IV

EXTRACT OF A DISPATCH FROM LT-GENERAL SIR HUDSON LOWE TO EARL

BATHURST, DATED ST-HELENA, 14 MAY 1821.

... The heart which had been... preserved in spirits of wine was put

into a small silver Vase, the stomach in another, and both placed in

the coffin with the body.

Mr. Rutledge, assistant surgeon of the 20th regiment, was the person

who soldered up the vases in which the heart and stomach were placed,

and saw them put into the coffin, the undertakers being also present.

The body, when deposited in the coffin, was dressed in the plain

uniform of a French colonel of chasseurs.

The coffin, at the particular desire of Count Montholon, was

constructed as follows:

1stly A plain coffin lined with tin;

2dly A lead coffin;

3dly A mahogany coffin.

Count Montholon wished to have the words «Napoléon, né à Ajaccio 15

août 1769, mort à Sainte-Hélène 5 mai 1821» inscribed on it. I wished

the Word «Bonaparte» to be inserted after «Napoléon;» to this

Count Montholon objected, and therefore no inscription whatever was

placed on it.

The grave was formed in the following manner:

A large pit was sunk, of a sufficient width all round to admit of a

wall two feet thick of solid masonry being constructed on each side;

thus forming an exact oblong, the hollow space within which was

precisely twelve feet deep, near eight long and five wide. A bed of

masonry was at the bottom. Upon this foundation supported by eight

square stones, each a foot in height, there was laid a slab of white

stone five inches thick; four other slabs of the same thickness closed

the sides and ends, which, being joined at the angles by Roman cement,

formed a species of stone grave or sarcophagus. This was just of depth

sufficient to admit the coffin being placed within it. Another large

slab of white stone, which was supported on one side by two pullies,

was let down upon the grave after the coffin had been put into it, and

every interstice afterwards filled with stone and Roman cement.

Above the slab of white stone which formed the cover of the stone

grave, two layers of masonry strongly cemented and even cramped

together, were built in, so as to unite with the two foot wall which

supported the earth on each side, and the vacant space between this

last work of masonry and the surface of the ground, being about eight

feet in depth, was afterwards filled up with earth. The whole was then

covered in, a little above the level of the ground, with another bed

of flat stones whose external surface extending to the brink of the

two feet wall on each side of the grave, covers a space of twelve feet

long and nine feet wide.

A guard has been placed over the grave.

The spot chosen is not devoid of a certain interest. The fountain near

it is the one from which General Bonaparte was supplied with water

daily for his own private use, brought to him every morning in two

silver bottles of his own by a Chinese servant of the house. It is

one of the finest springs on the island. Two very large willow trees

overshadow the tomb, and there is a grove of them at a little distance

below it. The ground is the property of a Mr. Forbett, a respectable

tradesman of this island, who has a little cottage close adjoining to

it. He assented with great readiness to the proposition of the body

being buried there. I shall cause a railing to be put round the whole

of the ground, it being necessary even for the preservation of the

willows, many sprigs from which had already began to be taken by

different individuals who went down to visit the place after the

corpse was interred.

EXTRAIT D'UNE DÉPÊCHE ADRESSÉE PAR LE LIEUTENANT GÉNÉRAL SIR HUDSON

LOWE AU COMTE BATHURST, EN DATE DE SAINTE-HÉLÈNE, 14 MAI 1821.

... Le coeur, qui avait été conservé dans l'esprit-de-vin, fut mis

dans un petit vase en argent, l'estomac dans un autre, et tous deux

furent placés dans le cercueil avec le corps.

M. Rutledge, aide-major du 20e régiment, fut chargé de souder les

vases où étaient placés le coeur et l'estomac, et les vit déposer

dans le cercueil, les entrepreneurs des pompes funèbres étant aussi

présents.

Le corps, lorsqu'on le déposa dans le cercueil, fut revêtu d'un

uniforme de petite tenue de colonel des chasseurs de l'armée

française.

Le cercueil, conformément au voeu particulier du comte Montholon, fut

disposé comme suit:

1º Un cercueil ordinaire bordé d'étain;

2º Un cercueil de plomb;

3º Un cercueil d'acajou.

