VIII

_Sur les avertissements donnés par M. Guizot au gouvernement du Roi,

quant au traité du 15 juillet 1840_.

1º _Extrait du Journal_ le Siècle, _numéro du mercredi 29 juillet

1840_.

«Nous trouvons dans la _Gazette d'Augsbourg_ une correspondance de

Paris, en date du 15 juillet, qui prouve que le ministère s'attendait

à la rupture qui vient d'éclater entre la France et l'Angleterre.

«M. Guizot, qui s'était imaginé qu'il parviendrait à amener lord

Palmerston à son opinion, partage maintenant l'opinion de M. Thiers et

rend justice à son esprit de prévision. Il écrit qu'il se passe depuis

quelques jours à Londres certaines choses dont il ne peut se rendre

un compte exact, mais qu'il voit bien que lord Palmerston, après lui

avoir donné l'assurance que la question d'Orient l'ennuyait, a entamé

l'affaire sans la résoudre, mais il ignore de quelle manière et

dans quel sens le noble lord a agi. Toutefois M. Guizot conseille au

gouvernement de se tenir sur ses gardes afin de ne pas être pris à

l'improviste. Il invite le président du conseil à prendre toutes les

mesures nécessaires pour ne pas être forcé de jouer un rôle secondaire

dans le drame qui peut-être ne fait que commencer. Cette prévision est

digne d'éloges. En attendant, M. Thiers ne s'est pas laissé endormir

comme M. Guizot. Il a toujours agi en homme qui a confiance en

lui-même et qui veut suivre d'un pas ferme la voie politique dans

laquelle il est une fois entré. La mission du jeune Périer dont j'ai

parlé hier, et dont le but principal est de veiller à la sécurité

des Français en Égypte et en Syrie, aussitôt que la lutte s'engagera

sérieusement avec Méhémet-Ali, prouve que M. Thiers a dû juger les

choses du véritable point de vue, en les considérant comme de nature à

amener les résultats les plus graves.»

2º _Extrait du Journal_ le Constitutionnel, _numéro du lundi 3 août

1840_.

«La _Gazette d'Augsbourg_ annonçait dernièrement que notre ambassadeur

à Londres avait été pris à l'improviste par la conclusion du quadruple

traité. Ce fait n'est pas exact, et nous tenons à le démentir

hautement. M. Guizot n'a pas été surpris. Il n'a jamais espéré qu'il

ramènerait lord Palmerston à son avis; il a au contraire toujours

averti son gouvernement de la persistance du ministère anglais, et

rien de ce qui se passait et rien de ce qui se préparait ne lui

a échappé. Il ne faut pas confondre ce qui est très-différent.

Le gouvernement français se plaint de n'avoir pas été prévenu

officiellement; mais il est loin d'accepter le rôle de dupe que

l'orgueil de lord Palmerston serait sans doute flatté de lui

attribuer. Les informations n'ont jamais manqué au gouvernement

français, mais il était de son honneur de ne pas admettre qu'on pût

aller jusqu'au bout sans lui en donner avis.»

Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps (Tome 5) · 第 32 / 67 题