[29] Cf. M. Roy, _Oeuvres Poétiques de Christine de Pisan_, in the
_Société des anc. Textes fr._, 1886, vol. I., pp. V. sqq., and also
P. Paris, _Manuscrits franç. de la Bib. du roy_, 1842, vol. V., pp.
72-73, 94-100, 133-81, 399-403.
III.--BIBLIOGRAPHY.
In connection with my work I have consulted the following works:
Petitot, _Collection des mémoires_, 1717, V., p. 203.
Boivin (Jean) de Villeneuve, _Vie de Christine de Pisan et de Thomas
de Pisan son père_, in the _Mém. acad. inscrip. et Belles-Lettres_,
1717, II., p. 762; 1736, II, pp. 704-14 (2a IV., pp. 465-80).
Lebeuf, _Dissert. hist. Paris_, 1743, III., p. 89.
Abbé Goujet, _Bibl. franç._, 1745, IX., pp. 422-25, x. p. 424.
Abbé Sallier, _Notice sur Christine de Pisan_, _Mémoires de
l’Académie des Inscriptions_, 1751, XVII., pp. 515-25.
Marchand, _Dict. hist._, 1758, II., pp. 146-50.
Lelong, _Bibl. France_, 1769, IV., 46870-71, 48148.
La Croix du Maine et Du Verdier de Vauprivas, _Bibl. Franç._, Paris,
1772, I., pp. 127-28, III., pp. 319-20.
Kéralio, Mlle. de, _Collection des meilleurs ouvrages composés par
des dames_, Paris, 1787, II.
Fantuzzi, _Scritt. Bologn._, 1789, VII., pp. 54-59.
Struve, _Bibl. hist._, 1795, VII., ii., pp. 111-12.
Tiraboschi, _Stor. lett. Ital._, 1807, V., ii., pp. 447-49.
Méon, M., _Roman de la Rose_, Paris, 1814.
Thomassy, Raimond, _Essai sur les écrits politiques de Christine de
Pisan, suivi d’une notice littéraire et de pièces inédites_, Paris,
1838.
Leroux de Lincy, in the _Bibl. de l’Ec. de Chartes_, 1840, A., I.,
pp. 374-88.
Gautier, A., _Notice sur Christine de Pisan_, _Actes acad. scien. de
Bordeaux_, 1843, V., p. 555.
Archæologia, 1847, XXXII., p. 401.
Melzi, _Dizionario di opere anonime e pseudonime di scrittori
italiani_, 1848.
Quicherat, _Procès de Jeanne d’Arc_, 1849, V., p. 3.
Pougin, Paul, in _Bibl. de l’Ec. de Chartes_, 1857, D., III., pp.
535-55.
Pougin, Paul, _Christine de Pisan, sa vie et ses œuvres_, Paris, 1857.
Graesse, _Trésor_, 1859, I., p. 232, II., p. 137, IV., p. 69, VII.,
p. 180.
Brunet, _Manuel_, 1860, I., 1855-58, S.I., 259; II., 1002.
Carlo, in _Miscell. stor. Ital._, 1863, IV., pp. 591-600.
Michel, F., _Roman de la Rose_, Paris, 1864 and 1872.
Leroux de Lincy-Tisserand, _Paris et ses historiens_, 1867.
Casati, Charles, in the _Mém. soc. scien. de Lille_, 1872, p. 447.
Pugh, Annie Reese, _Le Jugement du Roy de Behaigne de Guillaume de
Machaut et le Dit de Poissy de Christine de Pisan_, _Romania_ XXIII.,
pp. 581 sqq.
Paris, G., _Comptes rendus acad. Inscrip. et Belles-lettres_, 1880-1,
D., VIII., 122-24; _Rev. critiq._, 1880, B., IX., 443-44.
Püschel, Rob., _Livre du chemin de long estude_, 1881, i-xxii. Cf.
_Archiv. f. das Stud. d. neueren Sprachen und Literaturen_, 1882,
LXVII., p. 327.
Darmesteter, A., _Rev. critiq._, 1881, B., XII., pp. 350-51.
Delisle, L., _Le Cabinet des manuscrits de la Bibliothèque
Nationale_, 1868-1881.
Robineau, E. M. D., _Christine de Pisan, sa vie et ses œuvres_, St.
Omer, 1882.
Thomas, A., _De Joannis de Monsterolio vita et operibus sive de
romanarum litterarum studio apud Gallos instaurato, Carolo VI.
regnante_, Paris, 1883.
Skeat, _Essays on Chaucer_, pub. by the Chaucer Society V., 1884.
_Catalogue des livres composant la bibliothèque de feu M. le baron
James de Rothschild_, Paris, 1884, II., pp. 185-86.
Koch, F., _Leben und Werke der Christine de Pizan_, Goslar, 1885.
Minto, W., _Christine de Pisan, a Mediæval Champion of her Sex_,
_Macmillan’s Magazine_, 1886, LIII., p. 264; _Living Age_, 1886,
CLXVIII, p. 730.
Koch, F., _Ueber die Werke der Christine de Pizan_, in the _Zeitschr.
für neufranzösische Sprach. und Liter._, 1886, VIII., pp. 251-69.
Müller, E., _Zur Syntax der Christine de Pisan_, Greifswald, 1886.
Roy, Maurice, _Oeuvres poétiq. de Christine de Pisan_, in the _Soc.
anc. textes franç._, 1886-1896.
Paris, G., _Un poème inédit de Martin Le Franc_, in _Romania_ XVI.,
1887, pp. 382, sqq.
Beck, F., _Les Epistres sur le Roman de la Rose von Christine
de Pizan nach drei Pariser Hss. bearbeitet und zum ersten Mal
veröffentlicht_, Neuburg, 1888.
Piaget, A., _Martin Le Franc_, Lausanne, 1888.
Langlois, E., _Origines et Sources du Roman de la Rose_, Paris, 1890.
Paris, Gaston, _La littérature française au moyen âge_, Paris,
1890-1905.
Heuckenkamp, Ferd., _Le dit de la Rose von Christine de Pisan_,
Einladungsschrift, Halle, 1891.
Piaget, A., _Chronologie des épistres sur le roman de la rose_, in
_Etud. rom. dédiées à Gaston Paris_, 1891, pp. 113-120.
Piaget, A., _La Cour Amoureuse dite de Charles VI._, _Romania_ XX.,
p. 417, sqq. 1891.
Toynbee, Paget, _Christine de Pisan and Sir John Maundeville_, in
_Romania_ XXI., 1892, pp. 228-39.
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_Modern Language Notes_, vol. VIII., 1893.
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Rashdall, _The Universities of Europe in the Middle Ages_, 1895.
Julleville, Petit de, in _Rev. des cours et conférences_, 1895-1896,
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Julleville, Petit de, _Hist. de la langue et de la litt. fr._, II.
Chap. III. _Le Roman de la Rose_ (E. Langlois); IV., _Littérature
Didactique_ (A. Piaget); VII. _Les Derniers Poètes du Moyen Age_
(Petit de Julleville).
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Christine de Pisan_, in _Not. et Extraits d. mss._, Paris, 1897,
XXXV., pp. 551-59.
Überweg-Heinze, _Grundriss der Geschichte der Philosophie_, 1898.
Piaget, A., _Le Chapel des fleurs de lys de Philippe de Vitry_,
_Romania_ XXVII, 1898, p. 72.
Suchier, H., and Birch-Hirschfeld, A., _Geschichte der Französischen
Litteratur von den ältesten Zeiten bis zur Gegenwart_, Leipzig und
Wien, 1900.
De Wulf, _Histoire de la philosophie médiévale_, 1900.
Hentsch, Alice A., _De la Litt. didactique s’adressant espécialement
aux femmes_, Cahors, 1903.
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century_ in _American Historical Review_, October, 1904.
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Lorris’ Roman de la Rose_, in _Publications of the Modern Language
Association of America_, XXIII, 1908, pp. 269-284.
Benedetto, L. F., _Il Roman de la Rose e la Letteratura Italiana_,
Halle, 1910.
IV.--THE DOCUMENTS.
I.--“EPISTRE AU DIEU D’AMOURS” OF CHRISTINE DE PIZAN.
See M. Roy, _Œuvres poétiques de Christine de Pisan_ (Soc. des anc.
textes franç.) t. II., p. 1 sqq.
II.--“DIT DE LA ROSE” OF CHRISTINE.
See editions by F. Heuckenkamp, Halle, 1891, and by M. Roy, _op. cit._,
t. II., p. 29 sqq.
III.--THE TREATISE OF JEAN DE MONTREUIL.
Now lost.
IV.
CHRISTINE TO JEAN DE MONTREUIL.[30]
[fol. 88 verso b] Christine
A moult souffisant et scauent personne, maistre Jehan
Johannes, secretaire du roy nostre sire et preuost de Lisle.
Reuerence, honneur auec recommendacion a vous, monseigneur
le preuost de Lisle, treschier sire et maistre sage en
5 meurs, ameur de science, en clergie fondé, et expert de rethorique,
de par moy Christine de Pizan, femme ignorant d’entendement
et de sentement legier, pour lesquelles choses vostre
sagece aucunement n’ait en despris la petitece de mes raisons,
ains vueille supploier par la consideracion de ma femenine
10 foiblece. Et comme il vous ait pleu de vostre bien (dont vous
mercy) moy enuoier un petit traictié ordenné par belle rethorique
et voirsemblables raisons, lequel est de voz ditz fait en
reprenant, comme il me semble, aucuns blasmeurs de la compilacion
du Romant de la Rose en aucunes pars et moult soustenant
15 icellui, et approuant l’œuure et les aucteurs d’ycelle et
par especial Meun, je, ayant leu et consideré vostre dicte prose
et compris l’effect selons la legiereté de mon petit engin (combien
que a moy ne soit adreçant, ne response ne requiert, mais
meue par oppinion contraire a vos diz et acordant a l’especial
20 clerc soubtil a qui vostre dicte epistre s’adrece) vueil dire,
diuulguer et soustenir manifestement que (sauue vostre bonne
grace) a grant tort et sans cause donnez si parfaicte louenge a
celle dicte œuure, qui mieulx puet estre appellé[e] droicte oisiueté
que œuure utile, a mon jugement; [fol. 89 a] et combien que
25 moult reprenez les contredisans, et dites: “que grant chose est
d’ainsi comprendre”; “ce que un aultre dit tesmoingne mieulx”
“a construit et mis sus par grant estude et a long trait,” etc,
ne me soit imputé a presompcion d’oser repudier et reprendre
aucteur si solennel et tant soubtil. Mais soit nottee la ferme et
30 grant oppinion, qui me meut contre aucunes particularitez qui
ou dit [traictié] sont comprises. Et, au fort, chose qui est
dicte par oppinion et non de loy commandee se puet redarguer
sans prejudice. Et combien que ne soye en science aprise ne
stilee de language soubtil, dont sache user de belle arrenge
35 et moz polis bien ordenez qui mes raisons rendissent luisans,
pour tant ne lairay a dire materielment et en gros vulgar
l’oppinion de mon entente, tout ne le sache proprement exprimer
en ordre de paroles aournees.
