VIE INTIME

«It is clear that Sir Thomas had a little Utopia of his own in

his family.»

Bridgett, I, 138.

I

On raconte que Hans Holbein le jeune, fuyant la barbarie des

iconoclastes suisses, trouva pendant plusieurs mois le vivre, le couvert

et un atelier dans la propre maison de sir Thomas More. Aucun document

n’établit cette légende pittoresque, mais en tous cas il est certain

que, sur la recommandation d’Érasme, More accueillit l’artiste étranger

avec son amabilité ordinaire, lui trouva du travail et aida de toutes

façons ses débuts dans la capitale. On s’imagine sans peine l’amitié

entre les deux hommes, la joyeuse et inlassable admiration de More pour

cette peinture simple, spirituelle et profonde, la vive curiosité de

Holbein pour cette curieuse tête où se lisaient tour à tour tant de

bonté, de gravité ou d’ironie. Le peintre a payé royalement sa dette de

reconnaissance et d’affection. J’ai déjà parlé de son admirable portrait

de Thomas More. Le présent chapitre pourrait presque n’être que le

commentaire d’une autre toile fameuse où Holbein avait représenté la

famille de son ami. Ce tableau, envoyé à Érasme est introuvable, perdu

peut-être. Il en reste quelques copies plus ou moins imparfaites, et la

première esquisse, faite à la plume, et conservée au musée de Bâle, avec

tant d’autres merveilles de la même main.

More est au milieu de la salle, assis sur une banquette à coussins et

ayant à sa droite le juge son père. Entre les deux hommes, un peu en

arrière, une jeune fille de quinze ans, la fiancée de Jean More, montre

de trois quarts sa jolie figure, gracieuse et un peu froide. Nous avons

déjà vu le vieux juge: quant à Thomas More, puisque toute œuvre de

peintre est intraduisible, demandons à Érasme de venir à notre secours.

«Pour commencer donc par ce que vous savez le moins, apprenez que Thomas

More, sans être précisément petit, n’est pas de haute taille. Toute sa

personne est harmonieusement régulière; la peau est blanche, le visage

d’un rose blond plutôt que pâle; d’ailleurs rien de rougeoyant... les

cheveux sont bruns tournant vers le noir; les yeux gris-bleu, avec de

petites taches qui sont la preuve d’un talent peu commun, et que les

Anglais trouvent séduisantes. Sa contenance, pleine d’un aimable

entrain, répond bien à son caractère; la bouche est toujours prête au

sourire, et tout chez lui parle de plaisanterie et de belle humeur plus

que de dignité et de gravité. Rien pourtant qui soit d’un fou ou d’un

bouffon. L’épaule droite dépasse un peu la gauche, ce dont on s’aperçoit

surtout quand il marche. Ce n’est pas là d’ailleurs un défaut de

naissance, mais le résultat d’une habitude, comme il arrive souvent.

Quant au reste, rien qui puisse déplaire, sauf les mains qui, dans ce

bel ensemble, manquent d’élégance.»

_Subrusticæ_, Érasme est d’autant plus sensible à ce détail que ses

mains à lui sont plus délicates. Holbein, manifestement, en jugeait de

même. Dans l’esquisse, les bras retombent sur les genoux et les mains

sont ensevelies dans les larges manches.

«Je n’ai jamais vu personne si insouciant de tout ce qui regarde la

nourriture, continue Érasme, indiscret comme un _reporter_, grand

amateur d’eau pure, pour ne pas se singulariser ni paraître morose, il

boit dans un gobelet d’étain d’une bière très légère, et plus souvent de

l’eau. C’est la coutume, en ce pays, de se passer de convive à convive

une même coupe de vin. Pour ne pas se donner l’air de mépriser le vin et

pour faire comme tout le monde, il approche la coupe de ses lèvres et en

prend une gorgée. Plus que des mets recherchés, il fait ses délices de

bœuf salé et de pain de ménage, très levé. D’ailleurs, il ne professe

aucune aversion pour ce qui donne au corps un plaisir innocent. Il aime

fort les fruits et les laitages, et les œufs sont une de ses

gourmandises préférées.

