IV

Ne les séparons donc pas, et puisque aussitôt que l’un des deux est sur

la sellette, l’autre vient se mettre à côté de lui, qu’un même jugement

les condamne ou les absolve. De quoi les accuse-t-on? D’avoir préparé

les voies à la révolte de Luther en menant trop vivement la guerre

contre les abus dont souffrait alors l’Église. Que vont-ils dire pour

leur défense?

Ils appellent les témoins. Si Érasme seul était en cause, il n’aurait,

je crois, qu’à redire que jusqu’au bout, jusqu’au martyre, Thomas More,

un ami de plus de trente ans, lui a gardé son affection et sa confiance.

Mais il nous faut d’autres autorités que More lui-même. Je n’en sais

pas, dans tout ce siècle, de plus indiscutable que le saint évêque

Fisher. Et sans doute lui aussi est un ami, mais l’amitié d’un pareil

homme est déjà, pour les prévenus, une présomption d’innocence. «Fisher,

dit le P. Bridgett, fut toujours profondément convaincu de la sincérité

de l’attachement d’Érasme à l’Église[41]. On sait qu’il avait décidé de

le prendre pour son théologien au concile. Il approuvait et encourageait

fort les travaux de l’humaniste chrétien sur l’Écriture et sur les

Pères. Érasme de son côté écrit au saint évêque avec pleine liberté et

confiance. Il lui parle, dans ses lettres, et très vigoureusement contre

les abus que tous deux remarquaient dans l’Église. Il sent qu’il peut

s’expliquer avec lui à cœur ouvert et sans réticences». Qui dira si ce

n’est pas là qu’il faut chercher le vrai, le profond Érasme? Là, plus de

légèreté ni de sarcasmes, on voit bien que rien ne le pousse à montrer,

à exagérer les tendances moins élevées de sa nature, et on se prend

d’une admiration émue et reconnaissante pour ce grand homme qui écoute

le hardi réformateur et en l’écoutant, l’oblige à purifier son zèle et à

modérer la vivacité de ses propos. Beaucoup d’autres évêques anglais et

des plus fameux, Wolsey, Warham, Fox et Tunstall ne pensaient et

n’agissaient pas autrement.

[41] Bridgett. _Life of B. J. Fisher_, p. 101.

_L’Éloge de la folie_ est de 1508. A deux reprises, en 1511 et en 1513,

l’auteur si passionnément discuté de ce petit livre est nommé professeur

de théologie à Cambridge. «Or, comme le remarque M. Jebb, la commission

chargée d’élire le titulaire de cette chaire (Lady Margaret) comprenait

toute la faculté de Théologie, moines et prêtres séculiers. Si Érasme

n’avait pas alors pour lui tous les religieux et tous les théologiens de

Cambridge, à tout le moins le sentiment qui dominait alors à son sujet

était un sentiment de respect et d’estime[42].» «Plusieurs des plus

saints et des plus savants évêques du continent partageaient cette

impression[43].» Enfin, pour ne pas parler de Léon X, qui savoura la

_Moria_ plus que personne, d’autres papes, Adrien VI, Clément VII, et

Paul III, prodiguèrent à Érasme des attentions, un peu inquiètes

parfois, mais au demeurant, affectueuses et confiantes, et personne

enfin n’ignore que s’il l’eût voulu, l’ami de Thomas More serait mort

cardinal de la sainte Église romaine.

[42] Jebb. _Erasmus; Rede lecture._

[43] Bridgett, _J. Fisher_, p. 101.

Aussi bien, vers ce temps-là, le mot de «réforme», loin d’être encore,

comme bientôt avec Luther, synonyme de révolte, revenait souvent au

contraire sur les lèvres ou sous la plume des plus saints et des plus

orthodoxes personnages. L’Église ne serait ni divine ni vivante si elle

ne pensait constamment à se réformer elle-même et on l’injurie

gratuitement quand on veut attribuer à l’hérésie le monopole de cette

réforme toujours nécessaire. Je n’ai pas à rappeler ici pour quelle

raison, au lendemain du grand schisme et à l’aube des temps modernes,

cette nécessité était devenue plus urgente. Ce qu’il nous importe

seulement de retenir est que sur le fond du débat, sauf quelques

retardataires, tout le monde en somme était d’accord.