Mais pourquoy ay je dit deuant que mieulx peust estre
40 appellee oisiueté? Sans faille il me semble que toute chose
sans preu, non obstant soit traictie, faicte, et acomplie a grant
labeur et peine, puet estre appellee oyseuse, ou pis que oyseuse,
de tant comme plus mal en ensuit. Et comme ia pieça pour
la grant renommee commune du dit romans, desiray le veoir,
45 apres que cognoiscence m’ot un peu fait entendre choses soubtilles,
le leus et consideray au long et au lé, le mieulx que le
sceus comprendre. Vray est que pour la matere, qui en aucunes
pars n’estoit a ma plaisance, m’en passoye oultre comme
coq sur brese; si ne l’ay planté veu. Neantmoins [fol. 89 b]
50 demoura en ma memoire aucunes choses traicties en lui, que
mon jugement condempna moult, et encore ne puet approuer
pour contraire louenge d’autre gent. Bien est vray que mon
petit entendement y considere grant ioliueté; en aucunes pars
tressolennelement parle de ce qu’il voult dire et par moult
55 beaux termes et vers gracieux bien leonimez; ne mieulx ne
pourroit estre dit plus soubtilment, ne par plus mesurez trais,
de ce qu’il voult traictier.
Mais en accordant a l’oppinion, a laquelle contredisés sans
faille a mon auis, trop traicte deshonnestement en aucunes
60 pars, et meismement ou parçonnage que il claime Raison,
laquelle nomme les secrez membres plainement par nom.
Et ad ce que son oppinion soustenez, et communiquez que
ainsi doye raisonnablement estre fait, et alegués que es choses
que Dieu a faictes, n’a nulle laidure, et par consequent n’en
65 doit le nom estre eschiué. Je dis et confesse que voirement
crea Dieu toutes choses pures et nettes venans de soy; n’adonc
en l’estat d’innocence ne eust esté laidure les nommer; mais
par la polucion de pechié deuint homme immonde, dont encore
nous est demouré pechié originel, ce tesmoingne l’escripture
70 sainte. Si comme par comparaison puis alleguer: Dieux fist
Lucifer bel sur tous angelz, et lui donna nom tressolennel et
bel, qui puis fu par son pechié ramené a orrible laidece par
quoy le nom, tout soit il de soy tres bel, si donne il orreur aux
oyans pour l’impression de la personne.
75 Encore proposez que Jhesucrist en parlant des pecherresses
les appella meretrix, etc. Et que il les appellast [fol. 89
verso a] par cellui non, vous puis souldre que cellui nom
de meretrix n’est mie deshonneste a nommer selon la vilté de la
chose; et plus vilment pourroit estre dit meismes en latin; et que
80 honte doie estre deboutee en parlant en publique des choses
dont nature mesmes se hontoie. Je dis que (sauue la reuerence
de l’aucteur et la vostre) grant tort commettez contre
la noble vertu de honte, qui de sa nature reffraint les goliardises
et deshonnestetez en diz et fais; et que ce soit grant
85 vice et hors ordre de policie honneste et de bonnes meurs
appert en mains lieux de l’escripture saincte; et que ne doye
estre repudié le nom ne que se[s] reliques fussent nommées.
Je vous confesse que le nom ne fait la deshonnesteté de la chose,
mais la chose fait le nom deshonneste. Pour ce selon mon
90 foible auis en doit estre parlé sobrement, et non sans necessité
pour fin d’aucun cas particulier comme de maladie ou aultre
honnesteté necessaire. Et si comme naturelment les mucierent
noz premiers parens, deuons faire en fait et en parole.
Et encore ne me puis taire de ce dont trop sui mal content,
95 que l’office de Raison, laquelle il mesmes dit fille de Dieu,
doie mettre auant telle parole et par maniere de prouerbe,
comme ie ay nottee en ycellui chapittre la ou elle dit a l’Amant
que en la guerre amoureuse vault mieulz deceuoir que deceu
estre.[31] Et vrayement je ose dire que la Raison, maistre
100 Jehan de Meun, renia son pere a celluy mot; car trop donna
autre doctrine. Et que mieulx vaulsist l’un que l’autre, s’ensuiuroit
que tous deux fussent bons, qui ne puet estre. Et je
tiens par oppinion contraire que moins est [fol. 89 verso b]
mal, a royalment parler,[32] estre deceu que deceuoir.
105 OR ALONS OULTRE en considerant la matiere ou maniere
de parler qui au bon auis de pluseurs fait a reprochier.
Beau Sire Dieux! quel orribleté! quel deshonnesteté! et
diuers reprouués enseignemens recordé ou chapitre de la
Vieille. Mais pour Dieu, qui y pourra notter fors enortemens
110 sophistes tous plains de laidure et toute vilaine memoire? Ha!
hay! entre vous qui belles filles auez et bien les desirez entroduire
a vie honneste, bailliez leur, bailliez et querez le Romant
de la Rose pour apprendre a discerner le bien du mal--que
dis ie--mais le mal du bien! Et a quel utilité ne a quoy profite
115 aux oyans ouir tant de laidures?
Puis ou chapitre de Jalousie, pour Dieu, quelz grans biens
y peuent estre nottez? n’a quel besoing recorder les deshonnestetez
et laides paroles, qui assez sont communes en la bouche
des maleureux passionez d’ycelle maladie? Quel bon exemple
120 ne entroduction puet estre ce? Et la laidure, qui la est recordee
des femmes! Dient pluseurs en lui excusant que ce
est le Jaloux qui parle, et voirement fait ainsi comme Dieu, qui
parla par la bouche Jeremie. Mais sans faille quelsque
adicions mençongeuses qu’il ait adioustees, ne peuent (Dieux
125 mercis) en riens amenrir ne rendre empirees les condicions des
femmes. Ha! Hay! et quant il me souuient des faintises,
Faulz Semblans, et choses dissimulees en mariage et autre
estat que l’en peut retenir d’ycellui traictié--certes je juge
que moult sont beaulx et proffitables recors a ouir! [fol. 90 a].
130 Mais le personnage qu’il appelle le prestre Genius dit
merueilles! Sans doubte les œuures de nature fussent ja pieça
du tout faillies, se il tant ne les eust recommandees. Mais
pour Dieu! qui est cil qui me sceust declairier ou souldre a
quoy peut estre proffitable le grant procés plein de vitupere,
135 qu’il appelle Sermon comme par derrision de saincte predicacion,
qu’il dit que fait cellui Genius, ou tant a de deshonnestetez
et de noms et moz sophistes trouuez plus atisans les
secrez de nature, lesquelz doiuent estre teus et non nommez?
Et puis que point ne voit on descontinuer l’euure qui par
140 ordre commun faillir ne puet; car se autrement fust, bon
seroit pour le proffit de generacion humaine trouer et dire moz
et termes atisans et enflamans pour inanimer homme a continuer
l’œuure. Encore plus fist l’aucteur, (se bien en ay
memoire) dont trop ne me puis merueillier a quel fin. Car ou
145 dit sermon il ioint auec en maniere de figure paradis et les
joyes qui la sont. Bien dit que en cellui yront les vertueux;
et puis conclut que tous entendent, hommes et femmes sans
espargnier, a perfurnir et exerciter les œuures de nature; ne
en ce ne fait excepcion de loy, comme se il voulsist dire, mais
150 dit plainement que ilz seront sauuez. Et par ce semble que
maintenir vueille le pechié de luxure estre nul, ains vertu, qui
est erreur et contre la loy de Dieu. Ha! quel semence et
quel doctrine! quans grans biens en peuent ensuiuir! Je croy
que mains en ont laissié le monde, et entrés en religion, ou
155 deuenus hermites pour celle saincte lecture, [fol. 90 b] ou retrais
de male vie et esté sauuez de tel enortement, qui sans
faille oncques ne vint, dire l’ose a qui qu’il desplaise, fors
de courage corrompu et abandonné a dissolucion et vice,
qui peut estre cause de grant inconuenient et pechié.
160 ET ENCORE pour Dieu, REGARDONS OULTRE un
petit, en quelle maniere puet estre valable et a bonne fin ce
que tant et si excessiuement, impetueusement, et tresnonveritablement
il accuse, blasme, et diffame femmes de pluseurs
tresgrans vices, et leurs meurs tesmoingne estre pleins de toute
165 peruersité, et par tant de repliques et aucques en tous parçonnages
ne s’en puet saouler? Car se dire me voulez que ce face
le Jaloux comme passioné, ie ne sçay entendre qu’il apertiengne
a l’office de Genius, qui tant recommande et enorte que
l’en couche auecques elles sans delaissier l’œuure qu’il tant
170 loue. Et cil mesmes dit sur tous parçonnages moult de grans
vituperes d’elles; et dit de fait, fuiés, fuiez, fuiez le serpent
venimeux;[33] et puis si dit que on les continue sans delaissier.
Cy a malement grant contradicion de commander a fuir ce
que il veult que on suiue, et suiuir ce que il veult que on fuie,
175 mais puis que tant sont peruerses, ne les deust commander
approchier aucunement; car qui inconuenient redoubte,
eschiuer le doit. Et pour ce que il tant deffent dire son secret
a femme, qui du sauoir est si engrant, comme il recorde,[34] dont
iene scay ou tous les deables trouua tant de fatras et de paroles
180 gastees, qui la sont arrengees par long procés. Mais je
pry tous ceulx, qui tant le font autentique et tant y adioustent
foy, qu’ilz [fol. 90 verso a] me sachent a dire quans ont veus
accusez, mors, pendus, ou reprochiez en rue par l’encusement
de leurs femmes? Si croy que cler les trouueront semees.
185 Non obstant que bon conseil seroit et louable que un chascun
tenist son secret clos pour le plus seur, car de toute gent est
il devicieux. Et n’a pas moult comme ouy raconter que un
fu accusez et puis pendus par soy estre descouuert a un sien
compere, en qui se fioit; mais ie croy que en la face de iustice
190 pou vont les clameurs ne les plaintes de tant orribles maulz,
des grans desloyaultez et des grans deableries que il dit que
tant malicieusement et secretement sceuent femmes commettre.
Si est voirement bien secret, quant il n’appert a
nullui. Et comme autrefois ay dit sur ceste matiere en un
195 mien dictié appellé l’_Epistre au Dieu d’Amours_, ou sont les
contrees ou les royaumes qui par leurs grans iniquitez sont
exillés?[35] Mais, sans parler a volenté, disons de quelz grans
crismes peut on accuser meismes les pires et qui plus deçoiuent?
Que peuent elles faire, de quoy te deçoiuent? Se elles te demandent
200 de l’argent de ta bourse, dont ne le t’emblent ou
tollent elles pas; ne leur bailles mie, se tu ne veulz. Et se tu
dis que tu en es assotés, si ne t’en assotes pas. Te vont elles
en ton hostel querir, prier, ou prendre a force? Bon seroit
sauoir comment elles te deçoiuent. Et encore tant superfluement
205 et laidement parla des femmes mariees, qui si deçoiuent
leurs maris, duquel estat ne pot sauoir par experience et
tant en parla generaument. A quelle bonne fin pot ce estre,
ne quel bien [fol. 90 verso b.] ensuiure, n’y sçay entendre
fors empeschement de bien et de paix de mariage, et rendre
210 les maris qui tant oyent babuises et fatras, se foy y adioustent,
souspeçonneux et pou amans leurs femmes. Dieux quelle
exortacion! comme elle est proffitable! Mais vraiement puisque
en general ainsi toutes blasma, de croire par ceste raison
suis contrainte, que oncques n’ot acointance ne hantise de
215 femme honnourable ne vertueuse; mais par pluseurs femmes
dissolues et de male vie hanter (comme font communement les
luxurieux) cuida ou faingny sauoir que toutes telles fussent;
car d’aultres n’auoit cognoiscence. Et se seulement eust
blasmé les deshonestes et conseillié elles fuir, bon enseignement
220 et iuste seroit; mais non, ains sans excepcion toutes
les accuse. Mais se tant oultre les mettes de raison se chargia
l’aucteur d’elles accuser ou iugier non veritablement, blasme
aucun n’en doit estre imputé a elles, mais a cellui qui si loins
de verité dist la mençonge, qui n’est mie creable comme le
225 contraire appere (_sic_) manifestement. Car se il et tous ses
complisses en ce cas l’eussent iuré, (a nul n’en soit grief) il a
esté, est et sera moult de plus vaillans femmes plus honnestes,
mieulx moriginees, et meismes plus sauans et dont plus grant
bien est ensuiui au monde que oncques ne fist de sa personne,
230 meismement en policie mondaine et en meurs vertueux tres
enseignees, et pluseurs qui ont esté cause de reconciliement de
leurs maris et porté leurs affaires et leurs secrez et leurs passions
doulcement [fol. 91 a] et secretement, non obstant leurs
fussent leurs maris rudes et malamoreux. De ce treuue l’en
235 assez preuues en la Bible, et es autres ancienes hystoires,
comme Sarra, Rebecha, Ester, Judic, et autres assez. Et
mesmes en noz aages auons veu en France moult de vaillans
femmes, grans dames et aultres de noz dames de France: la
saincte deuote royne Jehanne, la royne Blanche, la duchece
240 d’Orliens, fille de roy de France, la duchece d’Aniou, qui ores
est nommee royne de Cecille, qui tant orent beauté, chasteté,
honnesteté et sauoir, et autres assez. Et de mendres vaillans
preudefemmes comme Madame de la Ferté, femme messire
Pierre de Craon, qui moult fait a louer, et assez d’autres qui
245 trop seroit longue narracion dire plus.