Le comte Montholon désira que les mots suivants fussent inscrits

sur le cercueil:«Napoléon, né à Ajaccio, 15 août 1769; mort à

Sainte-Hélène, 5 mai 1821.» Je désirais que le mot «Bonaparte» fût

inséré après celui de «Napoléon.» Mais le comte Montholon y fit des

objections, et en conséquence aucune inscription ne fut placée sur le

cercueil.

Le tombeau fut disposé de la manière suivante:

Une vaste fosse fut creusée, d'une largeur suffisante en tout sens

pour permettre d'y construire un mur de deux pieds d'épaisseur de

maçonnerie solide sur chaque côté de la fosse, formant ainsi une

enceinte oblongue et régulière, à l'intérieur de laquelle était un

espace vide de douze pieds de profondeur, et d'environ huit pieds de

long sur cinq de large. Une couche de maçonnerie occupait le fond

sur ces fondements, et sur huit supports en pierre, carrés, et hauts

chacun d'un pied, fut posée une plaque de pierre blanche, épaisse de

cinq pouces; quatre autres plaques de la même épaisseur servaient de

clôture sur les côtés et aux extrémités, et, jointes aux angles par

du ciment romain, formaient une espèce de tombe en pierre ou de

sarcophage. Ce sarcophage était d'une profondeur exactement calculée

pour recevoir le cercueil qui y fut placé. Une autre grande plaque

de pierre blanche, qui était soutenue d'un côté par la force de deux

poulies, fut abaissée sur le sarcophage après que le cercueil y eut

été placé, et tous les interstices furent ensuite comblés avec de la

pierre et du ciment romain.

Par-dessus la plaque de pierre blanche qui formait le couvercle de

la tombe en pierre, deux couches de maçonnerie furent construites,

fortement cimentées, et même consolidées par des crampons, de

manière à rejoindre le mur épais de deux pieds qui supporte de

chaque côté le poids des terres; l'espace qui restait vide entre ce

dernier ouvrage de maçonnerie et la surface du sol avait environ huit

pieds de profondeur; il fut comblé de terre, et le tout fut recouvert

d'une autre couche de pierres plates qui dépassait un peu le niveau

du sol environnant et dont le bord arrive jusqu'à la face extérieure

du mur épais de deux pieds, construit de chaque côté de la tombe.

L'espace ainsi recouvert a douze pieds de long et neuf pieds de large.

Une sentinelle a été postée sur le tombeau.

L'emplacement choisi n'est pas dénué d'un certain intérêt. La fontaine

voisine est celle qui fournissait tous les jours au général Bonaparte

l'eau nécessaire à son usage personnel; cette eau lui était portée

chaque matin, dans deux bouteilles d'argent à lui appartenant, par un

serviteur chinois de la maison. C'est une des plus belles sources de

l'île. Deux très-grands saules ombragent la tombe, et à une

petite distance au-dessous de la tombe, il y a un bosquet d'arbres

semblables. Le terrain appartient à un M. Forbett, respectable

commerçant de cette île, qui a tout à côté une petite maison de

campagne. Il a consenti avec beaucoup d'empressement au projet

d'ensevelir le corps en cet endroit. Je ferai poser une grille tout

autour du terrain; cela est nécessaire pour la conservation même des

saules, car différentes personnes, qui sont descendues là pour visiter

l'emplacement depuis que le corps y est enterré, ont déjà commencé à

prendre à ces arbres beaucoup de petites branches.

V

_Banquet donné par la ville de Southampton le 20 juin 1840 à

l'occasion de la construction du chemin de fer de Paris à Rouen, et

discours prononcé par M. Guizot_.

La municipalité de Southampton a donné samedi, 20 juin, une grande

fête pour célébrer la confection et l'ouverture du chemin de fer qui

réunit les comtés du sud de l'Angleterre à la capitale, et qui,

plus tard, lorsque les chemins de Rouen et du Havre seront terminés,

réunira Paris et Londres.

Le corps municipal de la ville de Southampton, désirant témoigner à

l'ambassadeur de France sa reconnaissance pour l'appui efficace qu'il

avait accordé, auprès du cabinet français, à la compagnie anglaise du

chemin de fer de Rouen, l'avait invité à cette fête.

