Soracte attribuer à Charles une expédition en Palestine et d'autres
exploits merveilleux. Le poème qui porte le nom de l'archevêque Turpin
est bien connu. Les meilleures anecdotes relatives à Charles--et
quelques-unes sont très bonnes--se trouvent dans l'ouvrage du moine de
Saint-Gall. Plusieurs font allusion à sa conduite envers les évêques,
qu'il y traite à la façon d'un maître d'école en belle humeur. [Sur les
légendes dont la vie de Charlemagne a été surchargée au moyen âge: G.
Paris, _Histoire poétique de Charlemagne_, Paris, 1867, in-8º; et G.
Rauschen, _Die Legende Karls des grossen im XI u. XII Jahrhundert_,
Leipzig, 1890, in-8º.]
[28] [Les manuscrits écrits en lettres d'or, ou «chrysographiques», de
l'époque carolingienne sont très nombreux. «Ils remontent, dit M. S.
Berger, pour le plus grand nombre, au règne de Charlemagne, et même à la
première partie de ce règne. L'Evangéliaire de Godescalc a été copié
entre 781 et 785, le psautier d'Adrien Ier, s'il lui appartient
réellement, est antérieur à 795, le _Codex Adæ_ paraît antérieur à
803.... Il est probable que le plus grand nombre des manuscrits en
lettres d'or sont sortis de l'école palatine. L'école palatine, en
effet, fut dirigée, à partir de 782, par Alcuin, qui n'avait pas encore
fondé l'école de Tours.» (_Histoire de la Vulgate..._, p. 277.)]
[29] [«Le comte Vivien fut un grand personnage. Quoique laïque, il
reçut, en 845, de Charles le Chauve, l'investiture de l'abbaye de
Saint-Martin et de celle de Marmoutier. C'est lui qui, en 846, réduisit
à deux cents le nombre des chanoines de Saint-Martin. Détesté en qualité
de laïque, et peut-être à cause de l'énergie (ou de la dureté) dont il
paraît avoir fait preuve dans son administration, il fut tué, aux
applaudissements de ses moines, en 851, au cours d'une campagne contre
les Bretons.» (S. Berger, p. 217.)]
[30] [Sur Adalbald et l'école de Tours, S. Berger, _op. cit._, p. 243 et
s.].
[31] [Sur la Bible de Théodulfe, S. Berger, _op. cit._, p. 145 et s.].
[32] [Le château féodal du Xe siècle, dit M. Viollet-le-Duc,
consistait en une enceinte de palissades entourée de fossés ou d'une
escarpe de terre. Au milieu de l'enceinte s'élevait un tertre factice ou
_motte_, sur lequel on bâtissait une maison carrée, en bois, à trois ou
quatre étages, ce qui fut plus tard le donjon. Pour protéger ce donjon
primitif contre les projectiles incendiaires, on étendait sur la
plateforme et sur les murs extérieurs des peaux de bêtes récemment
écorchées. Les palissades de défense avancée s'appelaient _haies_ quand
elles étaient formées de haies vives, _plessis_ (_plexitium_) quand
elles étaient formées de fascines de branchages entrelacés, _fertés_
(_firmitates_) quand c'étaient des enceintes en planches avec des
tourelles de distance en distance. Il existe encore dans le centre de la
France, et surtout dans l'Ouest, des traces de ces châteaux primitifs.
Les châteaux de Langeais, de Beaugency et de Loches sont du XIe
siècle. Tout autrement formidables sont les châteaux du XIIe siècle,
tout en pierres de taille, véritables camps retranchés, avec leur double
enceinte de murailles crénelées, leurs donjons et leurs
_bailles_.--Voyez ci-dessous la description du château du Krak des
Chevaliers.]