Et ne croiez, cher sire, ne aucun autre n’ait oppinion que
je die ne mette en ordre ces dictes deffenses par excusacion
fauourable pour ce que femme suis. Car veritablement
mon motif n’est simplement fors soustenir pure verité, si
250 comme je la sçay de certaine science estre au contraire des
dictes choses de moy niees. Et de tant comme voirement
suis femme, plus puis tesmoingnier en ceste partie que cellui
qui n’en a l’experience, ains parle par deuinailles et d’auenture.
Mais apres toutes ces choses, par amour soit consideré quel
255 est la fin du dit traictié; car si comme dit un prouerbe: “A la
fin son[t] terminees les choses,” si soit veu et notté a quoy peut
estre profitable la treshorrible et honteuse conclusion, que dis
ie honteuse, mais tant deshonneste que [fol. 91 b] je ose dire
que personne aucune amant vertus et honnesteté ne l’orra,
260 qui tout ne soit confus de honte et abhominé d’ainsi ouir
discerner et desioindre et mettre soubz deshonnestes ficcions,
ce que honte et raison doit reffraindre aux bien ordenez
seulement le penser. Encore plus i’ose dire que mesmes les
goliars aroient orreur de le lire ou ouir en publique, en places
265 honnestes, et deuant personnes que ilz reputassent vertueuses.
Et donc que fait a louer lecture qui n’osera estre leue ne parlee
en propre fourme a la table des roines, des princeces, et des
vaillans preudefemmes, a qui conuendroit couurir la face
de honte rougie?
270 Et se tu le veulz excuser en disant que par maniere de
jolye nouuelle lui plot mettre la fin d’amours par telles figures,
je te respons que en ce nulle estrangeté ne nous raconte; ne
scet on comment les hommes habitent aux femmes naturelment?
Se il nous narrast comment ours ou lyons, ou oiseaux ou
275 autre estrange chose fust deuenus, ce seroit matiere de rire
pour la fable, mais nulle nouuelleté en ce ne nous annonce.
Et sans faille plus plaisantment et trop plus doulcement et par
plus courtois termes s’en fust passé, et qui mieux plairoient
mesmes aux amans iolis et honnestes et a toute autre vertueuse
280 personne.
Ainsi, selon ma petite capacité et foible iugement, sans
plus estre prolixe en langage, non obstant que assés plus pourroit
estre dit et mieulx, ne sçay considerer aucune utilité ou
dit traictié. Mais tant m’i semble apperceuoir que grant
285 labeur [fol. 91 verso a] fu pris sans aucun preu, non obstant
que mon iugement confesse maistre Jehan de Meun moult
grant clerc soubtil et bien parlant; et trop milleur œuure plus
profitable et de sentement plus hault eust sceu mettre sus s’il
s’y fust appliquié, dont fu dommage, mais ie suppose que la
290 grant charnalité peut estre, dont il fu remply, le fist plus
habonder a volenté que a bien proffitable, comme par les operacions
communement sont cogneues les inclinacions. Non
obstant ce, ie ne repreuue mie le Romant de la Rose en toutes
pars; car il y a de bonnes choses et de bien dictes sans faille,
295 et de tant est plus grant le peril, car plus est adioustee foy au
mal de tant comme le bien y est plus autentique. Et par ce ont
mains soubtilz aucunesfois semees de grans erreurs par les entremesler
et palier auec verité et vertus. Mais si comme dit son
prestre Genius: “Fuiez, fuiez femme, le mal serpent mucié
300 soubz l’erbe”, puis ie dire, fuiez, fuiez les malices couuertes
soubs ombre de bien et de vertu.
Pour ce dis en concluant a vous, sire treschier, et a tous
voz aliez qui tant le louez et si hault voulez magnifier que a
pou tous autres volumes presumés et osez abaissier deuant lui,
305 n’est digne que louenge lui soit imputee (sauue vostre bonne
grace) et grant tort faictes aux valables; car œuure sans
utilité et hors bien commun ou propre, poson[s] que elle soit
delictable, de grant labour et coust, ne fait a louer. Et comme
anciennement les Romains triomphans n’atribuassent louenge
310 aucune ne honneur a chose quelconques, se elle n’estoit a
l’utilité de la chose publique, regardons a [fol. 91 verso b.] leur
exemplaire, se nous pourrons couronner cestui romant.
Mais je treuue, comme il me semble, ces dictes choses et assez
d’autres considerees, que mieulx lui affiert enseuelissement
315 de feu que couronne de lorier, nonobstant que le claimez
miroir de bien viure, exemple de tous estaz de soy politiquement
gouuerner et viure religieusement et sagement. Mais
au contraire (sauue vostre grace) je dis que c’est exortacion
de vice, confortant vie dissolue, doctrine pleine de deceuance,
320 voye de dampnacion, diffameur publique, cause de souspeçon
et mescreandise, honte de pluseurs personnes, et puet estre
d’erreur. Mais ie sçay bien que sur ce en l’excusant vous me
respondrez que le bien y est enorté pour le faire et le mal
pour l’eschiuer. Si vous puis souldre par meilleur raison que
325 nature humaine, qui de soy est encline a mal, n’a nul besoing
que on lui ramentoiue le pié dont elle cloche pour plus droit
aler. Et quant a parler de tout le bien qui ou dit liure puet
estre noté; certes trop plus de vertueuses choses mieulx
dictes, plus autentiques et plus proffitables mesmes en politiquement
330 viure et moralment sont trouuees en mains autres volumes,
fais de philosophes et docteurs de nostre foy comme
Aristote, Seneque, Saint Pol, Saint Augustin, et d’aultres (ce
sauez vous) qui plus valablement et plainement tesmoingnent
et enseignent [suir] vertus et fuir vices que maistre Jehan de
335 Meun n’eust sceu faire. Mais si voulentiers ne sont veus ne
retenus communement des charnelz mondains, pour ce que
moult plaist au malade qui a grant soif, quant le medicin
octroye que il boiue fort et tout [fol. 92 a] voulentiers, pour la
lecherie du boire se donne a croire que ia mal ne lui fera. Et
340 si me rens bien certaine que vous--a qui Dieu l’octroit et tous
autres--par la grace de Dieu ramenez a clarté et purté de nette
conscience, sans soilleure ou pollucion de pechié ne entencion
de lui, nettoiez par poincture de contriction (laquelle euure et
fait cler veoir le secret de conscience et condempne propre
345 voulenté), comme iuge de verité, ferez aultre iugement du Romant
de la Rose, et vouldriez peut estre que oncques ne l’eussiez
veu. Si souffise atant. Et ne me soit imputé a folie,
arogance, ou presompcion d’oser moy femme reprendre et redarguer
aucteur tant soubtil et son œuure amenuisier de
350 louenge, quant lui seul homme osa entreprendre a diffamer et
blasmer sans excepcion tout un sexe.
_ITEM--comme la dicte Christine eust enuoié la copie de la
dicte epistre a maistre Gontier Col, lui renuoya l’epistre, qui
s’ensuit._
[Document IV. Notes]
[l. 1] (Superscription) L’epistre crestienne au preuost de Lisle
enuoyé par la dicte contre le romant de la Rose F.
(Souffisant, scauent) _interverted_ A.
(prevost de Lisle) _wanting_ C.
[l. 3] (monseigneur ... Lisle _wanting_ F.
[l. 4] (treschier sire) _interverted_ F.
[l. 6] (Christine de Pizan) _wanting_ F.
[l. 8] (aucunement) _wanting_ F (inserted after despris).
[l. 11] (moy) _preceded by_ et B.
[l. 12] (de voz ditz fait en reprenant) de voz diz fait en
reprouuant B, de voz diz faiz si comme il me semble en reprenant D,
de voz diz fait comme il me semble en reprenant E.
[l. 15] (icellui) _wanting_ A.
[l. 16] (ayant) aie F.
(dicte) _wanting_ C.
[l. 20] (clerc soubtil) _wanting_ F.
(vostre dicte epistre) _wanting_ F.
(s’adrece) _preceded by_ il F.
[l. 21] (et soustenir) _wanting_ D E.
(bonne) benigne C.
[l. 23] (puet) doit C D E.
[l. 26] (dit) _wanting_ F.
[l. 28] (d’oser) _wanting_ F.
(repudier) de reputer F.
[l. 29] (aucteur) acteur C D E.
[l. 32] (commandee) _followed by_ si F.
[l. 33] (aprise) aprinse C.
[l. 34] (de belle) par belle A.
[l. 36] (ne) _followed by_ l’an F.
[l. 39] (dit deuant) _interverted_ C D E.
[l. 41] (accomplie) compilee D E, _followed by_ et F.
[l. 42] (ou pis que oyseuse) _wanting_ F.
[l. 44] (commune) comme A.
[l. 45] (m’ot) moult F.
(peu) petit A.
[l. 47] (Sceus) sco B soulz F.
(comprendre) entendre C D E.
[l. 47] (en aucunes pars n’estoit) _interverted_ F.
(m’en) me F.
[l. 52] (d’autre) d’entre F.
[l. 53] (y) _wanting_ C.
[l. 54] (parle) parler A B C D E F.
[l. 56] (first plus) _wanting_ F.
(mesurez) amesures F.
[l. 58] (Mais en ... trop traicte) _wanting_ F.
[l. 61] Cf. F. Michel, _Roman de la Rose_, t. I., p. 232.
[l. 63] (raisonnablement estre) _interverted_ C.
[l. 69] (originel) et orgueil F.
[l. 70] (par comparaison) _wanting_ A.
(puis alleguer) _wanting_ F.
[l. 72] (fu) _comes after_ pechié F.
[l. 73] (de soy, tres bel) _interverted_ C.
[l. 77] (vous puis souldre) _wanting_ F.
[l. 80] (deboutee) reboutee A B.
(en publique) _wanting_ here, but _follows_ hontoie F.
[l. 82] (et) de F.
[l. 86] (de) en F.
[l. 87] (nommees) nommeis F.
[l. 88] (la deshonnesteté de la chose) la chose deshonneste B.
[l. 94] (Et encore) encore F.
(me) _wanting_ A.
(content) contampt F.
[l. 95] (1. de) _wanting_ F.
[l. 99] (vrayement) vray amant F.
[l. 99] (ose) _followed by_ bien F.
[l. 100] (celluy) ce F.
[l. 101] (autre) outre F.
