Chapter II. Note

[29] Cf. M. Roy, _Oeuvres Poétiques de Christine de Pisan_, in the

_Société des anc. Textes fr._, 1886, vol. I., pp. V. sqq., and also

P. Paris, _Manuscrits franç. de la Bib. du roy_, 1842, vol. V., pp.

72-73, 94-100, 133-81, 399-403.

III.--BIBLIOGRAPHY.

In connection with my work I have consulted the following works:

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Boivin (Jean) de Villeneuve, _Vie de Christine de Pisan et de Thomas

de Pisan son père_, in the _Mém. acad. inscrip. et Belles-Lettres_,

1717, II., p. 762; 1736, II, pp. 704-14 (2a IV., pp. 465-80).

Lebeuf, _Dissert. hist. Paris_, 1743, III., p. 89.

Abbé Goujet, _Bibl. franç._, 1745, IX., pp. 422-25, x. p. 424.

Abbé Sallier, _Notice sur Christine de Pisan_, _Mémoires de

l’Académie des Inscriptions_, 1751, XVII., pp. 515-25.

Marchand, _Dict. hist._, 1758, II., pp. 146-50.

Lelong, _Bibl. France_, 1769, IV., 46870-71, 48148.

La Croix du Maine et Du Verdier de Vauprivas, _Bibl. Franç._, Paris,

1772, I., pp. 127-28, III., pp. 319-20.

Kéralio, Mlle. de, _Collection des meilleurs ouvrages composés par

des dames_, Paris, 1787, II.

Fantuzzi, _Scritt. Bologn._, 1789, VII., pp. 54-59.

Struve, _Bibl. hist._, 1795, VII., ii., pp. 111-12.

Tiraboschi, _Stor. lett. Ital._, 1807, V., ii., pp. 447-49.

Méon, M., _Roman de la Rose_, Paris, 1814.

Thomassy, Raimond, _Essai sur les écrits politiques de Christine de

Pisan, suivi d’une notice littéraire et de pièces inédites_, Paris,

1838.

Leroux de Lincy, in the _Bibl. de l’Ec. de Chartes_, 1840, A., I.,

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Bordeaux_, 1843, V., p. 555.

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Melzi, _Dizionario di opere anonime e pseudonime di scrittori

italiani_, 1848.

Quicherat, _Procès de Jeanne d’Arc_, 1849, V., p. 3.

Pougin, Paul, in _Bibl. de l’Ec. de Chartes_, 1857, D., III., pp.

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Graesse, _Trésor_, 1859, I., p. 232, II., p. 137, IV., p. 69, VII.,

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_Archiv. f. das Stud. d. neueren Sprachen und Literaturen_, 1882,

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Delisle, L., _Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque

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Chap. III. _Le Roman de la Rose_ (E. Langlois); IV., _Littérature

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Benedetto, L. F., _Il Roman de la Rose e la Letteratura Italiana_,

Halle, 1910.

IV.--THE DOCUMENTS.

I.--“EPISTRE AU DIEU D’AMOURS” OF CHRISTINE DE PIZAN.

See M. Roy, _Œuvres poétiques de Christine de Pisan_ (Soc. des anc.

textes franç.) t. II., p. 1 sqq.

II.--“DIT DE LA ROSE” OF CHRISTINE.

See editions by F. Heuckenkamp, Halle, 1891, and by M. Roy, _op. cit._,

t. II., p. 29 sqq.

III.--THE TREATISE OF JEAN DE MONTREUIL.

Now lost.

IV.

CHRISTINE TO JEAN DE MONTREUIL.[30]

[fol. 88 verso b] Christine

A moult souffisant et scauent personne, maistre Jehan

Johannes, secretaire du roy nostre sire et preuost de Lisle.

Reuerence, honneur auec recommendacion a vous, monseigneur

le preuost de Lisle, treschier sire et maistre sage en

5 meurs, ameur de science, en clergie fondé, et expert de rethorique,

de par moy Christine de Pizan, femme ignorant d’entendement

et de sentement legier, pour lesquelles choses vostre

sagece aucunement n’ait en despris la petitece de mes raisons,

ains vueille supploier par la consideracion de ma femenine

10 foiblece. Et comme il vous ait pleu de vostre bien (dont vous

mercy) moy enuoier un petit traictié ordenné par belle rethorique

et voirsemblables raisons, lequel est de voz ditz fait en

reprenant, comme il me semble, aucuns blasmeurs de la compilacion

du Romant de la Rose en aucunes pars et moult soustenant

15 icellui, et approuant l’œuure et les aucteurs d’ycelle et

par especial Meun, je, ayant leu et consideré vostre dicte prose

et compris l’effect selons la legiereté de mon petit engin (combien

que a moy ne soit adreçant, ne response ne requiert, mais

meue par oppinion contraire a vos diz et acordant a l’especial

20 clerc soubtil a qui vostre dicte epistre s’adrece) vueil dire,

diuulguer et soustenir manifestement que (sauue vostre bonne

grace) a grant tort et sans cause donnez si parfaicte louenge a

celle dicte œuure, qui mieulx puet estre appellé[e] droicte oisiueté

que œuure utile, a mon jugement; [fol. 89 a] et combien que

25 moult reprenez les contredisans, et dites: “que grant chose est

d’ainsi comprendre”; “ce que un aultre dit tesmoingne mieulx”

“a construit et mis sus par grant estude et a long trait,” etc,

ne me soit imputé a presompcion d’oser repudier et reprendre

aucteur si solennel et tant soubtil. Mais soit nottee la ferme et

30 grant oppinion, qui me meut contre aucunes particularitez qui

ou dit [traictié] sont comprises. Et, au fort, chose qui est

dicte par oppinion et non de loy commandee se puet redarguer

sans prejudice. Et combien que ne soye en science aprise ne

stilee de language soubtil, dont sache user de belle arrenge

35 et moz polis bien ordenez qui mes raisons rendissent luisans,

pour tant ne lairay a dire materielment et en gros vulgar

l’oppinion de mon entente, tout ne le sache proprement exprimer

en ordre de paroles aournees.

Mais pourquoy ay je dit deuant que mieulx peust estre

40 appellee oisiueté? Sans faille il me semble que toute chose

sans preu, non obstant soit traictie, faicte, et acomplie a grant

labeur et peine, puet estre appellee oyseuse, ou pis que oyseuse,

de tant comme plus mal en ensuit. Et comme ia pieça pour

la grant renommee commune du dit romans, desiray le veoir,

45 apres que cognoiscence m’ot un peu fait entendre choses soubtilles,

le leus et consideray au long et au lé, le mieulx que le

sceus comprendre. Vray est que pour la matere, qui en aucunes

pars n’estoit a ma plaisance, m’en passoye oultre comme

coq sur brese; si ne l’ay planté veu. Neantmoins [fol. 89 b]

50 demoura en ma memoire aucunes choses traicties en lui, que

mon jugement condempna moult, et encore ne puet approuer

pour contraire louenge d’autre gent. Bien est vray que mon

petit entendement y considere grant ioliueté; en aucunes pars

tressolennelement parle de ce qu’il voult dire et par moult

55 beaux termes et vers gracieux bien leonimez; ne mieulx ne

pourroit estre dit plus soubtilment, ne par plus mesurez trais,

de ce qu’il voult traictier.

Mais en accordant a l’oppinion, a laquelle contredisés sans

faille a mon auis, trop traicte deshonnestement en aucunes

60 pars, et meismement ou parçonnage que il claime Raison,

laquelle nomme les secrez membres plainement par nom.

Et ad ce que son oppinion soustenez, et communiquez que

ainsi doye raisonnablement estre fait, et alegués que es choses

que Dieu a faictes, n’a nulle laidure, et par consequent n’en

65 doit le nom estre eschiué. Je dis et confesse que voirement

crea Dieu toutes choses pures et nettes venans de soy; n’adonc

en l’estat d’innocence ne eust esté laidure les nommer; mais

par la polucion de pechié deuint homme immonde, dont encore

nous est demouré pechié originel, ce tesmoingne l’escripture

70 sainte. Si comme par comparaison puis alleguer: Dieux fist

Lucifer bel sur tous angelz, et lui donna nom tressolennel et

bel, qui puis fu par son pechié ramené a orrible laidece par

quoy le nom, tout soit il de soy tres bel, si donne il orreur aux

oyans pour l’impression de la personne.

75 Encore proposez que Jhesucrist en parlant des pecherresses

les appella meretrix, etc. Et que il les appellast [fol. 89

verso a] par cellui non, vous puis souldre que cellui nom

de meretrix n’est mie deshonneste a nommer selon la vilté de la

chose; et plus vilment pourroit estre dit meismes en latin; et que

80 honte doie estre deboutee en parlant en publique des choses

dont nature mesmes se hontoie. Je dis que (sauue la reuerence

de l’aucteur et la vostre) grant tort commettez contre

la noble vertu de honte, qui de sa nature reffraint les goliardises

et deshonnestetez en diz et fais; et que ce soit grant

85 vice et hors ordre de policie honneste et de bonnes meurs

appert en mains lieux de l’escripture saincte; et que ne doye

estre repudié le nom ne que se[s] reliques fussent nommées.

Je vous confesse que le nom ne fait la deshonnesteté de la chose,

mais la chose fait le nom deshonneste. Pour ce selon mon

90 foible auis en doit estre parlé sobrement, et non sans necessité

pour fin d’aucun cas particulier comme de maladie ou aultre

honnesteté necessaire. Et si comme naturelment les mucierent

noz premiers parens, deuons faire en fait et en parole.

Et encore ne me puis taire de ce dont trop sui mal content,

95 que l’office de Raison, laquelle il mesmes dit fille de Dieu,

doie mettre auant telle parole et par maniere de prouerbe,

comme ie ay nottee en ycellui chapittre la ou elle dit a l’Amant

que en la guerre amoureuse vault mieulz deceuoir que deceu

estre.[31] Et vrayement je ose dire que la Raison, maistre

100 Jehan de Meun, renia son pere a celluy mot; car trop donna

autre doctrine. Et que mieulx vaulsist l’un que l’autre, s’ensuiuroit

que tous deux fussent bons, qui ne puet estre. Et je

tiens par oppinion contraire que moins est [fol. 89 verso b]

mal, a royalment parler,[32] estre deceu que deceuoir.

105 OR ALONS OULTRE en considerant la matiere ou maniere

de parler qui au bon auis de pluseurs fait a reprochier.

Beau Sire Dieux! quel orribleté! quel deshonnesteté! et

diuers reprouués enseignemens recordé ou chapitre de la

Vieille. Mais pour Dieu, qui y pourra notter fors enortemens

110 sophistes tous plains de laidure et toute vilaine memoire? Ha!

hay! entre vous qui belles filles auez et bien les desirez entroduire

a vie honneste, bailliez leur, bailliez et querez le Romant

de la Rose pour apprendre a discerner le bien du mal--que

dis ie--mais le mal du bien! Et a quel utilité ne a quoy profite

115 aux oyans ouir tant de laidures?

