On leur donnait depuis quelque temps fort à penser, à Junon et à
Jupiter, et leur cervelle de chien était en grand travail.
Jupiter autrefois s'était donné plutôt à Thérèse et Junon à
François,--mais quand il eut compris que sa maîtresse était partie
pour toujours, Jupiter avait adopté Nora et ne l'avait plus quittée,
surtout à partir du moment où il l'avait vue brutalisée par son
père, et blessée. Au fond, il y a lieu de croire qu'il garda contre
François Mitry une sourde rancune, sous une indifférence apparente, de
convenance, parfaitement simulée, peut-être politique.
Quant à l'indolente Junon, elle n'eut pas à modifier ses habitudes et
cela lui convint assez, mais elle aussi, et en même temps que Jupiter,
elle s'aperçut que de grands changements s'étaient accomplis dans le
cœur du maître, dont elle parut se déclarer le partisan à outrance.
Et comme les rencontres devinrent rares ou plutôt brèves entre Nora et
son père, les deux chiens se voyaient peu, et passaient l'un près de
l'autre avec de superbes airs d'indifférence et de dédain.