(vaulsist) vaille F.
(s’ensuiuroit) s’ansieut F.
[l. 102] (fussent) soient F.
(Et) Parquoy F.
[l. 103] (par) en F.
[l. 104] (a royalment parler) a realment parler _after_ contraire F.
(deceuoir) _followed by_ car trop est pire le vice de propre malice
que cellui de simple ignorance A B.
[l. 110] (vilaine) villonie F.
[l. 112] (a) _followed by_ maintenir F.
(vie honneste) _interverted_ F.
(et querez) _wanting_ C D E.
[l. 115] (ouir tant) _interverted_ A B.
[l. 116] (pour Dieu) _wanting_ F.
[l. 119] (bon) _wanting_ F.
[l. 120] (ne entroduction) _wanting_ F.
[l. 122] (qui) _wanting_ A.
[l. 124] (ne peuent ... femmes) _wanting_ F.
[l. 125] (en riens amenrir ne rendre empirees) ou riens amenrir ne
rendre empirees A, en riens amenrir ne riens empirer D, en riens
amenrir ne riens empirees E.
[l. 126] (Ha! Hay!) _preceded by_ mais pourtant n’en puet de riens
empirier F.
(et quant) _wanting_ F.
[l. 128] (peut retenir) peut y retenir C, y peut retenir F.
(d’ycellui traictié) _wanting_ F.
[l. 129] (proffitables) bons F.
(ouir) _followed by_ et proufitables F.
[l. 130] (Mais) _followed by_ que dit F.
(le personnage ... appelle) _wanting_ F.
[l. 130] (dit merueilles) _wanting_ F.
[l. 131] (doubte) faille C D E.
[l. 132] (Mais pour Dieu ... et de noms et) et moult voudroie
auoir trouué, qui bien me sceust souldre par quoy mon entendement
fust rassadiés a quoy peust estre proufitable tant de choses
deshonnestes nommees. F.
[l. 137] (moz) _preceded by_ ou clers et dit F.
[l. 138] (les quelz) desquelz deffaillir F.
(doiuent) doit F.
(teus et non nommez) sobrement parlé F.
[l. 139] (puis que) dont on F.
(on) _wanting_ A.
(Et) _wanting_ D E.
(l’œuure) _followed by_ qui par l’ordre de nature ne puet faillir.
Mais ne say entendre ne aduiser que ramanteuoir et commander
enfigmes eluchans et plaisans aux charneulx ce que puet parnit
tourner ad inconveniant de pechié estre licite a dire. F.
[l. 143] (l’aucteur) _wanting_ A.
[l. 144] (puis) _followed by_ a. F.
[l. 145] (dit) _wanting_ F.
(sermon) _followed by_ quil impute a Genius F.
(maniere de) _wanting_ F.
[l. 146] (qui la sont) _wanting_ F.
(cellui) _wanting_ F.
[l. 148] (ne en ce ne fait) il n’y F. Cf. Michel, _op. cit._ t. 2,
p. 288, sqq.
[l. 152] (erreur) orreur B.
(Ha!) _followed by_ dieux F.
(quel semence et) _wanting_ F.
(semence) sentence C.
[l. 153] (doctrine) followed by ha! hay! quel semence F.
(en peuent ensuiuir) en sunt ensuiuis F.
(Je croy que ... enortement) Quans en sont devenus hermites et
entrés en religion ou eulx retrais de malle vie et esté sauués pour
ce saint ennortement F.
[l. 156] (et esté) et estre C D E.
[l. 157] (dire l’ose a qui) je l’ose bien dire F.
(a qui qu’il) a qui qu’il qu’il [sic] A.
[l. 158] (qui peut estre ... et pechié) Bien est vray que je condampne
mie l’acteur ou aucteurs en toutes pars dudit liure. Car ce ne
pouroie faire veritablement et de bonnes choses y a et bien
dictes, et de tant est plus grant peril comme le bien y est plus
autentiquement dit. Car mieulx autressy est ajoustees foy au mal.
Et par ce ont mains soubtilz aucune fois fammes de grans erreurs
parlés entrammesler auec grans vertus, verités et choses belles et
bien dictes, ainsy comme dit le personnaige qu’il appelle Genius la
ou il moult ennorte que l’an eschieue la malice et la male beste,
famme, comme du froit serpant mucié soubz l’erbe vert. Ainssy puet
on dire que l’en se gard de mauuaistié muciee soubz ombre de bien. F.
[l. 160] (Et encore pour Dieu) Et pour Dieu encore C.
(pour Dieu regardons oultre un petit) vuellons ung petit resgarder F.
[l. 161] (a) _followed by_ la F.
[l. 162] (et si) _wanting_ F.
[l. 163] (de) et F.
[l. 165] (aucques) auecques F.
[l. 166] (me) _wanting_ F.
[l. 167] (le) _wanting_ F.
(comme passioné) _wanting_ F.
[l. 170] (grans) _wanting_ C.
[l. 172] (si) _wanting_ F.
[l. 173] (Cy a ... commander a) Si se contre dit mallement quant il
commande F.
(a fuir ce que il veult que on suiue, et suiuir) _wanting_ D E.
(suiuir) fuir F.
[l. 175] (mais) _wanting_ F.
[l. 176] (aucunement) _wanting_ F.
(inconuienent) la chaleur du feu F.
[l. 177] (eschiuer le doit) eslongnier s’en conuient F.
[l. 178] (est si engrant) tant est engrant doubte F.
(comme il recorde, dont) _wanting_ F.
(ou) en F.
[l. 179] (trouua) pensa F.
[l. 180] (Mais) _wanting_ F.
[l. 181] (pry) _followed by_ a F.
(y adioustent foy) l’aprennent. F.
[l. 183] (mors) _followed by_ ou F.
(ou reprochiez en rue par l’encusement de leurs femmes? Si croy)
par l’ancusement de leurs femmes ou reproches en rue. Je croy F.
[l. 184] (que) ce que B.
(semees) fammes F.
[l. 185] (obstant) _followed by_ je confesse bien F.
(et louable que) d’ennorter pour toute seuretey F.
[l. 186] (tenist son secret ... plus seur) son secret celast F.
(car de toute ... de vicieux) car hommes ou fammes ne sont
mie tous bons F.
[l. 187] (et n’a pas moult comme ouy raconter que un) et n’a pas
grant temps que je oy raconter comment ung C, et n’a pas moult que
ung F.
[l. 188] (puis) _wanting_ F.
(soy estre descouuert) _wanting_ F.
[l. 189] (en qui se fioit) a qui fiablement c’estoit descouvert F.
[l. 190] (pou vont) _interverted_ C.
(de tant) des F.
(maulz) _followed by_ et F.
[l. 192] (et secretement) _wanting_ F.
[l. 193] (il n’appert a nullui) nul ne s’en appersoit F.
[l. 194] (comme autrefois ay) comme j’ay aultrefois F.
(sur ceste matiere) _wanting_ F.
[l. 195] (dictié) traictié A.
(appellé ... _d’Amours_) _wanting_ F.
[l. 196] (contrees ... royaumes) les royaumes, les contrees et les
empires F.
[l. 197] (Mais) Pour dieu mercy F.
(disons) _wanting_ F.
[l. 198] (crismes) _followed by_ les F.
(on) _wanting_ C D E.
[l. 199] (faire) _followed by_ ne C D E.
(de quoy te deçoiuent) _wanting_ F.
[l. 200] (ou tollent elles pas) ne tollent mie C D, ou tollent mie E.
[l. 201] (elles) ilz F.
(mie] pas F.
[l. 202] (pas) mie A F.
[l. 203] (Bon) _preceded by_ commen[t] de desoiuent elles F.
[l. 204] (sauoir) _preceded by_ de F.
(comment ... deçoiuent) _wanting_ F.
(encore) puis F.
(superfluement et) _wanting_ F.
[l. 205] (des) de A.
[l. 206] (ne) n’en C D E.
(duquel estat ne pot par experience) de quoy il ne sceit riens F.
[l. 207] (tant en) si F.
(A quelle bonne fin ... ne quel bien) Quel bien en puet il F.
[l. 208] (ensuiure) s’ensuiuir C.
(ne quel bien ensuiure) et quel bien ensuiure A, quel bien
ensuiure B.
(n’y sçay entendre) _wanting_ F.
[l. 209] (empeschement de ... de mariage, et) _wanting_ F.
[l. 210] (tant) _followed by_ de fatras F.
(babuises) _preceded by_ de A D, _wanting_ F.
(y) n’y B.
(et fatras se foy y adioustent) _wanting_ F.
[l. 211] (Dieux) Ha F.
[l. 212] (proffitable) cause de grant bien F.
(Mais) _followed by_ aultre ne le say entendre fors que sans cause
prist grant peinne Et F.
(puisque en general) ce que generalment C.
[l. 213] (toutes) _followed by_ les F.
[l. 214] (de femme) a famme C.
(acointance) _followed by_ Je ne tieng que onques fuste acointe F.
(hantise) hantast F.
[l. 215] (ne vertueuse) wanting F.
(pluseurs) _followed by_ paillardes et F.
[l. 216] (et de male vie) _wanting_ F.
(comme font ... luxurieux) comme sont celles qui ou vilain vice de
luxure trop communement s’abandonnent F.
[l. 217] (toutes) _followed by_ femmes F.
[l. 219] (les deshonestes ... elles fuir) les femmes ou sont les
grans et honteux vices comme les dissolues et celles conseiller a
non suir F.
[l. 220] (et iuste) _wanting_ F.
(non, ains sans excepcion ... contraire appere manifestement)
il n’execte riens, tout est d’ung commun ordre a son dit F.
[l. 224] (qui) que A.
[l. 225] (Car) Mais sans faille F.
[l. 226] (il a esté) ja a esté D E.
[l. 227] (vaillans) valables A B, de trop plus vaillans F.
[l. 229] (que oncques ne fist de sa personne, meismement) que il
oncques ne fu meismes en pollicie mondaine F.
[l. 230] (et en meurs ... pluseurs) _wanting_ F.
[l. 231] (1. de) du A F.
(ont esté cause) cause ont esté F.
[l. 232] (leurs affaires et leurs secres et leurs passions B D E,
leur affaires et secres et leurs passions A, leurs passions C,
leurs affaires et leurs secres F.
[l. 233] (et) _wanting_ F.
[l. 234] (maris) _followed by_ moult F.
(malamoreux. De ce ... es autres) _wanting_ F.
[l. 235] (Sarra) _followed by_ & A.
[l. 236] (Ester) _wanting_ A.
(anciennes hystoires) es anciennes hystoires on treuue l’en asses F.
[l. 236] (-assez) _followed by_ en aultres lieux F.
(mesmes) mesmement F.
[l. 237] (moult de vaillans femmes ... saincte deuote) de nos grans
dames F.
[l. 238] (et aultres de noz dames) _wanting_ D E.
[l. 239] (royne Jehanne] la royne Jehanne, la sainte dame F.
(la duchece] madame la duchece F.
[l. 240] (la duchece) celle F.
(nommee) _wanting_ F.
[l. 241] (tant orent ... et sauoir) tant ont esté belles, bonnes,
saiges, et honnestes. F.
(orent) eurent C.
(beauté) de beauté D.
[l. 242] (Et de mendres vaillans preudefemmes) de mendres vaillans
femmes C, vaillans preudesfames F.
[l. 243] (femme) femme de F.
(qui moult fait a louer) _wanting_ F.
[l. 244] (assez d’autres) et aultres assez A et moult d’autres C.
(assez d’autres) asses d’autres. Et se largement a parlé nul
blasme ne doit par raison estre imputé aux fammes, mais a celluy,
qui si a dit la mensonge loing de apparance de verité que elle
n’est creable et ne croye nul. F.
