“Representations to this effect (alleged cases of ill-treatment of
natives and existence of trade monopolies) are to be found ... in
despatches from His Majesty’s Consuls.”
L’impression était ainsi créée qu’à cette date le Gouvernement de Sa
Majesté se trouvait en possession de renseignements Consulaires
concluants: la nécessité d’un voyage de M. le Consul Casement dans le
Haut-Congo n’en a pas moins paru évidente. La réflexion s’ensuit que les
conclusions de la note du 8 Août étaient au moins prématurées; il s’en
déduit également que, contrairement à l’appréciation de cette note, il a
été loisible au Consul Britannique d’entreprendre dans les régions
intérieures tel voyage qui lui convenait. Il est à noter en tout cas que
le “White Paper” (Africa, No. 1, 1904), qui vient d’être présenté au
Parlement, ne contient pas, nonobstant le désir qu’en a réitéré l’État
du Congo, ces rapports Consulaires antérieurs, qui, cependant, offraient
d’autant plus d’intérêt qu’ils dataient d’un temps où la campagne
présente n’était pas née.
Le Rapport actuel signale qu’en certains points visités par le Consul,
la population se trouve en décroissance. M. Casement n’indique pas les
bases de ses recensements comparatifs en 1887 et en 1903. Il est à se
demander comment pour cette dernière année le Consul a pu établir ses
chiffres au cours de visites rapides et hâtives. Sur quels éléments
certains s’appuye-t-il, par exemple, pour dire que la population des
localités riveraines du Lac Mantumba _semble_ avoir diminué dans les dix
dernières années de 60 à 70 pour cent? En un point désigné F*, il
déclare que l’ensemble des villages ne compte pas aujourd’hui plus ne
500 âmes; quelques lignes plus loin, ces mêmes villages ne comportent
plus que 240 habitants en tout. Ce ne sont là que des détails, mais ils
caractérisent immédiatement le défaut de précision de certaines
appréciations du Consul. Au reste, il n’est malheureusement que trop
exact que la diminution de la population a été constatée; elle est due à
d’autres causes qu’à un régime excessif ou oppressif exercé par
l’Administration sur les populations indigènes. C’est en premier lieu la
maladie du sommeil, qui décime partout les populations en Afrique
équatoriale. Le Rapport remarque lui-même que: “a prominent place must
be assigned to this malady,”[26] et que cette maladie est “probably one
of the principal factors,” de la diminution de la population.[27] Il
suffit de lire la lettre du Révérend John Whitehead (Annexe II du
Rapport), citée par le Consul, pour se rendre compte des ravages de la
maladie, à laquelle ce missionnaire attribue la moitié des décès dans la
région riveraine du district. Dans une interview récente, Mgr. Van
Ronslé, Vicaire Apostolique du Congo Belge, avec l’autorité qui
s’attache à une grande expérience des choses d’Afrique et à des séjours
prolongés en de multiples résidences au Congo, a montré l’évolution du
fléau, le dépérissement fatal des populations qui en sont frappées,
quelles que soient d’ailleurs les conditions de leur état social, citant
entre autres les pertes effrayantes de vies dues à ce mal dans l’Uganda.
Que si l’on ajoute à cette cause fondamentale de la dépopulation au
Congo, les épidémies de petite vérole, l’impossibilité actuelle pour les
tribus de maintenir leur chiffre par des achats d’esclaves, la facilité
de déplacement des indigènes, il s’explique que le Consul et les
missionnaires aient relevé la diminution du nombre d’habitants de
certaines agglomérations, sans que nécessairement ce soit le résultat
d’un système d’oppression. L’Annexe No. I reproduit les déclarations sur
ce point de Mgr. Van Ronslé. Ce qu’il dit des conséquences, sur le
chiffre numérique de la population, de la suppression de l’esclavage, se
trouve reproduit ailleurs:--
“The people (slave) are for the most part originally prisoners of
war. Since the Decree of Emancipation they have simply returned to
their own distant homes, knowing their owners have no power to
recapture them. This is one reason why some think the population is
decreasing, and another is the vast exodus up and down
river.”[28]--“So long as the Slave Trade flourished, the Bobangi
flourished, but with its abolition they are tending to disappear,
for their towns were replenished by slaves.”[29]
Le Consul cite des cas, dont du reste les raisons lui sont inconnues,
d’exode d’indigènes du Congo sur la rive Française. On ne voit pas à
quel titre il en ferait grief à l’État, si l’on en juge d’après les
motifs qui ont déterminé certains d’entre eux, à preuve les exemples de
ces émigrations, donnés et expliqués par un missionnaire Anglais, le
Révérend Père W. H. Bentley. L’un est relatif à la station de
Lukolela:--
“The main difficulty has been the shifting of the population. It
appears that the population, when the station was founded in 1865,
was between 5,000 and 6,000 in the riverine Colonies. About two
years later, the Chief, Mpuki, did not agree with his neighbours or
they with him. When the tension became acute, Mpuki crossed over
with his people to the opposite (French) side of the river. This
exodus took away a large number of people. In 1890 or 1891, a Chief
from one of the lower towns was compelled by the majority of his
people to leave the State side, and several went with him. About
1893, the rest of the people at the lower towns either went across
to the same place as the deposed Chief, or took up their residence
inland. Towards the end of 1894, a soldier who had been sent to cut
firewood for the State steamers on an island off the towns, left
his work to make an evil request in one of the towns. He shot the
man who refused him. The rascal of a soldier was properly dealt
with by the State officer in charge; but this outrage combined,
with other smaller difficulties, to produce a panic, and nearly all
the people left for the French side, or hid away inland. So the
fine township has broken up.”[30]