Froude lui-même en fait la remarque: «On ne comprend rien au XVIe

siècle, a-t-il écrit, tant qu’on n’a pas réalisé l’immense différence

qu’on faisait alors entre un changement de doctrine et une réforme

disciplinaire et morale de l’Église[44].» Sans doute des dénonciateurs

d’abus trop pressés et trop orgueilleux risquent de se préférer tôt ou

tard à l’Église et il est tout naturel que dans la fumée des premiers

combats, hérétiques de demain et catholiques de toujours semblent se

confondre. «On peut imaginer, dit le P. Bridgett,--la chose n’a rien que

de vraisemblable--on peut imaginer Fisher, Colet, Luther et Érasme,

réunis dans la maison de Sir Thomas More en 1512, et conversant de

l’état de l’Église avec une apparence d’unanimité cordiale[45]».

[44] Froude. _Erasmus_, lect.: 14.

[45] Bridgett. _Fisher_, p. 103.

L’avenir pourtant montrera quel antagonisme secret et irréductible

séparait dès lors ces réformateurs, et quoiqu’on discute aujourd’hui

encore sur Érasme, il est bien clair qu’un catholique décidé, comme

Thomas More, pouvait le croire aussi fidèle et sûr que Colet, ou que

Fisher. Rien de ce qu’il avait dit ou écrit ne permettait de voir en lui

un révolté. «Érasme, dit le P. Gasquet, ressentait vivement les besoins

spirituels de son époque... il n’est souvent peut-être pas assez

judicieux dans la façon dont il propose les réformes... mais si l’on va

au fond du sujet _on trouvera communément que ses idées sont

justes_[46].» Ainsi pensait Thomas More, et quant aux excès ou aux

imprudences de polémique, lui-même s’en reconnaît coupable comme son

ami, et plaide avec lui les circonstances atténuantes.

[46] Gasquet. _Eve of the reformation_, 155, 156.

Il rappelle d’abord l’extraordinaire violence, l’injustice et même, le

mot n’est pas trop fort, la folie des attaques qu’ils avaient chaque

jour à subir. Du haut de la chaire chrétienne, le _nouveau testament_

d’Érasme était dénoncé comme un des signes de la venue de l’antéchrist.

Le confesseur de la reine Catherine, un évêque dominicain, affirmait à

sa pénitente qu’en corrigeant saint Jérôme, Érasme avait commis un crime

inexcusable[47]. Le nom de saint Jérôme était mal choisi et More,

oubliant sa modération ordinaire, écrivait: «Le travail de Jérôme a

jadis été rendu impossible par ces mêmes pestes qui aujourd’hui menacent

les Érasmiens, la jalousie et l’ignorance de ceux-là même à qui il

voulait être utile[48].»

[47] Gasquet, _Ibid._, p. 178.

[48] Jortin. _Erasmus_, t. III, 373.

On ne se bornait pas d’ailleurs à dénoncer toute étude critique de la

Bible et des pères; le grec même était une langue maudite, et tous les

hellénistes vendus au diable. Un jour, en présence de Henri VIII un

théologien fit un sermon foudroyant contre les études grecques. Richard

Pace, un des plus intéressés était là à côté de Th. More. Pace regarda

le roi pour voir comment il prenait la chose et sur un sourire du

prince, comprit que le grec aurait gain de cause. Le sermon fini, le

théologien est mandé devant le roi et obligé de défendre ses dires

contre Thomas More, chargé de la défense du grec. La partie était trop

inégale. Vaincu en un tour de main, le pauvre homme demande pardon à

genoux, en affirmant qu’il avait pensé suivre l’inspiration du Saint

Esprit. Le roi lui demande s’il a lu les œuvres d’Érasme. Il dut

reconnaître que non. «Vous voilà donc convaincu de folie, repart le

monarque, vous qui condamnez ce que vous n’avez pas lu.» Il en était

souvent ainsi et comme disait tristement Érasme: «C’est toujours la même

chose, personne n’est plus amer à m’attaquer que ceux qui ne m’ont pas

lu[49].»