(qui trop seroit longue narracion ... ordre ces dictes) _wanting_ F.
[l. 247] (ne) ou A.
(deffenses par excusacion fauourable) que ceste deffence ou
excusacion d’ye par faueur ne y ua uiuement F.
[l. 248] (Car veritablement mon motif n’est simplement fors soustenir)
Car sans faulte n’est la cause fors pour soustenir F.
[l. 249] (si) _wanting_ F.
[l. 250] (au contraire ... Et de) _wanting_ F.
[l. 251] (comme voirement suis) comme je suis voirement, F.
[l. 252] (plus) plus veritablement F.
(en ceste) _wanting_ F.
(partie) _wanting_ F.
(cellui) cil F.
[l. 253] (n’en) _wanting_ F.
(l’experience ... d’auenture) l’auenture parle F.
[l. 254] (par amours soit consideré) regardons. F.
[l. 255] (la fin) la fin la fin [sic] F.
(du dit traictié; car) _wanting_ F.
(dit) recorde F.
[l. 256] (terminees) _followed by_ et cogneues F.
(si soit veu ... deshonneste) Pour Dieu que j’apraingne que
puet estre valable ordre profitable et tresabhominable et honteuse
conclusion dis ie deshonneste, voire F.
[l. 257] (que dis ie honteuse mais) _wanting_ C.
[l. 258] (deshonneste) deshonteuse A.
[l. 259] (personne aucune amant ... ce que honte) _repeated_ B.
[l. 260] (et abhominé d’ainsi ouir ... ce que honte) d’ainsy oir,
discerner, et desioindre et mettre en honteux termes ce que honte F.
[l. 262] (honte et raison) raison et honte B D E.
[l. 263] (le penser) de penser C les pensees F.
(Encore plus ... reputassent vertueuses) _wanting_ F.
[l. 266] (donc) pour Dieu F.
(parlee) ramenteué F.
[l. 270] (Et se tu le veulz ... raconte) quel bien donques y puet on
glosser F.
[l. 272] (raconte) _followed by_ ne aprent A B.
[l. 273] (les) _wanting_ F.
[l. 274] (Se il nous narrast comment) Quel estrange auenture est ce.
Et ce dit eust que deuenus fust F.
(oiseaux) oysel F.
[l. 275] (autre estrange chose) autre chose A autre chose estrange B.
(matiere) de matiere B.
(autre ... ne nous annonce) beste estrange. Sur ce point
oultre le commun cours, bon seroit l’oyr pour la merueille. Mais
se dire voules que n’eust esté au propos de sa matere quil tendoit
aperceuir et concluire la fin d’amours entrés trop. F.
[l. 277] (et sans faille) _wanting_ F.
(doulcement et) _followed by_ plus gracieusement F.
[l. 279] (mesmes) mesmement C.
(mieulx) _wanting_ F.
[l. 281] (Ainsi selon ma petite ... cogneues les inclinacions)
_wanting_ F.
[l. 285] (sans aucun preu) sans grant preu A.
[l. 285-301] (Non obstant ce ie ... de bien et de vertu) Bien est
vray que je condampne mie l’acteur ou aucteurs en toutes par dudit
liure. Car ce ne pouroie faire veritablement; et de bonnes choses
y a et bien dictes et de tant est plus grant peril comme le bien y
est plus autentiquement dit. Car mieulx autressy est ajoustees foy
au mal. Et par ce ont mains soubtilz aucune fois fammes de grans
erreurs parlés entrammesler auec grans vertus, verités et choses
belles et bien dictes ainsy comme dit le personnaige qu’il appelle
Genius la ou il moult ennorte que l’an eschieue la malice et la
male beste famme comme du froit serpant mucié soubz l’erbe vert.
Ainssy puet on dire que l’en se gard de mauuaistié muciee soubz
ombre de bien. F.
[l. 292] (communement sont cogneues) sont communement cogneues C.
[l. 294] (de bien) bien A.
[l. 296] (par ce ont mains soubtilz aucunefois) pour ce pluseurs
subtilz ont aucunement C.
[l. 302] (dis en concluant a vous) _wanting_ F.
[l. 303] (vos aliez) autres F.
(le louez, et si hault le voulez magnifier) le recommandes,
loues, magnifies, et si hault le voules asseoir F.
[l. 304] (presumés) voulez C D E.
(deuant lui; n’est digne ... couronne de lorier)
_wanting_ F.
[l. 314] (mieulx lui affiert) lui affiert mieulx C.
[l. 315] (nonobstant) _preceded by_ Je dy certainement et en
confirmant mon oppinion que cestuy rommant dit de la Rose F.
[l. 316] (bien) bon B.
[l. 317] (et sagement) _wanting_ A.
(Mais au contraire) que F.
[l. 318] (je dis que c’est) ains est F.
[l. 320] (voye) voire F.
(dampnacion) _followed by_ erreur peruerse F.
[l. 321] (honte) _preceded by_ voye et cause de dampnacion et F.
[l. 322] (Mais ie sçay ... vous ne respondrez) Et ce pourtant excuser
le voules F.
[l. 323] (est ennorté] soit F.
[l. 324] (l’eschiuer. Si vous puis souldre par meilleur raison que
nature humaine, qui de soy est encline) soy garder. Je respons que
humaine nature, qui a mal est encliné de sa nature, F.
[l. 326] (le pié) ce piet F.
[l. 327] (qui) que C.
(de tout le bien) des biens F.
(qui ou dit liure ... plus autentiques et) qui y sont trop de plus
grans biens F.
[l. 330] (autres) _wanting_ F.
[l. 331] (docteurs) _followed by_ autentiques F.
[l. 332] (Seneque) _wanting_ F.
(Pol) Poul, et F.
[l. 333] (sauez vous) _interverted_ F.
[l. 334] (et enseignent) suir F.
(que maistre Jehan de Meun n’eust sceu faire) _wanting_ F.
[l. 336] (communement) _wanting_ here, but follows mondains F.
(charnelz) _wanting_ F.
[l. 338] (octroye que il boiue fort, et) octroie a boire fort et C,
octroye qu’il boiue fort et que B D.
(tout) _wanting_ F.
[l. 340] (Et si me rens bien certaine) Encor dis et soustiens F.
(Dieu) _wanting_ here, but _comes before_ par F.
[l. 341] (Dieu) luy F.
(a) a la F.
(nette conscience) _interverted_ F.
[l. 342] (ou) ne F.
[l. 343] (nettoiez) _wanting_ F.
(laquelle) netoyes qui F.
[l. 345] (iuge) droit iuge F.
(du) dudit F.
[l. 347] (Si souffise atant) _followed by_ Et que si grant louenge
comme vous imputes a luy (sauue vostre bonne grace) m’est aduis que
grant tort faites aux plus vallables; car œuure sans grant utilité
du bien commun ou propres en fait ou en exemple et on n’a fors
seulement delectacion et solas sans cause d’autre bien tout soit
elle de grant coust ou travail ne doit estre louee n’euxaussité, F.
[l. 348] (d’oser) d’ainsy oser, F.
(moy femme) _wanting_ F.
[l. 349] (et) _wanting_ F.
[l. 350] (quant lui seul homme] quant il qui fu seul homme F.
(entreprendre) _wanting_ F.
[l. 351] (excepcion) exercitacion B.
(sans excepcion, tout un sexe) _interverted_ F.
[l. 352] (Item--comme la dicte Christine ... qui s’ensuit)
_wanting_ F.
[l. 353] (maistre Gontier Col) maistre gol [sic] A.
(renuoya) enuoyé B.
(qui s’ensuit) qui cy apres s’ensuit C.
[30] Ms. A (bib. nat. 835) is followed for orthography. The
text is determined by a comparison of A + B, C, D + E, variant
readings being noted. Except in rare cases which seemed specially
interesting, orthographical variants are not noted.
[31] Cf. Michel, _op. cit._, t. I., 145, 6.
[32] Cf. for idea of the “Roi, qui ne ment,” T. A. Jenkins, _Longer
French Poems_ pp. 13, 143.
[33] Cf. Michel, _op. cit_, t. 2, p. 190 and Virgil, _Bucolica_,
III. Eclogue, v. 92. Qui legitis flores et humi nascentia fraga,
Frigidus, O pueri, fugite hinc, latet anguis in herba.
[34] Michel, op. cit, t. 2, p. 182.
[35] Cf. M. Roy: _Oeuvres poétiques de Christine de Pisan_ (in the
_Soc. des anc. textes franç._) t. II, p. 21 l. 650.
V.
GONTIER COL TO CHRISTINE, ASKING FOR A COPY OF NO. IV.
Maistre Gontier Col
A prudent, honnouree et sauent damoiselle Christine.
Femme de hault et esleué entendement, digne d’onneur et
recommendacions grans, j’ay ouy parler par la bouche de
5 pluseurs notables clers que entre tes aultres estudes et euures
vertueuses moult a louer, comme ie entens par leur relacion,
tu as nouuellement escript par maniere de inuectiue aucunement
contre ce que mon maistre, enseigneur et familier feu
maistre Jehan de Meun, vray catholique, solennel maistre, et
10 docteur en son temps en saincte theologie, philosophe tresperfont
et excellent, sachant tout ce qui a entendement humain
est scible, duquel la gloire et renommee vit et viura
es aages a venir [fol. 88 b] entre les entendemens par ses merites
leuez par grace de dieu et euure de nature, fist et compila
15 ou liure de la Rose. Et comme dient les relateurs ou
refferendaires de ceste chose, t’efforces et estudies de le reprendre
et chargier de faultes en ta dicte œuure nouuelle,
laquelle chose me vient a grant admiracion et merueille inextimable,
et ad ce non croire me meut l’experience et exercite
20 de toy d’auoir sceu, leu, et entendu lui ou dit liure, et en ses
autres fais en francois, et autres pluseurs et diuers docteurs,
aucteurs, et poetes. Et pour ce que les denunciateurs de ceste
chose tiennent et gardent, les aucuns par auenture comme
enuieux sur les fais du dit feu maistre Jehan, ta dicte inuectiue
25 comme chose singuliere et haultement composee, edefiee et
conduicte a leur plaisir et intencion, si que de eulx n’en puis
auoir copie ne original, te pry et requier sur l’amour que tu as
a science que ta dicte œuure, telle que elle est, me vueilles
enuoier par cest mien message ou autre tel comme il te plaira,
30 afin que sur ce je puisse labourer et moy emploier a soustenir
mon maistre et ses fais, dont il ne fust ia besoing que moy ne
autre mortel s’en meslast s’il fust en vie, laquelle mieulx
ameroie auoir esté en mon temps que estre empereur des Romains
presentement. Et pour toy ramener a vraie verité et
35 que plus auant saches et cognoisses les fais du dit de Meun;
pour toy donner matiere de plus escripre contre lui, se bon te
semble, ou a tes [fol. 88 verso a] satalices [_read_ satellites], qui en
ce fait t’ont boutee, pour ce que touchier n’y osoient ou ne
sauoient, mais de toy veulent faire chappe a pluye; pour dire
40 que plus y sauroient que une femme et plus reprimer la renommee
(indeficient entre les mortelz) d’un tel homme,
t’enuoie patentement et hastiuement un pou de tresor[36] que il
compila pour estre de ses enuieux et de aultres congneu a sa
mort; lequel est incorrect par faulte d’escripuain, qui pas ne
45 l’entendi comme il y pert, et n’ay eu espace ne loisir de le veoir
ne corrigier au long pour la haste et ardeur que j’ay de veoir
ton dessusdit œuure, et mesmement qu’il est a supposer
que bien sçaras les fautes de l’escripuain en ceste compilacion
corrigier et entendre. Et quant ad ce qu’il fist du liure de la
50 rose, ou plus a lettres et sentences estranges et diuerses, l’as
voulu ou osé chargier, corrigier et reprendre comme ilz dient,
une chose ne vueil oublier ne passer soubz dissimulacion: que
se de ce ne te rappelles et desdis, je, confiant de bonne et vraye
iustice et que verité (qui ne quiert angles) sera o moy, combien
55 que en grans autres occupacions soye de present astraint
et aye esté le temps passé, entreprendray le soustenir contre
tes autres escrips quelconques.
