mie cuidier ce que il dit en son testament: “J’ay fait en ma
190 jeunesce maint dit par vanité,” qu’il entende de ce liure de la
Rose. Et comme se tu le sceusces bien affermer que oncques
ne s’en repenti, ne dist pour celle cause, et touteffois ne
l’excepta il mie de riens. Mais tu dis qu’il entendi de balades,
rondiaulx, et virelais que nous n’auons mie. Ou sont doncques
195 ces autres dictiez que il fist, vains et folz? Merueilles est
que de si souerain dicteur n’ont esté sollenneement gardés, car
d’aultres qui ne furent a lui a comparer est grant mencion
faite, et des siens n’est personne en vie qui oncques en oïst
parler, et vraiement moy mesmes me suy maintes fois merueillee
200 que si grant dicteur cessast a si peu de oeuure, nonobstant
que pluseurs qui lui sont fauorables lui veulent imposer
des dictiez mesmes de Saint Augustin. Mais touteffois, se tu
veulz dire que il s’en soit teus pour escheuer gloire vaine, et que
voirement en fist pluseurs, regardes ou prologue de Bouece
205 que il translata, ou il raconte les translacions et escriptures que
il a faictes, si croy que il n’en oublia nulles. Ce dis ie pour
ceulx, qui aultres escriptures lui veulent attribuer, combien
que de ce n’ay ie que faire. Mais a nostre propos, vrayement
je croy et tiens qu’il dist ce qui est dit en son testament
210 purement pour cellui romant, car il nous appert par celle parolle
et ne sauons le contraire.
Tu viens à mon propos, et dis que dame Eloquence dit:
“N’est ce pas,” fait elle, “grant rage dire qu’on doye parler
nuement et baudement et sans vergoingne, tant soyent
215 deshonnestes les paroles au iugement de toutes gens.” Puis tu
dis a dame Eloquence, que on lui impose mal reciter son fait
principal, sur quoy elle fonde tous ses argumens ensuiuans,
mais tu excuses aprés son aucteur en l’accusant d’ignorance,
et dis ce que i’ay cy deuant recité, que c’est comme tu tiens
220 par faulte de le voir et pour [ne] l’auoir estudié.
En faisant ta response a dame Eloquence tu recites les
paroles que dit Raison ou dit romant, qui sont telles en
substances qu’elle puet bien nommer par propre nom les choses,
qui ne sont se bonnes non, et dis qu’il ne dit pas que on en
225 doye parler, mais que on en peut bien parler. Si te respondray
cy un petit pour dame Eloquence un pou grossement.
Je sçay bien voirement que deuoir est contrainte et pouoir est
volenté, mais touttefois par la maniere de parler de quoy on
use en tel cas, on n’en puet parler nuement ne oultrement sans
230 mesprendre, comme il est prouué cy deuant et encore sera
aprés. Et tu soustiens auec ycelle Raison que parler ent
proprement on en puet sans mesprendre, et allegues que la saincte
escripture et la Bible les nomme par propre nom, ou il eschiet.
Si te respons, beaulx doulz amis, se la Bible les nomme ou la
235 saincte escripture, ce n’est mie en telle maniere ne a tel propos,
ains est la matere trop loings de aluchement charnel, et si
n’est mie la Bible faicte d’un parçonnage femmenin qui s’appellast
fille de dieu, et si ne parle mie a Fol Amoreux, ou elle
puist atiser le feu. Tu dis encore que, se le nom desplaist a
240 aucuns, qu’il ne desplaist mie a tous; mais de ce te croy ie
moult bien, car chose mal faicte et mal dicte ne desplaist mie
a chascun. Et dis que ce dis tu pour ce que dame Eloquence
dit, tant soyent les paroles deshonnestes au regart de toutes
gens, et cy endroit te prens tu a la cordele ou tu m’as cuidé
245 prendre, quant tu dis que l’en ne doit mie prendre les moz si a
la lettre. Car tu sces bien que la plus grant partie est prise
pour le tout, et vraiement a la plus grant partie desplairoit
ouir nommer en publique deshonnestetez. Tu dis qu’il ne
fault ja dire que bonne costume deffent en parler proprement,
250 dont tu te tais. Ce dis tu, se la coustume est bonne ou mauuaise,
si ne sçay pourquoy tu t’en tais, se tu y sces rien de bon.
Mais, se au contraire penses, tu as fole oppinion que femmes ne
l’aient mie acoustumé, ce dit dame Eloquence comme tu dis.
Elle dit voir; et dommages seroit, se autrement fust et que
255 tant de reproche peust estre raporté es aultres contrees des
femmes de ce royaume. Car on dit un prouerbe commun: a
la langue est cogneue l’affection. Car ycelle Raison que tu
tant auctorises dit que ce n’est fors desacoustumance en
France. Ce n’est mie desacoustumance. Car oncques ne
260 l’acostumerent, et dont vient que elles ne l’ont acoustumé? Il
vient de raisonable honte, qui (dieux mercis!) n’est mie chacié
de leurs frons. Encores dis qu’il puet estre que en autres pais
les femmes les nomment proprement. Mais ie ne sçay pourquoy
tu fais telle consequence, quant tu n’en sces riens, et si
265 n’est mencion que en tout le monde femmes ne hommes
mesmement en parlent plainement et en publique. Et si
t’esbahis ce dis tu de la coustume, que femmes nomment leurs
secrez membres par leur propre nom, mais elles ne vuellent
nommer ceulz aux hommes. Je te respons ad ce que (sauue
270 ta grace) certes non font femmes honnorables mie en publique;
et se aucunes femmes plus nomment les choses qui leur sont
priuees que celles qui leur sont plus estranges, tu ne t’en dois
merueiller. Mais tu qui tant te debas, et par tant de repliques,
que plainement se doiuent nommer par nom et que bien dist
275 la raison maistre Jehan de Meun, je te pry chierement, tu qui
es son tres especial disciple comme tu dis, pourquoy ne les
nomes plainement en ton escripture sans aler entour le pot?
Il me semble que tu [folio 96 vo. a] n’es pas bon escolier, car
tu n’en suis mie bien la doctrine de ton maistre, qui te muet ad
280 ce. Se tu dis que ce n’est mie la coustume, si as doubté d’en
estre repris, que te chault de celle coustume? Veulz tu viure
a oppinion de gent, suis la bonne doctrine, si monstre aux
aultres qu’ilz doiuent faire, car toutes choses se commencent
une fois. Et se on t’en blasme au premier, tu en seras aprés
285 loué, quant on verra la coustume bonne et belle. Ha! par
dieu! par dieu! aultrement va: tu ne le peux nier que honte
ne t’en garde. Et ou est la raison maistre Jehan de Meun?
Elle a pou de poissance quant honte le desconfist. Benoite
soit telle honte, qui desconfist tel raison. Et se ie te haïsse, je
290 diroye, pleust a dieu que tu l’eusses fait. Mais ie t’aime pour
ton bon sens et le bien que on dit de toy; nonobstant ne te
congnoisse, si ne vouldroye ta deshonneur, car parler honnestement
auec les vertus moult auient en bouche de louable
personne.
295 Il me semble que tu reprens la maniere de parler de dame
Eloquence, qui dit que mal garda Meun les regles de rethorique,
car il deust auoir regarde a qui Raison parloit; car
c’estoit au Fol Amoreux qui plus en pouoit estre embrasez; ce
que ne seroit un grant clerc: philosophe ou theologien ne peust
300 estre amoreux, mais si puet comme tu dis, et donnes exemple
de Dauid et Salemon et aultres. Si me merueil moult de toy
qui veulz autrui corigier du mesmes deffault, en quoy tu de
commun cours enchiez; et soustiens ou il te plaist, ce que
veulx confondre pour un aultre. Il est bon assauoir que
305 quant le vaillant preudomme parla de Fol Amoureux, il supposa
que ycellui fust soubstrait de toute science; quant au
cas de fole amour, suppose que grant science fust en lui; et
quant il dit un grant clerc theologien, il suppose que la passion
de fole amour n’y soit point, car il conuient que son soubtil
310 entendement qui point ne erre l’entendist ainsi ou plus soubtilment.
Mais tu dis que un homme ne s’en mouura ia a folement
amer pour telz paroles, et on te dit qu’il y est ia meu,
puis qu’il est Fol Amoreux. Mais son embrasement en puet
bien croistre. Tu dis que quant Raison les nomma, elle preschoit
315 a l’Amant qu’il s’en ostast du tout. RESPONSE. S’il est
ainsi, comme tu l’entens et comme maistre Jehan de Meun dit
estre la fin d’amours, laquelle chose on pourroit debatre que
ne soit mie rigle generale de tant tendre a celle fin. Raison
fist a l’Amant ainsi comme se ie parloie a une femme grosse ou
320 a un malade et ie lui ramenteuoie pommes aigres ou poires
nouuelles ou aultre fruit qui lui fust bien appetiçant et contraire,
et ie lui disoie que, se il en mengoit, ce lui nuiroit moult.
Vraiement ie tiens que mieulx lui souuendroit, et plus lui
aroit penetré en son appetit les choses nommees que la deffense
325 faicte de non en mengier; et sert au propos que aultrefoiz ay
dit. Et tu tant le reprens, que on ne doit ramenteuoir a
nature humaine le pié dont elle cloche. Tu argues que maistre
Jehan de Meun ou chapistre de Raison ne deffendi pas a parler
des secrez membres pour affection qu’il eust d’en parler, mais
330 pour monstrer la folie de ceulz qui dient qu’il n’est licite d’en
parler. Et sans faille se pour celle cause le fist, il failli a son
esme, quant par une tres grant folie faire il cuida estaindre
un tres grant sens. Si appert, ce dis tu, qu’il ne le fist mie
pour delict par ceste raison que ailleurs, ou il parle de l’oeuure
335 de nature, il l’appelle jeu d’amours. Nous sommes bien.
Hay! vray dieux! tu dis merueilles; ainsi pourroies tu dire
que en la fin de son liure il ne nomme mie les deshonnestetez
qui y sont par leurs propres noms. Et voirement ne fait, et
que vault cela? Il les nomme par moz poetiques entendables c.
340 foiz plus atisans et plus penetratis et plus delicteux a ceulx
qui y sont enclins, que se il les nommast par leurs propres
noms. Tu dis oultre que qui lit et entent le dit romant, que il
entendra que maistre Jehan de Meun ne deuoit aultrement
parler qu’il parla. Tu dis trop bien, mes que il l’entende a ta
345 guise. Sces tu comme il va de celle lecture ainsi comme des
liures des arquemistes. Les uns les lisent, et les entendent
d’une maniere; les autres qui les lisent les entendent tout au
rebours. Et chascun cuide trop bien entendre; et sur ce ilz
oeuurent et aprestent fourniaulx, alembis, et croisiaulx, et
350 entremeslent diuers metaulx et matieres et soufflent fort, et
pour un petit de sublimacion ou congiel qui leur appert
merueillable, ilz cuident ataindre a merueilles. Et puis quant
ilz ont fait et fait et gasté leur temps, ilz y sceuent autant
comme deuant, mais que cost et despence et la maniere de
355 distiller et d’aucunes congellacions de nulle utilité. Ainsi est
il de toy et de moy et de plusieurs. Tu l’entens et le prens
d’une maniere; et moy tout au rebours. Tu recites, ie replique;
et quant nous auons fait et fait, tout ne vault riens;
car la matiere est tres deshonneste, ainsi comme aucuns arquemistes
360 qui cuident faire de fiens. Or le taire en fust bon,
et mieulx me plairoit non estre arquemiste en ceste partie,
mais la deffense m’est conuenable puis que ie suis assaillie.
De ce que tu argues ensuiuant contre la plaidoierie
deuant Justice par dame Eloquence a la charge du deuant dit
365 maistre, je l’en lairay conuenir, car bien t’en scara respondre
quant lui plaira.[121]
Tu relates ce que aultre fois ay dit, que ie ne me puis taire
et trop meruellier de ce que Raison dit que mesmes en la
guerre amoreuse, mieulx vault decepuoir que deceu estre;
370 et que j’argue qu’il s’ensuiuront doncques tous deux estre
bons--qui ne puet estre; et puis si iures ton serement que, se
me fusse de portee d’escripre cest argument, ce fust mon
honneur; et que c’est proposicion d’enfans quant ilz arguent.
