L’autre cas a trait à la station de Bolobo:--

“It is rare indeed for Bolobo, with its 30,000 or 40,000 people,

divided into some dozen clans, to be at peace for any length of

time together. The loss of life from these petty wars, the number

of those killed for witchcraft, and of those who are buried alive

with the dead, involve, even within our narrow limits here at

Bolobo, an almost daily drain upon the vitality of the country, and

an incalculable amount of sorrow and suffering.... The Government

was not indifferent to these murderous ways.... In 1890 the

District Commissioner called the people together, and warned them

against the burying of slaves alive in the graves of free people,

and the reckless killing of slaves which then obtained. The natives

did not like the rising power of the State.... Our own settlement

among them was not unattended with difficulty.... There was a

feeling against white men generally, and especially so against the

State. The people became insolent and haughty.... Just at this time

... as a force of soldiers steamed past the Moye towns, the

steamers were fired upon. The soldiers landed, and burnt and looted

the towns. The natives ran away into the grass, and great numbers

crossed to the French side of the river. They awoke to the fact

that Bula Matadi, the State, was not the helpless thing they had so

long thought. This happened early in 1891.”[31]

Ces exemples donnent, comme on le voit, à l’émigration des indigènes,

des causes n’ayant aucun rapport avec--

The methods employed to obtain labour from them by local officials

and the exactions levied on them.[32]

Le Rapport s’étend longuement sur l’existence des impôts indigènes. Il

constate que les indigènes sont astreints à des prestations de travail

de diverses sortes, ici sous forme de fournitures de “chikwangues” ou de

vivres frais pour les postes Gouvernementaux, là sous forme de

participation à des travaux d’utilité publique, tels que la construction

d’une jetée à Bololo, ou l’entretien de la ligne télégraphique à F----;

ailleurs sous la forme de la récolte des produits domaniaux. Nous

maintenons la légitimité de ces impôts sur les populations natives,

d’accord en cela avec le Gouvernement de Sa Majesté, qui, dans le

Mémorandum du 11 Février, 1904, déclare que l’industrie et le

développement des Colonies et Protectorats Britanniques en Afrique

montrent que le Gouvernement de Sa Majesté a toujours admis la nécessité

de faire contribuer les natifs aux charges publiques et de les amener au

travail. Nous sommes d’accord également avec le Gouvernement de Sa

Majesté que si en cette matière des abus se commettent, comme, il est

vrai, il s’en est produit en toutes Colonies, ces abus appellent des

réformes, et qu’il est du devoir de l’autorité supérieure d’y mettre fin

et de concilier, dans une juste mesure, les nécessités Gouvernementales

avec les intérêts bien entendus des indigènes.

Mais l’État du Congo entend à cet égard se mouvoir librement dans

l’exercice de sa souveraineté--comme, par exemple, le Gouvernement

Britannique explique dans son dernier Mémorandum l’avoir fait à

Sierra-Leone--en dehors de toute pression extérieure on de toute

ingérence étrangère, qui seraient attentatoires à ses droits essentiels.

Le Rapport du Consul vise manifestement à créer l’impression que la

perception de l’impôt, au Congo, est violente, inhumaine et couelle, et

nous voulons, avant tout, rencontrer l’accusation si souvent dirigée

contre l’État, que cette perception donnerait lieu à d’odieux actes de

mutilation. A cet égard, la lecture superficielle du Rapport est de

nature à impressionner, par l’accumulation complaisante, non pas de

faits nets, précis, vérifiés, mais de déclarations et d’affirmations des

indigènes.

Une remarque préliminaire s’impose sur les conditions dans lesquelles le

voyage du Consul s’est effectué.

Qu’il l’ait voulu ou non, M. le Consul Britannique a apparu aux

populations comme le redresseur des griefs, réels ou imaginaires, des

indigènes, et sa présence à La Lulonga, coïncidant avec la campagne

menée contre l’État du Congo, en une région où s’exerce depuis longtemps

l’influence des missionnaires Protestants, devait fatalement avoir pour

les indigènes une signification qui ne leur à pas échappé. C’est en

dehors des agents de l’État, en dehors de toute action ou de tout

concours de l’autorité régulière que le Consul a fait ses

investigations; c’est assisté par des missionnaires Protestants Anglais

qu’il a procédé; c’est sur un vapeur d’une Mission Protestante qu’il a

fait son inspection; c’est dans les Missions Protestantes qu’il a

généralement reçu l’hospitalité; dans ces conditions, il a dû

inévitablement être considéré par l’indigène comme l’antagoniste de

l’autorité établie.