[49] Gasquet. _Ibid._, p. 177, 178.

La chaleur de ces batailles est encore trop sensible dans la fameuse

lettre de Thomas More à l’Université d’Oxford.

«De Londres, j’avais entendu dire qu’une faction s’était formée à

Oxford, la faction troyenne, ainsi nommée de sa haine du grec ou par

simple plaisanterie... les Troyens, disait-on, se moquent de ceux qui

prennent goût à l’étude du grec et les molestent en toute manière.

Jusqu’ici je ne voyais là que folies de jeunesse, mais j’apprends que la

folie devient furieuse et qu’un de ces Troyens, qui se croit sage, mais

qui agit comme un insensé, a dans un sermon public, en plein carême,

déblatéré non seulement, contre la littérature grecque et la culture

latine, mais, et très libéralement, contre tous les arts libéraux...

Quelle honte plus insigne pour un prédicateur que de convertir ainsi un

sermon de carême en une farce de bacchanales, au cœur même d’une église,

en présence du corps du Christ, et dans le saint temps du Carême. Quant

à ses attaques contre les études libérales, si ce brave homme, après des

années passées au désert nous revenait brusquement de sa solitude et

suppliait ses auditeurs de se consacrer aux veilles, à la prière et au

jeûne, leur disant que tout le reste est bagatelle, que la littérature

est une nouvelle chaîne qui nous retient à la terre et que les simples

vont plus vite et tout droit au ciel, on pourrait comprendre un pareil

sermon. On mettrait tout sur le compte de sa simplicité, quelques-uns

plus bienveillants loueraient la sainteté du personnage et même ceux qui

l’aimeraient moins lui trouveraient une excuse. Mais voici venir en

chaire, un homme élégamment orné des fourrures académiques, portant les

insignes de la science et qui, en plein centre d’études, se moque

ouvertement de toute littérature. Comment voir là autre chose que malice

et jalousie? Comment donc s’est-il mis en tête de prêcher sur la langue

latine dont il sait si peu, sur les sciences libérales dont il sait

encore moins, ou sur le grec dont il ne sait pas un _iota_. N’avait-il

pas matière plus abondante dans les sept péchés capitaux? C’est là du

moins un sujet qu’il possède mieux...

«Dira-t-on qu’il a voulu seulement condamner un goût excessif pour la

littérature? Certes, ce ne serait pas là un crime trop répandu et pas

n’est besoin de sermon pour vous empêcher de vous noyer dans l’étude...

mais non, le saint homme n’y allait pas par quatre chemins. Ouvertement

il dénonçait comme hérétiques tous ceux qui étudient le grec, les

professeurs comme des diables et les élèves comme des diablotins: et

furieux il appelait diable cet homme même (Érasme) dont le vrai diable

assurément ne voudrait pas pour prédicateur[50].»

[50] B. I, 173, 175.

A Dieu ne plaise que nous ornions, nous aussi, du casque troyen, tous

ceux qui dans la mêlée, reçurent alors les coups de nos Hellènes. Érasme

se plaint quelque part que ses adversaires ne puissent rien trouver

d’inoffensif dans ses livres: «Pas de pierre sous laquelle ils ne

soupçonnent un scorpion: ce passage est suspect, cette ligne

scandaleuse, ces mots manquent de respect.» Pareillement, lui et More

voyaient peut-être des Troyens partout, et en tous cas, ils ne se

demandaient pas assez souvent si le ridicule, ainsi versé à pleines

mains, ne risquait pas d’éclabousser les soldats dévoués de la bonne

cause et l’Église elle-même.