Touteuoies te promez ie bien, quoy qu’il t’en soit auis, ie ne
375 la pensse mie a chanceller. Mais de ce que tu cuides confondre
mon argument de dire, Jhesucrist dist que mieulx fust a
Judas que il n’eust oncques esté, que auoir trahy son maistre,
vraiement je te respons que bon fu que Jhesucrist morust, et
bon fu que [fol. 97 a] Judas naquist. Mais mieulx fust pour
380 lui, s’il n’eust oncques esté né, pour cause de l’inconuenient
de sa desperance et la pugnicion de sa trahison. Et tu mesmes
n’as pas tenue la rigle en toutes tes solucions, dont tu me veulz
reprendre. Et merueilleusement interpretes ce qui est dit
clerement et a la letre. Il vault trop mieulz, beaul maistre,
deceuoir que estre deceu, qui dit que ce est a dire, que il te
385 greueroit moins faire semblant de moy amer pour toy aisier
de mon corps, que se tu en perdoies ton estude, sens, temps,
ame et corps et los. C’est bien extremement parlé. Dont
semble il qu’il conuiengne deceuoir, ou perdre sens, temps,
390 ame, etc. Sans faille la faueur que tu y as te fait bien loings
aler querre ceste extreme excusacion. Et toutefois ne met il
point ces deux extremitez ensemble. Si te dis encore et derechief
que en la loy de Jhesucrist et selon sa doctrine, plus est
deffendu deceuoir son prochain que estre deceu, c’est assauoir,
395 deceuance frauduleuse. Car par maniere de parler puet estre
dit deceuance tel chose qui n’est mie grant vice. Mais afin
que ie ne l’oublie, je diray ce dont ie suis contente: c’est que
tu dis que tu as oppinion que oncques maistre Jehan de Meun
n’escript ce en son liure, et que c’est chose adioustee. Bien
400 appert que tu parles a voulenté (sauue ta grace), car c’est du
propre langage et tout un mesmes mettre et stile, mais tu
vouldroies bien qu’il ne l’eust oncques dit. Tu puez bien
hardiement dire que oncques de Raison, fille de dieu, n’yssy
tel mot.
405 Ha! decepuance frauduleuse! mere de trahyson! qui est
ce qui t’ose mettre auant en nul cas? Et puis que nous y
sommes entrez, (pour dieu!) que ie m’y arreste un petit non
obstant la prolixité, car on ne puet bonnement en brief
comprendre moult de choses. Par ta foy consideres un petit, tu
410 qui as leues les hystoires, quel vice a tenu et tient en ce monde
plus grant lieu a aidier a parfurnir les plus grans peruersitez,
tu trouueras deceuance. Regardes se deceuance nous donna
la mort premierement. Lis les hystoires troyennes. Tu
trouueras selon Ouide et aultres, comment dame Discorde
415 sema la graine de la guerre. Mais iamais n’eust tout cueilli, se
dame Deceuance n’y fust venue, quant elle fist trahir et prendre
la fort cité de Troye; et tout est plein de ses fais qui trop
seroient longs a dire. Ha! dieux! comme tout noble courage
se doit bien garder d’auoir en soy si vilain vice qui passe tous
420 aultres en maniere d’effait. Quel difference mettras tu entre
trayson et deceuance? Je n’y en sçay point, mais que l’un
sonne pis que l’autre. Et se tu dis doncques s’en vault il
mieulz aidier sus un aultre, que un aultre s’en aidast sur soy,
je te dis derechief que non fait. Car selon la iustice de dieu,
425 cellui est plus punis qui iniure aultrui, que cellui qui est
iniuriez. Et disons encore mesmement en cas d’amours, pour
ce que la raison maistre Jehan de Meun dit que mieulx vault
etc. Vrayement j’en diray mon oppinion et m’en tiengne
a fole qui vouldra tant. He! deceuance! je ay un seul [fol.
430 97 vo. a] filz, (que dieu me vueille conseruer s’il lui plaist), mais
ie aimeroie mieulx qu’il fust parfaictement amoreux auec le sens
que i’espoire que dieux lui donra, comme ont hommes raisonnables,
d’une femme bien condicionee et sage, qui amast honneur
et lui, (en auenist ce que auenir lui en pourrait) que ie ne
435 ferroie qu’a son pouoir fust deceueur de toutes ou de pluseurs.
Car ie cuideroie que a pluseurs deceuoir, il peust plus tost
perdre sens, temps, ame, corps et los, que de bien amer une
seule. Et cuides tu que ie croye par ta foy que ce soit le plus
grant meschief, qui puist auenir a ioeunes hommes d’estre
440 amoureux (mais que ce soit en bon lieu, ou il est honneur et
sens)? Car qui aimeroit une bergiere, si vouldroit il brebis
garder. Je ne le dis mie pour l’estat, mais pour les condicions
pour monstrer que le cuer qui aime desire tousiours soy tourner
aux meurs de ce ou il a mise s’amour. Pour ce croy bien que
445 ceulz qui aimer veulent doiuent moult eslire ou ilz mettront
leur pensee. Car la cuide ie que soit le peril. Et ainsi cuides
tu que ie croye tous ceulz, qui ont esté ou sont bien amoreux,
que toute leur felicité soit de tendre a couchier auec leur dames.
Certes ce ne croys ie mie, car ie croy que pluseurs ont amé
450 loiaument et parfaictement qui oncques n’y couchierent, ne
oncques deceurent ne furent deceuz, de qui estoit principale
entencion que leurs meurs en vaulsissent mieulx. Et pour
celle amour deuenoient vaillans et bien renommez et tant que
en leur viellesce ilz louoient dieu qu’ilz auoient esté amoreux.
455 Ainsi ay ie ouy dire que le disoit mesmement le bon connestable
messire Bertran de Claquin,[122] messire Morise de [fol. 97 vo. b.]
Trisguidi[123] et mains aultres cheualereux. Si ne perdoient
ceulz sens, temps, ame, corps et loz. Je parle tant de ce loz,
pour ce que tu m’as escript que ie l’espuluche bien. Or le t’ay
460 espuluchié. Mais tu me feroies ycy pluseurs responses, et
diras que maistre Jehan de Meun entendoit de ceulz qui en
sont oultreement foulz. Je te respons que de toutes choses
mesmement qui sont bonnes puet on mal user. Mais puis
qu’il vouloit descripre entierement amours, il ne la deust
465 mettre si extreme a une seule fin, voire fin si deshonnestement
touchiee. Tu me diras que ie parle contre dame Eloquence
qui parle de Fol Amoureux dont Meun parle, et ie te di que a
estre bien amoureux n’est point necessaires estre fol, ne que
on en perde sens, temps, etc. Tu me diras encore que ie conforte
470 les joeunes a estre amoreux. Je te dy que ie ne lo point
qu’ilz le soient, car toute amour mondaine n’est que vanité.
Mais, se l’un des deux conuenoit, c’est pis decepuoir qu’estre
bien amoreux; et pis en puet venir. Mais pour ce que maistre
Jehan de Meun qui pluseurs choses bien descript ne descript
475 mie la proprieté de deceueur, j’en parleray un petit en rude
stile pour aguiser l’appetit de ceulz qui s’i delictent. La
condicion du deceueur est menteur periure, faulz semblant,
flateur, traittre, fallacieux, malicieux, agaitant, couuert, et
aultres maulz infinis; et la fin qui lui en demeure quant plus
480 n’en puet, moqueur mesdisant, enuieux et souspeçonneux--
telz en sont les titres. Mais pour ce que ie ay parlé de ceulz
qui aiment honnourablement, je [fol. 98 a] puis dire ainsi
comme tu dis de cellui, qui composa la plaidoirie dessusdicte,
qu’il ne senti oncques que fu fol amoreux. Aussi croy ie que
485 maistre Jehan de Meun ne senti oncques que fu honnourable
amoureux.
Apres tu repliques ce que dame Eloquence et moy disons
par grant admiracion de la grant deshonnesteté qui est ou
chapitre de la Vieille, et disons qui y pourra notter fors toute
490 laidure et vil enseignement, et assez plus en disons que tu ne
repliques, et pareillement ou chapistre de Jalousie. Et
puis tu me fais un grant fault sur ce que j’ay dit a la fin du dit
mien epistre, et rameines ceste part mal a propos (ne te
desplaise), et dis que i’ay dit que ie ne condempne pas l’auteur
495 ou aucteurs en toutes pars du dit liure. Comme, ce dis tu,
se ie vouloie dire, que ie le condempnasse en ce en quoy ie le
reprens, et dis que ie me fais iuge de ce que i’ay dit par
oppinion. Si te respons que en verité tu as mal cueilli les flours
de mon dicté, et fait chappel mal acoustré et mal sorti (sauue
500 ta grace). Car i’ay dit non mie par oppinion mais de certaine
science, qu’il parla treslaidement et tresdeshonnestement en
pluseurs pars, et tres mauuaise exortacion; et le iugement
de ce est legier a faire, car il se preuue par lui mesmes. Si le
puis et moy et chascun qui entent françois condempner en
505 celle partie; mais pour ce que en toutes pars ne traicte mie
de celle deshonnesteté, dis ie que ie ne le condempne mie en
toutes pars. Et tu repliques trop bien que ie vouldroie auoir
trouué, comme ie ay dit, qui me sceust souldre souffisemment
a quoy peuent estre bonnes tant de deshonnestetez; et touteffois
510 ne m’i fais tu nulle solucion, ains t’en passes oultre sans
respondre ad ce propos; et comme m’animez sans achoison,
me dis telle villennie comme cy s’ensuit: “O presompcion
oultrageuse! O tresfole oultrecuidance! O parole trop tost
yssue et sans auis de bouche de femme qui condempne homme
515 de si hault entendement, de si feruent estude, qui a si grant
labeur et meure deliberacion, a fait si tresnoble liure, comme
est cellui de la Rose qui passe ainsi tous aultres qui oncques
furent ou languaige, ouquel il est escript son liure, duquel
quant tu l’aras leu c. fois, se tu en entens la grigneur partie, tu
520 n’emploias oncques mieulx temps ne ton entendement!”
RESPONSE. O homme, deceu par oppinion volontaire, certes
ie te pourroie respondre et ne vueil opprobieusement, nonobstant
que par laiz reproches me rauales par petite reputacion
et sans raison. O entendement offusqué! O congnoiscence
525 peruertie, aveuglee par propre voulenté, qui iuges venin
angoisseux estre restaurement de mort, doctrine peruerse
estre saluable exemple, fiel amer miel doulcereux, laidure
orrible estre beaulté solacieuse, de qui une simple femmelette
auec la doctrine de saincte eglise puet reprendre ton erreur!
530 Fuis et eschieues la doctrine peruerse qui te pourroit mener
a dampnement, de laquelle, quant dieu t’ara enluminé de
vraye congnoiscence, tu aras orreur en toy retournant arriere,
remirant le pas ou tu aras passé en voye de periller.
Tu dis pour moy reprouuer que verité engendre haine et
535 flatterie [entre] amis--ce dit Terence. Et pour ce tu te
doubtes que ie le vuel [fol. 98 vo. a] le mordre, et me conseilles
que je garde mes dens. Si saches certainement que tu
faulz a cuidier (sauue ta reuerence), car pour ce que mençonge[s]
deceuables y a et faulte de verité, je ne le voulsisse
540 mie seulement mordre, mais errachier les tresgrans mençonges
fallacieuses qui y sont. Tu respons a dame Eloquence et a
moy, que maistre Jehan de Meun en son liure introduisi
parçonnages, et fait chascun parler selon ce qui lui apertient et
vrayement. Je te confesse bien que selon le jeu que on veult
545 iouer il conuient instrumens propres. Mais la voulenté du
jueur les apreste, telz comme il les lui fault. Toutefois, certainement
(ne te desplaise) il failli a bien introduire ses parçonnages
de commetre a aucuns autre chose que leur office;
comme a son prestre que il appelle Genius qui tant commande
550 couchier auec les femmes et que on continue l’euure sans
delaissier; et puis si dit que on fuie femmes sur toute riens;
et en dit plus de mal ou autant de villenie comme nul qui y
soit. Si ne sçay entendre qu’il appertiengne a son office ne a
mains aultres parçonages qui de celle matiere parlent. Tu dis
555 que ce fait le Jaloux comme son office, et ie te dis que oncques
en tous parsonnages ne se puet taire de vituperer les femmes
qui (dieux mercy!) ne sont de ce en riens empirees, et de ce
ay ie assez parlé en mon autre epistre sur quoy tu ne m’as
gaires respondu. Si ne m’en passe cy endroit gaires a chargier.