Puis ou chapitre de Jalousie, pour Dieu, quelz grans biens

y peuent estre nottez? n’a quel besoing recorder les deshonnestetez

et laides paroles, qui assez sont communes en la bouche

des maleureux passionez d’ycelle maladie? Quel bon exemple

120 ne entroduction puet estre ce? Et la laidure, qui la est recordee

des femmes! Dient pluseurs en lui excusant que ce

est le Jaloux qui parle, et voirement fait ainsi comme Dieu, qui

parla par la bouche Jeremie. Mais sans faille quelsque

adicions mençongeuses qu’il ait adioustees, ne peuent (Dieux

125 mercis) en riens amenrir ne rendre empirees les condicions des

femmes. Ha! Hay! et quant il me souuient des faintises,

Faulz Semblans, et choses dissimulees en mariage et autre

estat que l’en peut retenir d’ycellui traictié--certes je juge

que moult sont beaulx et proffitables recors a ouir! [fol. 90 a].

130 Mais le personnage qu’il appelle le prestre Genius dit

merueilles! Sans doubte les œuures de nature fussent ja pieça

du tout faillies, se il tant ne les eust recommandees. Mais

pour Dieu! qui est cil qui me sceust declairier ou souldre a

quoy peut estre proffitable le grant procés plein de vitupere,

135 qu’il appelle Sermon comme par derrision de saincte predicacion,

qu’il dit que fait cellui Genius, ou tant a de deshonnestetez

et de noms et moz sophistes trouuez plus atisans les

secrez de nature, lesquelz doiuent estre teus et non nommez?

Et puis que point ne voit on descontinuer l’euure qui par

140 ordre commun faillir ne puet; car se autrement fust, bon

seroit pour le proffit de generacion humaine trouer et dire moz

et termes atisans et enflamans pour inanimer homme a continuer

l’œuure. Encore plus fist l’aucteur, (se bien en ay

memoire) dont trop ne me puis merueillier a quel fin. Car ou

145 dit sermon il ioint auec en maniere de figure paradis et les

joyes qui la sont. Bien dit que en cellui yront les vertueux;

et puis conclut que tous entendent, hommes et femmes sans

espargnier, a perfurnir et exerciter les œuures de nature; ne

en ce ne fait excepcion de loy, comme se il voulsist dire, mais

150 dit plainement que ilz seront sauuez. Et par ce semble que

maintenir vueille le pechié de luxure estre nul, ains vertu, qui

est erreur et contre la loy de Dieu. Ha! quel semence et

quel doctrine! quans grans biens en peuent ensuiuir! Je croy

que mains en ont laissié le monde, et entrés en religion, ou

155 deuenus hermites pour celle saincte lecture, [fol. 90 b] ou retrais

de male vie et esté sauuez de tel enortement, qui sans

faille oncques ne vint, dire l’ose a qui qu’il desplaise, fors

de courage corrompu et abandonné a dissolucion et vice,

qui peut estre cause de grant inconuenient et pechié.

160 ET ENCORE pour Dieu, REGARDONS OULTRE un

petit, en quelle maniere puet estre valable et a bonne fin ce

que tant et si excessiuement, impetueusement, et tresnonveritablement

il accuse, blasme, et diffame femmes de pluseurs

tresgrans vices, et leurs meurs tesmoingne estre pleins de toute

165 peruersité, et par tant de repliques et aucques en tous parçonnages

ne s’en puet saouler? Car se dire me voulez que ce face

le Jaloux comme passioné, ie ne sçay entendre qu’il apertiengne

a l’office de Genius, qui tant recommande et enorte que

l’en couche auecques elles sans delaissier l’œuure qu’il tant

170 loue. Et cil mesmes dit sur tous parçonnages moult de grans

vituperes d’elles; et dit de fait, fuiés, fuiez, fuiez le serpent

venimeux;[33] et puis si dit que on les continue sans delaissier.

Cy a malement grant contradicion de commander a fuir ce

que il veult que on suiue, et suiuir ce que il veult que on fuie,

175 mais puis que tant sont peruerses, ne les deust commander

approchier aucunement; car qui inconuenient redoubte,

eschiuer le doit. Et pour ce que il tant deffent dire son secret

a femme, qui du sauoir est si engrant, comme il recorde,[34] dont

iene scay ou tous les deables trouua tant de fatras et de paroles

180 gastees, qui la sont arrengees par long procés. Mais je

pry tous ceulx, qui tant le font autentique et tant y adioustent

foy, qu’ilz [fol. 90 verso a] me sachent a dire quans ont veus

accusez, mors, pendus, ou reprochiez en rue par l’encusement

de leurs femmes? Si croy que cler les trouueront semees.

185 Non obstant que bon conseil seroit et louable que un chascun

tenist son secret clos pour le plus seur, car de toute gent est

il devicieux. Et n’a pas moult comme ouy raconter que un

fu accusez et puis pendus par soy estre descouuert a un sien

compere, en qui se fioit; mais ie croy que en la face de iustice

190 pou vont les clameurs ne les plaintes de tant orribles maulz,

des grans desloyaultez et des grans deableries que il dit que

tant malicieusement et secretement sceuent femmes commettre.

Si est voirement bien secret, quant il n’appert a

nullui. Et comme autrefois ay dit sur ceste matiere en un

195 mien dictié appellé l’_Epistre au Dieu d’Amours_, ou sont les

contrees ou les royaumes qui par leurs grans iniquitez sont

exillés?[35] Mais, sans parler a volenté, disons de quelz grans

crismes peut on accuser meismes les pires et qui plus deçoiuent?

Que peuent elles faire, de quoy te deçoiuent? Se elles te demandent

200 de l’argent de ta bourse, dont ne le t’emblent ou

tollent elles pas; ne leur bailles mie, se tu ne veulz. Et se tu

dis que tu en es assotés, si ne t’en assotes pas. Te vont elles

en ton hostel querir, prier, ou prendre a force? Bon seroit

sauoir comment elles te deçoiuent. Et encore tant superfluement

205 et laidement parla des femmes mariees, qui si deçoiuent

leurs maris, duquel estat ne pot sauoir par experience et

tant en parla generaument. A quelle bonne fin pot ce estre,

ne quel bien [fol. 90 verso b.] ensuiure, n’y sçay entendre

fors empeschement de bien et de paix de mariage, et rendre

210 les maris qui tant oyent babuises et fatras, se foy y adioustent,

souspeçonneux et pou amans leurs femmes. Dieux quelle

exortacion! comme elle est proffitable! Mais vraiement puisque

en general ainsi toutes blasma, de croire par ceste raison

suis contrainte, que oncques n’ot acointance ne hantise de

215 femme honnourable ne vertueuse; mais par pluseurs femmes

dissolues et de male vie hanter (comme font communement les

luxurieux) cuida ou faingny sauoir que toutes telles fussent;

car d’aultres n’auoit cognoiscence. Et se seulement eust

blasmé les deshonestes et conseillié elles fuir, bon enseignement

220 et iuste seroit; mais non, ains sans excepcion toutes

les accuse. Mais se tant oultre les mettes de raison se chargia

l’aucteur d’elles accuser ou iugier non veritablement, blasme

aucun n’en doit estre imputé a elles, mais a cellui qui si loins

de verité dist la mençonge, qui n’est mie creable comme le

225 contraire appere (_sic_) manifestement. Car se il et tous ses

complisses en ce cas l’eussent iuré, (a nul n’en soit grief) il a

esté, est et sera moult de plus vaillans femmes plus honnestes,

mieulx moriginees, et meismes plus sauans et dont plus grant

bien est ensuiui au monde que oncques ne fist de sa personne,

230 meismement en policie mondaine et en meurs vertueux tres

enseignees, et pluseurs qui ont esté cause de reconciliement de

leurs maris et porté leurs affaires et leurs secrez et leurs passions

doulcement [fol. 91 a] et secretement, non obstant leurs

fussent leurs maris rudes et malamoreux. De ce treuue l’en

235 assez preuues en la Bible, et es autres ancienes hystoires,

comme Sarra, Rebecha, Ester, Judic, et autres assez. Et

mesmes en noz aages auons veu en France moult de vaillans

femmes, grans dames et aultres de noz dames de France: la

saincte deuote royne Jehanne, la royne Blanche, la duchece

240 d’Orliens, fille de roy de France, la duchece d’Aniou, qui ores

est nommee royne de Cecille, qui tant orent beauté, chasteté,

honnesteté et sauoir, et autres assez. Et de mendres vaillans

preudefemmes comme Madame de la Ferté, femme messire

Pierre de Craon, qui moult fait a louer, et assez d’autres qui

245 trop seroit longue narracion dire plus.

Et ne croiez, cher sire, ne aucun autre n’ait oppinion que

je die ne mette en ordre ces dictes deffenses par excusacion

fauourable pour ce que femme suis. Car veritablement

mon motif n’est simplement fors soustenir pure verité, si

250 comme je la sçay de certaine science estre au contraire des

dictes choses de moy niees. Et de tant comme voirement

suis femme, plus puis tesmoingnier en ceste partie que cellui

qui n’en a l’experience, ains parle par deuinailles et d’auenture.

Mais apres toutes ces choses, par amour soit consideré quel

255 est la fin du dit traictié; car si comme dit un prouerbe: “A la

fin son[t] terminees les choses,” si soit veu et notté a quoy peut

estre profitable la treshorrible et honteuse conclusion, que dis

ie honteuse, mais tant deshonneste que [fol. 91 b] je ose dire

que personne aucune amant vertus et honnesteté ne l’orra,

260 qui tout ne soit confus de honte et abhominé d’ainsi ouir

discerner et desioindre et mettre soubz deshonnestes ficcions,

ce que honte et raison doit reffraindre aux bien ordenez

seulement le penser. Encore plus i’ose dire que mesmes les

goliars aroient orreur de le lire ou ouir en publique, en places

265 honnestes, et deuant personnes que ilz reputassent vertueuses.

Et donc que fait a louer lecture qui n’osera estre leue ne parlee

en propre fourme a la table des roines, des princeces, et des

vaillans preudefemmes, a qui conuendroit couurir la face

de honte rougie?

270 Et se tu le veulz excuser en disant que par maniere de

jolye nouuelle lui plot mettre la fin d’amours par telles figures,

je te respons que en ce nulle estrangeté ne nous raconte; ne

scet on comment les hommes habitent aux femmes naturelment?

Se il nous narrast comment ours ou lyons, ou oiseaux ou

275 autre estrange chose fust deuenus, ce seroit matiere de rire

pour la fable, mais nulle nouuelleté en ce ne nous annonce.

Et sans faille plus plaisantment et trop plus doulcement et par

plus courtois termes s’en fust passé, et qui mieux plairoient

mesmes aux amans iolis et honnestes et a toute autre vertueuse

280 personne.

