peut ne rien souhaiter de plus à un homme. Thomasseau
avait mieux: sa situation était particulièrement prospère. Il
appartenait, en qualité d’ingénieur-administrateur, à une des maisons
d’automobiles les plus renommées et dont je savais, comme tout le monde,
la hausse considérable des actions. Il me cita un de nos communs
camarades qu’il avait récemment sauvé de la détresse et plongé d’un coup
presque dans l’opulence en le faisant admettre dans la maison. C’était
m’affirmer son crédit. Et il ajouta:
--J’y ai bien fait entrer mon beau-frère!
Mais, ici, il ricana avec amertume. Je ne comprenais pas quel mérite il
y avait à avoir fait entrer à la maison son beau-frère, de qui il ne
m’avait pas encore soufflé mot.
--Ah! hasardai-je, ta femme a un frère?
--Oui, oui, dit-il, ma femme a un frère!
Et je vis soudain la figure de mon Thomasseau toute changée; il
regardait fixement au loin, devant lui, en amenuisant les yeux, comme
pour discerner quelqu’un qui eût pu poindre, tout petit, là-bas, là-bas.
Il fronçait les sourcils, et sa mâchoire se contractait. Je crus qu’il
apercevait précisément son beau-frère, ou quelqu’un dont la rencontre
lui allait être désagréable; mais nous continuâmes à avancer sans qu’il
abordât personne. C’est en pensée qu’il s’était représenté quelque
figure redoutable. Il me parla d’ailleurs aussitôt du «Circuit des
Ardennes», qu’il avait suivi en touriste...
--En touriste, à la bonne heure! J’espère bien que tu ne prends jamais
part personnellement à ces courses folles?...
--Ah! non, dit-il, c’est assez, pour la famille, qu’il y en ait un qui
fasse cette sottise! Dès avant la course, trois semaines durant, ma
femme en émoi, ma belle-mère pendue au téléphone: «Court-il?...
Empêchez-le de courir! Examinez vous-même la voiture, au moins!... De
grâce! prêtez-lui votre mécanicien, alors! Ou suivez-le! Ne le perdez
pas de vue!...» C’est-à-dire, entre nous: «Risquez de vous rompre les os
vous-même, mon gendre.» Cela, pourquoi? Pour secourir un crétin!...
--Un crétin?...
--Mon beau-frère, parbleu!...
--Oh! pardon, j’ai répété un terme...
--Répète! répète! mon cher ami, répète le terme!... Mon beau-frère est
un crétin! C’est connu, entendu, jugé, publié en première page des
journaux sportifs!... Mon beau-frère? Mais tout le monde se fout de
lui!...
Monté sur ce qui était évidemment son dada favori, voilà Thomasseau
lancé à perdre haleine. Nulle discrétion ne le tient plus; il semble
qu’un hasard m’ait fait témoin de cette tare de famille, et il en
épanche tout le flot bilieux sur un terrain complaisant; il avait
commencé par être amer et acerbe; mais, en devenant expansif, il devient
quasi joyeux. Exprimer son aversion est un des besoins les plus
incoercibles de cet homme d’ailleurs heureux, mais en proie, comme tant
de gens, à un excitant peut-être moins néfaste qu’on l’imagine et qui se
nomme «une bête noire».
* * * * *
--J’ai eu, dit Thomasseau, le pressentiment de ce que serait pour moi
mon beau-frère, dès avant mon mariage. A l’époque où je faisais la cour
à ma fiancée, est-ce que ce serin-là ne s’était pas mis en tête de jouer
le rôle de Père-la-pudeur? Pas une entrevue où je n’aie trouvé ce grand
nicodème plus près de moi que ne l’était sa sœur! La maman? le papa?
eux? jamais! Des amours, mes beaux-parents, t’ai-je dit; c’est à se
demander comment ils ont pu donner le jour à une ganache pareille!
--Ils auraient pu, du moins, le retenir, l’empêcher de t’importuner...
--Il m’avait voué dès le début une affection sans borne! Il me fallait
m’en déclarer touché; et les parents, la sœur elle-même, en étaient
attendris, tant ils auguraient bien de cette amitié pour l’avenir. La
chère petite, elle, était un peu timide, elle ne parlait guère, mais, au
fond, elle comprenait très bien que son frère me gênait, et je lisais
dans son sourire fin qu’elle m’engageait à prendre patience. Ne
serions-nous pas seuls un jour? Ah! vertubleu! que le jobard m’a embêté!