Escript hastiuement, presens maistres Jehan de Quatre
Mares, Jehan Porchier, conseilliers, et Guillaume de Neauuille,
60 secretaire du roy nostre sire, le mardi XIII. jour de septembre,
l’an mil C/iiii et un.
Le tien, tant comme loy d’amistié puet souffire--Gontier
Col, secretaire du roy nostre sire.
[Document V. Notes]
[l. 1] (Ms. A) (Maistre Gontier Col) _wanting_ C D E.
[l. 2] (Christine) _followed by de Pizan D.
[l. 8] (enseigneur) et seigneur C.
[l. 11] (et excellent) _wanting_ D.
[l. 13] (entre) contre D.
(entendemens) enseignemens C.
[l. 16] (le) la A C.
[l. 24] (Jehan) _followed by_ de Meun A B.
[l. 32] (mieulx ameroie) ameroie mieulx B.
[l. 44] (pas) point A.
[l. 47] (mesmement) _followed by_ qu’il est a supposer B.
[l. 48] (en ceste compilacion) _wanting_ A.
(en ceste) corriger brieue B.
[l. 49] (ad ce) en ce A a ce C.
[l. 54] (o) auec C.
[l. 57] (tes) _followed by_ a faint mark above, which resembles the
abbreviation of ‘et.’
[l. 58] (maistres) maistre A, _wanting_ B.
[36] Cf. _Le Trésor de maistre Jehan de Meung ou les Septs Articles
de la Foi_, Méon, _Roman de la Rose_, t. 3, p. 331.
VI.
GONTIER COL TO CHRISTINE, REPROVING HER FOR HER ATTITUDE
TOWARDS THE ROMAN DE LA ROSE.
Maistre Gontier Col.
A femme de hault entendement damoyselle Christine.
Pour ce que la diuine escripture nous enseingne et comande
que quant on voit son ami errer ou faire faulte, on le doit
5 corrigier et reprendre premierement a part, et se il ne se
veult amender pour celle fois, que on le corrige deuant gent;
et se pour ce ne se veult corrigier, que on le tiengne _tanquam
eunucus[37] et publicanus_, et je te aime loyaument pour tes [fol.
92 b] vertus et merites, t’ay premierement par une mienne
10 lettre, que auant yer t’enuoyay, exortee, auisee, et priee de
toy corrigier et amender de l’erreur manifeste, folie ou demenance
trop grant a toy venue par presompcion ou oultrecuidance
et comme femme passionnee en ceste matiere--ne te
desplaise se ie dy voir. Je ensuiuant le commandement diuin
15 ayant de toy compassion par amour charitable te pry, conseille
et requier la seconde fois par ceste moye cedule que ton
dessusdit erreur tu vueilles corrigier, desdire et amender
enuers le tresexcellent et irreprehensible docteur en saincte
diuine escripture, hault philosophe et en toutes les sept ars
20 liberaux, clerc tresperfont, que si orriblement oses et presumes
corrigier et reprendre a sa grant charge et aussi enuers ses
vrais et loyaulz disciples Monseigneur le preuost de Lysle
et moy et aultres, et confesser ton erreur. Et nous arons
pitié de toy et te prendrons a mercy en te baillant penitence
25 salutaire. Et de ce auec la response de mon aultre lettre te
plaise moy ta bonne voulenté faire sauoir a ton aise et loisir,
auant que ie me mette en peine d’escripre encontre tes faulses
(sauue ta reuerence) escriptures, que de lui tu as voulu escripre.
Et se ores et aultreffois, quant ie te escripray, te appelle en singulier,
30 ne te desplaise, ne le me imputes a arogance ou orgueil,
car c’est et a esté tousiours ma maniere, quant j’ay escript a
mes amis, especialment quant sont lettrés. Dieux vuelle
briefment ramener ton cuer et entendement a vraye lumiere
et cognoiscence de verité, car ce seroit dommage se plus demouroies
35 en tel erreur soubz les tenebres [fol. 92 verso a]
d’ignorance. Escript ce jeudi XV iour de septembre.
le tien Gontier Col.
_Cy apres s’ensuit la response enuoyee au dit maistre Gontier
Col._
[Document VI. Notes]
[l. 1] Ms. A.
[l. 6] (pour) a C.
[l. 8] (et je) et pour ce que je C.
[l. 11] (folie ou demenance) folie ou demenance trop grant A folie
ou dememance trop grant B folie C folie ou demence D E.
[l. 16] (fois) _wanting_ C.
[l. 18] (et) _wanting_ B C.
[l. 23] (aultres) _preceded by_ les D.
[l. 24] (en te baillant) en toy baillant C.
[l. 27] (en peine d’) a C D E.
[l. 28] (tu) _wanting_ A.
(as) a D.
[l. 29] (se) si E.
[l. 31] (tousiours) _preceded by_ de B D.
[l. 37] (le tien Gontier Col) _wanting_ C D E.
[37] Eunucus Beck suggests _ethnicus_ with reference to St. Matthew’s
gospel, XVIII, 15 sqq.
VII.
CHRISTINE’S REPLY TO NO. VI.
Christine
A tresnoble et souffisant personne, maistre Gontier Col,
secretaire du roy nostre sire.
O clerc soubtil d’entendement philosophique, stillé es
5 sciences, prompt en polie rethorique et subtilité poetique, ne
vueilles par erreur voulontaire reprendre et reprouuer ma
veritable opinion justement meue pourtant, s’elle n’est a ta
plaisance. Et comme i’ay sceu par tes premieres lettres a
moy enuoiees, tu desirant auoir la copie d’un petit traictié en
10 maniere d’epistre de par moy ja enuoyé a sollennel clerc,
monseigneur le preuost de Lisle, ouquel est traictié et dit au
long, selons l’estendue de mon petit engin, l’oppinon de moy
tenue a la siene contraire de la grant louenge qu’il attribue
a la compilacion du Romans de la Rose, comme il m’apparu
15 par un sien dictié adrecé a un soubtil clerc docteur sien ami
contraire a sa dicte oppinion a laquelle la moye se confere, et,
pour vouloir emplir ton bon mandement, le t’ay enuoyé. Parquoy,
apres la veue et visitacion d’ycellui comme ton erreur
pointe et touchee de verité, meu de impatience m’as escript
20 tes deusiesmes lettres plus iniurieuses reprochant [fol. 92 verso
b] mon femenin sexe, lequel tu dis passioné comme par nature
et meu de folie et presompcion d’oser corrigier et reprendre si
hault docteur, si gradué et tant sollennel, comme tu claimes
l’aucteur d’ycellui. Et de ce moult m’enortes que ie m’en desdie
25 et repente et mercy piteuse sera encore vers moy estendue, ou
se non, de moy sera fait comme du publican, etc. Ha! homme
d’entendement ingenieux, ne sueffres a propre voulenté tenir
close la soubtilleté de ton engin! Regardes droit selon voye
theologienne la plus souueraine, et tu tant ne condempneras
30 mes diz ainsi comme les ay escrips, et considereras se louenge
affiert es pas particuliers que ilz reprennent. Et toutefois
soit bien de toy notté en toutes pars quelz choses je condempne
et quelles non. Et se tu tant desprises mes raisons pour la
petitece de ma faculté, laquelle tu me reproches de dire comme
35 femme passionnee, etc., saches de voir que ce ne tiens ie a
villenie ou aucun reproche pour le renconfort de la noble memoire
et continuele experience de tresgrant foison vaillans femmes
auoir esté et estre tresdignes de louenge et en toutes vertus
apprises, auxquieulx mieulx vouldroie ressembler que estre
40 enrichie de tous les biens de fortune. Mais encore, se a toutes
fins veulz pour ce amenuisier mes vehementes raisons, vueilles
toy reduire a memoire que une petite pointe de ganiuet ou
coutelet puet percier un grant sac plein et enflé de materieles
choses. Et ne sces tu que une petite mustellete assault un
45 grant lion et a la fois le [fol. 93 a] desconfist? Si ne cuides
aucunement moy estre meue ne desmeue par legiereté par quoy
soye tost desdicte, ja soit ce que en moy disant villennie me
menaces de tes soubtilles raisons, lesquelles choses sont communement
espouentement aux couars. Mais afin que tu
50 puisses retenir en brief ce que au long ay autrefois escript, je
dis derechief et replique et triplique tant de fois comme tu
vouldras que le dit intitulé Romant de la Rose, nonobstant y
ait de bonnes choses (et de tant est le peril plus grant comme
le bien y est plus autentique, comme autrefois ay dit) mais,
55 pour ce que nature humaine est plus descendent au mal, je dis
qu’il puet estre cause de mauuaise et peruerse exortacion en
tresabhominables meurs, confortant vie dissolue, doctrine
pleine de deceuance, voie de dampnacion, diffameur publique,
cause de souspeçon et mescreandise et honte de pluseurs personnes
60 et puet estre d’erreur; et tresdeshonneste lecture en
pluseurs pars. Et tout ce ie vuel et ose tenir et maintenir
partout et deuant tous et prouuer par lui mesmes et m’en raporter
et attendre au iugement de tous iustes preudeshommes,
theologiens et vrays catholiques, et gens de honneste et saluable
65 vie.
la tienne Christine de Pizan.
[Document VII. Notes]
[Ms A.]
[l. 1] (Christine) _wanting_ C D E.
[l. 2] (tresnoble) tresnotable A tresnottable B.
[l. 6] (reprouuer) reprimer C.
[l. 15] (adrecé) adrecant B.
[l. 20] (deusiesmes) secondes C.
[l. 24] (aucteur) acteur C D E.
[l. 25] (repente) me repente C.
[l. 26] (homme d’entendement) hault entendement C D E.
[l. 32] (soit bien) _interverted_ A B.
(je condempne) j’ay condempnees A.
[l. 39] (vouldroie) _followed by_ plustost A.
[l. 44] (mustellete) motelle B moustelle C.
[l. 46] (desmeue) demennee A.
[l. 50] (ce que) _followed by_ plus A.
[l. 52] (intitulé) _followed by_ le A.
[l. 53] (tant) _followed by_ y C.
[l. 56] (mauuaise) mauuaistié C.
[l. 58] (publique) plublique [sic] A.
[l. 62] (tous) _followed by_ publiquement A.
(3. et) _wanting_ A B D E.
[l. 66] (Christine de Pizan) Christine C. _Followed_ in mss. C D E
by Explicit (cy finent D) les epiltres (epistres E) sur (sus E) le
rommant de la rose.
VIII.
CHRISTINE’S DEDICATORY EPISTLE TO THE QUEEN OF FRANCE.
[Fol. 87 a] CI COMMENCENT LES EPISTRES DU
DEBAT SUR LE ROMANT DE LA ROSE ENTRE NOTABLES
PERSONNES, MAISTRE GONTIER COL, GENERAL
CONSEILLIER DU ROY, MAISTRE JEHAN JOHANNES,
5 PREUOST DE LILLE, MAISTRE PIERRE COL,
ET CHRISTINE DE PIZAN.
La premiere epistre, a la royne de France.