Ainsi, selon ma petite capacité et foible iugement, sans

plus estre prolixe en langage, non obstant que assés plus pourroit

estre dit et mieulx, ne sçay considerer aucune utilité ou

dit traictié. Mais tant m’i semble apperceuoir que grant

285 labeur [fol. 91 verso a] fu pris sans aucun preu, non obstant

que mon iugement confesse maistre Jehan de Meun moult

grant clerc soubtil et bien parlant; et trop milleur œuure plus

profitable et de sentement plus hault eust sceu mettre sus s’il

s’y fust appliquié, dont fu dommage, mais ie suppose que la

290 grant charnalité peut estre, dont il fu remply, le fist plus

habonder a volenté que a bien proffitable, comme par les operacions

communement sont cogneues les inclinacions. Non

obstant ce, ie ne repreuue mie le Romant de la Rose en toutes

pars; car il y a de bonnes choses et de bien dictes sans faille,

295 et de tant est plus grant le peril, car plus est adioustee foy au

mal de tant comme le bien y est plus autentique. Et par ce ont

mains soubtilz aucunesfois semees de grans erreurs par les entremesler

et palier auec verité et vertus. Mais si comme dit son

prestre Genius: “Fuiez, fuiez femme, le mal serpent mucié

300 soubz l’erbe”, puis ie dire, fuiez, fuiez les malices couuertes

soubs ombre de bien et de vertu.

Pour ce dis en concluant a vous, sire treschier, et a tous

voz aliez qui tant le louez et si hault voulez magnifier que a

pou tous autres volumes presumés et osez abaissier deuant lui,

305 n’est digne que louenge lui soit imputee (sauue vostre bonne

grace) et grant tort faictes aux valables; car œuure sans

utilité et hors bien commun ou propre, poson[s] que elle soit

delictable, de grant labour et coust, ne fait a louer. Et comme

anciennement les Romains triomphans n’atribuassent louenge

310 aucune ne honneur a chose quelconques, se elle n’estoit a

l’utilité de la chose publique, regardons a [fol. 91 verso b.] leur

exemplaire, se nous pourrons couronner cestui romant.

Mais je treuue, comme il me semble, ces dictes choses et assez

d’autres considerees, que mieulx lui affiert enseuelissement

315 de feu que couronne de lorier, nonobstant que le claimez

miroir de bien viure, exemple de tous estaz de soy politiquement

gouuerner et viure religieusement et sagement. Mais

au contraire (sauue vostre grace) je dis que c’est exortacion

de vice, confortant vie dissolue, doctrine pleine de deceuance,

320 voye de dampnacion, diffameur publique, cause de souspeçon

et mescreandise, honte de pluseurs personnes, et puet estre

d’erreur. Mais ie sçay bien que sur ce en l’excusant vous me

respondrez que le bien y est enorté pour le faire et le mal

pour l’eschiuer. Si vous puis souldre par meilleur raison que

325 nature humaine, qui de soy est encline a mal, n’a nul besoing

que on lui ramentoiue le pié dont elle cloche pour plus droit

aler. Et quant a parler de tout le bien qui ou dit liure puet

estre noté; certes trop plus de vertueuses choses mieulx

dictes, plus autentiques et plus proffitables mesmes en politiquement

330 viure et moralment sont trouuees en mains autres volumes,

fais de philosophes et docteurs de nostre foy comme

Aristote, Seneque, Saint Pol, Saint Augustin, et d’aultres (ce

sauez vous) qui plus valablement et plainement tesmoingnent

et enseignent [suir] vertus et fuir vices que maistre Jehan de

335 Meun n’eust sceu faire. Mais si voulentiers ne sont veus ne

retenus communement des charnelz mondains, pour ce que

moult plaist au malade qui a grant soif, quant le medicin

octroye que il boiue fort et tout [fol. 92 a] voulentiers, pour la

lecherie du boire se donne a croire que ia mal ne lui fera. Et

340 si me rens bien certaine que vous--a qui Dieu l’octroit et tous

autres--par la grace de Dieu ramenez a clarté et purté de nette

conscience, sans soilleure ou pollucion de pechié ne entencion

de lui, nettoiez par poincture de contriction (laquelle euure et

fait cler veoir le secret de conscience et condempne propre

345 voulenté), comme iuge de verité, ferez aultre iugement du Romant

de la Rose, et vouldriez peut estre que oncques ne l’eussiez

veu. Si souffise atant. Et ne me soit imputé a folie,

arogance, ou presompcion d’oser moy femme reprendre et redarguer

aucteur tant soubtil et son œuure amenuisier de

350 louenge, quant lui seul homme osa entreprendre a diffamer et

blasmer sans excepcion tout un sexe.

_ITEM--comme la dicte Christine eust enuoié la copie de la

dicte epistre a maistre Gontier Col, lui renuoya l’epistre, qui

s’ensuit._

[Document IV. Notes]

[l. 1] (Superscription) L’epistre crestienne au preuost de Lisle

enuoyé par la dicte contre le romant de la Rose F.

(Souffisant, scauent) _interverted_ A.

(prevost de Lisle) _wanting_ C.

[l. 3] (monseigneur ... Lisle _wanting_ F.

[l. 4] (treschier sire) _interverted_ F.

[l. 6] (Christine de Pizan) _wanting_ F.

[l. 8] (aucunement) _wanting_ F (inserted after despris).

[l. 11] (moy) _preceded by_ et B.

[l. 12] (de voz ditz fait en reprenant) de voz diz fait en

reprouuant B, de voz diz faiz si comme il me semble en reprenant D,

de voz diz fait comme il me semble en reprenant E.

[l. 15] (icellui) _wanting_ A.

[l. 16] (ayant) aie F.

(dicte) _wanting_ C.

[l. 20] (clerc soubtil) _wanting_ F.

(vostre dicte epistre) _wanting_ F.

(s’adrece) _preceded by_ il F.

[l. 21] (et soustenir) _wanting_ D E.

(bonne) benigne C.

[l. 23] (puet) doit C D E.

[l. 26] (dit) _wanting_ F.

[l. 28] (d’oser) _wanting_ F.

(repudier) de reputer F.

[l. 29] (aucteur) acteur C D E.

[l. 32] (commandee) _followed by_ si F.

[l. 33] (aprise) aprinse C.

[l. 34] (de belle) par belle A.

[l. 36] (ne) _followed by_ l’an F.

[l. 39] (dit deuant) _interverted_ C D E.

[l. 41] (accomplie) compilee D E, _followed by_ et F.

[l. 42] (ou pis que oyseuse) _wanting_ F.

[l. 44] (commune) comme A.

[l. 45] (m’ot) moult F.

(peu) petit A.

[l. 47] (Sceus) sco B soulz F.

(comprendre) entendre C D E.

[l. 47] (en aucunes pars n’estoit) _interverted_ F.

(m’en) me F.

[l. 52] (d’autre) d’entre F.

[l. 53] (y) _wanting_ C.

[l. 54] (parle) parler A B C D E F.

[l. 56] (first plus) _wanting_ F.

(mesurez) amesures F.

[l. 58] (Mais en ... trop traicte) _wanting_ F.

[l. 61] Cf. F. Michel, _Roman de la Rose_, t. I., p. 232.

[l. 63] (raisonnablement estre) _interverted_ C.

[l. 69] (originel) et orgueil F.

[l. 70] (par comparaison) _wanting_ A.

(puis alleguer) _wanting_ F.

[l. 72] (fu) _comes after_ pechié F.

[l. 73] (de soy, tres bel) _interverted_ C.

[l. 77] (vous puis souldre) _wanting_ F.

[l. 80] (deboutee) reboutee A B.

(en publique) _wanting_ here, but _follows_ hontoie F.

[l. 82] (et) de F.

[l. 86] (de) en F.

[l. 87] (nommees) nommeis F.

[l. 88] (la deshonnesteté de la chose) la chose deshonneste B.

[l. 94] (Et encore) encore F.

(me) _wanting_ A.

(content) contampt F.

[l. 95] (1. de) _wanting_ F.

[l. 99] (vrayement) vray amant F.

[l. 99] (ose) _followed by_ bien F.

[l. 100] (celluy) ce F.

[l. 101] (autre) outre F.

(vaulsist) vaille F.

(s’ensuiuroit) s’ansieut F.

[l. 102] (fussent) soient F.

(Et) Parquoy F.

[l. 103] (par) en F.

[l. 104] (a royalment parler) a realment parler _after_ contraire F.

(deceuoir) _followed by_ car trop est pire le vice de propre malice

que cellui de simple ignorance A B.

[l. 110] (vilaine) villonie F.

[l. 112] (a) _followed by_ maintenir F.

(vie honneste) _interverted_ F.

(et querez) _wanting_ C D E.

[l. 115] (ouir tant) _interverted_ A B.

[l. 116] (pour Dieu) _wanting_ F.

[l. 119] (bon) _wanting_ F.

[l. 120] (ne entroduction) _wanting_ F.

[l. 122] (qui) _wanting_ A.

[l. 124] (ne peuent ... femmes) _wanting_ F.

[l. 125] (en riens amenrir ne rendre empirees) ou riens amenrir ne

rendre empirees A, en riens amenrir ne riens empirer D, en riens

amenrir ne riens empirees E.

[l. 126] (Ha! Hay!) _preceded by_ mais pourtant n’en puet de riens

empirier F.

(et quant) _wanting_ F.

[l. 128] (peut retenir) peut y retenir C, y peut retenir F.

(d’ycellui traictié) _wanting_ F.

[l. 129] (proffitables) bons F.

(ouir) _followed by_ et proufitables F.

[l. 130] (Mais) _followed by_ que dit F.

(le personnage ... appelle) _wanting_ F.

[l. 130] (dit merueilles) _wanting_ F.

[l. 131] (doubte) faille C D E.

[l. 132] (Mais pour Dieu ... et de noms et) et moult voudroie

auoir trouué, qui bien me sceust souldre par quoy mon entendement

fust rassadiés a quoy peust estre proufitable tant de choses

deshonnestes nommees. F.

[l. 137] (moz) _preceded by_ ou clers et dit F.

[l. 138] (les quelz) desquelz deffaillir F.

(doiuent) doit F.

(teus et non nommez) sobrement parlé F.

[l. 139] (puis que) dont on F.

(on) _wanting_ A.

(Et) _wanting_ D E.

(l’œuure) _followed by_ qui par l’ordre de nature ne puet faillir.

Mais ne say entendre ne aduiser que ramanteuoir et commander

enfigmes eluchans et plaisans aux charneulx ce que puet parnit

tourner ad inconveniant de pechié estre licite a dire. F.

[l. 143] (l’aucteur) _wanting_ A.

[l. 144] (puis) _followed by_ a. F.

[l. 145] (dit) _wanting_ F.

(sermon) _followed by_ quil impute a Genius F.

(maniere de) _wanting_ F.

[l. 146] (qui la sont) _wanting_ F.

(cellui) _wanting_ F.

[l. 148] (ne en ce ne fait) il n’y F. Cf. Michel, _op. cit._ t. 2,

p. 288, sqq.

[l. 152] (erreur) orreur B.

(Ha!) _followed by_ dieux F.

(quel semence et) _wanting_ F.

(semence) sentence C.

[l. 153] (doctrine) followed by ha! hay! quel semence F.

(en peuent ensuiuir) en sunt ensuiuis F.