--Tu es peut-être injuste envers ce garçon, Thomasseau. Oublies-tu le
rôle bienfaisant de l’obstacle en amour? Combien de mariages, qui
n’auraient été que de raison, ont dû à de vieilles tantes raseuses
d’être aiguillonnés jusqu’au plus vif désir! Combien de maris jaloux ont
provoqué de passions pour leur femme!...
--Je te trouve excellent, avec ton obstacle, mon vieux! J’aurais voulu
te voir prendre part à ce steeple! Nous n’étions pas depuis trois
semaines en voyage de noces, que l’escogriffe nous rejoignait en Italie,
sous le prétexte qu’aucune occasion meilleure ne saurait se présenter
pour lui de compléter son éducation artistique! Inutile de te dire que
cette variété de serin se destinait à la littérature!... Et il a fallu
voyager avec ça, visiter des musées avec ça, avoir ça en tiers avec soi
à la petite table dans les hôtels et sur le strapontin des voitures, et
rapporter ça sur ses clichés photographiques! Ah! non! Ah! non! Je te
trouve exquis avec ton obstacle bienfaisant! Celui-là m’a empoisonné mon
voyage de noces. Ce n’était pas la peine d’aller jusqu’à Naples, pour
n’aspirer qu’à s’enfermer à clef, le soir,--enfin seuls!--dans sa
chambre, ou à rentrer le plus tôt possible à Paris,--enfin chez soi!...
--Tu vois, tu vois, Thomasseau: il y avait du bon! Ton beau-frère, qui
sait? t’a décuplé le goût de l’intérieur, de l’intimité à deux...
--Merci, mille fois! Je me serais passé de son coup de main! Et depuis,
tu crois que j’en suis quitte pour l’encombrement des débuts? Jamais,
pas un seul jour, entends-tu bien, je n’ai cessé de me heurter sur mon
chemin à cette oie battant des ailes! La carrière littéraire du
monsieur, sais-tu en quoi elle a consisté? A mettre à profit mes
relations d’affaires avec le monde des journaux pour obtenir l’insertion
de quelque ânerie; à tromper pendant quatre ans ses père et mère par ce
succès factice; à me rendre, moi, redoutable dans les salles de
rédaction: «Thomasseau et la «copie» de son beau-frère?... la barbe!...»
à mettre, il est vrai, mes beaux-parents à mes pieds, le sort de leur
benjamin dépendant de moi, et tu vas trouver, je n’en doute pas, que
c’était encore pour moi tout bénéfice!... Il est certain que, grâce à
leur encroûté de rejeton, j’ai revêtu, à leurs yeux, la figure même de
la divine Providence. Mais quel rôle à jouer! quelle charge! Faire
passer tous les quinze jours les «exquises bleuettes» de mon homme de
lettres n’était rien; un jour, il a fallu le faire exempter du service
militaire: démarches, temps perdu, médecins, mensonges, humiliations,
aventures inénarrables! Un autre jour, ç’a été pis, je suis tenté de le
croire: j’ai perdu mon unique mois de vacances à opérer le sauvetage du
jocrisse, englué jusqu’au col dans une très ennuyeuse histoire de femme!
Un jour, enfin, ç’a été le comble: il a fallu, coûte que coûte, mettre
un niais totalement incapable en état de gagner de l’argent!
«J’en suis là. Je l’ai fait entrer, te disais-je, à la maison. Je l’ai
dans mon bureau, du matin au soir, en face de moi, à ma table, où je me
nourris de l’air de ses poumons en faisant son ouvrage et en gagnant les
trois cents francs qu’il touche à la fin du mois, quand je n’absorbe pas
la poussière et les gaz d’échappement de sa voiture, afin d’être le
premier à le panser, à reconsolider son existence précieuse si le
malheur voulait qu’elle fût compromise dans un mauvais virage!... Et,
mon vieux, ce n’est pas pour me flatter, mais l’accident s’est produit,
il y a dix mois, non pas en course, mais en rase campagne, à dix
kilomètres de toute habitation: si je ne l’avais pas suivi et tiré de
sous sa voiture, mon cher beau-frère était nettoyé. Il me doit la
vie!... C’est un lien, entre lui et moi, que je trouve gentil, élégant,
pas banal, hein? Tu es de mon avis, cette fois, j’espère?... Que j’aie
sauvé la vie à ce bougre-là, sacredié! de ma part, il n’y a pas à dire,
je trouve ça propre! Mais de tous les embêtements qu’il m’a causés,
c’est celui-là qui me fait le plus rager, n... de D...!»