Sa voix n’est ni forte ni trop faible, mais pénétrante; ni sonore, ni

suave, mais très claire. Quoique grand amateur de toute sorte de

musique, il n’a pour le chant aucune aptitude[56].

[56] Le P. Bridgett corrige Érasme en rappelant que More chantait au

chœur de sa paroisse, c’est vrai, mais hélas, cela ne prouve rien.

Il parle avec grande netteté et articule parfaitement sans rapidité ni

hésitation. De goûts très simples, il ne se revêt de soie ou de pourpre

et ne porte sa chaîne d’or que lorsqu’il ne peut se dispenser de le

faire. Il est merveilleusement négligent de toutes les cérémonies, en

quoi tant d’autres se figurent que la politesse consiste. Il sait se

plier à ces bagatelles quand c’est nécessaire, mais il ne les exige pas

de ses inférieurs, et, pour lui-même, il les omet autant que possible...

naturellement jaloux de sa liberté et de ses aises, personne n’est plus

alerte et endurant quand le devoir l’exige[57].»

[57] B. I, 57-58.

J’avoue qu’on ne peut pas lire tous ces traits dans l’apparence du

personnage que Holbein nous représente au milieu de sa famille et qui,

pour la circonstance, s’est passé au cou la chaîne d’or. Mais l’occasion

était bonne de citer cette autre peinture d’une curiosité si minutieuse,

et quand on cite Érasme on ne sait plus s’arrêter.

Holbein a groupé les quatre enfants de More autour de leur père. Tout à

côté de lui, à sa gauche, debout, John, le plus jeune, s’incline

légèrement sur un livre qu’il tient des deux mains. On s’est disputé au

sujet de cette tête blonde. Un ancien éditeur de Roper la trouve sotte,

tandis que M. Hutton est frappé par sa distinction intelligente. Les

yeux nous étant cachés, la question est embarrassante et d’autant plus

que tout renseignement biographique nous manque pour l’éclaircir. Par

contre, aucune hésitation n’est permise en ce qui concerne les deux

jeunes femmes assises sur des tabourets très bas, tout aux pieds de

More. La moins âgée des deux, Cécile, tourne, sans doute vers le

peintre, une fine tête, brusquement fixée en une attitude de curiosité

amusée. Les mains, qui tenaient un livre et, semble-t-il, une guirlande

de fleurs ou un chapelet, se sont desserrées soudain et la droite reste

suspendue avec beaucoup d’aisance et de grâce. Toute la vivacité

spirituelle de More brille dans ces petits yeux et ce sourire.

Marguerite, l’aînée et la préférée, se montre plus grave. Une lourde

coiffe géométrique n’écrase pourtant pas ce beau front que les yeux, si

petits aussi, font paraître encore plus grand. Elle a, comme son père,

cet air de sérieux et presque de résignation tranquille qui s’arrête à

peu près à égale distance de la tristesse et de la joie. La seconde

fille, Élisabeth, grave aussi, douce, et d’un fin profil, reste debout,

à droite de son grand-père, un peu à l’écart, un livre sous le bras et

les mains croisées. Plus près du vieillard, une petite cousine, Margaret

Giggs, admise par charité dans la maison, se penche avec un livre ouvert

comme pour demander une explication que le juge More, à coup sûr, n’aura

garde de lui donner. Aimable femme, plus savante que jolie, qui épousera

le précepteur de la famille, l’helléniste John Clements, et qui, dans sa

jeunesse, s’amusait à «faire fâcher» Thomas More pour avoir le plaisir

de recevoir ses réprimandes.

Une figure manque dans l’esquisse de Holbein, et celle-là même que nous

aurions tant voulu connaître. Mais Jane Colt, la première femme de More,

était morte peu après la naissance de ce John, qui est maintenant un

homme, et une autre est venue prendre soin des quatre orphelins. Un mot

de More lui-même, qui dans sa propre épitaphe l’appelle _uxorcula Mori_,

et quelques lignes mélancoliques d’Érasme l’évoquent frêle, délicate et

gracieuse, souple aux aimables caprices de son mari. Fille d’un

gentilhomme campagnard, elle vivait loin de Londres, avec ses deux

sœurs, dans une paisible ignorance. Flatté de l’espoir d’avoir le jeune

avocat pour gendre, M. Colt l’invitait souvent chez lui. More avait plus

d’attrait pour la cadette, qui lui semblait la plus jolie et la mieux

douée. Mais, «considérant que s’il épousait celle-ci, Jane, l’aînée, en

éprouverait beaucoup de chagrin et un peu de confusion», il se mit

gentiment à essayer de préférer Jane[58], et peu après demanda sa main.