Nous n’en voulons d’autre preuve que le fait caractéristique

d’indigènes, pendant le séjour du Consul à Bonginda, s’attroupant à la

rive, au passage en pirogue d’agents de la Société “La Lulonga” et

s’écriant:--

“Votre violence est finie, elle s’en va; les Anglais seuls restent;

mourez vous autres!”

Et cet aveu significatif d’un missionnaire Protestant qui, à propos de

ce fait, explique:--

“The Consul was here at the time, and the people were much excited,

and evidently thought themselves on top.... The people have got

this idea (that the rubber work was finished) into their heads of

themselves, consequent, I suppose, upon the Consul’s visit.”

Dans ces circonstances, en raison de l’état d’esprit qu’elles révèlent

chez les indigènes, en raison de leur caractère impressionnable et de

leur désir naturel de se soustraire à la charge de l’impôt, il n’était

pas douteux que les conclusions auxquelles arriverait le Consul ne

seraient pas autres que celles de son Rapport.

Il suffira, pour mettre ce point en évidence et pour caractériser le

manque de valeur de ses investigations, de s’arrêter à un seul cas,

celui sur lequel s’est porté tout l’effort de Mr. Casement, nous voulons

parler de l’affaire Epondo. C’est celle de l’enfant II dont le Rapport

parle aux pages 56, 58, et 78.

Il est indispensable d’entrer un peu longuement dans les détails de

cette affaire, qui sont significatifs.

Le Consul se trouvait, à la date du 4 Septembre, 1903, à la Mission de

la “Congo Bololo Mission,” à Bonginda, de retour d’un voyage dans la

Rivière Lopori, au cours duquel il n’avait constaté aucun de ces actes

de mutilation qu’il est d’usage de mettre à la charge des agents au

Congo.

A Bonginda, des indigènes d’un village voisin (Bossunguma) viennent le

trouver et lui signalent entre autres qu’une “sentinelle” de la

Compagnie “La Lulonga,” nommée Kelengo, avait, à Bossunguma, coupé la

main d’un indigène du nom d’Epondo, dont les blessures étaient à peine

guéries. Le Consul se transporte à Bossunguma; il est accompagné des

deux Révérends W. D. Armstrong et D. J. Danielson et se fait présenter

l’indigène estropié, lequel, “en réponse à la question du Consul, accuse

de ce méfait une sentinelle nommée Kelengo (placée dans cet endroit par

l’agent local de la Société ‘La Lulonga’ pour vérifier si les indigènes

récoltaient du caoutchouc).” Ce sont les termes du Consul: il s’agissait

en effet d’établir un rapport de cause à effet entre la récolte du

caoutchouc et ce cas prétendu de cruauté.

Le Consul procède à l’interrogatoire du Chef et de quelques indigènes du

village. Ils répondent en accusant Kelengo; la plupart déclarent avoir

été témoins oculaires du fait. Le Consul fait demander par ses

interprètes s’il se trouve là d’autres témoins qui ont vu le crime et en

accusent Kelengo: “presque tous les individus présents, au nombre

environ de quarante, s’écrient d’une seule voix que c’est Kelengo le

coupable.”

Il faut lire toute cette enquête telle qu’elle a été libellée par le

Consul lui-même, en des sortes de procès-verbaux des 7, 8, et 9

Septembre (Annexe 2), pour se rendre compte de l’acharnement avec lequel

les indigènes accablent Kelengo, et des dénégations de l’accusé se

heurtant à l’unanimité de tous ceux qui le chargent. De partout

surgissent les dénonciateurs et de la foule surexcitée jaillissent les

accusations les plus diverses: il a coupé la main d’Epondo, enchaîné des

femmes, volé des canards et un chien! L’attention du Consul ne veut pas

s’éveiller en présence du caractère passionné des dépositions; sans

autre garantie de leur sincérité, sans autre contrôle de leur véracité,

il considère son enquête comme concluante, et, de même qu’il s’était

substitué au Parquet pour l’instruction de l’affaire, de même il préjuge

la décision de l’autorité compétente en déclarant à la population

assemblée que “Kelengo deserved severe punishment for his illegal and

cruel acts.” Dramatisant l’incident, il emmène avec lui la prétendue

victime, l’exhibe le 10 Septembre devant le Chef de Poste de

Coquilhatville, auquel il remet la copie de son enquête, et le 12

Septembre, il adresse au Gouverneur-Général une lettre qu’il qualifie de

“personal and private,” dans laquelle il prend texte entre autres de

l’incident pour accuser “the system of general exploitation of an entire

population which can only be rendered successful by the employment of

arbitrary and illegal force.” Cette enquête terminée, il reprenait

aussitôt la route du Bas-Congo.