* * * * *
Thomasseau m’avait amusé avec sa «bête noire»; l’ayant aperçu dans le
cours de l’année suivante, à Paris, je pris la peine de traverser la rue
Royale pour le plaisir de lui serrer la main. Il était radieux. Nous
fîmes ensemble un bout de chemin; je constatais en lui une allégresse si
pure que je ne me retins pas de lui dire, souriant à demi de mon audace:
--Ah çà! Thomasseau, tu n’aurais pas perdu ton beau-frère?...
Il éclata de rire: il n’avait point perdu son beau-frère; mais il le
perdait cependant, me confia-t-il, l’œil tout humide de joie. L’unique
aptitude du garçon étant définitivement de conduire une auto, il s’en
allait, de son plein gré, comme simple mécanicien, dans la Russie
méridionale, au diable, mais chez un prince.
--Et la famille? hasardai-je.
--La famille, dit le malicieux Thomasseau, aime mieux qu’il porte là-bas
qu’ici sa jolie livrée couleur café au lait.
Le triomphe de Thomasseau était presque indécent.
* * * * *
Trois années passent. Je retrouve mon Thomasseau, ces vacances
dernières, comme la première fois, sur les planches, à Trouville. Il se
souvient de nos heures d’épanchement, il me prend le bras, il m’entraîne
jusqu’aux Roches-Noires, à l’écart. Bigre! il y a, je le vois, quelque
chose de changé. J’interroge avec un brin d’angoisse Thomasseau:
--Ton beau-frère?
Thomasseau, hachant ses mots, me dit:
--Toujours là-bas... chez son prince: va très bien... Il ne s’agit pas
de mon beau-frère... On lui a toujours mis tout sur le dos, à ce pauvre
garçon... Il était cornichon, je le reconnais, mais, en somme, assez
inoffensif... Oui, je ne le nie pas, je l’ai chargé moi-même, fortement,
du temps qu’il était là... Eh bien, mon vieux, du temps qu’il était là,
j’avais la paix, oui... j’avais la paix... tandis qu’aujourd’hui la vie
est intenable!...
--Ton ménage est excellent... tes beaux-parents...
--Sont des amours! c’est entendu. N’est-ce pas moi-même qui en ai
répandu le bruit? Eh bien, on se trompe, voilà tout... Ah! il faut des
années pour ouvrir les yeux, mon cher... Veux-tu que je te dise? nous
sommes des aveugles... nous ne voyons pas ce qui est... Et puis, tout à
coup, une main inconnue vous arrache la taie, et on voit. Stupéfaction!
Comment! c’est avec ces gens-là qu’on vivait!...
Et le brave Thomasseau de me dépeindre «les gens avec qui il vivait».
Mon Dieu! ces gens n’avaient point du tout des travers extraordinaires.
Sa belle-mère était autoritaire, indiscrète et tatillonne; son
beau-père, «assommant avec sa politique»: ne voilà-t-il pas des cas bien
exceptionnels? Sa femme, il me le laissa entendre avec plus de
ménagements, était une assez simple créature, dénuée de malice comme
d’esprit, une bonne mère de famille, au bout du compte très bornée quant
aux agréments, comme bien d’autres! Ce qu’il me narrait aujourd’hui avec
tant d’amertume, on le pouvait soupçonner autrefois, du temps qu’il
agonisait sa «bête noire». La présence importune de son beau-frère lui
avait voilé la médiocrité de sa fiancée, comme les particularités
vexatoires du caractère de la famille; puis les soucis de la carrière du
jeune homme, obligeant les uns et les autres à remettre chaque jour au
lendemain le plaisir de causer enfin d’un sujet agréable, avaient reculé
durant des années la sinistre découverte de ce vide affreux, de ce
lamentable néant qui s’ouvre entre les membres de beaucoup de familles
lorsqu’elles n’ont plus à s’entretenir d’un souci commun. Je dis à
Thomasseau:
--Comme tu tombes bien, mon cher! j’ai ton remède!