(Je croy que ... enortement) Quans en sont devenus hermites et

entrés en religion ou eulx retrais de malle vie et esté sauués pour

ce saint ennortement F.

[l. 156] (et esté) et estre C D E.

[l. 157] (dire l’ose a qui) je l’ose bien dire F.

(a qui qu’il) a qui qu’il qu’il [sic] A.

[l. 158] (qui peut estre ... et pechié) Bien est vray que je condampne

mie l’acteur ou aucteurs en toutes pars dudit liure. Car ce ne

pouroie faire veritablement et de bonnes choses y a et bien

dictes, et de tant est plus grant peril comme le bien y est plus

autentiquement dit. Car mieulx autressy est ajoustees foy au mal.

Et par ce ont mains soubtilz aucune fois fammes de grans erreurs

parlés entrammesler auec grans vertus, verités et choses belles et

bien dictes, ainsy comme dit le personnaige qu’il appelle Genius la

ou il moult ennorte que l’an eschieue la malice et la male beste,

famme, comme du froit serpant mucié soubz l’erbe vert. Ainssy puet

on dire que l’en se gard de mauuaistié muciee soubz ombre de bien. F.

[l. 160] (Et encore pour Dieu) Et pour Dieu encore C.

(pour Dieu regardons oultre un petit) vuellons ung petit resgarder F.

[l. 161] (a) _followed by_ la F.

[l. 162] (et si) _wanting_ F.

[l. 163] (de) et F.

[l. 165] (aucques) auecques F.

[l. 166] (me) _wanting_ F.

[l. 167] (le) _wanting_ F.

(comme passioné) _wanting_ F.

[l. 170] (grans) _wanting_ C.

[l. 172] (si) _wanting_ F.

[l. 173] (Cy a ... commander a) Si se contre dit mallement quant il

commande F.

(a fuir ce que il veult que on suiue, et suiuir) _wanting_ D E.

(suiuir) fuir F.

[l. 175] (mais) _wanting_ F.

[l. 176] (aucunement) _wanting_ F.

(inconuienent) la chaleur du feu F.

[l. 177] (eschiuer le doit) eslongnier s’en conuient F.

[l. 178] (est si engrant) tant est engrant doubte F.

(comme il recorde, dont) _wanting_ F.

(ou) en F.

[l. 179] (trouua) pensa F.

[l. 180] (Mais) _wanting_ F.

[l. 181] (pry) _followed by_ a F.

(y adioustent foy) l’aprennent. F.

[l. 183] (mors) _followed by_ ou F.

(ou reprochiez en rue par l’encusement de leurs femmes? Si croy)

par l’ancusement de leurs femmes ou reproches en rue. Je croy F.

[l. 184] (que) ce que B.

(semees) fammes F.

[l. 185] (obstant) _followed by_ je confesse bien F.

(et louable que) d’ennorter pour toute seuretey F.

[l. 186] (tenist son secret ... plus seur) son secret celast F.

(car de toute ... de vicieux) car hommes ou fammes ne sont

mie tous bons F.

[l. 187] (et n’a pas moult comme ouy raconter que un) et n’a pas

grant temps que je oy raconter comment ung C, et n’a pas moult que

ung F.

[l. 188] (puis) _wanting_ F.

(soy estre descouuert) _wanting_ F.

[l. 189] (en qui se fioit) a qui fiablement c’estoit descouvert F.

[l. 190] (pou vont) _interverted_ C.

(de tant) des F.

(maulz) _followed by_ et F.

[l. 192] (et secretement) _wanting_ F.

[l. 193] (il n’appert a nullui) nul ne s’en appersoit F.

[l. 194] (comme autrefois ay) comme j’ay aultrefois F.

(sur ceste matiere) _wanting_ F.

[l. 195] (dictié) traictié A.

(appellé ... _d’Amours_) _wanting_ F.

[l. 196] (contrees ... royaumes) les royaumes, les contrees et les

empires F.

[l. 197] (Mais) Pour dieu mercy F.

(disons) _wanting_ F.

[l. 198] (crismes) _followed by_ les F.

(on) _wanting_ C D E.

[l. 199] (faire) _followed by_ ne C D E.

(de quoy te deçoiuent) _wanting_ F.

[l. 200] (ou tollent elles pas) ne tollent mie C D, ou tollent mie E.

[l. 201] (elles) ilz F.

(mie] pas F.

[l. 202] (pas) mie A F.

[l. 203] (Bon) _preceded by_ commen[t] de desoiuent elles F.

[l. 204] (sauoir) _preceded by_ de F.

(comment ... deçoiuent) _wanting_ F.

(encore) puis F.

(superfluement et) _wanting_ F.

[l. 205] (des) de A.

[l. 206] (ne) n’en C D E.

(duquel estat ne pot par experience) de quoy il ne sceit riens F.

[l. 207] (tant en) si F.

(A quelle bonne fin ... ne quel bien) Quel bien en puet il F.

[l. 208] (ensuiure) s’ensuiuir C.

(ne quel bien ensuiure) et quel bien ensuiure A, quel bien

ensuiure B.

(n’y sçay entendre) _wanting_ F.

[l. 209] (empeschement de ... de mariage, et) _wanting_ F.

[l. 210] (tant) _followed by_ de fatras F.

(babuises) _preceded by_ de A D, _wanting_ F.

(y) n’y B.

(et fatras se foy y adioustent) _wanting_ F.

[l. 211] (Dieux) Ha F.

[l. 212] (proffitable) cause de grant bien F.

(Mais) _followed by_ aultre ne le say entendre fors que sans cause

prist grant peinne Et F.

(puisque en general) ce que generalment C.

[l. 213] (toutes) _followed by_ les F.

[l. 214] (de femme) a famme C.

(acointance) _followed by_ Je ne tieng que onques fuste acointe F.

(hantise) hantast F.

[l. 215] (ne vertueuse) wanting F.

(pluseurs) _followed by_ paillardes et F.

[l. 216] (et de male vie) _wanting_ F.

(comme font ... luxurieux) comme sont celles qui ou vilain vice de

luxure trop communement s’abandonnent F.

[l. 217] (toutes) _followed by_ femmes F.

[l. 219] (les deshonestes ... elles fuir) les femmes ou sont les

grans et honteux vices comme les dissolues et celles conseiller a

non suir F.

[l. 220] (et iuste) _wanting_ F.

(non, ains sans excepcion ... contraire appere manifestement)

il n’execte riens, tout est d’ung commun ordre a son dit F.

[l. 224] (qui) que A.

[l. 225] (Car) Mais sans faille F.

[l. 226] (il a esté) ja a esté D E.

[l. 227] (vaillans) valables A B, de trop plus vaillans F.

[l. 229] (que oncques ne fist de sa personne, meismement) que il

oncques ne fu meismes en pollicie mondaine F.

[l. 230] (et en meurs ... pluseurs) _wanting_ F.

[l. 231] (1. de) du A F.

(ont esté cause) cause ont esté F.

[l. 232] (leurs affaires et leurs secres et leurs passions B D E,

leur affaires et secres et leurs passions A, leurs passions C,

leurs affaires et leurs secres F.

[l. 233] (et) _wanting_ F.

[l. 234] (maris) _followed by_ moult F.

(malamoreux. De ce ... es autres) _wanting_ F.

[l. 235] (Sarra) _followed by_ & A.

[l. 236] (Ester) _wanting_ A.

(anciennes hystoires) es anciennes hystoires on treuue l’en asses F.

[l. 236] (-assez) _followed by_ en aultres lieux F.

(mesmes) mesmement F.

[l. 237] (moult de vaillans femmes ... saincte deuote) de nos grans

dames F.

[l. 238] (et aultres de noz dames) _wanting_ D E.

[l. 239] (royne Jehanne] la royne Jehanne, la sainte dame F.

(la duchece] madame la duchece F.

[l. 240] (la duchece) celle F.

(nommee) _wanting_ F.

[l. 241] (tant orent ... et sauoir) tant ont esté belles, bonnes,

saiges, et honnestes. F.

(orent) eurent C.

(beauté) de beauté D.

[l. 242] (Et de mendres vaillans preudefemmes) de mendres vaillans

femmes C, vaillans preudesfames F.

[l. 243] (femme) femme de F.

(qui moult fait a louer) _wanting_ F.

[l. 244] (assez d’autres) et aultres assez A et moult d’autres C.

(assez d’autres) asses d’autres. Et se largement a parlé nul

blasme ne doit par raison estre imputé aux fammes, mais a celluy,

qui si a dit la mensonge loing de apparance de verité que elle

n’est creable et ne croye nul. F.

(qui trop seroit longue narracion ... ordre ces dictes) _wanting_ F.

[l. 247] (ne) ou A.

(deffenses par excusacion fauourable) que ceste deffence ou

excusacion d’ye par faueur ne y ua uiuement F.

[l. 248] (Car veritablement mon motif n’est simplement fors soustenir)

Car sans faulte n’est la cause fors pour soustenir F.

[l. 249] (si) _wanting_ F.

[l. 250] (au contraire ... Et de) _wanting_ F.

[l. 251] (comme voirement suis) comme je suis voirement, F.

[l. 252] (plus) plus veritablement F.

(en ceste) _wanting_ F.

(partie) _wanting_ F.

(cellui) cil F.

[l. 253] (n’en) _wanting_ F.

(l’experience ... d’auenture) l’auenture parle F.

[l. 254] (par amours soit consideré) regardons. F.

[l. 255] (la fin) la fin la fin [sic] F.

(du dit traictié; car) _wanting_ F.

(dit) recorde F.

[l. 256] (terminees) _followed by_ et cogneues F.

(si soit veu ... deshonneste) Pour Dieu que j’apraingne que

puet estre valable ordre profitable et tresabhominable et honteuse

conclusion dis ie deshonneste, voire F.

[l. 257] (que dis ie honteuse mais) _wanting_ C.

[l. 258] (deshonneste) deshonteuse A.

[l. 259] (personne aucune amant ... ce que honte) _repeated_ B.

[l. 260] (et abhominé d’ainsi ouir ... ce que honte) d’ainsy oir,

discerner, et desioindre et mettre en honteux termes ce que honte F.

[l. 262] (honte et raison) raison et honte B D E.

[l. 263] (le penser) de penser C les pensees F.

(Encore plus ... reputassent vertueuses) _wanting_ F.

[l. 266] (donc) pour Dieu F.

(parlee) ramenteué F.

[l. 270] (Et se tu le veulz ... raconte) quel bien donques y puet on

glosser F.

[l. 272] (raconte) _followed by_ ne aprent A B.

[l. 273] (les) _wanting_ F.

[l. 274] (Se il nous narrast comment) Quel estrange auenture est ce.

Et ce dit eust que deuenus fust F.

(oiseaux) oysel F.

[l. 275] (autre estrange chose) autre chose A autre chose estrange B.

(matiere) de matiere B.

(autre ... ne nous annonce) beste estrange. Sur ce point

oultre le commun cours, bon seroit l’oyr pour la merueille. Mais

se dire voules que n’eust esté au propos de sa matere quil tendoit

aperceuir et concluire la fin d’amours entrés trop. F.