[33] Voici en quoi consistait cette réparation: Raoul offrait de se
rendre d'Origny à Nesle, localités qu'une distance de «14 lieues» (en
réalité 43 kil.) séparait, accompagné de cent chevaliers portant chacun
sa selle sur la tête; Raoul, chargé de celle de son ancien écuyer,
aurait dit à toutes les personnes qui se seraient trouvées sur son
chemin: «Voici la selle de Bernier». Les hommes de Raoul trouvaient fort
acceptable, pour Bernier, cette «amendise» que l'offensé refusa
hautement.
[34] Les Allemands appelaient cette colline, la plus haute de celles qui
entourent Rome ou qu'elle enferme, et que fait remarquer le beau groupe
de pins pignons qui en décore la cime, Mons Gaudii. L'origine du nom
italien Monte Mario, est inconnue, à moins que ce ne soit, comme
quelques-uns le pensent, une corruption de Mons Malus.--C'est sur cette
colline qu'Otton III fit pendre Crescentius et ses partisans.
[35] On attachait une grande importance à cette partie de la cérémonie
où l'empereur tenait l'étrier au pape pour monter en selle et conduisait
son palefroi pendant quelques instants. L'omission de cette marque de
respect par Frédéric Barberousse, lorsque Hadrien IV vint à sa
rencontre, à son approche de Rome, faillit amener une rupture entre les
deux potentats, Hadrien se refusant absolument à donner le baiser de
paix avant que l'empereur se fût soumis à la formalité obligée, ce que
celui-ci se vit contraint de faire à la fin, d'une façon quelque peu
ignominieuse.
[36] Un remarquable discours de remontrances adressé par Otton III au
peuple romain (après une de ses révoltes), de la tour de sa maison sur
l'Aventin, nous a été conservé. Il commence ainsi: «Vosne estis mei
Romani? Propter vos quidem meam patriam, propinquos quoque reliqui;
amore vestro Saxones et cunctos Theotiscos, sanguinem meum, projeci; vos
in remotas partes imperii nostri adduxi, quo patres vestri cum orbem
ditione promerent nunquam pedem posuerunt; scilicet ut nomen vestrum et
gloriam ad fines usque dilatarem; vos filios adoptavi; vos cunctis
prætuli.»
[37] La cité Léonine, ainsi appelée du pape Léon IV, s'étend entre le
Vatican et Saint-Pierre, et le fleuve.
[38] Il paraîtrait qu'Otton a été trompé et que ce furent, en réalité,
les ossements de saint Paulin de Nole.
[39] Ces fresques, tout à fait curieuses, sont dans la chapelle de
Saint-Sylvestre, attachée à la très ancienne église des Quattro Santi
sur le mont Cœlius, et l'on suppose qu'elles ont été exécutées du temps
d'Innocent III. Elles représentent des scènes de la vie du saint, plus
particulièrement celle où Constantin lui fait la célèbre donation;
l'empereur y tient d'un air soumis la bride du palefroi du pape.
[40] [C'est sous Innocent III que vivait saint Dominique, fondateur de
la milice des dominicains (_Domini canes_, suivant le calembour
étymologique des contemporains), si dévouée au Saint-Siège.]
[41] «Romano plumbo nudantur ecclesiæ», dit Étienne de Tournay. Innocent
III fait souvent allusion aux dépenses que, par les voyages fréquents et
les longs séjours à Rome, les procès nécessitaient.
[42] «Nunc dicitur Curia Romana quæ antehac dicebatur Ecclesia Romana.
Si revolvantur antiqua Romanorum pontificum scripta, nusquam in eis
reperitur hoc nomen, quod est Curia, in designatione sacrosanctæ Romanæ
Ecclesiæ....» (Gerohi liber _De corrupto statu Ecclesiæ_ ad Eugenium III
papam.)
[43] Le pape Alexandre III, élu en 1160, paraît être le dernier qui,
dans sa lettre encyclique, ait dit: «Fratres nos, assentiente clero ac
populo, elegerunt.»