Les circonstances de fait eussent-elles été exactes, encore serait-on

frappé de la disproportion des conclusions que le Consul en déduit, en

généralisant avec emphase son système de critiques contre l’État du

Congo. Mais le fait même, tel qu’il l’a présenté, est inexact.

En effet, dès la dénonciation du Consul connue du Parquet, celui-ci se

rendit sur les lieux en la personne du Substitut du Procureur d’État, M.

Gennaro Bosco, et procéda à une enquête judiciaire dans les conditions

normales en dehors de toute influence étrangère. Cette enquête démontra

que M. le Consul de Sa Majesté Britannique avait été l’objet d’une

machination ourdie par les indigènes, qui, dans l’espoir de n’avoir

plus à travailler, avaient comploté de représenter Epondo comme la

victime de procédés inhumains d’un capita d’une Société commerciale. En

réalité, Epondo avait été victime d’un accident de chasse et mordu à la

main par un sanglier; la blessure s’était gangrenée et avait occasionné

la perte du membre, ce qui avait été habilement exploité par les

indigènes vis-à-vis du Consul. Nous joignons (Annexe 3) les extraits de

l’enquête faite par le Substitut relatifs à cette affaire Epondo. Les

dépositions sont typiques, uniformes et concordantes. Elles ne laissent

aucun doute sur la cause de l’accident, attestent que les indigènes ont

menti au Consul, et révèlent le mobile auquel ils ont obéi, dans

l’espoir que l’intervention du Consul les déchargerait de l’obligation

de l’impôt. L’enquête montre Epondo, enfin acculé, rétractant ses

premières affirmations au Consul, et avouant avoir été influencé par les

gens de son village. Il est interrogé:--

“_D._ Persistez-vous à accuser Kelengo de vous avoir coupé la main

gauche?

“_R._ Non; j’ai menti.

“_D._ Racontez alors comment et quand vous avez perdu la main.

“_R._ J’étais esclave de Monkekola, à Malele, dans le district des

Bangala. Un jour, j’allai avec lui à la chasse au sanglier. Il en

blessa un avec une lance, et alors la bête, devenue furieuse,

m’attaqua. Je tâchai de me sauver avec la suite, mais je tombai; le

sanglier fut bientôt sur moi, m’arrachant la main gauche, au ventre

et à la hanche gauche. Le comparant montre les cicatrices aux

endroits désignés, et spontanément se met par terre pour faire voir

dans quelle position il se trouvait lorsqu’il fut attaqué et blessé

par le sanglier.

“_D._ Depuis combien de temps cet accident vous est-il arrivé?

“_R._ Je ne me rappelle pas. C’est depuis longtemps.

“_D._ Pourquoi alors aviez-vous accusé Kalengo?

“_R._ Parce que Momaketa, un des Chefs de Bossunguma, me l’a dit,

et après tous les habitants de mon village me l’ont répété.

* * * * *

“_D._ Les Anglais vous ont-ils photographié?

“_R._ Oui, à Bonginda et à Lulanga. Ils m’ont dit de mettre bien en

évidence le moignon. Il y avait Nenele, Mongongolo, Torongo, et

autres blancs, dont je ne connais pas les noms. Ils étaient les

blancs de Lulanga. Mongongolo a porté avec lui six

photographies.”[33]

Epondo a réitéré ses déclarations et rétractations spontanément à un

missionnaire Protestant, M. Faris, résidant à Bolengi. Ce Révérend a

remis au Commissaire-Général de Coquilhatville la déclaration écrite

suivante:--

“Je soussigné E.-E. Faris, missionnaire, résidant à Bolengi,

Haut-Congo, déclare que j’ai interrogé l’enfant Epondo, du village

de Bosongoma, qui a été chez moi le 10 Septembre, 1903, avec Mr.