C’est le danger de toute discussion, d’où l’esprit n’est pas exclu, et

le plus sévère des directeurs aurait sans doute hésité avant de défendre

à More ou à Érasme d’avoir de l’esprit en écrivant. Au premier abord, il

semble que l’ironie devrait être impitoyablement exilée de toute

polémique chrétienne, mais pratiquement, cette arme redoutable sera

nécessaire aussi longtemps que la pure raison ne suffira pas à guider

les hommes et à renverser les abus. Coupables de quelques écarts de

plume, nos deux amis pensaient pouvoir être satiriques en toute sûreté

de conscience. «La satire de la _Moria_, dit le P. Bridgett, est modérée

si on la rapproche de celle de tant d’autres écrivains antérieurs dont

la foi et la soumission à l’Église n’ont jamais été mises en cause. Quoi

que l’on pense à part soi de ce genre, la satire contre les gens

d’église n’a rien qui permette de la confondre avec le ridicule que les

hérétiques déversent sur le dogme, les institutions et pratiques de

l’Église. Pas un seul jour de sa vie More n’eût toléré la moindre

attaque, le moindre sarcasme contre ce qu’il savait approuvé par

l’Église. Écrite en latin et à l’usage des seuls lettrés, l’œuvre

d’Érasme lui paraissait tout à fait inoffensive. Peu d’années

auparavant, un Allemand, Sébastien Brant, avait écrit son poème de la

_Nef des fous_. Personne n’avait protesté, et le livre avait aussitôt

été traduit en latin, en hollandais, en français et en anglais. Un de

ses récents éditeurs, M. Jamieson écrit: «Il est difficile de ranger

Brant dans la grande armée des réformateurs protestants. C’était un

réformateur du dedans, dénonciateur mordant et sans pitié de tous les

vices du clergé, mais loyal enfant de l’Église...» Cela nous explique

comment More ne vit aucun mal à la publication de la _Moria_. Toute

l’Europe avait applaudi à la _Nef des fous_: en Allemagne même, le livre

était devenu un texte à sermons; comment un livre plus difficile, écrit

en latin, à l’usage des seuls lettrés, risquait-il d’être dangereux?

Sans doute l’Église l’a jugé tel cinquante ans plus tard, ce qui montre

qu’il était devenu en fait dangereux, mais non pas qu’il le fût alors.

Les circonstances avaient changé du tout au tout et les circonstances

déterminent souvent l’influence d’un livre..., avec le temps celui-ci

peut cesser d’être dangereux, tel autre peut le devenir.

Quand Érasme écrivit le sien, toute l’Europe était catholique. Le nom de

Luther n’était pas sorti de Wittemberg, où le moine avait encore une

réputation d’orthodoxie. Aucune menace d’hérésie à l’horizon et plutôt,

chez quelques bons chrétiens, l’espoir était venu d’une réforme

catholique. Il n’est pas clair que la satire d’Érasme fut de nature à

hâter cette réforme, mais enfin More croyait cela d’elle et le livre lui

fut bienvenu[51].»

[51] B. I, p. 84, 85.

C’est bien là, en effet, ce qui les innocente tous deux et ce qui montre

en même temps que telle ou telle des accusations portées contre Érasme

ne manquait pas de clairvoyance. Les uns redoutaient que cette critique

trop vive pût faire le jeu d’un hérétique et préparer les voies à une

œuvre de révolte; les autres, sans se douter que l’hérésiarque était

déjà à leurs portes, soutenaient que le meilleur moyen de le retarder ou

de l’empêcher de nuire était précisément de travailler avec vigueur à la

réforme. On avait raison de part et d’autre et quand le danger eut

éclaté, Érasme et More n’hésitèrent pas à reconnaître qu’ils auraient

écrit autrement s’il leur avait été donné de connaître d’avance

l’avenir.