[44] La vraie physionomie du _Denarius Sancti Petri_, avec ses
modifications successives, ne se marque nulle part aussi bien que dans
l'histoire des relations du Saint-Siège avec l'Angleterre.
[45] Pierre s'étant endormi dans l'église du Saint-Sépulcre aurait vu en
songe Jésus-Christ, qui lui aurait dit: «Lève-toi; le patriarche te
donnera une lettre de mission. Tu raconteras dans ton pays la misère des
Lieux Saints et tu réveilleras les croyants pour qu'ils délivrent
Jérusalem des païens.» Il aurait obtenu en effet une lettre du
patriarche à Urbain II, qui aurait décidé ce pape à déclarer la croisade
et à en confier à Pierre la prédication.
[46] Les prêtres occidentaux paraissent, au surplus, être arrivés assez
vite à identifier les reliques tombées entre leurs mains. Le pauvre
prêtre châlonnais Marcel, qui trouva le chef de saint Clément, fut de
force à déchiffrer sans aide l'inscription de la plaque d'or à l'image
du saint qui ornait le reliquaire: ὑ ἁγιος Κλημεντἱος.
[47] Nous citerons, parmi les reliques apportées de Constantinople après
1204, qui sont encore aujourd'hui conservées en Occident: la vraie croix
d'Hélène, la Quadrige, les pierreries de la Pala d'Oro, à Venise; les
reliques insignes du Bucoléon, à la Sainte-Chapelle de Paris; des
phylactères à la cathédrale de Lyon, à Saint-Pierre de Lille, à
Notre-Dame de Courtrai, à Floreffes; le saint Mors, à Carpentras; les
reliquaires du Paraclet, à Amiens; une croix d'or, à Saint-Étienne de
Troyes; le doigt de saint Jean-Baptiste, à Valenciennes; la
_Siegeskreuz_ de Nassau, à Limbourg (don d'Henri d'Ulmen à l'église de
Steuben), etc.--Cf. Rohaut de Fleury, _Mémoire sur les instruments de la
Passion_, Paris, 1870, in-4º.
[48] [M. P. Riant a consacré deux volumes à l'histoire de la translation
et des destinées des objets apportés de Constantinople en Occident à la
suite de la quatrième croisade: _Exuviæ sacræ Constantinopolitanæ,
fasciculus documentorum quarti belli sacri imperiique gallo-græci
historiam illustrantium_, Genève, 1877-78, 2 vol. in-8º.]
[49] En Syrie, plusieurs forteresses portent le nom de Krak ou Karak; ce
sont le Krak des Chevaliers, le Krak de Montréal et le Krak ou _Petra
deserti_; ce nom est encore porté par plusieurs villages bâtis sur des
tertres.
[50] L'auteur se sert, dans la description qui suit, de quelques termes
techniques d'architecture: échauguettes, hourdage, merlons, potelets,
doubleaux, mâchicoulis, etc. On en trouvera l'explication dans les
ouvrages élémentaires d'archéologie médiévale (v. ci-dessous la
Bibliographie du chapitre XIV), notamment dans le _Dictionnaire_ de
Viollet-le-Duc.--La description est du reste facile à suivre sur les
figures et le plan que nous donnons, d'après M. Rey, pp. 265, 269 et
273.
[51] Voyez la restitution, p. 269.
[52] Les yeux des hommes du Nord s'habituèrent en Orient à des couleurs
nouvelles: _lilas_, _carmin_, pourpre de Tyr, couleurs _laquées_.
[53] [Sur l'histoire du principe d'association, surtout en Allemagne,
voyez O. Gierke, _Die Staats-und Korporationslehre des Alterthums und
des Mittelalters, und ihre Aufnahme in Deutschland_, Berlin, 1881,
in-8º.]
[54] On peut citer parmi les plus anciennes: la charte de Saint-Omer, de
1127, conservée en double expédition dans les archives de cette ville;
celle de la commune rurale de Bruyères-sous-Laon, de 1129, à la
bibliothèque municipale de Laon; celle d'Abbeville, de 1184, aux
archives de la ville; celle d'Ergnies, de 1210, aux archives
départementales de la Somme; celle de Fismes et Champagne, de 1227, aux
archives communales de Fismes.