[l. 277] (et sans faille) _wanting_ F.

(doulcement et) _followed by_ plus gracieusement F.

[l. 279] (mesmes) mesmement C.

(mieulx) _wanting_ F.

[l. 281] (Ainsi selon ma petite ... cogneues les inclinacions)

_wanting_ F.

[l. 285] (sans aucun preu) sans grant preu A.

[l. 285-301] (Non obstant ce ie ... de bien et de vertu) Bien est

vray que je condampne mie l’acteur ou aucteurs en toutes par dudit

liure. Car ce ne pouroie faire veritablement; et de bonnes choses

y a et bien dictes et de tant est plus grant peril comme le bien y

est plus autentiquement dit. Car mieulx autressy est ajoustees foy

au mal. Et par ce ont mains soubtilz aucune fois fammes de grans

erreurs parlés entrammesler auec grans vertus, verités et choses

belles et bien dictes ainsy comme dit le personnaige qu’il appelle

Genius la ou il moult ennorte que l’an eschieue la malice et la

male beste famme comme du froit serpant mucié soubz l’erbe vert.

Ainssy puet on dire que l’en se gard de mauuaistié muciee soubz

ombre de bien. F.

[l. 292] (communement sont cogneues) sont communement cogneues C.

[l. 294] (de bien) bien A.

[l. 296] (par ce ont mains soubtilz aucunefois) pour ce pluseurs

subtilz ont aucunement C.

[l. 302] (dis en concluant a vous) _wanting_ F.

[l. 303] (vos aliez) autres F.

(le louez, et si hault le voulez magnifier) le recommandes,

loues, magnifies, et si hault le voules asseoir F.

[l. 304] (presumés) voulez C D E.

(deuant lui; n’est digne ... couronne de lorier)

_wanting_ F.

[l. 314] (mieulx lui affiert) lui affiert mieulx C.

[l. 315] (nonobstant) _preceded by_ Je dy certainement et en

confirmant mon oppinion que cestuy rommant dit de la Rose F.

[l. 316] (bien) bon B.

[l. 317] (et sagement) _wanting_ A.

(Mais au contraire) que F.

[l. 318] (je dis que c’est) ains est F.

[l. 320] (voye) voire F.

(dampnacion) _followed by_ erreur peruerse F.

[l. 321] (honte) _preceded by_ voye et cause de dampnacion et F.

[l. 322] (Mais ie sçay ... vous ne respondrez) Et ce pourtant excuser

le voules F.

[l. 323] (est ennorté] soit F.

[l. 324] (l’eschiuer. Si vous puis souldre par meilleur raison que

nature humaine, qui de soy est encline) soy garder. Je respons que

humaine nature, qui a mal est encliné de sa nature, F.

[l. 326] (le pié) ce piet F.

[l. 327] (qui) que C.

(de tout le bien) des biens F.

(qui ou dit liure ... plus autentiques et) qui y sont trop de plus

grans biens F.

[l. 330] (autres) _wanting_ F.

[l. 331] (docteurs) _followed by_ autentiques F.

[l. 332] (Seneque) _wanting_ F.

(Pol) Poul, et F.

[l. 333] (sauez vous) _interverted_ F.

[l. 334] (et enseignent) suir F.

(que maistre Jehan de Meun n’eust sceu faire) _wanting_ F.

[l. 336] (communement) _wanting_ here, but follows mondains F.

(charnelz) _wanting_ F.

[l. 338] (octroye que il boiue fort, et) octroie a boire fort et C,

octroye qu’il boiue fort et que B D.

(tout) _wanting_ F.

[l. 340] (Et si me rens bien certaine) Encor dis et soustiens F.

(Dieu) _wanting_ here, but _comes before_ par F.

[l. 341] (Dieu) luy F.

(a) a la F.

(nette conscience) _interverted_ F.

[l. 342] (ou) ne F.

[l. 343] (nettoiez) _wanting_ F.

(laquelle) netoyes qui F.

[l. 345] (iuge) droit iuge F.

(du) dudit F.

[l. 347] (Si souffise atant) _followed by_ Et que si grant louenge

comme vous imputes a luy (sauue vostre bonne grace) m’est aduis que

grant tort faites aux plus vallables; car œuure sans grant utilité

du bien commun ou propres en fait ou en exemple et on n’a fors

seulement delectacion et solas sans cause d’autre bien tout soit

elle de grant coust ou travail ne doit estre louee n’euxaussité, F.

[l. 348] (d’oser) d’ainsy oser, F.

(moy femme) _wanting_ F.

[l. 349] (et) _wanting_ F.

[l. 350] (quant lui seul homme] quant il qui fu seul homme F.

(entreprendre) _wanting_ F.

[l. 351] (excepcion) exercitacion B.

(sans excepcion, tout un sexe) _interverted_ F.

[l. 352] (Item--comme la dicte Christine ... qui s’ensuit)

_wanting_ F.

[l. 353] (maistre Gontier Col) maistre gol [sic] A.

(renuoya) enuoyé B.

(qui s’ensuit) qui cy apres s’ensuit C.

[30] Ms. A (bib. nat. 835) is followed for orthography. The

text is determined by a comparison of A + B, C, D + E, variant

readings being noted. Except in rare cases which seemed specially

interesting, orthographical variants are not noted.

[31] Cf. Michel, _op. cit._, t. I., 145, 6.

[32] Cf. for idea of the “Roi, qui ne ment,” T. A. Jenkins, _Longer

French Poems_ pp. 13, 143.

[33] Cf. Michel, _op. cit_, t. 2, p. 190 and Virgil, _Bucolica_,

III. Eclogue, v. 92. Qui legitis flores et humi nascentia fraga,

Frigidus, O pueri, fugite hinc, latet anguis in herba.

[34] Michel, op. cit, t. 2, p. 182.

[35] Cf. M. Roy: _Oeuvres poétiques de Christine de Pisan_ (in the

_Soc. des anc. textes franç._) t. II, p. 21 l. 650.

V.

GONTIER COL TO CHRISTINE, ASKING FOR A COPY OF NO. IV.

Maistre Gontier Col

A prudent, honnouree et sauent damoiselle Christine.

Femme de hault et esleué entendement, digne d’onneur et

recommendacions grans, j’ay ouy parler par la bouche de

5 pluseurs notables clers que entre tes aultres estudes et euures

vertueuses moult a louer, comme ie entens par leur relacion,

tu as nouuellement escript par maniere de inuectiue aucunement

contre ce que mon maistre, enseigneur et familier feu

maistre Jehan de Meun, vray catholique, solennel maistre, et

10 docteur en son temps en saincte theologie, philosophe tresperfont

et excellent, sachant tout ce qui a entendement humain

est scible, duquel la gloire et renommee vit et viura

es aages a venir [fol. 88 b] entre les entendemens par ses merites

leuez par grace de dieu et euure de nature, fist et compila

15 ou liure de la Rose. Et comme dient les relateurs ou

refferendaires de ceste chose, t’efforces et estudies de le reprendre

et chargier de faultes en ta dicte œuure nouuelle,

laquelle chose me vient a grant admiracion et merueille inextimable,

et ad ce non croire me meut l’experience et exercite

20 de toy d’auoir sceu, leu, et entendu lui ou dit liure, et en ses

autres fais en francois, et autres pluseurs et diuers docteurs,

aucteurs, et poetes. Et pour ce que les denunciateurs de ceste

chose tiennent et gardent, les aucuns par auenture comme

enuieux sur les fais du dit feu maistre Jehan, ta dicte inuectiue

25 comme chose singuliere et haultement composee, edefiee et

conduicte a leur plaisir et intencion, si que de eulx n’en puis

auoir copie ne original, te pry et requier sur l’amour que tu as

a science que ta dicte œuure, telle que elle est, me vueilles

enuoier par cest mien message ou autre tel comme il te plaira,

30 afin que sur ce je puisse labourer et moy emploier a soustenir

mon maistre et ses fais, dont il ne fust ia besoing que moy ne

autre mortel s’en meslast s’il fust en vie, laquelle mieulx

ameroie auoir esté en mon temps que estre empereur des Romains

presentement. Et pour toy ramener a vraie verité et

35 que plus auant saches et cognoisses les fais du dit de Meun;

pour toy donner matiere de plus escripre contre lui, se bon te

semble, ou a tes [fol. 88 verso a] satalices [_read_ satellites], qui en

ce fait t’ont boutee, pour ce que touchier n’y osoient ou ne

sauoient, mais de toy veulent faire chappe a pluye; pour dire

40 que plus y sauroient que une femme et plus reprimer la renommee

(indeficient entre les mortelz) d’un tel homme,

t’enuoie patentement et hastiuement un pou de tresor[36] que il

compila pour estre de ses enuieux et de aultres congneu a sa

mort; lequel est incorrect par faulte d’escripuain, qui pas ne

45 l’entendi comme il y pert, et n’ay eu espace ne loisir de le veoir

ne corrigier au long pour la haste et ardeur que j’ay de veoir

ton dessusdit œuure, et mesmement qu’il est a supposer

que bien sçaras les fautes de l’escripuain en ceste compilacion

corrigier et entendre. Et quant ad ce qu’il fist du liure de la

50 rose, ou plus a lettres et sentences estranges et diuerses, l’as

voulu ou osé chargier, corrigier et reprendre comme ilz dient,

une chose ne vueil oublier ne passer soubz dissimulacion: que

se de ce ne te rappelles et desdis, je, confiant de bonne et vraye

iustice et que verité (qui ne quiert angles) sera o moy, combien

55 que en grans autres occupacions soye de present astraint

et aye esté le temps passé, entreprendray le soustenir contre

tes autres escrips quelconques.

Escript hastiuement, presens maistres Jehan de Quatre

Mares, Jehan Porchier, conseilliers, et Guillaume de Neauuille,

60 secretaire du roy nostre sire, le mardi XIII. jour de septembre,

l’an mil C/iiii et un.

Le tien, tant comme loy d’amistié puet souffire--Gontier

Col, secretaire du roy nostre sire.

[Document V. Notes]

[l. 1] (Ms. A) (Maistre Gontier Col) _wanting_ C D E.

[l. 2] (Christine) _followed by de Pizan D.

[l. 8] (enseigneur) et seigneur C.

[l. 11] (et excellent) _wanting_ D.

[l. 13] (entre) contre D.

(entendemens) enseignemens C.

[l. 16] (le) la A C.

[l. 24] (Jehan) _followed by_ de Meun A B.

[l. 32] (mieulx ameroie) ameroie mieulx B.

[l. 44] (pas) point A.

[l. 47] (mesmement) _followed by_ qu’il est a supposer B.

[l. 48] (en ceste compilacion) _wanting_ A.

(en ceste) corriger brieue B.

[l. 49] (ad ce) en ce A a ce C.

[l. 54] (o) auec C.

[l. 57] (tes) _followed by_ a faint mark above, which resembles the

abbreviation of ‘et.’

[l. 58] (maistres) maistre A, _wanting_ B.

[36] Cf. _Le Trésor de maistre Jehan de Meung ou les Septs Articles

de la Foi_, Méon, _Roman de la Rose_, t. 3, p. 331.