560 Puis que cellui liure de la Rose est tant necessaire et
expedient pour doctrine de bien viure tant proffitablement, je
te pry que tu me dies a quel proffit du bien commun puet venir
tant auoir assemblé de dissolucions que dit le parçonnage de
[fol. 98 vo. b] la Vieille. Car se tu dis, que c’est affin que on
565 s’en garde, je cuide qu’il ait la plus grant partie des gens qui
oncques n’orent que faire de telles deableries comme elle
recorde, et ne sceuent que ce puet estre, dont ne puet venir
tel mal au proffit du bien commun, dont la plus grant partie ne
s’en empesche. Et ie sçaroye voulentiers, se toy mesmes
570 quant tu les as leues, se tu as plus a memoire la bonté de t’en
garder et viure chastement, ou la dissolucion des paroles. Si
est une merueilleuse interpretacion que vous faictes entre
vous ses aliez que telle orrible mauuaistié soit tournee a si
grant bien. Et du Jaloux aussi que tu dis qu’il parle comme
575 jaloux. Je te dis que grant neccessité estoit tel gastement de
paroles mal gracieuses pour le bien et introduction du bien
commun. Si t’en fai pareille response comme de la Vieille.
Ce que tu as dit en oultre de la cause (comme tu crois) qui fait
parler le Jaloux tant de mal de femme, ne fait point a mon
580 propos; pour ce le passe oultre.
Oultre tu dis a dame Eloquence et a moy en repliquant
par similitude, que se un relate ce que un aultre a dit comme
fait Saluste (qui recite la coniuracion de Catiline encontre la
chose publique de Ronme) ou Aristote (qui recite oppinions
585 des anciens philosophes contenans erreurs), s’ilz sont cause
de ce mesmes meffait, comme la Saincte Escripture recite les
abhominables pechiez de Sodomme et de Gomorre, enorte elle
pour tant yceulz ensuiuir? Tu dis trop bien, ce te semble, et
bien [fol. 99 a] a propos, mais ie te demande, se quant yceulx
590 ou autres en la Saincte Escripture recite[nt] telz choses, se il
y a deuant ou apprés parsonnages ou autres propos qui conforte[nt]
et afferme[nt] par moles paroles et attrayans que l’en
trahisse, ou que l’en soit herité, et ainsi des autres maulx?
Tu sces bien que nenil, car en quelque lieu que telz maulx ou
595 autres soient pareillement recitez en liures, c’est a la vituperacion
de la chose en telle maniere de lecture, que elle sonne
desplaisamment a tous ceulz qui l’oyent. Et le prescheur,
dont tu m’as escript qu’il ramentoit le pié dont on cloche en
son sermon: ce as tu dit pour ce que ie dis que on ne le
600 deuoit ramenteuoir a nature pour plus droit aler. Comment
le ramentoit il? Comment, dist il, mes enfans, jouez! galez!
tenez vous aise--c’est la voie de paradis, fait[es]. Par dieu,
sire, non fait, ains ramentoit ce pié de telle maniere que il fait
grant orreur aux oyans, et on puet en telle maniere dire “dieu
605 te doint bon iour” qu’il sonne mal et rancune.
Et puis tu fais une maniere de complainte a Chasteté et
dis: “Ha, dame! est ce le loyer que vous voulez rendre a
maistre Jehan de Meun qui tant vous a prisee et toutes autres
vertus, et blasme tous vices comme entendement le puet
610 conceuoir?” Voire, fais tu, comme entendement humain le
puet conceuoir. Et puis aprés si dis que ie ne m’en sobzrie ia.
Ha! que tu sçauoies bien que ie m’en riroie de ce bon mot.
Car quant ie pense aux beaulx enseignemens de Chasteté et
aux honnestes paroles qui y sont, [fol. 99 a] vrayement ie ay
615 matiere de moy rire de ce que tu dis. Puis aprés tu dis que,
qui bien lit ce liure, il y trouuera enseignemens pour fuir
tous vices et suiuir toutes vertus, et puis tu recites aucuns
enseignemens que tu dis qui y sont; et vraiement ie te dis
que aussi feras tu en la loy de Mahomet. Se tu lis l’Alcoran,
620 tu y trouueras de tresbons poins de nostre foy et de bien
deuoz, et te plairont moult; mais c’est tout honni--tout
ensemble ne vault rien. La consequence en est toute gastée;
a la conclusion tient tout. Ne sces tu que au conseil mesmement,
quoy que on ait dit par auant, on se tient a la conclusion
625 derreniere? Et se maistre Jehan de Meun (se ie l’ose dire) eust
parlé parmi son liure de pluseurs choses a quoy nature humaine
est encline et qui auiennent, et puis ramené a propos et
fait sa conclusion en meurs de bien viure, tu eusses plus grant
cause de dire que il le fist a fin de bien; car tu sces se un dicteur
630 veult user d’ordre de rethorique, il fait ses premisses de ce que
il veult traictier, et puis entre de propos en propos, et parle de
plusseurs choses s’il lui plaist, puis reuient a sa conclusion de
ce pourquoy il a faicte sa narracion. Et vrayement en ce cas
ne failli de riens l’aucteur ou dit liure, car ignorance n’y a lieu.
635 Mais tu me diras que ce fist Lorris. RESPONSE. Je tiens
tout un mesme edifice, et souffist pour response ad cest chapistre,
nonobstant y aies dit maintes choses a ton propos que
ie passe oultre; car tout vient a une fin, et l’espuluches tant
comme bon te semblera.
640 Tu as deuant dit qu’il ne blasme pas les femmes, ains en
dit bien: si m’en attens a la verité prouuee; et dis que Saint
Ambroise blasma plus le sexe femenin qu’il ne fait, car il dist
que c’est un sexe usagié a decepuoir. [fol. 99 vo. a] Je te
respondray ad ce: tu sces bien que quant les docteurs ont
645 parlé, c’est a double entendement, et mesme Jhesucrist en ses
sermons. Si est bon assauoir que Saint Ambroise ne le dist
oncques pour les personnes des femmes. Car ie croy que
le bon sire n’eust riens voulu blasmer fors vice. Car bien
sauoit qu’il estoit maintes sainctes femmes, mais il voult dire
650 que c’est un sexe dont homme usageement deçoit son ame,
ainsi comme Salomon qui dist mieulz vault le meffait d’un
homme que le bienfait d’une femme. Nous sauons bien que
c’est faulx a le prendre a la letre. Mais par lui mesmes pouons
prendre exemple. Mieulx eust valu pour lui le meffait d’un
655 homme. En tel cas peust auoir esté que aucun bien qu’il pot
veoir en la femme, dont il fu si fort amoreux qu’il en aoura
les ydoles. Et aussi le pot il dire par prophecie, car mieulz
nous vault le meffait de Judas que le bienfait de Judich qui
occist Holophernes, ou d’une autre femme. Mais tu dis
660 merueilles aprés, car tu affermes vrayement que ie les blasme
plus qu’il ne fait, quant ie dis que, se on lisoit le liure de la
Rose deuant les roynes ou princeces, que il leur conuendroit
couurir la face de honte rougie. Et puis si respons pourquoy
rougiroient? Il semble que elles se tendroient pour coulpables
665 des vices que le Jaloux recite des femmes. Ha! dieux!
que c’est bien dit et bien raporté! Tu ne te fais point de
honneur de raporter chose que le contraire puist estre prouué.
C’est mal estudié quant ie disoie que aux dames conuendroit
couurir la face de honte rougie. Ce n’estoit point pour les
670 paroles du Jaloux, ainçois dis [je], d’ouir les orribletés qui sont
en la fin tant abhominables, de quoy ie disoie a quoy puet [estre
bone telle lecture qui honnestement ne puet] estre leue en
leur presence, et de dire que elles en rougiroient. Je ne les
blasme de riens, ains les loe d’auoir la chaste [fol. 99 vo. b]
675 vertu de honte.
Tu respons aprés a dame Eloquence, pour ce que il est
contenu en sa complainte, les diffamacions et vituperes que
maistre Jehan de Meun raconte de religion, et dis qu’il ne la
blasma mie. Et vraiement ie te respons que, (sauue ta grace)
680 car comme il fust diffameur publique, il la diffame excessiuement
et sans riens excepter, et bien le scet entendre le bon
catholique de tresreligieuse voulenté qui bien en scet le tort
reprendre, et de ce m’attens a lui, car il ne touche au propos
de ma premiere epistre. Et comme tu mesmes dis que ie te
685 puis dire, et tu puis dire voir, tu recites les bonnes parolles
et les vas cueillant ainsi comme il te plaist a ton propos et
laisses les mauuaises. Se l’enortement dont dame Eloquence
se plaint de l’enseignement de prendre le chastel de Jalousie,
dont elle dit qu’il vouloit bouter chasteté hors de toutes
690 femmes, tu en fais merueilleuse response en ce que tu dis
que ce est pour auiser les gardes de mieulx estouper les lieux,
ou il peut estre pris, ou d’y mettre meilleurs gardes. Et puis
tu dis que en toutes manieres de guerres les assaillans ont
l’auantage, mais que ilz en soient auisiez. Or parlons un
695 petit des guerres a l’auenture entre toy et moy. Je te dis
qu’il est aucune maniere de guerre que les assaillans ont
l’auantaige; et sces tu quant c’est? Quant le capitaine ou
le conduiseur est plus malicieux et duit de guerre, et il a a faire
a foible partie et simple, non usagee de guerre. Encore y
700 a il un autre point [fol. 100 a] qui souuent nuit aux deffendeurs,
(supposé que ilz soient fors): c’est trahison ou faulx
blandissement de ceulx mesmes, en qui ilz se fioient. Par ce
fut pris jadis le fort chastel de Ylion. Et du chastel assailli
ne saroies tu ne aultre conseillier comment les pertuis de
705 traison seroient estoupez, car ilz sont trop couuers. Maistre
Jehan de Meun enseigne comment le chastel de Jalousie sera
assailli et pris. Il ne fait point afin que les deffendeurs
estoupent les pertuis, car il ne parle point a eulx, ne il n’est de
leur conseil, ains conforte et enorte les assaillans en toute
710 maniere d’assault; ainsi comme se ie te conseilloie la maniere
de vaincre ton anemi, ce ne seroit mie afin qu’il se gardast de
toy. Et se tu veulx dire il ne l’enseigne pas, mais il dit comment
il fu pris, ie te dis que qui raconteroit une malicieuse
maniere de faire fausse monnoye ou comment on l’aroit faite,
715 il l’enseigneroit assez, dont ie dy certainement que il ne le fist
a aultre fin fors pour entroduire les assaillans.
Apres tu dis ce, dont tu te prens trop bien au las, se le
vouloies considerer quant tu ameines Ouide de l’Art d’Amours
a ton propos. Et encore la preuues, dont ie te sçay bon gré,
720 quant tu dis que a tort en fu exillé. Tu dis que quant Ouide
l’escript, ce fu en latin, lequel n’entendoient femmes; et que
il le bailla la seulement aux assaillans pour apprendre a assaillir
le chastel, et c’estoit la fin de son liure, mais la jalousie des
Romains tresenorme l’[e]xilla sans raison pour celle cause,
725 comme tu [fol. 100 b] dis. Sans faille il me semble, se te
fussez bien auisé, n’amennasses ja cellui Ouide de l’Art
d’Amours en place pour excusacion de ton maistre. Mais de
tant le peux tu bien faire, que c’est le pur fondement et principe
de ce liure de la Rose, lequel est mirouer et exemple de
730 bien et chastement viure, ainsi comme il l’a pris ou dit Ouide
qui d’aultre chose ne parle fors de chasteté. Ha dieux! comme
il appert que ta pure voulenté aveugle ton bon sens, quant tu
dis que sans cause fu exillé! Voire que les Romains, lesquelx
gouuernoient tous leurs fais par polixie souuerainement ordenee,
735 en cellui temps le chacierent a tort comme tu dis pour
cause de jalousie. Et comme tu dis aprés que Meun ne mist
pas en son liure tant seulement l’Art d’Amours que Ouide fist,
mais beaucop d’aultres aucteurs, doncques par ta raison
mesmes est prouué que Meun parle aux assaillans comme
740 Ouide que il prent. Mais tu dis que, de tant comme il recite
diuerses manieres d’assaillir, de tant auise il plus les gardes
du chastel de eulx deffendre. Voirement fait ainsi comme qui
t’assauldroit pour toy occire, (dont dieux te gart) il t’aprendroit
comment tu te deuroies deffendre. Il te seroit grant
745 courtoisie, bien l’en deuroies mercier. Au moins ne peus tu
nyer que il n’enseigne a faire mal aux assaillans, foibles ou
fors que soient li deffendeur.