[55] Adélaïde de Maurienne était d'ailleurs fort laide, si l'on en croit
le chroniqueur Gilbert de Mons. Le comte de Hainaut, Baudouin III, qui
s'était engagé avec elle, la refusa quand il l'eut vue et s'empressa de
se marier ailleurs.
[56] A. Deville. _Histoire du château Gaillard et du siège qu'il soutint
contre Philippe Auguste en 1203 et en 1204_, Rouen, 1849.
[57] [Le nom de ce chef de routiers, que Guillaume le Breton appelle en
latin _Lupicarus_, était, en langue du Midi, _Lou Pescaire_.]
[58] Ce passage explique parfaitement l'assiette du camp de Philippe
Auguste qui se trouvait en R (fig. 1), précisément au sommet de la
colline qui domine la roche Gaillard et qui ne s'y réunit que par cette
langue de terre dont nous avons parlé. On voit encore, d'ailleurs, les
traces des deux fossés de contrevallation et de circonvallation creusés
par le roi.
[59] C'est le sentier qui aboutit à la poterne S; c'était en effet la
seule entrée du château Gaillard.
[60] Cette chaussée est encore visible aujourd'hui.
[61] Il s'agit ici, comme on le voit, de tout l'ouvrage avancé, dont
deux murailles, formant un angle aigu au point de leur réunion avec la
tour principale A, vont en déclinant suivant la pente du terrain.
[62] La fidélité scrupuleuse de la narration de Guillaume ressort
pleinement lorsqu'on examine le point qu'il décrit ici. En effet, le
fossé est creusé dans le roc, à fond de cuve; il a dix mètres de large
environ sur sept à huit mètres de profondeur. On comprend très bien que
les soldats de Philippe Auguste, ayant jeté quelques fascines et des
paniers de terre dans le fossé, impatients, aient posé des échelles le
long de la contrescarpe et aient voulu se servir de ces échelles pour
escalader l'escarpe, espérant ainsi atteindre la base de la tour; mais
il est évident que le fossé devait être comblé en partie du côté de la
contrescarpe, tandis qu'il ne l'était pas encore du côté de l'escarpe,
puisqu'il est taillé à fond de cuve; dès lors, les échelles qui étaient
assez longues pour descendre ne l'étaient pas assez pour remonter de
l'autre côté. L'épisode des trous creusés à l'aide de poignards sur les
flancs de la contrescarpe n'a rien qui doive surprendre, le rocher étant
une craie mêlée de silex. Une saillie de 60 centimètres environ qui
existe entre le sommet de la contrescarpe et la base de la tour a pu
permettre à de hardis mineurs de s'attacher aux flancs de l'ouvrage.
Encore aujourd'hui, le texte de Guillaume à la main, on suit pas à pas
toutes les opérations de l'attaque, et pour un peu on retrouverait
encore les trous percés dans la craie par ces braves pionniers
lorsqu'ils reconnurent que leurs échelles étaient trop courtes pour
atteindre le sommet de l'escarpe.
[63] C'est le bâtiment H tracé sur notre plan.
[64] C'étaient les latrines; dans son histoire en prose, l'auteur
s'exprime ainsi: _Quod quittem religioni contrarium videbatur_. Les
latrines étaient donc placées sous la chapelle, et leur établissement,
du côté de l'escarpement, n'avait pas été suffisamment garanti contre
une escalade, comme on va le voir. Les latrines jouent un rôle important
dans les attaques des châteaux par surprise.