VI.

GONTIER COL TO CHRISTINE, REPROVING HER FOR HER ATTITUDE

TOWARDS THE ROMAN DE LA ROSE.

Maistre Gontier Col.

A femme de hault entendement damoyselle Christine.

Pour ce que la diuine escripture nous enseingne et comande

que quant on voit son ami errer ou faire faulte, on le doit

5 corrigier et reprendre premierement a part, et se il ne se

veult amender pour celle fois, que on le corrige deuant gent;

et se pour ce ne se veult corrigier, que on le tiengne _tanquam

eunucus[37] et publicanus_, et je te aime loyaument pour tes [fol.

92 b] vertus et merites, t’ay premierement par une mienne

10 lettre, que auant yer t’enuoyay, exortee, auisee, et priee de

toy corrigier et amender de l’erreur manifeste, folie ou demenance

trop grant a toy venue par presompcion ou oultrecuidance

et comme femme passionnee en ceste matiere--ne te

desplaise se ie dy voir. Je ensuiuant le commandement diuin

15 ayant de toy compassion par amour charitable te pry, conseille

et requier la seconde fois par ceste moye cedule que ton

dessusdit erreur tu vueilles corrigier, desdire et amender

enuers le tresexcellent et irreprehensible docteur en saincte

diuine escripture, hault philosophe et en toutes les sept ars

20 liberaux, clerc tresperfont, que si orriblement oses et presumes

corrigier et reprendre a sa grant charge et aussi enuers ses

vrais et loyaulz disciples Monseigneur le preuost de Lysle

et moy et aultres, et confesser ton erreur. Et nous arons

pitié de toy et te prendrons a mercy en te baillant penitence

25 salutaire. Et de ce auec la response de mon aultre lettre te

plaise moy ta bonne voulenté faire sauoir a ton aise et loisir,

auant que ie me mette en peine d’escripre encontre tes faulses

(sauue ta reuerence) escriptures, que de lui tu as voulu escripre.

Et se ores et aultreffois, quant ie te escripray, te appelle en singulier,

30 ne te desplaise, ne le me imputes a arogance ou orgueil,

car c’est et a esté tousiours ma maniere, quant j’ay escript a

mes amis, especialment quant sont lettrés. Dieux vuelle

briefment ramener ton cuer et entendement a vraye lumiere

et cognoiscence de verité, car ce seroit dommage se plus demouroies

35 en tel erreur soubz les tenebres [fol. 92 verso a]

d’ignorance. Escript ce jeudi XV iour de septembre.

le tien Gontier Col.

_Cy apres s’ensuit la response enuoyee au dit maistre Gontier

Col._

[Document VI. Notes]

[l. 1] Ms. A.

[l. 6] (pour) a C.

[l. 8] (et je) et pour ce que je C.

[l. 11] (folie ou demenance) folie ou demenance trop grant A folie

ou dememance trop grant B folie C folie ou demence D E.

[l. 16] (fois) _wanting_ C.

[l. 18] (et) _wanting_ B C.

[l. 23] (aultres) _preceded by_ les D.

[l. 24] (en te baillant) en toy baillant C.

[l. 27] (en peine d’) a C D E.

[l. 28] (tu) _wanting_ A.

(as) a D.

[l. 29] (se) si E.

[l. 31] (tousiours) _preceded by_ de B D.

[l. 37] (le tien Gontier Col) _wanting_ C D E.

[37] Eunucus Beck suggests _ethnicus_ with reference to St. Matthew’s

gospel, XVIII, 15 sqq.

VII.

CHRISTINE’S REPLY TO NO. VI.

Christine

A tresnoble et souffisant personne, maistre Gontier Col,

secretaire du roy nostre sire.

O clerc soubtil d’entendement philosophique, stillé es

5 sciences, prompt en polie rethorique et subtilité poetique, ne

vueilles par erreur voulontaire reprendre et reprouuer ma

veritable opinion justement meue pourtant, s’elle n’est a ta

plaisance. Et comme i’ay sceu par tes premieres lettres a

moy enuoiees, tu desirant auoir la copie d’un petit traictié en

10 maniere d’epistre de par moy ja enuoyé a sollennel clerc,

monseigneur le preuost de Lisle, ouquel est traictié et dit au

long, selons l’estendue de mon petit engin, l’oppinon de moy

tenue a la siene contraire de la grant louenge qu’il attribue

a la compilacion du Romans de la Rose, comme il m’apparu

15 par un sien dictié adrecé a un soubtil clerc docteur sien ami

contraire a sa dicte oppinion a laquelle la moye se confere, et,

pour vouloir emplir ton bon mandement, le t’ay enuoyé. Parquoy,

apres la veue et visitacion d’ycellui comme ton erreur

pointe et touchee de verité, meu de impatience m’as escript

20 tes deusiesmes lettres plus iniurieuses reprochant [fol. 92 verso

b] mon femenin sexe, lequel tu dis passioné comme par nature

et meu de folie et presompcion d’oser corrigier et reprendre si

hault docteur, si gradué et tant sollennel, comme tu claimes

l’aucteur d’ycellui. Et de ce moult m’enortes que ie m’en desdie

25 et repente et mercy piteuse sera encore vers moy estendue, ou

se non, de moy sera fait comme du publican, etc. Ha! homme

d’entendement ingenieux, ne sueffres a propre voulenté tenir

close la soubtilleté de ton engin! Regardes droit selon voye

theologienne la plus souueraine, et tu tant ne condempneras

30 mes diz ainsi comme les ay escrips, et considereras se louenge

affiert es pas particuliers que ilz reprennent. Et toutefois

soit bien de toy notté en toutes pars quelz choses je condempne

et quelles non. Et se tu tant desprises mes raisons pour la

petitece de ma faculté, laquelle tu me reproches de dire comme

35 femme passionnee, etc., saches de voir que ce ne tiens ie a

villenie ou aucun reproche pour le renconfort de la noble memoire

et continuele experience de tresgrant foison vaillans femmes

auoir esté et estre tresdignes de louenge et en toutes vertus

apprises, auxquieulx mieulx vouldroie ressembler que estre

40 enrichie de tous les biens de fortune. Mais encore, se a toutes

fins veulz pour ce amenuisier mes vehementes raisons, vueilles

toy reduire a memoire que une petite pointe de ganiuet ou

coutelet puet percier un grant sac plein et enflé de materieles

choses. Et ne sces tu que une petite mustellete assault un

45 grant lion et a la fois le [fol. 93 a] desconfist? Si ne cuides

aucunement moy estre meue ne desmeue par legiereté par quoy

soye tost desdicte, ja soit ce que en moy disant villennie me

menaces de tes soubtilles raisons, lesquelles choses sont communement

espouentement aux couars. Mais afin que tu

50 puisses retenir en brief ce que au long ay autrefois escript, je

dis derechief et replique et triplique tant de fois comme tu

vouldras que le dit intitulé Romant de la Rose, nonobstant y

ait de bonnes choses (et de tant est le peril plus grant comme

le bien y est plus autentique, comme autrefois ay dit) mais,

55 pour ce que nature humaine est plus descendent au mal, je dis

qu’il puet estre cause de mauuaise et peruerse exortacion en

tresabhominables meurs, confortant vie dissolue, doctrine

pleine de deceuance, voie de dampnacion, diffameur publique,

cause de souspeçon et mescreandise et honte de pluseurs personnes

60 et puet estre d’erreur; et tresdeshonneste lecture en

pluseurs pars. Et tout ce ie vuel et ose tenir et maintenir

partout et deuant tous et prouuer par lui mesmes et m’en raporter

et attendre au iugement de tous iustes preudeshommes,

theologiens et vrays catholiques, et gens de honneste et saluable

65 vie.

la tienne Christine de Pizan.

[Document VII. Notes]

[Ms A.]

[l. 1] (Christine) _wanting_ C D E.

[l. 2] (tresnoble) tresnotable A tresnottable B.

[l. 6] (reprouuer) reprimer C.

[l. 15] (adrecé) adrecant B.

[l. 20] (deusiesmes) secondes C.

[l. 24] (aucteur) acteur C D E.

[l. 25] (repente) me repente C.

[l. 26] (homme d’entendement) hault entendement C D E.

[l. 32] (soit bien) _interverted_ A B.

(je condempne) j’ay condempnees A.

[l. 39] (vouldroie) _followed by_ plustost A.

[l. 44] (mustellete) motelle B moustelle C.

[l. 46] (desmeue) demennee A.

[l. 50] (ce que) _followed by_ plus A.

[l. 52] (intitulé) _followed by_ le A.

[l. 53] (tant) _followed by_ y C.

[l. 56] (mauuaise) mauuaistié C.

[l. 58] (publique) plublique [sic] A.

[l. 62] (tous) _followed by_ publiquement A.

(3. et) _wanting_ A B D E.

[l. 66] (Christine de Pizan) Christine C. _Followed_ in mss. C D E

by Explicit (cy finent D) les epiltres (epistres E) sur (sus E) le

rommant de la rose.

VIII.

CHRISTINE’S DEDICATORY EPISTLE TO THE QUEEN OF FRANCE.

[Fol. 87 a] CI COMMENCENT LES EPISTRES DU

DEBAT SUR LE ROMANT DE LA ROSE ENTRE NOTABLES

PERSONNES, MAISTRE GONTIER COL, GENERAL

CONSEILLIER DU ROY, MAISTRE JEHAN JOHANNES,

5 PREUOST DE LILLE, MAISTRE PIERRE COL,

ET CHRISTINE DE PIZAN.

La premiere epistre, a la royne de France.

A tresexcellent, treshaulte, et tresredoubtee princesse,

madame Ysabel de Bauiere, par la grace de dieu royne de

10 France.

Treshaulte, trespoissant et tresredoubtee dame, toute

humble recommendacion mise auant toute œuure. Et comme

ie aye entendu que vostre tres noble excellence se delicte

a ouir lire dictiez de choses vertueuses et bien dictes, laquelle

15 chose est accroisement de vertus et bonnes meurs a vostre

noble personne; car si comme dit un sage: vertus auec vertus,

sagece auec noblece rendent la personne reuerend, qui puet

estre entendue perfaicte. Et ma tresredoubtee [dame], pour

ce que telle vertu est trouuee en vostre noble entendement,

20 est chose conuenable que dictiez de choses esleues vous soient

presentés comme a souueraine. Pour tant moy simple et

ignorant entre les femmes, vostre humble chamberiere soubz

vostre obeissance, desireuse de vous seruir, se tant valoye en la

confiance de vostre benigne humilité, suis meue a vous enuoier

25 les presentes epistres, esquelles, ma tresredoubtee dame, s’il

vous plaist me tant honnorer que ouir les daigniez, pourrez

[fol. 87 b] entendre la deligence, desir et voulenté, ou ma

petite poissance s’estent, a soustenir par deffences veritables

contre aucunes oppinions a honnesteté contraires et aussi l’onneur

30 et louenge des femmes, laquelle pluseurs clers et autres

se sont efforcés par leurs dictiez d’amenuisier, qui n’est chose

loisible ne a souffrir ne soustenir. Et combien que foible soie

pour porter tel charge contre si soubtilz maistres, non obstant

ce, comme de verité meue ainsi com ie sçay de certaine science

35 leur bon droit estre digne de deffence, mon petit entendement

a voulu et veult soy emploier, comme ycy appert et en autres

miens dictiez, a debatre leurs contraires et accusans. Si

suppli humblement vostre digne haultece que a mes raisons

droicturieres, non obstant que ne les sache conduire et mener

40 par si beau language comme autre mieulz le feroit, y vueilliez

adiouster foy et donner faueur de plus dire se plus y sçay; et

tout soit fait soubz vostre sage et benigne correction. Treshaulte

et tresexcellent, ma tresredoubtee dame, je pri la vray

Trinité qu’il vous octroit bonne vie et longue et accomplissement

45 de tous voz bons desirs.