Encore ne me veulx ie mie taire que tu dis, par jalousie et
sans raison fu exillé Ouide, quant les sages Romains virent et
750 apperceurent la peruerse doctrine et le venim engoisseux
apresté [fol. 100 vo. a] pour lancier es cuers des jeunes a les
attraire a dissolucion et oiseuse, et les engins tendus a deceuoir,
prendre, suborner, et soubztraire la virginité et chaasteté
de leurs filles et femmes, eulx a bonne cause dolens de telle
755 doctrine semencé[e]. Adonc pour pugnicion voire plus piteuse
que souffisante exillerent l’aucteur de telle doctrine. Et n’est
pas doubte que son liure ardirent, ou le porent trouuer. Mais
de male plante demeure toudis racine. Ha! liure mal nommé
Art d’Amours; car d’amours n’est il mie, mais art de fausse,
760 malicieuse industrie de decepuoir femmes puet il bien estre
appellez. C’est belle doctrine! Est ce donc tout gaigné
que de bien decepuoir ces femmes? Qui sont femmes? Qui
sont elles? Sont ce serpens, loups, lyons, dragons, guieures,
ou bestes rauissables deuourans et anemies a nature humaine
765 qu’il conuiengne faire art a les decepuoir et prendre? Lisez
donc l’Art. Apprenez donc a faire engins, prenez les fort,
deceuez lez, vituperez les, assailliez ce chastel, gardez que
nulle n’eschappe entre vous hommes et que tout soit liuré a
honte! Et, par dieu! si sont elles voz meres, vos suers, voz
770 filles, voz femmes et voz amies, elles sont vous mesmes et
vous mesmes elles; or les deceuez assez, car il vault trop
mieulx, beau maistre, deceuoir, etc.
Je me ris de ce que tu dis que tu as presté ton liure de la
Rose a un homme fol amoureux pour soy oster de fole amour,
775 lequel lui a ia tant prouffité que tu lui as ouy iurer sa foy que
c’est la chose qui plus lui a aidié a s’en oster, et tu dis que ce
as tu dit pour ce que ie dis a la fin de mon epistre, quans en
sont deuenus hermites? RESPONSE. Et ie te promet, [fol. 100
vo. b] se tu eusses appresté a ton ami .i. liure des
780 deuocions Saint Bernart ou aucune bone legende introduisant a
sauuement et a demonstrer, qu’il n’est que une seule amour
bonne en laquelle on doit fichier son cuer et son affection en la
maniere que philosophie le demonstre, a Bouece, ou a aultre
chose semblable, tu lui eusses mieulx fait son profit. Mais
785 prens toy garde que ne lui aies baillié l’instrument pour soy
oster de la chaleur du soleil et soy gitter en une fournaise toute
enbrasee. Et je te diray un aultre exemple sans mentir,
puis que nous sommes es miracles du _Romant de la Rose_.
J’ay ouy dire, n’a pas moult, a un de tes compaignons de
790 l’office dont tu es et que tu bien cognois et homme d’auctorité,
que il cognoist un homme marié, lequel adioste foy au _Romans
de la Rose_ comme a l’euuangile. Cellui est souuerainement
jaloux, et quant sa passion le tient plus aigrement, il va
querre son liure et lit deuant sa femme, et puis fiert et frappe
795 sus et dit orde telle comme quelle. Il dit: “Voir que tu me
fais tel tour, ce bon sage homme maistre Jehan de Meun
sauoit bien que femmes sauoient faire.” Et a chascun mot
qu’il treuue a son propos il fiert un cop ou .ii. du pié ou de la
paume. Si m’est auis que quiconques s’en loue, celle poure
800 femme le compare chier.
Il m’anuye moult si grant prolixité de langage. Car
comme anuy est a moy mesmes, suppose que pourra estre aux
lisans. Mais pour ce que il me conuient repliquier les choses
proposees, [fol. 101 a] aultrement ne seroit entendable, m’en
805 estuet esloingnier ma matiere, si me soit pardonné de qui le
tendra a anuy.
Encore ne te peux taire de la Vieille, et dis que quant elle
parle a Bel Accueil, elle lui dit auant le cop: “ne vous vueil
pas en amours mettre, mais se vous en voulez entremettre je
810 vous monstreray voulentiers, etc.”[124] Et puis si dit que elle
lui presche afin qu’il ne soit deceuz.[125] RESPONSE. Vray dieux!
comment est ce malicieuse maniere de deceuoir--demonstrer
que ce que on fait et dit, quelque mal que ce soit, que c’est
a bonne fin, et a cause bonne! Car il n’est si simple, se il
815 apperceuoit la deceuance qu’il ne s’en gardast. Si la fault
couurir par cautelle, et le droit tour du malicieux deceueur
est commencier langaige par bonne introite pour mieulx parfurnir
son malice. Si n’est point de excusance en ceste partie
ce que tu as mis auant. Tu dis s’il y a riens mal dit et a
820 diffame du sexe femmenin que il n’en est que reciteur des
aultres aucteurs. RESPONSE. Je sçay bien que il n’est mie
le premier qui ait mal dit, mais il l’acroist, quant il le recite.
Tu dis que ce estoit pour plus enseigner les parties a garder
le chastel. RESPONSE. Le mal amonnesté et loué a faire
825 n’est mie a supposer que ce soit affin que on s’en gard. Tu
dis que il le fist aussi pour suiure la matiere maistre Guillaume
de Lorris. RESPONSE. Cellui qui suit le fouruoyé ne fait mie
a excuser si se foruoye. Tu dis que en ce faisant parle de
toutes choses en leur estat au proffit de creature humaine, tant
830 [fol. 101 b] a l’ame comme au corps. RESPONSE. On ne
l’oit point parler en comun de toutes choses en leur estat, et
aussi il parle de pluseurs autrement que leur estat et au dommage
de l’ame et du corps, comme il est ia prouué. Tu dis
que pour ce parla il de paradis et des vertus pour les suiuir, et
835 les vices pour les fuir. RESPONSE. Voire mais il dit que
vices sont vertus, quant par ces parsonnages il loue mal faire
comme il est dit. Et de vertus fait vice, quant il dit tant de
vitupere et doloreux mal de l’ordre de mariage, lequel est saint
et aprouué, et d’aultres bons estas semblablement que il
840 diffame generaument. Et mal parle de paradis, quant il
dit (combien que ce soit par moz un pou enuelopez, mais
autant vault a dire) que les luxurieux yront en paradis.[126] Et
ce fait il dire a Genius lequel escomenie de sa puissance, qui
est nulle, ceulx qui ne excercitent l’oeuure de nature. Et les
845 vices enseigne plus proprement que il ne fait les vertus. Tu
dis que, de tant comme il parle de vices et de vertus d’enfer et
de paradis pres a prés l’un de l’autre, monstre il plus la beatitude
des uns et la laidure des aultres. RESPONSE. La
beatitude de paradis ne monstre il mie, quant il dist que les
850 malfaicteurs yront. Et pour ce mesle il paradis auec les
ordures dont il parle pour donner plusgrant foy a son liure.
Mais se mieulx veulx ouir descripre paradis et enfer et par
plus soubtilz termes et plus haultement parlé de theologie
plus proffitablement, plus poetiquement, et de plusgrant
855 efficace, lis le liure que on appelle le Dant, ou le te fais exposer,
pour ce que il est en langue florentine souuerainement dicte.
La orras aultre [fol. 101 vo. a] propos mieulx fondé, plus soubtilment,
(ne te desplaise) et ou plus tu porras profiter que en
ton _Romant de la Rose_, et cent fois mieulx composé, ne il n’y
comparoison (ne t’en courouces ia). Tu dis que Genius ne
860 permet mie paradis aux folz amoreux. RESPONSE. Dyables
li feist promettre quant il n’est mie a lui a liurer. Mais
tu dis que dame Eloquence lui met sus. Et il parle, ce dis tu,
de ceulx qui excerciteront bonnement les oeuures de nature.
865 RESPONSE. Or viens tu a mon propos (dieux mercis!)
Vraiement il n’y met ne bonnement ne mauuaisement mais simplement
ceulz qui excerciteront les susdictes oeuures. Et dis
que ce n’est mie tout un ce faire bonnement, et estre fol
amoreux. RESPONSE. De ce [faire] bonnement ne parla il
870 oncques en ce pas. Mais ie te dis que ce est pis estre luxurieux
en plusieurs lieux, comme il veult enseigner, que estre fort
amoreux en un seul lieu. Tu dis que Nature et Genius n’enortent
pas estre fol amoureux, mais ilz enortent suiure les
œuures susdictes, lesquelles sont licites aux fins amoureux.
875 RESPONSE. Doncques veulx tu dire, puis que nature ne
l’enorte, que estre fort amoureux est contre nature, laquelle
chose n’est mie (sauue ta grace). Mais puis que il dit que ilz
sont licites aux fins, il conuendroit sauoir en quel maniere les
conuient affiner. Tu dis que ce est pour continuer l’espece
880 humaine, et pour laissier le mauuais pechié que on ne doit
nommer. RESPONSE. Sans cause se debat tant de ce, car
(dieux mercis!) elle ne deffault point, et est chose gastee et
foie d’amonnester l’iaue que elle voise son cours. Ne l’autre
pechié qu’il veult dire n’est point renommé en France, dieux
885 soit louez! Il n’en conuient ia mettre tel [fol. 101 vo. b] [m]oz
en bouche de nullui. Tu dis que combien que tu n’oses, ne
vueilles dire que excerciter la dicte oeuure hors mariage ne soit
pechés. RESPONSES, sans passer oultre. Voire mais dieux
scet que toy et d’aultres disciples comme toy (qui l’ossast
890 dire) en pensses. Mais il s’en fault taire et pour cause.
Toutefois ce dis tu: “Est il permis en mariage?” RESPONSE.
Dieux en soit louez, ce sauons nous bien. Touteffois
ne l’exprime point le liure de la Rose en nul endroit en telle
maniere. Mais tu veulz dire que ainsi l’entendi maistre Jehan
895 de Meun, quant il dist ou chappitre de la Vieille cestui mot:
pour ce sont fais les mariages par le conseil des plus sages pour
oster dissolucion.[127] RESPONSE. Tu le me vas querre biens
loings et meines a propos ce qui est dit bien hors propos. La
Vieille ne preschoit mie a Bel Acueil de mariage. Elle s’en
900 gardoit moult bien, ne chose que elle die ne tourne a bonne
fin. Et si croy que maistre Jehan de Meun ne fist point dire a
elle ce mot pour louer mariage, car ce n’estoit mie son office.
Et te souuiengne que tu as dit aultre part que ce n’estoit pas
Meun qui parloit, ce faisoient les parçonnages chascun en son
905 office. Mais c’estoit il qui dist ce bon mot, et ce n’estoit il mie
qui parloit ou chapistre du Jaloux. Et ainsi as ton dit et ton
desdit, et est bien loings du propos de Genius dont nous parlons,
lequel ne pensa oncques a mariage, le bon homme. Et
aussi n’est ce mie ton oppinion, se dieux m’aïst, quoy que tu
910 dies. Et encore pour ce que tant t’efforces de excuser Meun,
et veulx gloser que ce vouloit il [fol. 102 a] entendre que on
peust excerciter la dicte oeuure licitement au moins en mariage,
vient trop mal a propos que en cel estat on doie tant excerciter
l’euure et si diligentment; et il tant et si excessiuement
915 blasme la vie que il dist estre en mariage quant il dist, que tant
y a de contencion que il n’est nul tant y eust grant voulonté
qui ne s’en deust tirer arriere qui le croiroit. Et ainsi seroient
mal continuez ces oeuures. Il deust auoir loué l’estat ou l’en
les doit faire, pour donner appetis a chascun que il si meist,
920 mais fait tout le contraire. Si est trop mal a propos, ne il
n’appert que il l’entende en celle guise. Et toy mesmes, pour
mieulx amender la besoingne, dis ensuiuant bien a propos de
louer mariage, pour confermer que pour ce le dist il que Saint
Augustin dist: “Qui est sans femme espousee, il pense aux
925 choses de dieu pour lui plaire, mais cellui qui y est ioint par
mariage pensse les choses qui sont du monde pour plaire a sa
femme,” dont tu dis aprés que ce as tu dit pour ceulx qui
veullent reprendre par leur langage sans raison aucteur,
quelqu’il soit notable et non repris par auant. Si as tresbien
930 prouué que maistre Jehan de Meun, quant il tant parloit de
excerciter l’oeuure de nature, que il l’entendoit en mariage.
