Mars 1577.
Henry, par la grace de Dieu, roy de France et de Pologne, à tous presens
et à venir, salut. Sçavoir faisons que, nous inclinant liberalement à la
supplication et requeste qui faite nous a esté par nostre amé et féal
chevalier de nostre Ordre, le sieur de la Roche, marquis de Coetarmoal,
comte de Kermoallec et de la Joyeuse Garde, conseiller en nostre conseil
privé, et gouverneur de nostre ville de Morlaix; ayant aussi égard à la
delibération qu'il nous a fait entendre avoir prise, tant pour le zele
et fervente devotion qu'il a au service de Dieu avec mention du nom
chretien, et grandeur de nous et nos successeurs que pour la singulière
affection qu'il a à la reputation du nom François, ampliation, seureté
et commodité du commerce et traficq, bien, profit et utilité de tout le
public de cestuy royaume; pour ces causes, et autres bonnes
considerations à ce nous mouvant, avons audit sieur de la Roche permis
et accordé, permettons et accordons de grace speciale, pleine puissance
et autorité royale par ces présentes qu'il puisse et lui soit loisible
lever, freter et equiper tel nombre de gens, navires et vaisseaux qu'il
advisera et verra bon estre pour aller aux Terres neufves, et autres
adjacentes, et illec faire descente, s'appatrier, investir et faire
siennes toutes et chacunes les terres dont il se pourra rendre maître,
pourvu qu'elles n'appartiennent à nos amis, alliez et confederez de
cette couronne, lui donnant plein pouvoir et puissance de faire bâtir,
construire et édifier, fortifier et remparer telles forteresses que bon
lui semblera pour les garder et conserver, icelles occuper, tenir et
posseder sous nostre protection, et en jouir et user par lui, ses
successeurs et ayant cause perpetuellement et à toujours comme de leur
propre chose et loyal acquest. Si donnons en mandement par ces mesmes
presentes à vous, nos lieutenans generaux, gouverneurs de nos provinces,
amiraux, vice amiraux, baillis, senechaux, juges ou leurs lieutenans et
autres, nos justiciers et officiers qu'il appartiendra, que de ceste
presente grace, permission, et de tout le contenu cy dessus ils facent,
souffrent et laissent ledit sieur de la Roche, sesdits successeurs et
ayant cause, jouir et user pleinement et paisiblement, ainsi que dessus
est dit, sans en ce leur faire, mettre ou donner, ne souffrir estre
fait, mis ou donné aucun ennuy ne empeschement au contraire, lequel si
fait, mis ou donné leur estoit, facent le tout reparer et remettre
incontinent et sans délai au premier estat et deu. Si prions et
requérons tous princes, potentats et republiques à nous alliez,
confederez et bien veillans de cette couronne que, arrivant lesdits
navires et vaisseaux en leurs ports, havres et costes que leur chemin et
route y donnast, ou que la tourmente et impetuosité de la mer les y fist
aller, ou bien qu'ils soient rencontrez en mer par leurs vaisseaux de
guerre, ils ayent à les recueillir et fournisser, mesme les accommoder
et rafraichir de vivres, victuailles et autres choses dont ils auront
besoin, en payant raisonnablement et ainsi que le requiert l'amitié et
bonne intelligence qui est entre nous et eux, et que nous voudrions
faire à l'endroit de leurs sujets en pareille occasion. Et affin que ce
soit chose ferme et stable à toujours, nous avons fait mettre notre scel
à ces présentes, sauf en autres choses nostre droit et l'autrui en
toutes. Donné à Blois au mois de mars l'an 1577 et de nostre regne le
troisième, signé Henry, et sur le replis: par le Roy, Bruslart. Et
scellé d'un grand sceau de cire verte en lacs de soye.
(_Titres de Robien. Morice._ Pr. III, 1439.)
[Note 1: Il paraît que cette commission et la suivante sont demeurées
inconnues aux historiens qui se sont occupés des relations de la France
avec le Canada. Le dernier et le plus exact, M. Poirson, dans sa belle
_Histoire du règne de Henri IV_, relate une autre commission donnée au
même marquis de la Roche le 12 janvier 1598, et fixe à cette année les
premières tentatives pour fonder des établissements français dans
l'Amérique septentrionale. Cette pièce montre qu'Henri IV ne faisait que
suivre les traditions de son prédécesseur et renouveler une commission
donnée par Henri III.]