--Un remède? dit Thomasseau, incrédule.
--Mon vieux, hâte-toi de faire revenir ton beau-frère!»
FIN
TABLE DES MATIÈRES
Pages
Les deux Romanciers 3
«J’ai écrit une petite histoire» 47
Les tiroirs vides 73
Le confort moderne 89
L’Usage 155
La bête noire 175
ACHEVÉ D’IMPRIMER
LE 10 OCTOBRE 1926
SUR LES PRESSES
DE L’IMPRIMERIE
RAMLOT ET Cie
52, AVENUE DU MAINE, 52
PARIS
POUR J. FERENCZI
ET FILS, ÉDITEURS
J. FERENCZI & FILS, ÉDITEURS
PARIS--9, Rue Antoine-Chantin.--PARIS
vol.
BRULAT (Paul)
L’Etoile de Joseph, roman 1
Eldorado, roman 1
Rina, roman 1
L’Ame errante, roman 1
Les Destinées 1
BOYLESVE (René)
Les Deux Romanciers 1
CHARBONNEAU (Louis)
Mambu et son Amour, roman 1
Fièvres d’Afrique 1
CARCO (Francis)
Perversité, roman 1
COLETTE
La Maison de Claudine 1
DELARUE-MARDRUS (L.)
L’Apparition, roman 1
Le Pain Blanc, roman 1
A côté de l’Amour, roman 1
La Mère et le Fils, roman 1
Graine au Vent, roman 1
DERENNES (Charles)
Le Pou et l’Agneau, roman 1
L’Enfant dans l’Herbe, roman 1
DUPOUY (Auguste)
L’Affligé, roman 1
Le Chemin de ronde 1
La Paix des Champs 1
ERLANDE (Albert)
Le Crime et son excuse, roman 1
T. W. Fair, roman 1
La Tragédie du Consolateur 1
De La FOUCHARDIÈRE et F. CELVAL
La Résurrection du Bouif, roman 1
Tifs d’Etoupe et Nib de Tifs, roman 1
Son Excellence le Bouif, roman 1
Le Bistro de la Chambre, roman 1
Une Poule au Volant, roman 1
GERMAIN (José)
Le Roi des Rosiers, roman 1
Le Roi des Coqs, roman 1
GILBERT (Marion)
Celle qui s’en va, roman 1
La Trop Aimée, roman 1
Celui qui reste, roman 1
Le Joug, roman 1
GUICHES (Gustave)
La Tueuse, roman 1
En vacances, roman 1
HENRY-LACAZE (Lydie)
Les Irresponsables, roman 1
Tu ne tromperas plus, roman 1
JALOUX (Edmond)
L’Ami des jeunes Filles, roman (10e mille) 1
LÉVY (Jacob)
Les Pollaks, roman 1
Les Demi-Juifs, roman 1
LEVEL (Maurice)
Lady Harrington, roman 2
Les Morts Etranges 1
LICHTENBERGER (André)
Raramémé, roman 1
Père, roman 1
Rédemption, roman 1
Les Centaures, roman 1
MACHARD (Alfred)
Le Royaume dans la Mansarde, roman 1
Coquecigrole, roman 1
MACHARD (Raymonde)
L’Œuvre de Chair, roman 1
MILLE (Pierre)
L’Ange du Bizarre 1
Myrrhine, Courtisane et Martyre, roman 1
De MIOMANDRE (Francis)
Le Greluchon Sentimental, roman 1
La Bonbonnière d’Or, roman 1
La Naufragée, roman 1
L’Amour de Mlle Duverrier, roman 1
RACHILDE
L’Hôtel du Grand Veneur 1
ROUQUETTE (Louis-F.)
Le Grand Silence Blanc, roman 1
La Bête Errante, roman 1
Les Oiseaux de Tempête, roman 1
L’Ile d’Enfer, roman 1
L’Epopée Blanche, roman 1
VEBER (Pierre)
Une Aventure de la Pompadour 1
Archytas Roi 1
La seconde vie de Napoléon, roman 1
Tout mais pas ça, roman 1