Dieux! comment est ce bien prouué? Voire ainsi comme dit
le prouerbe commun des gloses d’Orliens qui destruisent le
tieuxte.
935 Encore ne te peux tu taire et fais une aultre grant narracion
pour tousiours excuser ton bon maistre. Mais ie ne
pense [fol. 102 a] mie a tout relater mot a mot. Car trop
m’anuieroit et ia anuye de tant parler de cestui propos; et
aussi tout vient assez a une fin. Tu dis que pour ce que
940 chascun n’a pas leu le liure de la Rose, tu reciteras les propres
moz de Genius comme ilz sont ou liure. Si en recites
voirement pluseurs de ceulx propres que il dit, mais tu en
trespasses assés et vas cueillant ça et la ceulz qui mieulx te
plaisent, et n’as talent de mettre arriere le bien que il dit
945 parmi le mal. Tu n’oblies mie que il dit que on rende l’autruy
qui l’a, et que on soit piteux et misericors et telz choses.
Voire, et que on face les oeuures dieu, de par dieu, et on yra
en paradis! Je croy que il vouloit suiure l’ordre et la secte
des turlupins et ainsi mesloit venin auec miel et doulce liqueur
950 auec fiel, ve la le bien qui y est.
Je ne sçay a quoy tant nous debatons ces questions, car
ie croy que toy ne moy n’auons taillent de mouuoir noz
oppinions. Tu dis qu’il est bon; je dis qu’il est mauuais. Or
me solz qui soit bon; et quant toy auec tes autres complices
955 arez assez debatu par voz soubtilz raisons et tant poures faire
que mal soit bien, je croiray que le _Romant de la Rose_ soit bon.
Mais je sçay bien que il est propre a ceulx qui veulent
malicieusement viure et mieulx eulx garder d’aultrui que ilz ne
veulent que aultrui se gart de eulx, mais a ceulx qui veulent
960 bien et simplement viure sans trop enuelopper es voluptés du
monde ne aultrui deceuoir, ne que aultre les deçoiue, ce liure
n’a mestier; et vrayement je aimeroie mieulx estre du part
des opposites que de ses complices, car ie ay oppinion que
mendre part en ait le loup. Et comme dit le bon preudomme[128]
965 qui composa la plaidoierie dessusdicte: “Pleust a dieu que
telle rose n’eust oncques esté plantee ou jardin de chretienté,”
combien que tu te dies estre de ses disciples; et puis que le
veulx estre, si le soies. Quant a moy je renonce a sa discipline.
Car ie temps a autre que ie cuide estre plus proffitable,
970 et qui mieulx m’est agreable; et si ne suis mie seule en
celle oppinion, ne sçay pourquoy plus que aux aultres vous en
prenez a moy entre vous ses disciples. Ce n’est mie honneur
soy prendre a la plus foible partie; il y a si grant foison de
sages docteurs, dignes de foy et pleins de science, et vraiement
975 si y a il des grans princes de ce royaume et cheualiers, et
nobles, et pluseurs aultres qui sont de la mesme opinion que
ie suis, et tienent que ce est lecture inutile et non honorable.
Pourquoy entre vous n’alez vous desrompre la grosse tige de
l’arbre, et faire tant que il soit estirpé et esrachié, et la racine,
980 dont puet venir et sourdre la ceue et liqueur, soit toute amortie,
non mie vous prendre aux petites branches par dessure,
qui n’ont force ne vertu; pour cuidier tout estirper (qui) vous
en prenez a moy, qui ne suis fors comme la vois d’un petit
grisillon qui toute iour bat ses eletes et fait grant noise et tout
985 est noyant enuers le hault chant delictable des gracieux
oisiaulx.
Mais tu dis que tu ne te peux assez merueillier comment
personne ose blasmer non pas seulement lui, mais ceulx qui
prisent et aiment son liure de la Rose. RESPONSE. Je ne me
990 puis assez merueillier comment personne ose entreprendre a
louer cellui liure, ouquel sont comprises maintes materes
souffisentez a mettre cuer humain ou dampnable herreur.
Tu dis que quant a toy, plus desires estre [fol. 102 vo. b]
repris pour prisier et amer son liure que estre des trop soubtilz
995 blasmeurs. Tu ressembles en ceste partie celle qui dist que
mieulx ameroit estre meretrix appellee de cellui que elle
aimeroit par amours que estre royne couronnee.[129] Si appert
bien que les voulentez qui mieulx plaisent ne sont mie toutes
raisonnables.
1000 Tu dis que sachent tuit que il reste encore .vii. mille, qui
sont tous prestz de le deffendre. RESPONSE. C’est rigle
general que mauuaise secte acroist volentiers aussi comme la
mauuaise herbe, mais la plus grant quantité ne fait mie
pourtant a presumer estre meilleur. Et se dieux plaist a ja si
1005 grant assemblee n’en sera faicte. Ce n’est mie article de foy;
tiengne chascun ce qu’il vouldra. Tu dis que, s’il eust esté
du temps de entre nous qui le blasmons, tu deisses que nous
eussions haine particuliere a sa personne. Mais nous ne le
veismes oncques, dont tu ne peux ymaginer dont ce vient.
1010 RESPONSE. Pour ce que oncques ne le veismes, ne oncques
ne nous meffist, as tu mieulx cause de penser que droicte
vraye pure verité nous meut, car le haineux ne doit estre creu.
Se non, ce dis tu, qu’il viengne de la haultece du liure plus
habile a receuoir les vens des soufflez enuieux, car ignorance
1015 n’en est point cause de tel y a. Ce dis tu ce n’est pour cause
de pou lire le dit liure. RESPONSE. Tu pues estre certain
que le bon preudomme qui le blasme, dont tu veulx dire que
n’est mie par ignorance, il n’a mie enuie sur cellui liure, car ie
croy que la haultece de sa tres esleue[e] vie ne lui lairoit [fol.
1020 103 a] auoir enuie de plus digne chose. Quant est de moy,
nonobstant mon ignorance, je te promet n’y ay aucune enuie.
Et pourquoy aroye? Il ne me fait ne froit, ne chault, ne mal,
ne bien, ne toult, ne donne, ne il ne parle de l’estat dont ie
soye parquoy aye cause de indignacion? Car ie ne suis mariee,
1025 ne espoir estre, ne religieuse, aussi n[ul]e chose qu’il die ne me
touche. Je ne suis Bel Acueil, ne ie n’ay paour de la Vieille,
ne boutons n’ay a garder. Et si te prometz que i’aime beaulx
liures et soubtilz et bien traictiez, et les quiers et cerche, et les
lis voulentiers, si rudement comme les sache entendre, et si
1030 n’aime point cellui de la Rose, la cause si est simplement et
absoluement pour ce que il est de tres mauuaise exortacion et
deshonneste lecture, et qui plus penetre en corage mal que
bien. Et puet estre, selon mon iugement, cause de dampnacion
et dampnement de vie a ceulx qui l’oient, et qui s’i delictent,
1035 et de traire a deshonnestes meurs. Si te iure sur mon
ame et par ma creance que autre cause ne me meut. Et ce
que tu dis aprés que puet estre que le blasmons pour donner
plus grant appetit de le veoir, et ainsi seroit nostre opinion
bonne. Tu pueux estre certain que ce n’est pas nostre motif.
1040 Apres tout ce, tu me appelles de plus grant valeur que ie
ne suis, tienne mercy; et dis que tu me pries que ie garde
l’onneur que i’ay a garder; et que, se on m’a louee pour ce
que i’ay tiré d’un voulet pardessus les tours de Nostre Dame,
que ie ne tasche pas a ferir la lune d’un bouchon pesant; et
1045 que me garde de ressembler le courbel, que pour ce que on
[fol. 103 b] loua son chant, commença chanter plus hault et
laissa cheoir la buschete. RESPONSE. Vraiement je ne
pourroie d’aucune chose respondre si proprement comme de mon
propre fait. Si puis en ceste partie tesmoingnier verité de
1050 certaine science. Tu m’adioins ou accuses comme de presompcion
de moy mesmes. Si te iure sur ma foy que oncques ne
presumay auoir si hault lancé comme sur les tours Nostre
Dame. Ne sçay comment plus hault tascheroie ne pour
cuidier hault chanter, ne me cherra ia buschete; car ie repute
1055 mon fait et mon sauoir chose de nulle grandeur. Aultre
chose n’y a quelconques, fors tant je le puis bien dire veritablement
que i’ame l’estude et vie solitaire, et par frequenter et
excerciter ycellui puet bien estre que g’i ay cueilli des basses
flouretes du jardin delicieux, non pas monté sur les haulx arbres
1060 pour cueillir de ce beau fruit odorant et sauoureux, non mie
que l’appetit et la voulenté n’y soit grant, mais foiblece
d’entendement ne le me sueffre, et mesmes pour l’odeur des
flourettes, dont j’ay fait graisles chappellez. Ceulx qui les ont
voulus auoir, a qui ne les osasse ne pensse veer, se sont
1065 esmerueillez de mon labour, non pour la grandeur qui y soit,
mais pour le cas nouuel qui n’est acoustumé. Si ne s’en sont
mie teus non obstant ait esté long temps celé. Et te promet
que a ma requeste n’est manifestez. Et se veulz dire que
aucunes choses aye faictes ou nom de singulieres personnes,
1070 ce a esté despuis que ia en estoit commune renommee. Ce ne
dis ie mie pour nulle excusance, car il n’en est besoing, mais
pour oster toute oppinion qui pourroit estre que en mon fait
presumasse aucune auctorité. Et supplie toy et tes consors
en oppinion, ne me sachiez mal gré pour cause [fol. 103 vo. a]
1075 de mes escriptures, et du present debat sus le liure de la Rose.
Car d’auenture auint le commencement et non mie de volenté
proposee, quelque oppinion que g’y eusse, ainsi comme tu le
pueux veoir en un petit traictié, ou ie deuisay le premier
motif et le derrenier terme de nostre debat. Et trop me seroit
1080 grief estre subgiette a tel seruitude que n’osasse respondre
a autrui verité selon ma conscience de la chose, qui ne puet
tourner a preiudice, ains puet auiser plus sage de plus auant
penser que il n’a consideré par long temps, car comme dit un
commun prouerbe, a la fois auise un fol un sage. Et c’est neant
1085 que tu dis que l’eglise saincte, ou tant a eu de vaillans hommes
depuis qu’il fu fait, l’a souffert par long temps sans reprendre,
attendoit que moy et les autres le venissions reprochier; car
tu sces que toutes choses sont meues a certain temps, ne riens
n’est long enuers l’espace des ans. Et souuent auient que
1090 par une pointellete est curee une grant enfleure. Comment a
souffert l’eglise saincte demourer si long temps l’oppinion de
la concepcion de Nostre Dame, qui plus est chose notable sans
en reprendre nullui; et n’a gaires que ce qui oncques n’auoit
esté debatu est venu auant par si grant esmeute, et si n’est ce
1095 pas article de foy, aussi n’est cecy. Si en croye chascun ce
qui lui plaist le mieulx. Et quant a moy, plus n’en pense
faire escripture, qui que m’en escrise, car ie n’ay pas empris
toute Saine a boire. Ce que i’ay escript est escript. Non mie
tairé pour doubte de mesprendre quant a oppinion, combien
1100 que faulte d’engin et de sauoir me toult beau stile, mais mieulx
me plaist excerciter en aultre matiere mieulx a ma plaisance.
Si pry tous ceulz qui mes petiz dictiez verront, que ilz vueillent
supploier le deffault de mon sauoir par [fol. 103 vo. b] consideracion
de la personne, et prendre tout a bonne fin et entencion
1105 pure, sanz laquelle ne vouldroie aucune chose mettre
auant. Si feray fin a mon dictié du debat non hayneux,
commencié, continué, et finé par maniere de soulas sans indignacion
a personne. Si pry la benoite Trinité Parfaicte et
Enterine Sapience, qu’il vueille toy et tous ceulx par especial
1110 qui aiment science et noblece de bonnes meurs enluminer de si
vraye clarté que estre puissent conduis a la ioye celestiele.