[65] [«Nous sommes bien tenté, dit M. H.-Fr. Delaborde (_Œuvres de
Rigord et de Guillaume le Breton_, II, Paris, 1885, p. 205),
d'identifier ce brave sergent avec un certain Raoul Bogis, à qui le roi
de France donna, précisément vers cette époque, un fief de chevalier,
_propter servicium quod ipse nobis fecit_. En ce cas, Bogis aurait été
anobli pour sa vaillante conduite.
Quant au nom ou plutôt au surnom de ce personnage, la Chronique nous
apprend qu'il lui avait été donné par plaisanterie, _a brevitate nasi_.
Bogis signifiait alors _camus_.»]
[66] C'est le pont marqué sur notre plan et communiquant de l'ouvrage
avancé à la basse-cour E.
[67] C'est le pont L.
[68] Le château Gaillard fut réparé par Philippe Auguste après qu'il
s'en fut emparé, et il est à croire qu'il améliora même certaines
parties de la défense. Il supprima, ainsi qu'on peut encore aujourd'hui
s'en assurer, le massif de roche réservé au milieu du fossé de la
dernière enceinte elliptique et supportant le pont, ce massif ayant
contribué à la prise de la porte de cette enceinte.
[69] Comparer un mémoire de Louis IX à ses envoyés près du Saint-Siège,
au temps d'Alexandre IV: «Lorsque la prochaine promotion [de cardinaux]
se fera, le roi supplie et requiert que l'on élève à cette dignité des
hommes passionnés pour le service de Dieu et pour le salut des âmes,
ennemis de la cupidité, _qui avariciam detestentur_. Ils doivent, en
effet, donner à tous les prélats de l'Église le modèle de l'honneur et
de la sainteté chrétienne.»
[70] Ici le mémoire ajoute durement: «D'abord les églises n'ont pas de
troupes, et si elles en avaient, quels soldats! D'ailleurs on ne sait
même pas si l'Empereur viendra et, à supposer qu'il vint, il faudrait
préférer aux conseils des hommes le conseil de Dieu, qui a dit: «S'ils
vous persécutent dans une ville, réfugiez-vous dans une autre.»
[71] On s'étonne de voir déclarer incidemment par le représentant de
Louis IX qu'il y a peu de temps encore les rois de France conféraient à
leur gré, _in camera sua_, tous les évêchés du royaume à qui leur
plaisait.
[72] E. Berger, _Saint Louis et Innocent IV_, pp. 293, 297.
[73] [M. P. Meyer a publié depuis une édition complète du poème:
_L'Histoire de Guillaume le Maréchal_, Paris, 1891-1894, 2 vol. in-8º.
J'ai collationné les extraits qui suivent avec l'édition définitive].
[74] Il était considéré comme déloyal de frapper un chevalier qui
n'avait pas ses armes défensives.
[75] Comte de Poitiers. Richard n'était pas encore couronné.
[76] Voyez _La chanson de la croisade contre les Albigeois_, commentée
et traduite par M. P. Meyer, Paris, 1875, 2 vol. in-8º.
[77] Citons l'un des traits qui lui étaient prêtés; il fera juger des
autres, car c'est le cas d'appliquer à ces puérilités l'adage _Ab uno
disce omnes_: «Primat ne voulait chanter à l'église qu'en ouvrant la
moitié de la bouche; et comme on lui demandait un jour la raison de
cette singulière habitude, il répondit que, n'ayant encore qu'une
demi-prébende, il ne devait pas, aux heures canoniales, l'office de sa
bouche tout entière.»
[78] Goliardique, de _Goliard_. Le mot «goliard» apparaît dans les
textes, vers 1220, pour désigner les clercs vagabonds, indociles,
burlesques, qui étaient en quelque sorte les jongleurs du monde
ecclésiastique. Ils se recommandaient d'un personnage mythique, l'évêque
_Golias_ ou Goliath, auquel sont attribués quelques-uns des plus beaux
poèmes goliardiques.
[79] Philippe de Grève était le fils naturel de Philippe, archidiacre de
Paris et parent de Gautier, chambrier de France. Après avoir été
procureur général en cour romaine des églises de la province de Reims,
il fut chancelier de l'église et de l'Université de Paris de 1218 à
1236.