Samedi matin, M. Guizot, accompagné de MM. Herbet et de Banneville,

attachés à l'ambassade de France, se rendit à la gare du chemin de

fer, située près de Wauxhall-Bridge. Il y fut reçu par M. Easthope,

membre du parlement et président de la compagnie du chemin de fer. La

salle d'attente était occupée par une foule nombreuse et choisie; on

y remarquait S. A. R. le duc de Sussex, la duchesse d'Inverness, lord

Palmerston, le duc et la duchesse de Gordon, lord Duncan, M. Joseph

Hume, M. Holmes, M. Baring, et un grand nombre d'autres membres du

parlement. Un train spécial avait été préparé pour transporter les

personnes invitées à la fête. A onze heures, le train a quitté la

gare de Wauxhall, emportant plus de quatre cents personnes; et en deux

heures vingt minutes quinze secondes, la distance de soixante-seize

milles (plus de trente lieues), qui sépare Londres de Southampton

avait été franchie, en y comprenant un temps d'arrêt de neuf minutes

quinze secondes.

Une population nombreuse encombrait les abords du chemin de fer. Toute

la ville, tous les bâtiments à l'ancre dans le port étaient pavoisés,

et le drapeau tricolore flottait de toutes parts à côté du drapeau

anglais. Lorsque le duc de Sussex et l'ambassadeur de France

descendirent de voiture, l'artillerie les salua de deux salves de

vingt-un coups de canon; la musique des régiments, rangés en bataille

sur le front de la gare du chemin de fer, commença à jouer les

airs nationaux, et une foule immense fit retentir l'air de nombreux

hourras.

La municipalité de Southampton, ayant le maire à sa tête, vint

complimenter S. A. R. le duc de Sussex, et lui présenter une adresse.

Après cette réception, le maire invita ses illustres hôtes à se rendre

au banquet qui avait été préparé sous une immense tente, dressée

en face de la mer. Une voiture, ornée des armes de la ville de

Southampton, pavoisée de drapeaux tricolores et traînée par quatre

chevaux, avait été disposée pour l'ambassadeur de France. Venaient

ensuite les équipages du duc de Sussex, de lord Palmerston, de lord

Duncan, député de la ville, etc., etc. Cette longue file de voitures

s'avançait lentement entre deux haies de curieux, dans des rues

décorées de drapeaux et de nombreux emblèmes, et au milieu des cris

de l'enthousiasme populaire. A deux heures et demie, on arriva sous

la tente où étaient dressées quatre longues tables autour desquelles

vinrent s'asseoir plus de six cents personnes. Le maire présidait

l'assemblée, ayant à sa droite la duchesse d'Inverness, et à sa gauche

le duc de Sussex. L'ambassadeur de France était placé près de Son

Altesse Royale.

M. Guizot, en acceptant l'invitation du corps municipal de

Southampton, lui avait annoncé qu'il ne pourrait consacrer qu'une

partie de la journée à cette visite. Une invitation antérieure de

sir John Hobhouse, secrétaire d'État pour les affaires de l'Inde,

l'obligeait à être revenu à Londres avant sept heures, et un train

spécial avait été préparé pour effectuer son retour.

Le banquet n'était donc pas terminé, quand le maire s'est levé et

s'est exprimé en ces termes:

«Je regrette infiniment, messieurs, que notre hôte illustre, M.

Guizot, soit obligé de nous quitter à l'instant même pour retourner

à Londres. Je ne veux pas cependant le laisser partir sans lui avoir

témoigné, au nom de la ville de Southampton, notre vive et profonde

reconnaissance pour l'appui si cordial et si efficace qu'il nous a

prêté auprès de son gouvernement pour l'établissement du chemin de

fer de Paris à Rouen. Je vous propose donc la santé de S. Ex.

l'ambassadeur du Roi des Français.»

Ce toast a été accueilli et porté avec le plus vif enthousiasme.