Escript la veille de la chandeleur, l’an mil c/iiii et un.

La toute vostre treshumble creature--

CHRISTINE DE PIZAN.

[Document VIII. Notes]

[l. 1] (Ms. A) (commencent) commence le liure des epistre B.

(Ci commencent) Apres s’ensuiuent C.

[l. 2] (sur) sus B E.

[l. 4] (du roy) _followed by_ nostre sire & A.

[l. 3-4] (general conseillier du roy, maistre Jehan Johannes)

_wanting_ B. There is the slight change in order in B that le

preuost de Lisle is mentioned before maistre Gontier Col.

[l. 5] (maistre Pierre Col) _wanting_ C D E (which do not contain

letters to or by this personage).

(Pierre Col) _followed by_ son frere B (cf. change of order

mentioned above).]

[l. 6] (Christine) _preceded by_ damoiselle C.

[l. 7] (La premiere epistre a la royne de France) _followed by_

Christine B. (a la royne de France) _wanting_ C.

[l. 8] (princesse) damece A.

[l. 11] (Treshaulte) _preceded by_ A, C.

[l. 13] (excellence) personne A.

[l. 14] (lire) les C.

(dictiez) redictiez C.

(dictes) dites B dictiés C D.

[l. 18] (tresredoubtee) _followed by_ dame D.

[l. 24] (suis) _followed by_ suis (sic) A.

[l. 25] (dame) _wanting_ C.

[l. 32] (1. ne) _wanting_ A.--_followed by_ a B D.

[l. 41] (foy et donner) _wanting_ C.

[l. 42] (soubz) _wanting_ B.

[l. 43] (la) _preceded by_ a D E.

[l. 44] (qu’il) que B E.

[l. 46] (la veille) _followed by_ de la veille (sic) D.

(c/iiii) quatre cens C.

IX.

CHRISTINE’S DEDICATORY EPISTLE TO GUILLAUME DE TIGNONVILLE.

La seconde epistre.

A mon treschier seigneur, noble cheualier et sage, messire

Guillaume de Tignonville, preuost de Paris.

A vous monseigneur le preuost de Paris par la grace de

5 dieu et prouidence de vostre bon sens esleu a si digne siege et

office comme garde de si haulte iustice, recommendacion auec

obeissance premise, de par moy Christine de Pizan, foible d’entendement

et la mendre des femmes desireuses vie honneste!

Sauoir vous fais que soubz la fiance de vostre sagece et valeur

10 suis meue a vous segnefier le debat gracieux et non haineux

meu par oppinions contraires entre sollenneles personnes,

maistre Gontier Col, a present general conseillier du roy nostre

sire, et maistre Jehan Johannes preuost de Lisle et secretaire

du dit seigneur, duquel dit debat vous pourrez ouir les premisses

15 par les epistres enuoyees entre nous, et par les memoires,

qui de ce feront cy apres mencion. De laquelle chose, tressage

preuost, je supplie vostre humilité que non obstant les laborieuses

occupacions de plus grandes et necessaires negoces,

vous plaise par maniere de soulas vouloir entendre les raisons

20 de nos discors. Et auec ce suppli la bonne discrete consideracion

de vostre sauoir que vueille discuter et proprement eslire

le bon droit de mon opinion, non obstant ne le sache viuement

disvulguer ne mettre en termes consonans et propices a la

deffense de mon dit droit, si comme aultre mieulx le scaroit.

25 Pour ce requier vous tressauent que par compassion de ma

femmenine ignorance vostre humblece s’encline a ioindre a

mes dictiez vraies opinions par si que vostre sagece me soit

force, aide, deffence et appuial contre si notables et esleus

maistres, desquelz les soubtilles raisons aroient en petit d’eure

30 mis au bas ma iuste cause par faulte de sauoir soustenir. Et

pour ce, comme bon droit ait mestier d’aide, soubz vostre

aliance soie plus hardiement inanimee de continuer la guerre

encommencee contre les diz poissans et fors, et de ce vous

plaise n’estre reffusant pour consideracion de leur grant faculté

35 et la moye petite, comme vostre bon sens soit expert qu’il

appartiengne a vostre office soustenir en tous cas la plus foible

partie par si que cause ait iuste. Aussi, chier seigneur, ne vous

soit a merueille, pour ce que mes autres dictiez ay a coustume

a rimoyer, cestui estre en prose. Car comme la matiere ne le

40 requiere autressi, est droit que je suiue le stile de mes assaillans,

combien que mon petit sauoir soit pou respondent a leur belle

eloquence. Si vous ottroit paradis cil qui toutes choses a

crees.

_Comme ja pieça paroles fussent meues entre monseigneur le

45 preuost de Lisle, maistre Jean Johannes, et Christine de Pizan

touchans traictiez et liures de pluseurs materes, esquelles dictes

paroles le dit preuost ramentut le Romant de la Rose en lui

attribuant tresgrant et singuliere louenge et grant digneté, de

laquel chose en repliquant et assignant pluseurs raisons la dicte

50 dist que (sauue sa reuerence) si grant louenge ne lui appartenoit

aucunement selon son avis._

ITEM.--_Apres pluseurs jours enuoya le dit preuost a la dicte

Christine la copie de une epistre, laquelle adreçoit a un sien ami,

notable clerc, lequel dit clerc meu de raison estoit de la meismes

55 oppinion de la dicte contre le dit romans, et pour lui ramener

auoit le dit preuost escript la dicte epistre, moult notablement

aournee de belle rethorique, et pour estre en deux pars valable,

enuoya a elle icelle._

ITEM.--_Comme la dicte veu et consideré la dicte epistre

60 rescript audit preuost si comme cy apres pourra estre veu._

ITEM.--_Comme apres ces choses venist a cognoiscence a

notable personne maistre Gontier Col, que la dicte Christine auoit

escript contre le dit Romant de la Rose, lequel comme inanimez

contre elle lui escript la present epistre qui s’ensuit._ [_i. e. Cf.

65 III supra_].

[Document IX. Notes]

[l. 1] Ms. A. (La seconde epistre) _as a heading_ A _only_.

[l. 7] (de Pizan) _wanting_ A E.

[l. 10] (segnefier) signifier B C D.

[l. 13] (sire) seigneur B.

(Lisle et) Lille et C, Lisle B E, Lile D.

[l. 14] (2. dit) _wanting_ D.

[l. 16] (de ce feront cy apres mencion) de ce apres feront mencion

B D E.

[l. 31] (pour) par B C D E.

(pour ce ... mestier) par ce que comme leur bon droit ait mestier B.

[l. 36] (office) _followed by_ de A.

[l. 38] (a) _wanting_ A.

(merueille) merueilles D.

(ay a coustume) ay acoustumez E.

[l. 49] (la dicte) la dite Christine B, la dicte Christine D.

[l. 52] (enuoya) _follows_ preuost B D.

(la dicte) _wanting_ B.

[l. 54] (dit clerc) _wanting_ B.

[l. 55] (romans, et pour lui ramener auoit le dit) _wanting_ D.

[l. 58] (a elle icelle) a la dicte Christine ycelle A, a la dicte

Christine ycellui B.

[l. 59] (la dicte veu) Christine veu A B.

[l. 63] (dit) _wanting_ A.

(lequel comme ... escript) si luy enuoya A.

(comme) _wanting_ B.

X.

GERSON’S TRACTATUS.

JOANNIS GERSONII

_Doctoris & Cancellarii Parisiensis_

TRACTATUS,

CONTRA

ROMANTIUM DE ROSA,

_Qui ad illicitam Venerem & libidinosam amorem utriusque status homines

quodam Libello excitabat._

Matutino quodam tempore paulò antequàm evigilasset

igneum meum cor, mihi visum est volare pennis & aliis diversarum

cogitationum de loco uno ad alium, ad Curiam usque

sanctæ Christianitatis; talem quidem, qualis esse solet.

5 Illic erat Justitia Canonica & legalis, Throno æquitatis insidens,

sustentata hàc Misericordiâ, illàc verò Veritate. Justitia manu

sua dextra sceptrum tenebat remunerationis, levâ verò scindentem

gladium punitionis. Oculos habebat vivos, honorabiles,

& matutinâ stellâ, immò verò sole ipso splendidiores. Pulchra

10 erat ejus societas; ex uno enim latere sapientissimum suum erat

Consilium, & in circuitu universa nobilis sua Societas, militia &

omnium virtutum Baronatus, quæ filiæ sunt propriæ Dei &

liberæ voluntatis, ut sunt Charitas, Fortitudo, Temperantia,

Humilitas, & aliæ in magno numero. Caput Consilii, & veluti

15 miles, subtile erat Ingenium, firma societate Domini Rationi

sapienti junctum. Secretarii ejus erant Prudentia & Scientia.

Fides bona Christiani, & Sapientia divina, atque coelestis de

stricto, seu secreto erant Consilio. In auxilium earum erant

Memoria, Providentia, bonus Sensus, & alii complures. Eloquentia

20 Theologica, quæ mediocris & temperati erat sermonis,

se Curiæ gerebat Patronum, sive Advocatum. Causarum

Promotor Conscientia nominabitur; nihil enim est, quin ipse

sciat & deferat.

Cum sic delectarer, magna quidem admiratione, omnem

25 pulchrum ordinem Curiæ istius Christianitatis & Justitiæ jus

tribuentis contemplando: vidi (ut mihi videbatur) Conscientiam

exurgere, quæ ex officio suo Curiæ causas promovet, cum

jure, quòd se Magistrum gerebat Requestarum. Conscientia

in manu sua, & in sinu suo multas habebat supplicationes.

30 Inter alias erat quædam, cujus singula memoriæ teneo verba,

quæ continebat miserandam querimoniam pulcherrimæ &

purissimæ Castitatis. Quæ quidem Castitas nunquam dicere

voluit, aut cogitare aliquam turpitudinem, nec immunditiam.

Justitiæ legali, locum Dei in terra tenenti, & universæ

35 Curiæ suæ religiosæ, devotæ & Christianissimæ supplicat humiliter,

& conqueritur Castitatis legitima vestra subdita, ut

remedium ponatur, & brevis provisio de intolerabilibus

forefactis, quæ mihi intulit, necdùm inferre cessat, quidam

fatuus, Amator appellari volens. Et hi sunt Articuli.

