Quand tout fut terminé, il regarda son œuvre un matin avec une
satisfaction étrange. Il soupira, puis, machinalement, ouvrit un
dernier tiroir oublié, un tiroir secret. Dans cette cachette, il trouva
un petit paquet avec ces mots d'une écriture qui n'était pas celle de
Thérèse: _A brûler en cas de mort_. Il regarda les cachets: L. H.
Il songea machinalement: «_Lucien Houzelot_». Rien d'autre.
--Tiens?
Il alla, sans réflexion aucune, à la cheminée. Il alluma le feu tout
préparé, déposa le paquet sur les bûches et regarda.
Les flammes léchèrent le pli épais, serré dans les ficelles, compact
comme un livre, et le noircirent seulement; puis la cire s'échauffa,
fondit, coula, s'enflamma, les fils éclatèrent, et les coins de
l'enveloppe, recroquevillés, s'écartèrent. Les lettres pliées que
contenait l'enveloppe en jaillirent, glissant les unes sur les autres
de divers côtés et quelques-unes tombèrent hors du foyer jusque
sur le tapis, aux pieds de François Mitry--qui restait immobile, à
regarder.... Une souple tige de bois vert qui servait de lien à un
petit fagot éclata à son tour, rompue par le feu, et, se détendant
comme un ressort, lança, éparpilla le reste des lettres en tous sens.
Deux ou trois papiers seulement restèrent pris entre les bûches, et s'y
consumèrent tout à fait, puis, de lui-même, avec un sifflement, le feu
s'éteignit.
Alors François se baissa, ramassa toutes les lettres qui lui étaient
rendues malgré lui, les porta sur un coin de table, et sans soupçon ni
crainte d'un malheur, curieux à peine, plutôt distrait, comme obéissant
à la fatalité des petits faits enchaînés et suggestifs, agissant comme
par conclusion nécessaire à des circonstances indépendantes de lui, il
se mit à lire.
* * * * *
Thérèse l'avait trompé avant le mariage. L'auteur de ces lettres, dont
il reconnaissait l'écriture, Lucien Houzelot, avait été l'amant de
Thérèse, et Nora, sa Nora, n'était plus sa Nora... C'était la fille de
cet autre, Nora, oui, Nora, Nora!