[58] L’anglais de Roper est délicieusement intraduisible: «he then of

a certain pity framed his fancy to her.»

Ce furent cinq années heureuses. Quand les enfants étaient endormis,

l’_uxorcula Mori_, presque enfant elle-même, retournait à ses leçons,

puisque son mari la voulait savante, ou bien elle chantait et jouait de

la clavicorde, car, en peu de temps, elle était devenue bonne

musicienne, puisque More n’aimait rien tant que cela. Nous ne savons

rien de plus sur elle, mais ce peu suffit pour que nous l’aimions.

Voici maintenant, en un coin du tableau, solide, reposée, Alice

Middleton, la seconde femme de More. Avant d’écouter les conjectures

malveillantes des biographes trop pressés de célébrer le martyre

conjugal de leur héros, demandons à Holbein ce qu’il pense d’elle.

Certes, il l’a dessinée sans enthousiasme, mais avec cette sympathie qui

est une des conditions de la vérité dans l’art.

La vertueuse dame est à genoux devant un prie-dieu, mais cette fantaisie

d’esquisse voulait être retouchée. «Celle-ci sera assise» a corrigé

Holbein sur la marge, et c’est là, en effet, sa position naturelle. Plus

âgée que More, sans être précisément jolie, elle n’a rien qui déplaise.

La paix domine dans ce visage qui ne manque ni d’intelligence, ni

d’esprit, une paix faite de bon sens un peu terre-à-terre, de

bienveillance et de patiente bonté. Érasme, en pensant louer son ami, a

fait d’elle un très bel éloge: «Peu de mois après la mort de sa femme,

il épousa une veuve qui put prendre soin de sa famille (l’aînée des

enfants, Marguerite, avait à peine cinq ans): ni belle, ni jeune, comme

il s’amusait à dire, mais bonne ménagère et mère de famille vigilante.

Il lui témoigne autant d’attentions et de gentillesses que si c’était

une toute jeune femme de la plus exquise beauté. Il la mène par des

caresses et des bons mots, et le plus autoritaire et dur des maris ne

saurait se faire mieux obéir. Que lui refuserait-elle? songez donc que

cette femme, déjà sur le retour, s’est mise, sans aucun goût naturel et

avec grande assiduité, à apprendre à jouer de la cithare, de la harpe,

du _monichorde_ et de la flûte, faisant chaque jour l’exercice que son

mari lui fixait.» Après un pareil témoignage, il faudrait des preuves

bien convaincantes pour nous persuader qu’Alice Middleton ait mis la

patience de More à une continuelle épreuve. Je sais très bien qu’Érasme

écrit en un autre endroit qu’il songe à quitter Londres parce qu’il a

peur d’être à charge à la bonne dame, mais Érasme, inquiet de nature, ne

serait pas resté si longtemps chez son ami, si l’hospitalité n’y avait

été cordiale. Il se peut qu’après l’avoir accueilli comme il convenait,

lady More, en un jour d’humeur, ait marqué un peu d’impatience pour cet

hôte qui ne savait pas un mot d’anglais et qui s’acharnait à parler

latin. Comme le remarque fort bien le P. Bridgett, «la plus douce et la

plus aimable des femmes finirait par se lasser d’assister, pendant des

semaines, à des conversations et à des plaisanteries dont elle

n’entendrait pas le premier mot[59]». Tous les témoignages contemporains

nous montrent d’ailleurs que la maison était grande ouverte aux nombreux

amis, et quoique probablement lady More n’attachât pas d’importance à

tous ces dialogues philosophiques, il est à croire qu’elle recevait

aimablement ces beaux parleurs, comme une bonne mère les compagnons de

jeu de ses enfants.