Amen.
Escript et complet par moy Christine de Pizan le iie jour
d’octobre l’an mil c.c.c.c. et deux.
1115 Ta bien vueillant
amie de science, Christine.
[Document XIII. Notes]
[l. 6] (cette) celle Mss. A B F.
[l. 12] (qui) _followed by_ choses A F.
[l. 22] (pieça) depuis longtemps B.
(a cause de) puis (sus?) F.
[l. 34] (en liure) ou liure B.
[l. 36] (tu n’oseroies) n’oseroient A.
[l. 37] (nous) _wanting_ B.
[l. 40] (pourroies) pourroye B.
(tes) mes B.
[l. 46] (tu) comme B.
[l. 49] (le) _wanting_ B.
[l. 55] (la) _wanting_ B.
[l. 71] (et) ou A.
(i’en) ie B.
[l. 72] (entendist) m’entendist B.
[l. 74] (deshonneste) deshonnestement B.
[l. 83] (a ceste question ... response) a cet demande que tu me
disse F.
(a ceste) aincois que B.
[l. 87] (que) _wanting_ B.
[l. 89] (que) _wanting_ B.
[l. 97] (feray) partly erased A.
[l. 109] (F. mie) _wanting_ F.
[l. 110] (raisonnable oppinion) _interverted_ B.
(_Rommant_) _wanting_ A F.
[l. 112] (bien que) bien comme B.
[l. 144] (tu erres) tu ti tiens F.
[l. 149] (les questions) le questions, A F.
[l. 154] (a son droit,) _wanting_ B.
[l. 158] (dit) _wanting_ A.
[l. 166] (n’en) ne B.
(mie) ia B.
[l. 169] (avoir l’experience) _wanting_ F. In original of A B
misled by ‘choses’ preceding.
[l. 176] (a moy) _followed by_ a moy B.
[l. 179] (seur) honneste B.
[l. 183] (que la chose peust) de la chose qu’elle peust F.
[l. 185] (et plus) ou pour plus F.
[l. 187] (qui ne) que F.
[l. 189] (dit) dist F as usual.]
[l. 193] (mie) _wanting_ F.
[l. 194] (et) ou B.
[l. 216] (on) _wanting_ B.
[l. 219] (c’est comme) c’estat F.
[l. 224-5] (on en doye) ou s’en doye A.
[l. 225] (on en puet) on ne puet A.
[l. 231] (tu soustiens auec ycelle) tu auec soustiens celle F.
[l. 244] (cy) ya F.
[l. 245] (l’en) on F.
[l. 250] (ce) si F.
[l. 254] (fust) feust B.
[l. 261] (chacié) chaciee B chastier F.
[l. 262] (dis) dit F.
[l. 269] (ad) a F.
[l. 279] (mie) pas F.
[l. 280] (mie) _wanting_ F.
[l. 285-6] (par dieu) _wanting_ F.
[l. 286-7] (que honte ne t’en garde) _wanting_ F.
[l. 289] (tel) ce F.
[l. 299] (philosophe ou) _wanting_ F.
[l. 301] (et Salemon) et _wanting_ F.
[l. 302] (corigier) _wanting_ F.
[l. 303] (cours) _followed by_ et F.
[l. 306] (ycellui) celluy F.
[l. 307] (fust) fut F.
[l. 311-12] (a folement amer) a fole amour B.
[l. 322] (en) _wanting_ B.
[l. 328] (deffendi) deffend A, descendy F.
[l. 331] (se) ce F.
(il) _followed by_ a, F.
(son) soy F.
[l. 334] (que) qui F.
[l. 335] (jeu) gieu B dieu F.
[l. 339] (c.] six F.
[l. 340] (delicteux) delicieux.
[l. 344] (mes) _wanting_ B.
[l. 345] (comme) quant F.
[l. 346] (2. les) _wanting_ B.
[l. 349-50] (et entremeslent diuers metaulx et matieres) _wanting_ F.
[l. 355] (de nulle) _followed by_ de nulle (sic) F.
[l. 358] (quant) Mss. quans.]
[l. 360] (faire) _wanting_ F.
[l. 365] (lauray) laray B.
(conuenir) _wanting_ F.
(bien t’en scara respondre) bien t’en sara conuenir B, bien se sera
respondre et deffendra F.
[l. 370] (estre) _precedes_ tous deux F.
[l. 372] (fust) fut F.
[l. 376] (fust) fut F.
[l. 377] (oncques) _wanting_ F.
(esté) estre F.
[l. 382] (solucions) _followed by_ et arguments F.
[l. 393] (sa) la sienne F.
[l. 394] (deceu) _followed by_ et F.
(C’est assauoir) _followed by_ de F.
[l. 396] (dit) _followed by_ de F.
[l. 400] (parles a voulenté) parles et de voulanté F.
[l. 400-1] (c’est du propre) n’est ce du propre? F.
[l. 403] (hardiement dire) dire hardiement F.
[l. 408] (en brief) en bien brief F.
[l. 413-14] (Tu trouueras) _followed by_ les histoires B.
[l. 414] (dame) _wanting_ B.
[l. 416] (fust) fut F.
[l. 420] (maniere d’effat) mauvais effait F.
[l. 429] (un seul) _followed_ (beyond ordinary line) _by_ ieune
enffant A.
[l. 435] (fust) fut F.
[l. 436] (plus tost) tost F.
[l. 441] (brebis) berbis A.
[l. 442] (pour les condicions) _wanting_ F.
[l. 444] (meurs) condicion F.
[l. 446] (pensee) pense A pansee F.
(cuide) cuiday B.
(ainsi) aussy F].
[l. 447] (que) _wanting_ F.
[l. 450] (oncques) _followed by_ ne F.
[l. 457] (mains aultres) aultres mains F.
[l. 458] (sens) _wanting_ F.
(corps) _followed by_ scens F.
[l. 459] (ce) _followed by_ telz F.
[l. 460] (feroies ycy) diras y a F.
[l. 463] (mesmement) bonnesment B.
[l. 466] (dame Eloquence, qui parle de Fol Amoureux dont Meun parle)
_wanting_ F.
[l. 468] (bien) bon F.
[l. 470] (lo) l’ay F.
[l. 472] (des) de F.
[l. 478] (fallacieux) falieux F.
[l. 481] (telz) tieulx B.
(titres) fais F.
[l. 492] (a) en F.
[l. 496] (quoy) _followed by_ en ce que ie re (sic) repprens F.
[l. 497] (dis) _wanting_ F.
[l. 498] (Si te) se je F.
[l. 499] (acoustré) acoultre F.
[l. 507] (trop) tres F.
[l. 510] (t’en passes) trespasses B.
[l. 511] (comme) _followed by_ ie F.
[l. 518] (ou langaige) en lengage B.
(est) _wanting_ F.
[l. 519] (leu) veu B.
(grigneur) greigneur B F.
[l. 521] (homme) _followed by_ homme F.
(volontaire) volomptaire F.
[l. 523] (rauales) trauailles B.
[l. 528] (qui) _wanting_ F.
(femmelette) _followed by_ qui F.
[l. 533] (periller) perillez A.
(en voye de periller) en peril de perillier F.
[l. 536] (conseilles) conseiller B.
(je) _followed by_ me B.
[l. 540] (errachier) esracher B, erragier F.
(les) le A.
[l. 544] (jeu) gieu B F.
[l. 546] (telz) tieulx B.
(il les) il F.
[l. 547] (a) de F.
[l. 552] ou autant) et tant F.
[l. 555] (comme son office) comme passionné A.
(oncques) aucques A, auques B.
[l. 556] (vituperer) vituperez A F.
[l. 559] (passe) pense B.
[l. 564] (dis) vuelz dire F.
[l. 565] (s’en) se F.
[l. 566] (telles) celles F.
[l. 570] (t’en) toy F.
[l. 574-5] (que tu dis qu’il parle comme Jaloux) _wanting_ F.
[l. 577] (t’en fai) te fais F.
(t’en) fais B.
[l. 584] (oppinions) l’oppinion F.
[l. 590] (en) ou B.
[l. 592] (et attrayans) ot attrayans B.
[l. 595] (en) es F.
[l. 610] (comme) comment B.
[l. 611] (ne) _wanting_ F.
(sobzrie) souscie F.
(ia) ie A.
[l. 614] (aux) _wanting_ AB.
[l. 616] (lit) list F.
(enseignemens) enseignement B.
[l. 619] (aussi) ainssy F.
[l. 621] (deuoz) deuote F.
(plairont) plairoit F.
[l. 627] (a) au F.
[l. 629] (car) _preceded by_ Et F.
[l. 634] (l’aucteur) acteur F.
[l. 643] (a) de F.
[l. 648] (vice) vices F.
[l. 651] (Salomon) _wanting_ F.
[l. 656] (veoir) _wanting_ F.
[l. 657] (aussy) ossy F.
[l. 658] (qui) _followed by_ y B.
[l. 662] (ou) et F.
[l. 666] (1. bien) mau F.
(2. bien) mal F.
[l. 671-2] (estre bone telle lecture qui honnestement ne puet)
_wanting_ A B.
[l. 679] (que) perhaps que [oïl] etc.
[l. 680] (fust) fut F.
[l. 685] (tu puis) tu F.
(parolles) nouuelles B.
[l. 691] (lieux) _followed by_ par F.
[l. 700] (nuit) nuist F.
[l. 701] (c’est) ceste F.
[l. 709] (toute maniere) toutes manieres B.
[l. 711] (vaincre) vanitee A, vaintié F.
[l. 712] (Et se) _wanting_ F.
[l. 713] (fu) fut F.
[l. 714] (monnoye) malicieuse B.
(faite) faire A.
[l. 719] (encore) ancores B.
(la) le B.
[l. 724] (tres)enorme thus F, B reads innorme, A norme.]
[l. 726] (fussez) feusses B.
(auisé,) _followed by_ tu F.
[l. 733] (fu) fut F.
[l. 735-6] (pour cause de jalousie. Et comme tu dis) _wanting_ F.
[l. 736] (aprés) _followed by_ dis F.
[l. 743] (t’assauldroit) t’asaulrois F.
[l. 744] (seroit) feroit B.
[l. 748] (veulx) vueil B, voeil F.
[l. 758] (toudis) _wanting_ F.
[l. 759] (fausse) faulse et B.
[l. 762] (ces) les B.
[l. 766] (Apprenez donc) Apprenez F.
[l. 768] (nulle n’eschappe) nulles n’eschappent F.
[l. 772] (maistre) sire F.
[l. 775] (lui) _wanting_ F.
[l. 777] (ie) _wanting_ A.
[l. 779] (appresté) presté F.
[l. 783] (a Bouece) a Boué B, a Besce F.
[l. 785] (aies) ailles B F. Two letters are erased in A.
(baillié) bailler B.
[l. 794] (lit) list F.
[l. 799] (celle) telle F.
[l. 804] (m’en) mais F.
[l. 805] (estuet) jeteus F.
[l. 807] (peux) puis F.
[l. 809] (amours) amour F.
[l. 810] (vous) _followed by_ en B.
(dit) dist F.
[l. 812] (demonstrer) demonstre F.
[l. 814] (bonne) bon A.
[l. 815] (qu’il) qu’i A.
(s’en) se F.
[l. 823] (enseigner) enseigneur A.
[l. 825] (s’en) se F.
[l. 827] (suit) suist F.
[l. 828] (si se) se il se B, s’il F.
[l. 830] (On) Mss. read il.]
[l. 831] (l’oit) l’ait F.
[l. 834-5] (et les vices pour les fuir) _wanting_ B.
[l. 836] (ces) ses F.
[l. 844] (excercitent) exerciteront B.
[l. 847] (de paradis) des uns B.
(l’un) l’oing F.
[l. 849] (dist) dit B.
[l. 851] (plusgrant) plus F.
[l. 858] (profiter) _preceded by_ plus F.
[l. 861] (Dyables) deable B, dyable F.
[l. 862] (li) lui B.
(liurer) donner F.
[l. 867] (susdictes) dessusdictes F.
[l. 868] (un) bien B.
[l. 872] (et) ne B.
[l. 878] (maniere) _followed by_ ains dist plainement et alulie
toutes pour tous et tous pour toutes F.