M. Guizot s'est levé, et, dès que le silence a été rétabli, il a

prononcé le discours suivant:

«Je vous remercie, messieurs, je le crains, dans un très-mauvais

anglais, mais avec un coeur parfaitement reconnaissant pour votre

bienveillance envers moi, et plus encore pour votre sympathie envers

mon pays et son Roi, dont je vois, avec un profond plaisir, le nom

inscrit sur le drapeau qui flotte devant nous. Nos deux pays sont

unis déjà par les liens de la plus intime amitié; mais plus ils se

rapprocheront, plus ils se connaîtront, plus leur union deviendra

intime, et plus ils se feront de bien l'un à l'autre. J'espère que tel

sera le résultat de ces grands travaux entrepris dans les deux pays,

et j'ai été heureux de contribuer de tout mon pouvoir à l'entreprise

du chemin de fer de Paris à Rouen qui sera, sans aucun doute, continué

de Rouen au Havre. Ainsi nos deux pays, qui ont chacun beaucoup à

donner et beaucoup à recevoir, seront mutuellement unis, non-seulement

par une amitié étroite, mais par des intérêts communs. Je veux vous

remercier encore une fois des sentiments que vous venez de témoigner

pour la France, pour le Roi des Français et pour moi-même.»

Après ce discours, fréquemment interrompu par de vifs

applaudissements, M. Guizot a pris congé de l'assemblée, et s'est

retiré avec les personnes qui l'avaient accompagné. A six heures, il

était à Londres, après avoir fait soixante lieues en quatre heures et

demie.

Le banquet a continué après son départ.

Des toasts ont été portés à la Reine, au Prince Albert, à la Reine

douairière, au duc de Sussex. Son Altesse Royale a pris la parole pour

faire ressortir les avantages attachés à la construction du chemin de

fer de Southampton:

«M. l'ambassadeur de France vous a tout à l'heure exposé de la manière

la plus parfaite toute l'importance d'un rapprochement de plus en plus

grand entre la France et l'Angleterre; ce rapprochement doit mettre

les deux nations à même de se connaître mieux, et de former une union

pacifique, basée non-seulement sur une amitié mutuelle, mais encore

sur des intérêts communs. (_On applaudit_.) J'approuve complétement

ces réflexions et je m'associe à ces sentiments. Je m'empresse même

de les reproduire en l'absence de M. l'ambassadeur. Je le fais

avec d'autant plus de plaisir que M. l'ambassadeur verra par là que

l'impression produite par ses paroles sur mon esprit n'a nullement été

affaiblie par son absence.» (_On applaudit_.)

Un toast est porté à lord Palmerston. Lord Palmerston se lève et dit:

«Il est difficile, sans doute, d'ajouter quelque chose de nouveau à ce

qui a été déjà, dans cette enceinte, si bien exposé par l'illustre duc

de Sussex et l'hôte distingué, M. Guizot, forcé tout à l'heure de nous

quitter. Cependant je dois déclarer que je ne comprends pas moins bien

toute l'utilité de cette entreprise pour contribuer au maintien des

relations pacifiques, si importantes sous le triple point de vue

social, moral et politique. Les gouvernements peuvent conclure des

traités avec d'autres pays; si ces traités ne reposent pas sur une

communauté d'intérêts, sur des sympathies partagées, sur une extension

des lumières rendue plus facile par des communications plus aisées

entre les peuples, il suffit du moindre souffle politique pour réduire

en poudre tous ces édifices, et il n'y a pas là de base solide pour

établir des relations d'amitié et de paix. (_Applaudissements_.) Il y

a longtemps qu'on l'a dit: le plus grand bonheur de l'homme consiste à

triompher de difficultés d'abord insurmontables en apparence. C'est

ce qui est arrivé aux directeurs de cette entreprise. Lorsque le grand

travail qui va être entrepris de l'autre côté du détroit (je veux

parler de la communication par le chemin de fer entre Paris et

le Havre) sera terminé, et que, de ce côté du détroit, d'autres

dispositions seront également complétées, il est difficile de dire les

immenses bénéfices pouvant en résulter pour vous.»

Après le dernier toast, porté à la duchesse d'Inverness et aux dames,

Son Altesse Royale et la plupart des convives ont repris le chemin

de fer pour retourner à Londres. Les convois ont mis le même temps à

parcourir la distance entre Londres et Southampton.

(Extrait du _Journal des Débats_ du 25 juin 1840.)

Mémoires pour servir à l'Histoire de mon temps (Tome 5) · 第 27 / 67 题