[59] B. I, p. 117.

«Peut-être avait-elle un brin de mondanité»--confesse le P. Bridgett,

qui prend très chaleureusement sa défense--faisant, comme disait More,

des économies de bouts de chandelle et ne comptant pas avec les robes de

velours; mais nous savons d’ailleurs que More, très négligent des choses

de ce monde, l’avait choisie pour ses qualités d’économie... et c’était

assurément une chrétienne et généreuse femme que celle à qui son mari

pouvait écrire en ces termes:

«Dame Alice, je vous salue de tout mon cœur. J’apprends par mon fils

Héron (le mari de Cécile), qu’un incendie a brûlé nos greniers et ceux

de nos voisins, et tout le blé qui était dedans. Certes, sauf le bon

plaisir de Dieu, c’est grande pitié que de perdre une si belle provision

de blé, mais puisqu’il lui a plu de nous envoyer cette épreuve, nous

devons la recevoir, non seulement avec résignation, mais avec joie. Tout

ce que nous avons perdu, il nous l’avait donné, et, puisqu’il nous le

reprend, que sa volonté soit faite. Ne nous en faisons pas de chagrin

et, bien au contraire, remercions-le aussi cordialement dans l’adversité

que dans les jours heureux... Sa sagesse voit mieux que nous ce qui nous

est bon. Je vous demande donc d’être joyeuse, de prendre avec vous toute

la famille et d’aller à l’église remercier Dieu pour ce qu’il nous a

donné, pour ce qu’il nous enlève et ce qu’il nous laisse.

«Je vous prie de rechercher exactement ce que nos pauvres voisins ont

perdu, et de leur dire de ne pas s’en faire de souci: je préférerais

vendre ma dernière cuillère plutôt que de voir nos pauvres voisins

souffrir quoi que ce soit à cause de nous...»

Que dirai-je encore, continue le P. Bridgett, «si la veuve de M.

Middleton donnait parfois quelques coups de langue, ce n’était pas pour

autant une mégère. Dans sa lettre du 15 décembre 1517, à Érasme, More

écrit: «Ma femme me charge d’un million de compliments en retour de vos

souhaits de longue vie: elle tient beaucoup, dit-elle, à vivre longtemps

pour continuer à me persécuter». Ce genre de plaisanterie ne

conviendrait pas à une Xantippe.»

«Un jour, sa femme», raconte Harpsfield, «en revenant de confesse, dit à

Thomas More: tenez-vous en joie, pour aujourd’hui j’ai laissé toute ma

malice, et demain je serai plus fraîche à recommencer.» Elle se flattait

en riant de ce qui n’était peut-être pas toujours imaginaire. La chose,

après tout, n’était pas pour déplaire à sir Thomas More, qui d’ailleurs

pouvait répondre du tac au tac. Entre autres choses «voyant, un jour, la

peine qu’elle se donnait pour retenir ses cheveux en l’air de façon à

faire le front plus large, et aussi pour s’amincir de moitié la taille,

lui, pensant qu’elle se faisait ainsi souffrir pour une bagatelle de

vanité, il lui dit: Certes, Madame, Dieu vous fera tort s’il vous refuse

l’enfer, car vraiment vous l’avez acheté à beaux deniers».