[l. 880] (le) les F.
[l. 882] (deffault) dessout F.
(et est) c’est F.
[l. 883] (voise son cours) coure contre val F.
[l. 887] (hors) _followed by_ de B.
[l. 907] (parlons) parliens F.
[l. 914] (si) _wanting_ F.
[l. 915] (mariage) _followed by_ et F.
(quant il dist, que) _wanting_ F.
(1. and 2. dist) dit B.
[l. 916] (y a) _wanting_ F.
(y a ... voulonté qui) conte quonque il neust nul quelque grant y
eust voulenté quil ne B.
(grant) _wanting_ F.
[l. 920] (mais) _followed by_ il F.
(tout) _wanting_ A.
(ne il n’appert) que il appert A.
[l. 923] (louer) leur F.
[l. 926] (pour plaire a sa femme) _wanting_ B.
[l. 932] (ainsi comme dit le prouerbe commun) _wanting_ F.
[l. 933] (gloses) choses F.
[l. 934] (tieuxte) _followed by_ comme dist le prouerbe comun F.
[l. 935] (aultre) _wanting_ B.
[l. 937] (mot a mot) de mot en mot F.
[l. 938] (ia anuye) ia m’anuye A.
[l. 940] (propres) propos B.
[l. 944] (que il dit parmi le mal. Tu n’oblies mie) _wanting_ B.
[l. 950] (ve la) veez B.
[l. 952] (que) ne F.
[l. 954] (qui) quil B.
[l. 956] (croiray) croire F.
[l. 959] (gart de eulx) garde d’eulx B.
[l. 962] (part) parti F.
[l. 966] (telle) celle F.
[l. 967] (ses) ces F.
[l. 969] (temps) tends B.
[l. 971] (aux) a A.
[l. 975] (si y a) si a A.
[l. 977] (honorable) honorables A F.
[l. 979] (arbre) abre A.
(estirpé) escripte A.
[l. 982] (ne) _wanting_ F.
(tout estirper) tout esciper A, _wanting_ F.
(1. qui) error for comme(?)
[l. 984] (eletes) esles B.
[l. 990] (a) _wanting_ B.
[l. 991] (maintes) saintes B.
[l. 992] (souffisentez) souffisantes B F.
(ou) en B.
(herreur) erreur B.
[l. 995] (celle) Heloiyse du Paraclit F.
[l. 996-7] (cellui que elle aimeroit par amours) maistre Pierre
Abalart F.
(cellui) celle A.
(ameroit) amoit B.
(que estre royne ... raisonnables) _wanting_ B.
[l. 1001] (rigle) riche F.
[l. 1003] (herbe, mais) herbe, mais en plusieurs choses B F.
[l. 1007] (deisses) deusses A.
[l. 1009] (veismes) vismes F.
[l. 1014] (ignorance) l’ignorance F.
[l. 1018] (mie) aucune B, nulle F.
[l. 1020] (auoir) _wanting_ F.
[l. 1021] (je te promet) _wanting_ B.
[l. 1023] (toult) oste F.
(de l’estat) d’estat B.
[l. 1024] (parquoy) pourquoy B.
(suis) _followed by_ ne B.
[l. 1028] (bien) biaux F.
(et les quiers et cerche) et les quiers et les cerche B.
[l. 1033] (dampnacion) _preceded by_ la B.
[l. 1035] (de traire) doctrine B, dactraire F.
[l. 1043] (pardessus) par sus B.
[l. 1044] (tasche) tause F.
(d’un bouchon) du ciel d’ung bouion F, d’un bougion B.
[l. 1047] (buschete) bouchee F.
[l. 1050] (m’adioins) me imputes B.
[l. 1052] (lancé) lengage B.
(sur) sus B.
[l. 1054] (buschete) bouchee F.
[l. 1055] (chose) _wanting_ B.
[l. 1057] (i’ame) je ayme F, i’aime B.
[l. 1057-8] (et excerciter) _wanting_ F.
[l. 1064] (se) ce B.
[l. 1065] (soit) fait F.
[l. 1066] (pour) _wanting_ B.
[l. 1074] (mal) mauuais B.
[l. 1076] (d’auenture) _wanting_ F.
(de) la B.
[l. 1077] (g’y eusse) ie y eusse B.
[l. 1078] (ie) te B.
[l. 1081] (la) _wanting_ B F.
[l. 1082] (de) et F.
[l. 1085] (eu) _wanting_ A.
[l. 1087] (attendoit) attendroit A, _preceded by_ elle F.
[l. 1090] (une) _followed by_ petite F.
[l. 1093] (gaires) _after_ n’auoit F.
(oncques) _after_ n’auoit B.
[l. 1096] (mieulx) _followed by_ qui pourra F.
(pense) _followed by_ a A.
[l. 1098] (Non mie) nonne A.
[l. 1101] (plaist) _followed by_ a B.
(mieulx) _wanting_ B.
[l. 1111] (conduis) condis F.
(celestiele) celle stille(?) F.
[l. 1116] Christine de Pizan F.
[119] Cf. “Vous vous tuez com fait le pellicant.” E. Deschamps,
V. 33.
[120] Evidently Gerson: “_Tractatus contra Romantium de Rosa_.” See
above.
[121] This of course, did happen. Cf. Introduction.
[122] Bertrand du Guesclin, the famous Constable of France. Cf.
_Chronique du Bertrand du Guesclin_ by the trouvère Cuvelier pub.
by E. Charrière, Paris 1839 (Siméon Luce).
[123] Morise de Trisguidi, whose dates I have been unable to find,
was a Breton companion-in-arms of Du Guesclin. He is mentioned in
A. Le Moyne de la Borderie, _Histoire de Bretagne_, Rennes, 1906
(cf. iii. 517 and iv. 28) as having been a squire at the celebrated
Combat of the Thirty. We have the following reference to him in the
_Mandements et Actes Divers de Charles V._ (Léopold Delisle, Paris,
1874) p. 896. “... Morise de Trezeguidi, chevalier, capitaine de
Hembont en Bretaigne, au nombre de vint et cinq hommes d’armes, et
soixante dix frans pour son estat par moys,” which reference to the
garrisoning of Brittany for the King shows that de Trisguidi had
risen in rank, and was a trusted defender of the Crown.
[124] “Ne vous vueil, etc.” c f. Michel, _Roman de la Rose_, t. 2,
p. 74.
“Je vous di bien avant le cop,
Ne vous voil mie en amour metre,
Mès s’ous en volés entremetre,
Je vous monsterrai volentiers
Et les chemins et les sentiers
Par où ge déusse estre alée
Ains que ma biauté fust alée.”
[125] Cf. Michel, _op. cit._, t. 2, p. 75, l. 13944.
[126] Cf. Michel, _op. cit._, t. 2, p. 292, l. 20868 sqq.
[127] Cf. Michel, _op. cit._, t. 2, p. 103, l. 14862.
[128] Gerson.
[129] Cf. Michel, _op. cit._, t. 1, p. 293, l. 9570 sqq.
XIV.
PIERRE COL’S REJOINDER TO THE FOREGOING.
(Fragment)
A FAME DE HAULT ENTENDEMENT DAMOISELLE CHRISTINE DE PIZAN
Combien que tu aies proposé de n’esc(r)ire plus reprehension
ou blasme contre la compilacion du _Romant de la
Rose_, comme sage et rauisee qui ses et appersois que humaine
chose est de pechier mais perseuerence est euure de deable,
5 pourtant ne retarderas tu ma plume qu’elle ne te refrene;
car apres tant de reprehencions et duplicacions par toy proposees
et escriptes contre si notable escripuain, raison de droit
et bonne coustume ensemble m’ottroient replique, qui comme
disciple dudit escripuain ay fait une seule responce, combien
10 qu’il n’en fust besoing pour ce que selonc que mon petit
entendement le peut concepuoir la seule lecture de tes euasions
est assés solucion, et n’ofusque ne [noirçoie] en riens la verité
que je soustiens, ne tasche aucune empraingnent a la treschere
renommee maistre Jehan de Meung tes palliacions extrauagans
15 et ornemens de langaige, et croy que point ceste cause t’a
laissié a respondre le preuost de Lisle. Je mesme en fu esmeus
par aucun espace de temps de ne te respondre point, et pour
ce aussy que j’auoye bien ailleurs ou entendre. Toutesuoyes
par maint desbat pour aprendre et moy excerciter je respondray
20 a aucuns fais particuliers et euasions mises en ton
epistre responsiue a moy presentee le xxxe jour d’octobre
et te prie que tu tiengnes pour repetees mes excusacions
mises en mon aultre responce.
JA SOIT CE QUE TU DIS ung pou deuant la fin de ta
25 darreniere response que ce N’EST MIE HONNEUR DE SOT PENDRE
A TOY QUE ES LE PLUS FOYBLE PARTIE ET QU’ON DEUST
DEROMPE LA GROSSE TIGE NON PAS SOY ARESTER AUX PETITES
BRANCHES, VEU QUE DE TON OPPINION SONS PLUSSEURS SAGES
DOCTEURS, GRANS PRINCES DE CE ROYAUME, ET CHEUALIERS.
30 Si n’ay je sceu personne qui l’ait blasmé par auant toy ne
par aprés, se non celuy qui a composee la plaidoierie dame
Eloquance et touteuoyes me reprens tu de ce que j’ay ozé
reprendre a euure de si notable clerc, qui sonne contradicion
et (ne te desplaise) ci et ailleurs tu trebuches en la fosse que tu
35 m’auoyes appareillié. C’est assés de dit et de desdit quant tu
dis c’on se deust prendre aux autres, et tu me reprans de ce que
je n’y suis prouins (prins?) QUANT IE PANSE a celle petite
branchette il me souuient du prouerbe commun que l’en dit:
ce blasme te vault ung grant los. O DONLE DIEU tresglorieux!
40 quantes gens sont qui jamais n’appetissent leur los,
ou se blasment aucunement se n’est pour eulx magnifier.
Vescy que tu t’appelles petite branchette et touteuoyes.......
..............................................................
..............................................................
APPENDIX
LETTERS OF JEAN DE MONTREUIL
(Amplissima Collectio de Dom Martene, tome II., pp. 1419-21, 22.)
Epistola LIV.
Ad quemdam causidicum[130]
Petit ut ea quae adversus Johannem de Magduno dixerat
retractet
Quo magis magisque perscrutor, vir acutissime, mysteriorum
pondera, ponderumque mysteria operis illius profundi
ac memoriæ percelebris, a magistro Johanne de Magduno
editi, et ingenium accuratius revolvitur artificis, totus quippe
5 in ammirationem commoveor et accendor, quo instinctu quove
spiritu seu mente, tu praecipue qui inter civiles actiones omni
die versaris, quae maxime ex electione sana pendent, et ubi praecipitur
tarde et cum gravitate de rebus ferre sententiam, eumdem
dissertissimum et scientificissimum actorem leviter
10 nimis, scurriliterve, aut inepte loquutum fuisse censuisti. Et
quasi in praetorio causam ageres, nudius tertius contra mortuum
verba faciens, debacchando jurgabatis, in inventionem
nihilominus atque claritate, proprietateque et elegantia,
magistrum Guillelmum de Lorris longius anteponens; de quo
15 tunc certa motus consideratione exclamare praetermisi, et
nunc linquam. Sed si a modo serio dixisse fatearis, dic quo
pignore certes, veniam, ut ait Virgilius, quocumque vocaris;
ut qui magistros et benefactores meos ad extremum usque
singultum non desero, aut suo in honore, quoad potero
20 sinam laedi. Sin vero, ut potius reor, joco protuleris,
aut forsan motus aliunde, non adeo feroces sumus, ut quae sit
in disputando libertas ignoremus, aut linguae vertibilitati non
noverimus indulgere; immo quia altercando scitur veritas,
aurumque probatur in fornace, de industria ingenuissimi doctoris
25 hujus concedo disputare. Da tamen ut nihil in posterum
cum obstinatione adversus imitatorem nostrum asseveres.
Vale, et intimato super hoc quid intendis. Qui si pergis de
praeceptore nostro[131] ulterius male loqui, non est quod dissimulare
queamus. Hanc ex nunc pro diffidentia suscipito. Sunt
30 etenim, ne in dubium revoces, pugiles et athletæ non pauci,
qui scripto voceque et manu pariter ut est posse, causam istam
defensabunt.
[Epistola LIV. Notes]
[130] Gerson, according to A. Thomas.