A tresexcellent, treshaulte, et tresredoubtee princesse,
madame Ysabel de Bauiere, par la grace de dieu royne de
10 France.
Treshaulte, trespoissant et tresredoubtee dame, toute
humble recommendacion mise auant toute œuure. Et comme
ie aye entendu que vostre tres noble excellence se delicte
a ouir lire dictiez de choses vertueuses et bien dictes, laquelle
15 chose est accroisement de vertus et bonnes meurs a vostre
noble personne; car si comme dit un sage: vertus auec vertus,
sagece auec noblece rendent la personne reuerend, qui puet
estre entendue perfaicte. Et ma tresredoubtee [dame], pour
ce que telle vertu est trouuee en vostre noble entendement,
20 est chose conuenable que dictiez de choses esleues vous soient
presentés comme a souueraine. Pour tant moy simple et
ignorant entre les femmes, vostre humble chamberiere soubz
vostre obeissance, desireuse de vous seruir, se tant valoye en la
confiance de vostre benigne humilité, suis meue a vous enuoier
25 les presentes epistres, esquelles, ma tresredoubtee dame, s’il
vous plaist me tant honnorer que ouir les daigniez, pourrez
[fol. 87 b] entendre la deligence, desir et voulenté, ou ma
petite poissance s’estent, a soustenir par deffences veritables
contre aucunes oppinions a honnesteté contraires et aussi l’onneur
30 et louenge des femmes, laquelle pluseurs clers et autres
se sont efforcés par leurs dictiez d’amenuisier, qui n’est chose
loisible ne a souffrir ne soustenir. Et combien que foible soie
pour porter tel charge contre si soubtilz maistres, non obstant
ce, comme de verité meue ainsi com ie sçay de certaine science
35 leur bon droit estre digne de deffence, mon petit entendement
a voulu et veult soy emploier, comme ycy appert et en autres
miens dictiez, a debatre leurs contraires et accusans. Si
suppli humblement vostre digne haultece que a mes raisons
droicturieres, non obstant que ne les sache conduire et mener
40 par si beau language comme autre mieulz le feroit, y vueilliez
adiouster foy et donner faueur de plus dire se plus y sçay; et
tout soit fait soubz vostre sage et benigne correction. Treshaulte
et tresexcellent, ma tresredoubtee dame, je pri la vray
Trinité qu’il vous octroit bonne vie et longue et accomplissement
45 de tous voz bons desirs.
Escript la veille de la chandeleur, l’an mil c/iiii et un.
La toute vostre treshumble creature--
CHRISTINE DE PIZAN.
[Document VIII. Notes]
[l. 1] (Ms. A) (commencent) commence le liure des epistre B.
(Ci commencent) Apres s’ensuiuent C.
[l. 2] (sur) sus B E.
[l. 4] (du roy) _followed by_ nostre sire & A.
[l. 3-4] (general conseillier du roy, maistre Jehan Johannes)
_wanting_ B. There is the slight change in order in B that le
preuost de Lisle is mentioned before maistre Gontier Col.
[l. 5] (maistre Pierre Col) _wanting_ C D E (which do not contain
letters to or by this personage).
(Pierre Col) _followed by_ son frere B (cf. change of order
mentioned above).]
[l. 6] (Christine) _preceded by_ damoiselle C.
[l. 7] (La premiere epistre a la royne de France) _followed by_
Christine B. (a la royne de France) _wanting_ C.
[l. 8] (princesse) damece A.
[l. 11] (Treshaulte) _preceded by_ A, C.
[l. 13] (excellence) personne A.
[l. 14] (lire) les C.
(dictiez) redictiez C.
(dictes) dites B dictiés C D.
[l. 18] (tresredoubtee) _followed by_ dame D.
[l. 24] (suis) _followed by_ suis (sic) A.
[l. 25] (dame) _wanting_ C.
[l. 32] (1. ne) _wanting_ A.--_followed by_ a B D.
[l. 41] (foy et donner) _wanting_ C.
[l. 42] (soubz) _wanting_ B.
[l. 43] (la) _preceded by_ a D E.
[l. 44] (qu’il) que B E.
[l. 46] (la veille) _followed by_ de la veille (sic) D.
(c/iiii) quatre cens C.
IX.
CHRISTINE’S DEDICATORY EPISTLE TO GUILLAUME DE TIGNONVILLE.
La seconde epistre.
A mon treschier seigneur, noble cheualier et sage, messire
Guillaume de Tignonville, preuost de Paris.
A vous monseigneur le preuost de Paris par la grace de
5 dieu et prouidence de vostre bon sens esleu a si digne siege et
office comme garde de si haulte iustice, recommendacion auec
obeissance premise, de par moy Christine de Pizan, foible d’entendement
et la mendre des femmes desireuses vie honneste!
Sauoir vous fais que soubz la fiance de vostre sagece et valeur
10 suis meue a vous segnefier le debat gracieux et non haineux
meu par oppinions contraires entre sollenneles personnes,
maistre Gontier Col, a present general conseillier du roy nostre
sire, et maistre Jehan Johannes preuost de Lisle et secretaire
du dit seigneur, duquel dit debat vous pourrez ouir les premisses
15 par les epistres enuoyees entre nous, et par les memoires,
qui de ce feront cy apres mencion. De laquelle chose, tressage
preuost, je supplie vostre humilité que non obstant les laborieuses
occupacions de plus grandes et necessaires negoces,
vous plaise par maniere de soulas vouloir entendre les raisons
20 de nos discors. Et auec ce suppli la bonne discrete consideracion
de vostre sauoir que vueille discuter et proprement eslire
le bon droit de mon opinion, non obstant ne le sache viuement
disvulguer ne mettre en termes consonans et propices a la
deffense de mon dit droit, si comme aultre mieulx le scaroit.
25 Pour ce requier vous tressauent que par compassion de ma
femmenine ignorance vostre humblece s’encline a ioindre a
mes dictiez vraies opinions par si que vostre sagece me soit
force, aide, deffence et appuial contre si notables et esleus
maistres, desquelz les soubtilles raisons aroient en petit d’eure
30 mis au bas ma iuste cause par faulte de sauoir soustenir. Et
pour ce, comme bon droit ait mestier d’aide, soubz vostre
aliance soie plus hardiement inanimee de continuer la guerre
encommencee contre les diz poissans et fors, et de ce vous
plaise n’estre reffusant pour consideracion de leur grant faculté
35 et la moye petite, comme vostre bon sens soit expert qu’il
appartiengne a vostre office soustenir en tous cas la plus foible
partie par si que cause ait iuste. Aussi, chier seigneur, ne vous
soit a merueille, pour ce que mes autres dictiez ay a coustume
a rimoyer, cestui estre en prose. Car comme la matiere ne le
40 requiere autressi, est droit que je suiue le stile de mes assaillans,
combien que mon petit sauoir soit pou respondent a leur belle
eloquence. Si vous ottroit paradis cil qui toutes choses a
crees.
_Comme ja pieça paroles fussent meues entre monseigneur le
45 preuost de Lisle, maistre Jean Johannes, et Christine de Pizan
touchans traictiez et liures de pluseurs materes, esquelles dictes
paroles le dit preuost ramentut le Romant de la Rose en lui
attribuant tresgrant et singuliere louenge et grant digneté, de
laquel chose en repliquant et assignant pluseurs raisons la dicte
50 dist que (sauue sa reuerence) si grant louenge ne lui appartenoit
aucunement selon son avis._
ITEM.--_Apres pluseurs jours enuoya le dit preuost a la dicte
Christine la copie de une epistre, laquelle adreçoit a un sien ami,
notable clerc, lequel dit clerc meu de raison estoit de la meismes
55 oppinion de la dicte contre le dit romans, et pour lui ramener
auoit le dit preuost escript la dicte epistre, moult notablement
aournee de belle rethorique, et pour estre en deux pars valable,
enuoya a elle icelle._
ITEM.--_Comme la dicte veu et consideré la dicte epistre
60 rescript audit preuost si comme cy apres pourra estre veu._
ITEM.--_Comme apres ces choses venist a cognoiscence a
notable personne maistre Gontier Col, que la dicte Christine auoit
escript contre le dit Romant de la Rose, lequel comme inanimez
contre elle lui escript la present epistre qui s’ensuit._ [_i. e. Cf.
65 III supra_].
[Document IX. Notes]
[l. 1] Ms. A. (La seconde epistre) _as a heading_ A _only_.
[l. 7] (de Pizan) _wanting_ A E.
[l. 10] (segnefier) signifier B C D.
[l. 13] (sire) seigneur B.
(Lisle et) Lille et C, Lisle B E, Lile D.
[l. 14] (2. dit) _wanting_ D.
[l. 16] (de ce feront cy apres mencion) de ce apres feront mencion
B D E.
[l. 31] (pour) par B C D E.
(pour ce ... mestier) par ce que comme leur bon droit ait mestier B.
[l. 36] (office) _followed by_ de A.
[l. 38] (a) _wanting_ A.
(merueille) merueilles D.
(ay a coustume) ay acoustumez E.
[l. 49] (la dicte) la dite Christine B, la dicte Christine D.
[l. 52] (enuoya) _follows_ preuost B D.
(la dicte) _wanting_ B.
[l. 54] (dit clerc) _wanting_ B.
[l. 55] (romans, et pour lui ramener auoit le dit) _wanting_ D.
[l. 58] (a elle icelle) a la dicte Christine ycelle A, a la dicte
Christine ycellui B.
[l. 59] (la dicte veu) Christine veu A B.
[l. 63] (dit) _wanting_ A.
(lequel comme ... escript) si luy enuoya A.
(comme) _wanting_ B.
X.
GERSON’S TRACTATUS.
JOANNIS GERSONII
_Doctoris & Cancellarii Parisiensis_
TRACTATUS,
CONTRA
ROMANTIUM DE ROSA,
_Qui ad illicitam Venerem & libidinosam amorem utriusque status homines
quodam Libello excitabat._
Matutino quodam tempore paulò antequàm evigilasset
igneum meum cor, mihi visum est volare pennis & aliis diversarum
cogitationum de loco uno ad alium, ad Curiam usque
sanctæ Christianitatis; talem quidem, qualis esse solet.
5 Illic erat Justitia Canonica & legalis, Throno æquitatis insidens,
sustentata hàc Misericordiâ, illàc verò Veritate. Justitia manu
sua dextra sceptrum tenebat remunerationis, levâ verò scindentem
gladium punitionis. Oculos habebat vivos, honorabiles,
& matutinâ stellâ, immò verò sole ipso splendidiores. Pulchra
10 erat ejus societas; ex uno enim latere sapientissimum suum erat
Consilium, & in circuitu universa nobilis sua Societas, militia &
omnium virtutum Baronatus, quæ filiæ sunt propriæ Dei &
liberæ voluntatis, ut sunt Charitas, Fortitudo, Temperantia,
Humilitas, & aliæ in magno numero. Caput Consilii, & veluti
15 miles, subtile erat Ingenium, firma societate Domini Rationi
sapienti junctum. Secretarii ejus erant Prudentia & Scientia.
Fides bona Christiani, & Sapientia divina, atque coelestis de
stricto, seu secreto erant Consilio. In auxilium earum erant
Memoria, Providentia, bonus Sensus, & alii complures. Eloquentia
20 Theologica, quæ mediocris & temperati erat sermonis,
se Curiæ gerebat Patronum, sive Advocatum. Causarum
Promotor Conscientia nominabitur; nihil enim est, quin ipse
sciat & deferat.
Cum sic delectarer, magna quidem admiratione, omnem
25 pulchrum ordinem Curiæ istius Christianitatis & Justitiæ jus
tribuentis contemplando: vidi (ut mihi videbatur) Conscientiam
exurgere, quæ ex officio suo Curiæ causas promovet, cum
jure, quòd se Magistrum gerebat Requestarum. Conscientia
in manu sua, & in sinu suo multas habebat supplicationes.