«La Moria, écrit Érasme, est l’œuvre d’une époque de paix, et je ne

l’aurais jamais écrite si j’avais prévu cette tempête[52].» Il revient

en d’autres endroits à des aveux du même genre, mais nulle part, je

crois, avec plus de candeur que dans sa jolie lettre au moine qui

voulait quitter son couvent. «J’ai peur, disait-il avec l’amertume d’un

homme leurré de ses plus chères espérances, j’ai peur que tu ne prennes

trop au sérieux certains charlatans qui exaltent magnifiquement la

liberté de l’Évangile. Crois-moi, si tu voyais les choses de plus près,

tu trouverais ta vie actuelle moins pénible. Je vois venir une race

d’hommes dont tout mon être se détourne avec épouvante. Personne ne

devient meilleur, tout va de mal en pis et je suis profondément navré

d’avoir moi-même, jadis, dans mes livres, célébré la liberté

spirituelle. Certes, je le faisais avec bonne intention et sans que rien

ne donnât à prévoir l’approche d’une telle race. Si je désirais qu’on

retranchât quelque chose aux pratiques extérieures, c’était dans

l’espoir que la vraie piété y gagnerait. Maintenant ils suppriment si

bien les pratiques qu’ils remplacent la liberté de l’esprit par

l’absolue licence de la chair. Qu’est-ce que cette liberté qui ne nous

permet pas de dire des prières et de célébrer la sainte Messe[53]?»

[52] B. I, p. 86.

[53] Édit. Lond. Lib. XX, epist. 18. La lettre est d’octobre 1527.

Ces désaveux n’avaient rien qui pût surprendre Thomas More, et il

s’indignait au contraire de constater que, ni les soupçons ni les

attaques ne désarmaient.

«Tes ennemis sont d’autant moins dignes de pardon, mandait-il à Érasme,

que tu es le premier, et ils le savent bien, à avouer ingénuement, que

tu aurais adouci et tempéré plusieurs de tes paroles si tu avais pu

deviner quelles pestes d’hérésies allaient bientôt paraître. Ceux à qui

une telle excuse paraîtrait insuffisante, auraient bien du mal à laver

d’un soupçon analogue quelques-uns des plus saints docteurs de

l’Église... Eux, comme toi, tout occupés de porter remède aux maux

présents ne pensaient pas aux dangers à venir..., allons, courage, mon

ami, et si tu vois encore que les honnêtes gens marquent à ton endroit

trop d’inquiétude, pardonne quelque chose à la pureté de leurs

intentions[54].»

[54] _Ib._, p. 1508.

Lui-même, bien entendu, se montrait aussi tout décidé à sacrifier tout

son passé littéraire aux besoins pressants de l’Église.

«Dans ces jours, écrit-il encore, où les hommes sont assez mauvais pour

se scandaliser de la sainte Écriture elle-même, si quelqu’un aujourd’hui

avait l’intention de traduire la _Moria_ en anglais, ou quelque autre

livre de moi, bien qu’il n’y ait dans ces livres rien de mal, je n’y

consentirais pas, et je brûlerais moi-même, de mes propres mains, et les

livres de mon bien-aimé Érasme et les miens, plutôt que de donner à la

malice de ces hommes l’occasion de prendre en mauvaise part ce qu’ils

savent bien n’être pas mauvais[55].»

[55] B. I, 87.

De telles paroles me paraissent décisives. Celui qui les a écrites est

manifestement et a toujours été un enfant fidèle, loyal, soumis de

l’Église. Quant à son cher Érasme, nous savons maintenant à n’en pas

douter quelle idée il se faisait de lui et à quelles enseignes il lui

gardait son amitié et sa confiance. L’Érasme qu’il a connu ou cru

connaître, l’Érasme qu’il a aimé, en ce qui concerne les choses de la

foi, n’a rien de Luther, rien de Bayle, rien de Voltaire, rien de Renan.

Est-ce le véritable Érasme? Il ne m’appartient pas de le rechercher ici,

puisque cette question n’intéresse aucunement la pleine orthodoxie de

Thomas More. Je rappelle seulement que le chancelier d’Henri VIII se

connaissait en hommes, qu’il a vu Érasme de près, qu’il a vécu avec lui

dans une intimité parfaite, qu’il a prié à côté de lui, et qu’après une

expérience de plus de trente ans, son témoignage est peut-être de nature

à rendre moins pressés et plus hésitants ceux qui, pour avoir lu la

_Moria_, quelques lettres et quelques colloques d’Érasme, pensent déjà

le connaître et se flattent de le définir.

Le bienheureux Thomas More · 第 14 / 65 题