[80] Quelles qu'aient été ses mœurs, Philippe de Grève ne se gêne pas,
dans ses sermons, pour blâmer celles des écoliers et des maîtres de
l'Université, ses justiciables: «Autrefois, quand chacun enseignait pour
son propre compte et qu'on ne connaissait pas encore ce nom
d'Université, les leçons, les controverses étaient plus fréquentes; on
avait plus d'ardeur pour l'étude. Aujourd'hui on fait tout le plus vite
possible, on enseigne peu, on dérobe leur temps aux leçons pour aller
traiter en des conventicules les affaires de la communauté. Et tandis
que les anciens s'assemblent pour délibérer, pour réglementer, les
jeunes, que soutiennent et protègent les anciens, vont faire la chasse
aux femmes et aux maris». (B. Hauréau, dans le _Journal des Savants_,
juillet 1894.)
[81] Cf. ci-dessus, p. 236 et s.
[82] [M. Gebhart cite en cet endroit, à titre d'exemple, quelques
strophes de la _Confessio Goliæ_, attribuée au chanoine Primat. (Sur
Primat et sur les Goliards, voyez ci-dessus, p. 422 et s.) Nous
imprimons ici ces strophes d'après la meilleure édition qui ait été
publiée de cette très célèbre pièce. (_Notices et extraits des
manuscrits_, XXIX, 2e partie, p. 266-270.) «Accusé, dit M. Gebhart,
près de son évêque, de trois vices capitaux: la luxure, le jeu et le
vin, l'auteur de la _Confessio Goliæ_ se défend par une confession
grotesque que notre chroniqueur (Salimbene) se plaît à rapporter tout
entière. En voici quelques vers en l'honneur de l'ivrognerie»:
Tertio capitulo memoro tabernam.
Illam nullo tempore sprevi, neque spernam,
Donec sanctos angelos venientes cernam,
Cantantes pro mortuo requiem æternam.
Poculis accenditur animi lucerna,
Cor imbutum nectare volat ad superna;
Mihi sapit dulcius vinum de taberna
Quam quod aquæ miscuit præsulis pincerna...
Meum est propositum in taberna mori;
Vinum sit oppositum morientis ori,
Ut dicant, cum venerint, angelorum chori:
«Deus sit propitius tauto potatori!»
]
[83] [Cf. E. Michael, _Salimbene und seine Chronik_, Innsbruck, 1889,
in-8º.]
[84] [M. L. Clédat a cru devoir rajeunir la forme des vers de Rutebeuf
qu'il cite.]
[85] Une «Histoire générale de la littérature française», rédigée dans
la même forme que l'_Histoire générale du IVe siècle à nos jours_,
est en préparation. Elle sera publiée sous la direction de M. Petit de
Julleville.
[86] Quelques monographies importantes ont paru depuis 1890. Une des
plus importantes est celle de J. Bédier, _Les fabliaux_, Paris, 1895,
2e éd.--Sur Villehardouin et Joinville, nommément désignés au
programme, voy. G. Paris et A. Jeanroy, _Extraits des chroniqueurs
français_, Paris, Hachette, 1892, in-16, et L. Petit de Julleville,
_Extraits des chroniqueurs français du moyen âge_, Paris, 1895, in-18.
Cf. H.-Fr. Delaborde, _Jean de Joinville et les seigneurs de Joinville_,
Paris, 1894, in-8º.
[87] Il va de soi qu'il existe un très grand nombre de traités généraux
sur l'histoire de chacune des littératures nationales, parmi lesquels il
y en a d'excellents; je n'indique ici que les plus commodes.
[88] M. Samuel Berger a bien voulu revoir et récrire ce morceau pour
notre Recueil. Nous l'en remercions vivement.