30 Inter alias erat quædam, cujus singula memoriæ teneo verba,
quæ continebat miserandam querimoniam pulcherrimæ &
purissimæ Castitatis. Quæ quidem Castitas nunquam dicere
voluit, aut cogitare aliquam turpitudinem, nec immunditiam.
Justitiæ legali, locum Dei in terra tenenti, & universæ
35 Curiæ suæ religiosæ, devotæ & Christianissimæ supplicat humiliter,
& conqueritur Castitatis legitima vestra subdita, ut
remedium ponatur, & brevis provisio de intolerabilibus
forefactis, quæ mihi intulit, necdùm inferre cessat, quidam
fatuus, Amator appellari volens. Et hi sunt Articuli.
40 _Articulus Primus._
Fatuus hic Amator omnem adhibet conatum, ut me de
terra expellat, quæ innocens sum, & bonas meas custodes, quæ
sunt Verecundia, Pudor & Damnum, quod quidem Damnum
bonus est janitor, quæ nec auderent nec dignarentur concedere
45 unicum quidem turpe osculum, aut dissolutum aspectum, aut
attrahentem risum, seu verbum leve. Et hoc facit per maledictam
quandam vetulam diabolo pejorem, quæ docet, monstrat,
& adhortatur, qualiter juveniles virgines omnes corpus
earum vendere debent citò, & charè, absque pavore, & sine
50 verecundia: nec magni pendant fallere, aut pejerare, modò
semper aliquid inde assequantur. Nec curant, aut damnum
aliquod judicant, si festinent se citò prosternere, intereà dùm
pulchræ sunt, omni turpitudini, & carnalitatis immunditiæ,
sive Ecclesiasticis, sive laïcis, sive Presbyteris, absque ullo
55 discrimine.
_Articulus Secundus._
Reprobare vult Matrimonium sine ulla exceptione, per
contemptum quendam suspiciosum, odiosum, & litigiosum,
tam per seipsum stultum amatorem, quàm per aliqua adversariorum
60 meorum. Et potiùs consulit, ut quisquam se suspendat,
submergat, aut peccata faciat, quæ nominari non
debent, quàm se Matrimonio jungat. Et vilipendit omnes
mulieres, nullam excipiendo, ut eas reddat odiosas viris omnibus,
eo quidem pacto, ne velint capere eas in fidem Matrimonii.
65 _Articulus Tertius._
Vilipendit homines juvenes, qui se dedunt Religioni.
Ideò dicit semper eos tendere, ut eorum exuant naturam, &
hoc in meum est præjudicium, specialiter enim dedicata sum
Religioni.
70 _Articulus Quartus._
Jacit undique ignem ardentiorem, & magis fœtidum,
quàm sit ignis græcus, & sulphureus. Jacit, inquam, ignem
luxuriosorum verborum, immundorum & prohibitorum, interdùm
nomen Veneris, Cupidinis aut Genii, sæpiùs proprio
75 suo nomine, per quod ardent, & comburuntur pulchræ
meæ domus & habitationes, sacrata templa mea humanarum
animarum, & turpissimè dejicior.
_Articulus Quintus._
Infamat Dominam Rationem, bonam meam Magistram,
80 imponendo ei talem rabiem, & turpe vituperium, quòd loqui
consulat nudè, illotè & turpiter, juxta libidinem, sine verecundia,
de omnibus rebus, quantumcumque abominabilibus,
aut erubescendis, ut dicantur, aut fiant, & inter personas
quidem admodùm dissolutas, & mihi adversas, heu! Si mihi
85 utique parcere non vellet, quidnam mali contra eum egit
Ratio? Attamen ita est. Profectò prælium movet in omnes
virtutes.
_Articulus Sextus._
Cùm loquitur de rebus sanctis, divinis & spiritualibus;
90 &c. mox immiscet verba dissolutissima, ad omnemque immunditiam
moventia. Et tamen immunditia non ingredietur
Paradisum tale, quale ipse describit.
_Articulus Septimus._
Promittit Paradisum, gloriam, & præmium, omnibus his,
95 qui carnalia opera complebunt, præsertim non in Matrimonio:
consulit enim in propria sua persona, & ad suum exemplum
cum omnibus modis feminarum indifferenter congredi, &
periculum facere; maledicitque omnibus his, qui sic non
fecerint, saltem his omnibus, qui me recipient, & conservabunt.
100 _Articulus Octavus._
Nominat in persona sua partes corporis inhonestas, &
peccata immunda atque turpia, per verba sancta & sacrata;
veluti si omnia talia opera res essent divinæ, & sacratæ,
ac odorandæ, etiam si non fiant in Matrimonio, sed fiant
105 per fraudes & violentias.
Nec contentus est supradictis injuriis publico undique ore
dictis, sed & eas curavit juxtà posse suum tàm scribi & depingi
curiosè, & pretiosè ad citiùs alliciendas personas, ut eas audiant,
videant, & contineant. Sed adhuc pejus restat: ut
110 enim subtiliùs falleret, mel miscuit veneno, saccarum intoxicationi,
serpentes veneficos sub viridi verbo devotionis latentes,
& hoc facit congregando materias diversas, parùm sæpiùs ei
conducendas, nisi ad supradictam causam, & ut meliùs illi fides
adhiberetur, & majoris esset autoritatis, quantò plura appareret
115 eum vidisse, & ad majorem operam studiis impendisse.
Supplico igitur, Domina Justitia, de festinanti, & convenienti
remedio, & provisione super his omnibus injuriis, & aliis majoribus,
quas parva præsens non solùm continet supplicatio,
verumetiam Liber ejus fidem facit multò majorem, quàm
120 foret necessarium.
Posteaquam hæc Castitatis supplicatio lecta fuit distinctè
& in aperto, illic percipere potuisses universum Consilium, &
omnem nobilem militiam, quæ in vultu suo & apparatu, indignationem
præ se ferebat. Attamen tanquam sapiens &
125 temperata dixit, quòd pars altera audienda esset: sed quoniam
fatuus amator, cùm accusatus esset, non aderat (transierat
enim passum altum, à quo nullus regreditur) interrogatur,
si in Curia Christianitatis sint aliqui Procuratores, fautores,
aut faventes cuicumque illi.
130 Tum ecce magna turba & homines sine numero, juvenes
& senes, omnium sexuum & ætatum, qui non servando
ordinem, sed distortè, & ex transverso voluerunt, unus quidem
excusare, alius tutari, alius laudare eum, alius veniam quærebat
ob juventutem & stultitiam, allegando illum amatorem pœnitentiâ
135 ductum fuisse, quando scripsit. Feci, inquit, in juventute
mea varia dicteria per vanitatem. Alius eum sustinebat,
eò quod talis fuerit & tam notabiliter eruditus, & quia in
loquela Gallica non habuit similem: aliqui ob eam causam,
quòd tam aptè veritatem dixerat de omnibus statibus, non
140 parcendo Nobilibus, non ignobilibus, patriis, nationi, nec
seculo, nec Religioni. Et quid mali est (ait unus inter alios
consultior) quid mali est, precor, si homo iste talium sensuum,
talis studii, & famæ talis, componere voluerit Librum, in quo
introducuntur personæ magno artificio, unaquæque secundùm
145 jus suum, & proprietatem loquentes? Nonne dicit Propheta
in persona fatui, Deum non esse? Et Sapiens Salomon, nonne
specialiter totum Ecclesiasticen tali tenore composuit? Ideoque
salvatur, & defenditur à centum erroribus, qui eo in Libro
scripti reperiuntur. Si hic amator levibus verbis usus sit,
150 conditio est Veneris, vel Cupidinis, aut fatui cujusdam amatoris,
quem repræsentare volebat per verba, quæ trahi possent
ad malum. Veruntamen nonne leguntur, quæ loquebatur
Salomon in Canticis suis modo amatorio per verba? Si dicat
in persona Rationis omnia nominari debere suis nominibus,
155 videntur ejus motiva. Sed quid mali est in nominibus, qui
non ibi immoratur? Nomina sunt sicut alia nomina, posteaquàm
ergò per unum nomen una res intelligitur, & per aliud
illa eadem, quid obesse potest per quod nomen res detur intelligi?
Certum est in natura nihil turpe esse. Turpitudo
160 enim solùm est ex peccato, de quo tamen verba fiunt quotidiè
per propria ejus nomina, sicut de homicidio, furto, fraudibus,
& rapinis. Demùm si locutus fuerit de Paradiso, & de rebus
devotis, quarè vilipenditur de hoc, de quo laudari meritò
deberet? Sed esto aliquid mali in Libro suo sit, non dubium
165 est, multo plùs boni illic esse. Sumat unusquisque bonum,
& malum dimittat. Expressè testatur, se solùm in malos viros,
& mulieres invehere, & quisquis se senserit reum & culpabilem,
vitam suam emendet. Nec etiam est adeo sapiens, quin
quandoque erret; quinimmò & magnus erravit Homerus, &
175 hoc potiùs flectere, & inclinare debebit ad veniam, & benignitatem
sapientem hanc Christianitatis Curiam. Constat
divum Aurelium Augustinum, & ferè omnes alios Doctores in
quibusdam punctis errasse, qui tamen non sunt accusati ob id,
neque condemnati, verùm honorati. Et profectò non habere
175 debet in suo serto pulchram rosam, qui rosam hanc vituperat,
qui se nominat _Romantium de Rosa_.
Ad hæc verba facilè videbatur amicis, aut fautoribus,
fatui amatoris causam suam esse justam, & obtinuisse victoriam
neque responderi posse ad dicta. Unus arridebat alteri, &
180 sese mutuo intuebantur, cachinumque facientes, diversa signa
ostendebant.
Tum Eloquentia Theologica, quæ Christianæ Curiæ Advocata
est, ad petitionem tùm Conscientiæ, tùm Castitatis,
admodùm sibi dilectæ; ob rationem etiam officii sui, in pedes
180 sese erexit, pulchro quidem gestu, & modo temperato, autoritate
magna, & veneranda gravitate.
Ipsa tanquam sapiens, & probè docta, postquàm faciem
suam paulisper deorsùm declinasset, instar hominis cogitabundi,
maturè & securè suspexit, vertensque intuitum suum
190 ad Justitiam, ad omnemque ejus comitativam, aperuit os
suum, & sonora voce, suavi & mediocri sic orsa est, causamque
suam sic coepit defensare.
Optarem, si Deo libitum esset, quem tu jam repræsentas, ô
Domina Justitia, Auctorem qui hîc accusatur, in propria
195 persona præsentem adesse, redeundo de morte ad vitam. Nec
enim tunc opus esset verba multiplicari, nec Curiam prolixa
accusatione occupari. Opinor enim, quòd velociter, ultrò,
& æquo animo delictum suum fateretur, veniamque pro delicto
satisfaciendo esset petiturus. Ad id præsumendum multæ me
200 movent conjecturæ, præcipuè verò illa, quam nonnulli
allegarunt, quòd adhuc superstes, & vivens pœnitentiam
egerit, Librosque interea de vera Fide, & sancta doctrina,
ediderit, atque excuderit. Adsum illi testis (quantum damnum
fuit) juventutem, aut malam aliam inclinationem, illum
205 fellisse Clericum, atque induxisse inutiliter, & nimis vagè ad
hanc reprobam levitatem, subtile suum ingenium, magnam
scientiam, servens studium, pulchram eloquentiam in rithmis
atque fictionibus. Utinam melius his usus fuisset, heu! bone
amice & vir subtilis, heu! nonne erant sufficientes in mundo
210 fatui amatores, etiamsi te huic turbæ non admisceres?