Casement, le Consul d’Angleterre, et que j’ai mené à la Mission de

Bolengi, le 16 Octobre, 1903, selon la requête de M. le Commandant

Stevens, de Coquilhatville, et que le dit enfant m’a dit

aujourd’hui, le 17 Octobre, 1903, qu’il a perdu sa main par la

morsure d’an sanglier.

“Il m’a dit également qu’il a informé Mr. Casement que sa main a

été coupé par un soldat, ou bien d’un des travailleurs de blancs,

qui ont fait la guerre dans son village pour faire apporter le

caoutchouc, mais il affirme que cette dernière histoire qu’il m’a

dite aujourd’hui est la vérité.

“E.-E. FARIS.

“A Bolengi, le 17 Octobre, 1903.”

L’enquête aboutit à une ordonnance de non-lieu ainsi motivée en ce qui

concerne le cas Epondo:--

“Nous, Substitut du Procureur d’État près le Tribunal de

Coquilhatville;

“Vu les notes rédigées par le Consul de Sa Majesté Britannique, à

l’occasion de sa visite aux villages d’Ikandja et Bossunguma, dans

la région des Ngombe, d’où résulte que le nommé Kelengo, garde

forestier au service de la Société ‘La Lulonga,’ aurait--

“(_a._) Coupé ..., la main gauche au nommé Epondo.

“(_b._)....

“(_c._)....

“Vu l’enquête faite par M. le Lieutenant Braeckman, confirmant en

partie l’enquête faite par le Consul de Sa Majesté Britannique,

mais le contredisant en partie, et ajoutant aux accusations

précédemment faites à Kelengo, celle d’avoir tué un indigène nommé

Baluwa;

“Vu les conclusions posées par cet officier de police judiciaire

tendant à faire naître des soupçons assez graves sur la vérité de

toutes ces accusations;

“Attendu que tous les indigènes qui ont accusé Kelengo, soit au

Consul de Sa Majesté Britannique, soit au Lieutenant Braeckman,

convoqués par nous, Substitut, ont pris la fuite, et tout les

efforts faits pour les retrouver n’ont abouti à aucun résultat; que

cette fuite discrédite évidemment leurs affirmations;

“Que tous les témoins interrogés dans notre enquête attestent ...

qu’Epondo a perdu la main gauche parce qu’un sanglier la lui a

arrachée ...;

“Qu’Epondo confirme ces attestations, avouant qu’il a menti par

suggestion des indigènes de Bossunguma et Ikondja, qui espéraient

de se soustraire à la récolte du caoutchouc moyennant

l’intervention du Consul de Sa Majesté Britannique, qu’ils

jugeaient très puissant;

“Que les témoins, presque tous indigènes des villages accusateurs,

confirment que tel fut le but de leur mensonge;

“Que cette version, indépendamment de l’unanimité des affirmations

des témoins et des parties lésées, se présente aussi comme la plus

plausible, parce que personne n’ignore, soit la répugnance des

indigènes pour le travail en général et la récolte du caoutchouc,

soit leur facilité à mentir et à porter de fausses accusations;

“Qu’elle est confirmée par l’opinion, nettement formulée, du

missionnaire Anglais Armstrong, qui retient les indigènes ‘capables

de tout complot pour éviter de travailler, et surtout de faire le

caoutchouc’;

“Que l’innocence de Kelengo étant complètement prouvée, il n’y a

pas lieu à le poursuivre;

“Par ces motifs:

“Nous, Substitut, déclarons non-lieu à poursuivre le nommé Kelengo,

garde forestier au service de la Société ‘La Lulonga,’ pour les crimes

prévus par les Articles 2, 5, 11, 19 du Code Pénal.

Le Substitut,

(Signé) BOSCO.

“Mampoko, le 9 Octobre, 1903.”

Si nous avons insisté sur les détails de cette affaire, c’est qu’elle

est considérée par le Consul lui-même comme d’une importance capitale et

qu’il se base sur ce seul cas pour conclure à l’exactitude de toutes les

autres déclarations d’indigènes qu’il a recueillies.

“Dans le seul cas sur lequel j’ai pu enquêter personnellement,

dit-il[34]--celui de l’enfant II--j’ai trouvé cette accusation

établie sur les lieux, sans apparemment une ombre de doute quant à

la culpabilité de la sentinelle accusée.”

Correspondence and Report from His Majesty's Consul at Boma Respecting the Administration of the Independent State of the Congo [and Further Correspondence] · 第 48 / 74 题