«Cette femme,--c’est Harpsfield qui parle et sans ombre de

sympathie[60],--quand elle vit que non seulement Sir Thomas ne

travaillait plus à son avancement, mais encore qu’il acceptait la

prison, en vint aux mains avec lui et lui demanda: «Pourquoi ne

voulez-vous pas faire comme tout le monde? comptez-vous rester assis

près du feu et faire des dessins sur la cendre avec votre canne, comme

font les enfants? Ah! si j’étais un homme, vous verriez ce que je

ferais!--Quoi donc, femme, lui dit son mari, que feriez-vous?--Parbleu,

j’irais du côté du manche. Car ma mère m’a toujours dit qu’il valait

mieux gouverner qu’être gouverné, aussi ne serais-je pas assez folle

pour me laisser gouverner si je pouvais gouverner moi-même.--Par ma foi,

lui répartit son mari,--à ce coup, vous avez dit juste, car je ne vous

ai pas encore vu prête à vous laisser gouverner.» Alice aurait pu

répondre en rappelant toutes les leçons de musique auxquelles elle

s’était prêtée de si bonne grâce, mais on ne répond pas à un bon mot, et

il est, je pense, inutile de discuter avec qui voudrait prendre au

sérieux cette boutade innocente. «Voilà, conclut le P. Bridgett, tout ce

qu’on peut apporter de plus sévère contre cette femme. Manifestement

rien ne nous permet de classer notre bienheureux parmi les grands hommes

mal mariés. Dire qu’au moment de la grande épreuve, Lady More ne sut pas

élever son âme à la même hauteur que son mari, c’est dire tout

simplement qu’elle ressembla, en la circonstance, à l’immense majorité

de ses contemporains, y compris presque toutes les abbesses, tous les

prélats et tous les évêques du pays[61].»

[60] Je raccourcis un peu le texte toujours embrouillé de Harpsfield.

[61] B. I, p. 116-121.

La famille de More n’est pas au complet sur la toile de Holbein et j’ai

peine à comprendre pourquoi William Roper, mari de Margaret, est absent.

Le brave garçon causa, pour un temps, un certain souci à son beau-père.

Les livres de Luther lui avaient tourné la tête. Il ne voulait plus

entendre parler de prières et de sacrements et s’appliquait

laborieusement à faire ce fameux acte de foi, qui dispense de tout le

reste. N’eût été par considération pour More, Roper, qui brûlait de

répandre le nouvel évangile, aurait eu maille à partir avec le bras

séculier. On imagine aisément la tristesse et la préoccupation de More.

Heureusement l’alerte ne fut pas trop longue et ce petit accès de fièvre

hérétique s’en alla bientôt comme il était venu.

N’oublions pas Henry Patenson, le fou de More que Holbein a pris soin de

nous montrer, un peu en arrière du groupe familial. Dans l’île d’Utopia,

«les fous sont une des récréations les plus délectables... leur mission

dans la vie et leur plaisir est de faire rire: aussi est-il défendu de

confier la garde d’un fou à qui serait de trop noire humeur pour rire de

leurs bons mots et de leurs grimaces». Patenson n’avait rien à craindre

de pareil sous le toit de Thomas More, car, de mémoire de fou, on

n’avait vu d’aussi bon maître, ni plus habile à reconnaître qu’il n’est

plus sotte sagesse que celle qui ne veut rien entendre aux conseils de

la folie.

Tout à fait au bas du tableau, un petit singe, à peine esquissé,

commence à grimper sur la robe de Lady More. En vérité, il n’est pas de

trop puisqu’il nous rappelle une des habitudes caractéristiques de son

maître: «Un de ses grands plaisirs, dit Érasme, est d’étudier la forme,

les habitudes, les instincts des différents animaux. Il a chez lui des

oiseaux de presque toutes les espèces, et des animaux rares, tels que

singes, renards, furets, belettes et autres semblables. Dès qu’il

rencontre quelque chose de curieux ou d’exotique, il l’achète vivement,

tant et si bien que sa maison est un musée et qu’à chaque pas les

visiteurs ont quelque chose à admirer. Leur amusement redouble son

plaisir». Il semble certain que sur la toile définitive, Holbein avait

couché deux chiens aux pieds des deux plus importants personnages du

groupe, un gros chien de garde pour le juge More et pour Thomas More un

«barbet de Bologne». Leur absence ici est regrettable. Il nous est

d’ailleurs indifférent que l’artiste dans sa hâte, n’ait pas pris le

temps de dessiner les instruments de musique qu’il se proposait de

suspendre, dans le coin, à gauche, auprès de l’élégant dressoir aux

faïences fleuries. «Mettre ici sur une étagère un clavicorde et d’autres

instruments». Cette note marginale nous suffit et nous laisse comme tout

cet admirable dessin sur une impression de suavité, de mesure et

d’harmonie.

Le bienheureux Thomas More · 第 16 / 65 题