[89] [Comparez L. Courajod, _La polychromie dans la statuaire du moyen
âge_, Paris, 1888, in-8º, et les nombreux travaux du même auteur sur
l'histoire de la sculpture française, pleins de vues originales.]
[90] C'est-à-dire le «Chœur».
[91] [Depuis la publication de l'article de M. J. Quicherat, de nombreux
savants ont repris et approfondi l'étude de l'_Album_ de Villard de
Honnecourt (Voy. notamment la publication de l'_Album_, en fac-similé,
par M. de Lassus (Paris, 1858, in-4º), et C. Enlart, dans la
_Bibliothèque de l'École des chartes_, 1895, p. 1).--Des travaux de M.
Bénard, «il ressort que Villard était Picard, qu'il a presque
certainement bâti l'église de Saint-Quentin et que par contre rien
n'autorise beaucoup plus à lui attribuer des travaux dans la cathédrale
de Cambrai que dans celle de Reims».--«Les chantiers de l'abbaye
cistercienne de Vaucelles, dit M. Enlart, à six kilomètres de
Honnecourt, sur l'autre rive de l'Escaut, ont été probablement l'école
où Villard dut recevoir les premiers enseignements de son art.» Et cet
auteur pense que ce sont les Cisterciens de Vaucelles qui recommandèrent
notre architecte à leurs confrères de Hongrie. «Beaucoup d'architectes
français du XIIe et du XIIIe s., dit-il, ont été mandés à
l'étranger par des évêques, notamment en Espagne, où la plupart de ces
prélats appartenaient à l'ordre de Cluny; en Suède, où le premier
archevêque d'Upsal, ancien écolier de Sorbonne, avait pu connaître
Etienne de Bonneuil à Paris; en Danemark enfin où l'archevêque Absalon
fonda en même temps l'abbaye cistercienne de Sorö et la cathédrale de
Roskilde, qui ressemble à celles d'Arras, Noyon et Cambrai, et qui ne
peut être que l'œuvre d'un Français du nord. Rien n'empêche que Villard
ait travaillé de même pour les évêques de Hongrie,... mais il est
beaucoup plus probable que c'est pour le service des Cisterciens que fut
appelé un architecte qui possédait leurs traditions.»]
[92] Comparez Boivin déguisé en croquant:
Vestuz se fu d'un burel gris
Cote et sorcot et chape ensamble,
Qui tout fu d'un....
Et si ot coiffe de borras.
Ses sollers ne sont mis à las
Ainz sont de vache dur et fort...
.I. mois et plus estoit remese
Sa barbe qu'ele ne fu rese.
.I. aguillon prist en sa main
Por ce que mieus semblast vilain...
[93]
Pains et lait, et eues et fromage
C'est la viande del bochage.
[94] Paille de blé;
[95] Tout ce qu'il.
[96] Fumier.
[97] Cf. une curieuse pièce en prose intitulée: _Des .XXIII. manières de
vilains_ (éd. Jubinal, Paris, 1834, in-8º). Quelques traits de cette
furieuse diatribe ont assez de naturel. Le vilain refuse d'enseigner
leur chemin aux étrangers et leur dit: «Vous le savez miex que je ne
faic!» S'il voit un gentilhomme passer devant sa porte, l'épervier au
poing: «Cil huas mangera anuit une geline, et mi anfant en fuissent tout
saoul.» S'il visite la capitale, il s'arrête devant Notre-Dame, regarde
les rois du portail, et dit: «Vex ci Pepin, vès la Charlemainne!» et on
lui coupe sa bourse par derrière.
[98] Il y a des vilains, dit l'auteur des _.XXIII. manières_, qui mènent
les autres et défendent leurs droits devant le bailli du seigneur:
«Sire, au temps mon aïeul et mon bisaïeul, nos vaches furent par ces
prés, nos brebis par ces copeis.» Il y en a qui «haïssent Dieu, sainte
Église et toute gentillesse».
[99] Voyez la gravure de la page 191.