[131] Cf. Epistola XLI: Ad Petrum et Gontherum suos præceptores.
Epistola LVI.
Ad quemdam amicum[132]
Hortatur ut Johannis de Magduno librum, quem quam
plures damnabant doctores, defendat.
Scis me, consideratissime magister atque frater, jugi
hortatu tuo et impulsu nobile illud opus magistri Johannis de
Magduno, Romantium de Rosa vulgo dictum vidisse: qui
quia de admirabili artificio, ingenio ac doctrina rerum sisto,
5 et irrevocabiliter me fateor permansurum, a plurimis scholasticis
non parvae auctoritatis viris supra quam credibile tibi
foret, male tractor et arguor amarissime, ut si ulterius defendere
coner, plane me probare velint, ut dicunt, haereticum.
Nec praetendere prodest te totque viros alios valentes scientificos
10 et perdoctos illum tanti fecisse pene et colerent, utque,
quam eo, carere mallent camisia, et nihilominus nostris correctoribus
anteponere suos aemulos, qui, si quid reprehensionis
inesset, adeo magni erant, ut librum suum vivere nequaquam
permisissent una hora. Nec eos juvat insuper obsecrare, quod
15 jus omne poscit, ut prius videant notentque quamobrem, qua
dependentia et occasione dicat res, quas vel personas introducat,
quam damnetur tantus auctor. Sed confestim verba
intercipiunt mea, interrumpuntque, ut labra movere vix
audeam, quin mihi anathematis opprobrium comminentur,
20 ac ferme judicent reum mortis. Quid vis dicam? tantis
quod me magis urit, magistrum nostrum prosequuntur maledictis,
ut ignem potius quam lecturam meruisse attestentur,
seque inexpiabili scelere contaminari existimant, si quidquam
audierint. Cumque rursus jure humanitatis submissius expostulo,
25 ut non prius damnent, quam universa cognoverint,
ostendendo quod etiam sacrilegis, et proditoribus, veneficisque
potestas defendendi sui datur, quodque nec praedamnari
quemquam, incognita causa, licet; nihil agimus tamen, frater
honoratissime, sed tempus terendo incassum aera verberamus,
30 nec est quod speremus posse aliquid impetrare, tanta est
hominum pertinacia. Hi sunt mores, ea dementia; timent
enim ne a nobis revicti manus dare aliquando clamante ipsa
veritate cogantur. Obstrepunt igitur, ut ait Lactantius, et
intercidunt ne audiant, oculos suos opprimunt, ne lumen
35 videant quod offerimus, morem Judaeorum adversus Salvatorem
nostrum observantes, penes quem inimici facti sunt
judices. Sic doctor noster emeritissimus condemnatur,
quod vetant leges omnes, innocentissimus non auditus, ab
his qui perfecto coram vivente mutire non tentassent,
40 eumdem tamen, et quod molestius ferendum est, male
visum perscrutatumque et notatum ignominiose despiciunt
nostri correctores, execrantur et impugnant. O arrogantiam,
temeritatem, audaciam, opus tantum, tot diebus
ac noctibus, tanto cum sudore et attentione digesta
45 elaboratum et editum, hi qui superficie tenus nec eodem contextu,
aut ex integro se legisse profitentur, subito instar eorum
qui mensae inter crapulas omnia ut libet et fert impetus accusant,
reprehendunt atque damnant. Paulo magis ponderis in
stateram ponentes tantum opus, quam lucis unius Cantilenam
50 histrionis. Quorum praetextu in alterum istorum patronorum
scripto tenus invexi, sicut videbis per eam quam tibi fert epistolam
is bajulus. Tuum ergo erit, dux, princeps, rectorque
hujus præcepti laudatissimum et amantissimum imitatorem
tuum defensare et hos malesanos et deliros conculcare, ac
55 ratiunculas meas indigestas disertiae tuæ acumine validare,
comere et linire, quatenus ego qui auxilii tui confidentia et
ingenii ope fretus campum hunc duelli introii, alias non facturus.
Scio enim quod ubi obdormientes sui sensus expergiscentur,
et calamus jacens exeret se, non praevalebunt adversus
60 nos isti veritatis inimici; sed eos cum voles non dubito
efficies oves mites et mutos, reddes per omnia tamquam truncos.
Vale, nec amicos sinas, quoad potes, sic injuste, vafre,
pernitiose et inique pessum dari.
..............................................................
[Epistola LVI. Note]
[132] Gontier Col probably.
Epistola LVII.
Ad quemdam anonymum.[133]
Ut retractet ea quæ de Johanne de Magduno dixerat.
Etsi facundissimus, si copiosus, si eloquens et abundans,
sed, quod scribendi fons est, sapiens es, vir insignis; vides
tamen veritate vincente ac pariter conscientia remordente,
adversus satiricum illum perseverum magistrum Johannem
5 de Magduno, nihil te ulterius mutire audere, aut disserere
posse. Ipsius quippe veritatis tanta vis est, ut ei nullius
rhetoris industria sese aequet, illo assentiente, qui dicit:
Veritas manet in aeternum; falsa non durant. Redi ergo
ipsius doctoris et praeceptoris carissimi in gratiam, nec quia
10 facile prorupisti verearis. Illico enim cum voles, veniam
impetrando noster eris, modo de resipiscentia tua ex fideli
promissione nullus apud nos scrupulus remaneat. Non enim
latet nos quousque disputandi progrediatur licentia, et quod
disputationi serotinae saepe numero matutina contradicit.
15 Scis insuper, vir experte, Originem et una Lactantium erravisse,
et pariter Augustinum, plerosque magni nominis atque
famae alios revocasse doctores. Non igitur pudeat nimis
liberte dicta et attentata obnoxius reparare. Forsitan vero
quae damnas perfunctorie vidisti, nec recenter; quae duo
20 maxime judicium perverterunt, ac te praecipitem dederunt
in errorem, non fidei quidem vel iniquitatis, aut malitiae; sed
in quem nonnulli praedictorum ipsius de Magduno superficie
tenus viso pede tecum ruunt. Neque praesentem monitionem
nostram parvi pendas, aut existimes caritate fraterna vacare,
25 vel me gratis prioribus nostris in litteris te de amantissimis
defensoribusque philosophi praelibati animadvertisse. Sunt
enim quorum calcaria auro fulgent, magnisque dignitatibus
potiuntur, qui pro tuitione nostri propositi pulchram petunt
cum Marone per vulnera mortem, nec acceptius quidquam
30 Deo agere putarent, quam in eos irruere, qui nostrum coarguunt
instructorem de syllaba solum parvula sive coma.
Atqui te quid facturum censeam a me quaeris? Id quod propheta
simul et rex non erubuit suppliciter confiteri hortor
dicas: Delictum meum cognitum tibi feci, et injustitiam
35 meam non abscondi. Quod si tractatum super inde conficeres,
interim per amicitiam nostram precor, taedio tibi nequaquam
adveniat tuo huic mandare quampiam praeposito remissivam,
quae levatio praesertim sit nostrae expectationis et tuae intentionis
nuntia in aliquo, cum psalmista, Laetabor ego super
40 eloquia tua, quasi qui invenit spolia multa. Vale.
[Epistola LVII. Note]
[133] Gerson, according to A. Thomas.
* * * * *
TABLE OF CONTENTS
Prefatory Note. 2
I. INTRODUCTION. 3
II. MANUSCRIPTS. 10
III. BIBLIOGRAPHY. 12
IV. THE DOCUMENTS. 16
I. “Epistre au Dieu d’Amours” of Christine De Pizan. 16
II. “Dit de la Rose” of Christine. 16
III. The Treatise of Jean de Montreuil. 16
IV. Christine to Jean de Montreuil. 17
V. Gontier Col to Christine, Asking for a Copy of
No. IV. 29
VI. Gontier Col to Christine, Reproving Her For Her
Attitude Towards the Roman de la Rose. 30
VII. Christine’s Reply to No. VI. 32
VIII. Christine’s Dedicatory Epistle to the Queen of France. 34
IX. Christine’s Dedicatory Epistle to Guillaume de
Tignonville. 35
X. Gerson’s Tractatus. 38
XI. Pierre Col’s Letter Replying to Christine and to
Gerson. 56
XII. Gerson’s Reply to Pierre Col. 77
XIII. Christine’s Reply to Pierre Col. 83
XIV. Pierre Col’s Rejoinder to the Foregoing. 112
APPENDIX. 114
Epistola LIV. 114
Epistola LVI. 115
Epistola LVII. 116
* * * * *
Corrections.
Where appropriate, punctuation and French accents have been silently
corrected, and in a few places italics have been silently adjusted.
Also, confusions bewteen u and v and between f and s in the French
texts have been silently corrected.
Spelling variations such as œuure/oeuure/euure have not been
harmonized, but obvious typographical errors have been corrected. Such
corrections are listed below.
[Document IV.]
[l. 178] footnote reference [34] added (comme il recorde,[34] dont).
[l. 219] “enseignegnement” replaced with “enseignement” (bon
enseignement et iuste seroit).
[l. 315] “nononbstant” replaced with “nonobstant” (nonobstant que
le claimez miroir de bien viure).
[Document IV. Notes]
[l. 1] note: “epiltre” replaced with “epistre” (L’epistre
crestienne au preuost de Lisle).
[l. 285-301] note: the note may in fact refer to the lines
292-301.
[l. 322] note: “ne” replaced with “me” (Mais ie sçay ... vous
me respondrez).
Footnote [35] missing page number 21 has been added (t. II, p. 21
l. 650).
[Document X.]
[l. 60] “sulpendat” replaced with “suspendat” (ut quisquam se
suspendat, submergat).
[l. 90] “dissolutisstima” replaced with “dissolutissima” (mox
immiscet verba dissolutissima ).
[l. 222] “faciliiùs” replaced with “faciliùs” (Quid enim faciliùs
capi potest).
[l. 317] “sololem” replaced with “sobolem” (Quis expulit urbe
Tarquinium Regem & ejus sobolem?).
[l. 421] “es” replaced with “eis” (si quis talia eis non aufert).
[l. 450] “Christanæ” replaced with “Christianæ” (ô devota
Christianæ Religionis Curia).
[l. 485] “pronuntur” replaced with “ponuntur” (quæ malè in hoc
Libro ponuntur ).
[l. 495] “Cerrè” replaced with “Certè” (Certè in dicto Libro).
[l. 577] “affere” replaced with “afferre” (damnum & detrimentum
afferre videbantur).
[l. 593] “secumdùm” replaced with “secundùm” (secundùm omnium
judicium, etiam illorum).
[l. 651] “quocireà” replaced with “quocircà” (quocircà non est
remedium efficacius).
[Document XI.]
[l. 142] “deu” replaced with “dieu” (ne dit-il pas du dieu
d’Amours).
[l. 385] “fais tu” replaced with “sais tu” (Mais,
sais tu, je ne condampne pas l’aucteur).
[l. 580] between line 570 and 585 there is a line numbering error.
[l. 620] between lines 610 and 625 there is also a line numbering
error.
[l. 679] “eures” replaced with “euures” (se Genius ammonneste a
suyre les euures de nature).
[Document XI. Notes]
Footnote [58] “t. 28” replaced with “t. 2” (Cf. Michel, _op. cit._,
t. 2, p. 307.
[Document XII.]
[l. 167] The text actually refers to Luke, not Matth. XIX (_ex ore
tuo te judico, serve nequam_.--Matth. XIX, 22).
[l. 172] “, &” added after homicida (simoniam, furta, homicida, &
adulteria).
[l. 208] a spurious “x” in the margin has been removed.
[l. 212] “Claristiana” replaced with “Christiana” (tùm
expressissimis verbis idem quarto _De Doctrina Christiana_).
[Document XIII.]
[l. 143] “euuvre” replaced with “euure” (et de euure tant bien
composee).
[l. 346] “liuures” replaced with “liures” (ainsi comme des liures
des arquemistes).
[l. 529] “eglisse” replaced with “eglise” (la doctrine de saincte
eglise puet reprendre).
[l. 550] line number 450 has been replaced by 550.
[Document XIII. Notes]
[l. 225] note: “puet” remplacé par “peut” (on en peut).
[l. 365] note: “(lauray)” remplacé par “(lairay)”.
[l. 420] note: “effat” remplacé par “effait” (maniere d'effait).
[Epistola LIV.]
[l. 25] “disputate” replaced with “disputare” (doctoris hujus
concedo disputare).