40 _Articulus Primus._

Fatuus hic Amator omnem adhibet conatum, ut me de

terra expellat, quæ innocens sum, & bonas meas custodes, quæ

sunt Verecundia, Pudor & Damnum, quod quidem Damnum

bonus est janitor, quæ nec auderent nec dignarentur concedere

45 unicum quidem turpe osculum, aut dissolutum aspectum, aut

attrahentem risum, seu verbum leve. Et hoc facit per maledictam

quandam vetulam diabolo pejorem, quæ docet, monstrat,

& adhortatur, qualiter juveniles virgines omnes corpus

earum vendere debent citò, & charè, absque pavore, & sine

50 verecundia: nec magni pendant fallere, aut pejerare, modò

semper aliquid inde assequantur. Nec curant, aut damnum

aliquod judicant, si festinent se citò prosternere, intereà dùm

pulchræ sunt, omni turpitudini, & carnalitatis immunditiæ,

sive Ecclesiasticis, sive laïcis, sive Presbyteris, absque ullo

55 discrimine.

_Articulus Secundus._

Reprobare vult Matrimonium sine ulla exceptione, per

contemptum quendam suspiciosum, odiosum, & litigiosum,

tam per seipsum stultum amatorem, quàm per aliqua adversariorum

60 meorum. Et potiùs consulit, ut quisquam se suspendat,

submergat, aut peccata faciat, quæ nominari non

debent, quàm se Matrimonio jungat. Et vilipendit omnes

mulieres, nullam excipiendo, ut eas reddat odiosas viris omnibus,

eo quidem pacto, ne velint capere eas in fidem Matrimonii.

65 _Articulus Tertius._

Vilipendit homines juvenes, qui se dedunt Religioni.

Ideò dicit semper eos tendere, ut eorum exuant naturam, &

hoc in meum est præjudicium, specialiter enim dedicata sum

Religioni.

70 _Articulus Quartus._

Jacit undique ignem ardentiorem, & magis fœtidum,

quàm sit ignis græcus, & sulphureus. Jacit, inquam, ignem

luxuriosorum verborum, immundorum & prohibitorum, interdùm

nomen Veneris, Cupidinis aut Genii, sæpiùs proprio

75 suo nomine, per quod ardent, & comburuntur pulchræ

meæ domus & habitationes, sacrata templa mea humanarum

animarum, & turpissimè dejicior.

_Articulus Quintus._

Infamat Dominam Rationem, bonam meam Magistram,

80 imponendo ei talem rabiem, & turpe vituperium, quòd loqui

consulat nudè, illotè & turpiter, juxta libidinem, sine verecundia,

de omnibus rebus, quantumcumque abominabilibus,

aut erubescendis, ut dicantur, aut fiant, & inter personas

quidem admodùm dissolutas, & mihi adversas, heu! Si mihi

85 utique parcere non vellet, quidnam mali contra eum egit

Ratio? Attamen ita est. Profectò prælium movet in omnes

virtutes.

_Articulus Sextus._

Cùm loquitur de rebus sanctis, divinis & spiritualibus;

90 &c. mox immiscet verba dissolutissima, ad omnemque immunditiam

moventia. Et tamen immunditia non ingredietur

Paradisum tale, quale ipse describit.

_Articulus Septimus._

Promittit Paradisum, gloriam, & præmium, omnibus his,

95 qui carnalia opera complebunt, præsertim non in Matrimonio:

consulit enim in propria sua persona, & ad suum exemplum

cum omnibus modis feminarum indifferenter congredi, &

periculum facere; maledicitque omnibus his, qui sic non

fecerint, saltem his omnibus, qui me recipient, & conservabunt.

100 _Articulus Octavus._

Nominat in persona sua partes corporis inhonestas, &

peccata immunda atque turpia, per verba sancta & sacrata;

veluti si omnia talia opera res essent divinæ, & sacratæ,

ac odorandæ, etiam si non fiant in Matrimonio, sed fiant

105 per fraudes & violentias.

Nec contentus est supradictis injuriis publico undique ore

dictis, sed & eas curavit juxtà posse suum tàm scribi & depingi

curiosè, & pretiosè ad citiùs alliciendas personas, ut eas audiant,

videant, & contineant. Sed adhuc pejus restat: ut

110 enim subtiliùs falleret, mel miscuit veneno, saccarum intoxicationi,

serpentes veneficos sub viridi verbo devotionis latentes,

& hoc facit congregando materias diversas, parùm sæpiùs ei

conducendas, nisi ad supradictam causam, & ut meliùs illi fides

adhiberetur, & majoris esset autoritatis, quantò plura appareret

115 eum vidisse, & ad majorem operam studiis impendisse.

Supplico igitur, Domina Justitia, de festinanti, & convenienti

remedio, & provisione super his omnibus injuriis, & aliis majoribus,

quas parva præsens non solùm continet supplicatio,

verumetiam Liber ejus fidem facit multò majorem, quàm

120 foret necessarium.

Posteaquam hæc Castitatis supplicatio lecta fuit distinctè

& in aperto, illic percipere potuisses universum Consilium, &

omnem nobilem militiam, quæ in vultu suo & apparatu, indignationem

præ se ferebat. Attamen tanquam sapiens &

125 temperata dixit, quòd pars altera audienda esset: sed quoniam

fatuus amator, cùm accusatus esset, non aderat (transierat

enim passum altum, à quo nullus regreditur) interrogatur,

si in Curia Christianitatis sint aliqui Procuratores, fautores,

aut faventes cuicumque illi.

130 Tum ecce magna turba & homines sine numero, juvenes

& senes, omnium sexuum & ætatum, qui non servando

ordinem, sed distortè, & ex transverso voluerunt, unus quidem

excusare, alius tutari, alius laudare eum, alius veniam quærebat

ob juventutem & stultitiam, allegando illum amatorem pœnitentiâ

135 ductum fuisse, quando scripsit. Feci, inquit, in juventute

mea varia dicteria per vanitatem. Alius eum sustinebat,

eò quod talis fuerit & tam notabiliter eruditus, & quia in

loquela Gallica non habuit similem: aliqui ob eam causam,

quòd tam aptè veritatem dixerat de omnibus statibus, non

140 parcendo Nobilibus, non ignobilibus, patriis, nationi, nec

seculo, nec Religioni. Et quid mali est (ait unus inter alios

consultior) quid mali est, precor, si homo iste talium sensuum,

talis studii, & famæ talis, componere voluerit Librum, in quo

introducuntur personæ magno artificio, unaquæque secundùm

145 jus suum, & proprietatem loquentes? Nonne dicit Propheta

in persona fatui, Deum non esse? Et Sapiens Salomon, nonne

specialiter totum Ecclesiasticen tali tenore composuit? Ideoque

salvatur, & defenditur à centum erroribus, qui eo in Libro

scripti reperiuntur. Si hic amator levibus verbis usus sit,

150 conditio est Veneris, vel Cupidinis, aut fatui cujusdam amatoris,

quem repræsentare volebat per verba, quæ trahi possent

ad malum. Veruntamen nonne leguntur, quæ loquebatur

Salomon in Canticis suis modo amatorio per verba? Si dicat

in persona Rationis omnia nominari debere suis nominibus,

155 videntur ejus motiva. Sed quid mali est in nominibus, qui

non ibi immoratur? Nomina sunt sicut alia nomina, posteaquàm

ergò per unum nomen una res intelligitur, & per aliud

illa eadem, quid obesse potest per quod nomen res detur intelligi?

Certum est in natura nihil turpe esse. Turpitudo

160 enim solùm est ex peccato, de quo tamen verba fiunt quotidiè

per propria ejus nomina, sicut de homicidio, furto, fraudibus,

& rapinis. Demùm si locutus fuerit de Paradiso, & de rebus

devotis, quarè vilipenditur de hoc, de quo laudari meritò

deberet? Sed esto aliquid mali in Libro suo sit, non dubium

165 est, multo plùs boni illic esse. Sumat unusquisque bonum,

& malum dimittat. Expressè testatur, se solùm in malos viros,

& mulieres invehere, & quisquis se senserit reum & culpabilem,

vitam suam emendet. Nec etiam est adeo sapiens, quin

quandoque erret; quinimmò & magnus erravit Homerus, &

175 hoc potiùs flectere, & inclinare debebit ad veniam, & benignitatem

sapientem hanc Christianitatis Curiam. Constat

divum Aurelium Augustinum, & ferè omnes alios Doctores in

quibusdam punctis errasse, qui tamen non sunt accusati ob id,

neque condemnati, verùm honorati. Et profectò non habere

175 debet in suo serto pulchram rosam, qui rosam hanc vituperat,

qui se nominat _Romantium de Rosa_.

Ad hæc verba facilè videbatur amicis, aut fautoribus,

fatui amatoris causam suam esse justam, & obtinuisse victoriam

neque responderi posse ad dicta. Unus arridebat alteri, &

180 sese mutuo intuebantur, cachinumque facientes, diversa signa

ostendebant.

Tum Eloquentia Theologica, quæ Christianæ Curiæ Advocata

est, ad petitionem tùm Conscientiæ, tùm Castitatis,

admodùm sibi dilectæ; ob rationem etiam officii sui, in pedes

180 sese erexit, pulchro quidem gestu, & modo temperato, autoritate

magna, & veneranda gravitate.

Ipsa tanquam sapiens, & probè docta, postquàm faciem

suam paulisper deorsùm declinasset, instar hominis cogitabundi,

maturè & securè suspexit, vertensque intuitum suum

190 ad Justitiam, ad omnemque ejus comitativam, aperuit os

suum, & sonora voce, suavi & mediocri sic orsa est, causamque

suam sic coepit defensare.

Optarem, si Deo libitum esset, quem tu jam repræsentas, ô

Domina Justitia, Auctorem qui hîc accusatur, in propria

195 persona præsentem adesse, redeundo de morte ad vitam. Nec

enim tunc opus esset verba multiplicari, nec Curiam prolixa

accusatione occupari. Opinor enim, quòd velociter, ultrò,

& æquo animo delictum suum fateretur, veniamque pro delicto

satisfaciendo esset petiturus. Ad id præsumendum multæ me

200 movent conjecturæ, præcipuè verò illa, quam nonnulli

allegarunt, quòd adhuc superstes, & vivens pœnitentiam

egerit, Librosque interea de vera Fide, & sancta doctrina,

ediderit, atque excuderit. Adsum illi testis (quantum damnum

fuit) juventutem, aut malam aliam inclinationem, illum

205 fellisse Clericum, atque induxisse inutiliter, & nimis vagè ad

hanc reprobam levitatem, subtile suum ingenium, magnam

scientiam, servens studium, pulchram eloquentiam in rithmis

atque fictionibus. Utinam melius his usus fuisset, heu! bone

amice & vir subtilis, heu! nonne erant sufficientes in mundo

210 fatui amatores, etiamsi te huic turbæ non admisceres?

The Epistles on the Romance of the Rose, and other documents in the debate · 第 3 / 5 章