Il faut convenir tout d’abord que la pénétration saharienne

présente d’indéniables difficultés. Mais le peu d’efficacité

de nos efforts tenait surtout à une erreur de méthode. Les affaires

sahariennes ont absolument changé d’aspect à partir de 1900,

et l’expérience de ces six dernières années a mis en lumière

ce fait trop méconnu, qu’au _Sahara la pénétration politique

devait précéder la pénétration scientifique et économique_.

Il faut, suivant les régions, employer pour la pénétration les

moyens les mieux appropriés. Nous sommes pleins d’admiration pour

un Brazza ou un Binger, soumettant par la douceur et sans tirer un

coup de fusil de grands royaumes nègres. Mais les résistances que

nous rencontrions au Sahara ne pouvaient être brisées que par la

force. Cette force ne doit d’ailleurs pas être hors de proportion

avec les obstacles à détruire et les résultats à espérer,

les uns et les autres nécessairement médiocres et limités.

A coup sûr, le Sahara ne vaut pas qu’on y dépense beaucoup

d’hommes ni beaucoup d’argent. Le traité de Ghadamès, les

projets de Transsaharien avaient faussé les véritables données

du problème. Le Sahara paraît être d’une valeur économique

faible et presque nulle tant en lui-même que comme voie d’accès

au Soudan. « Quand la terre sera si pleine d’habitants, dit

Scott Keltie, que tous les autres pays auront été utilisés par

l’homme, il restera le Sahara comme dernière ressource. » Il

faudra donc prendre garde de ne pas développer outre mesure les

quelques organes rudimentaires dont on l’a pourvu.

L’expérience a montré qu’un très faible effort suffit pour

faire la police au Sahara, ce qui est l’essentiel. Grâce à notre

établissement dans les oasis de l’archipel touatien et dans la

région entre Zousfana et Oued-Guir, des questions qui se posaient

depuis plus d’un demi-siècle sont résolues ou sur le point de

l’être : résolue la question du Sud-Oranais, résolue la question

du Touat, résolue la question touareg, résolue la question des

relations entre l’Algérie et le Soudan. On peut affirmer que,

de 1900 à 1906, on a fait plus de progrès au Sahara que dans les

soixante-dix années précédentes.

Ce n’est pas à dire que les attaques doivent cesser au

Sahara comme par enchantement et encore moins du côté de la

frontière marocaine. Nous avons mis trente ans à venir à bout de

l’insurrection des Ouled-Sidi-Cheikh : l’insécurité, reportée

plus à l’Ouest par nos progrès, ne disparaîtra pas immédiatement

du « pays des fusils », comme l’appelait en 1845 Mustapha ben

Ismaïl. Au Sahara même, il reste, au sud de la Tripolitaine et

au sud du Maroc, deux lacunes dans notre organisation, deux trous

dans notre filet, qu’il n’est pas en notre pouvoir de combler

immédiatement. Mais si la pacification n’est pas complète, elle

est bien avancée. La question de la pénétration saharienne ne doit

donc plus encombrer notre politique, et c’est vers les territoires

autrement intéressants qui s’étendent à l’ouest de l’Algérie

qu’il nous faut surtout désormais porter nos regards.

FIN

[Illustration : PROGRÈS DE LA PÉNÉTRATION SAHARIENNE — 1830-1906

_Gravé et Imp. par Erhard Fres. Paris._]

Note du transcripteur :

Page 4, " dans ces ces villes " a été remplacé par

" dans ces villes "

Page 4, note 15, " _Explo-ation scientifique_ " a été remplacé par

" _Exploration_ "

Page 22, " Ifoghas el de l’ordre " a été remplacé par

" et de l’ordre "

Page 26, " ainssi que Cusson " a été remplacé par " ainsi "

Page 26, " Adb el Kader " a été remplacé par " Abd "

Page 43, " les Toureg Azdjer " a été remplacé par " Touareg "

Page 71, " ou voit que la période " a été remplacé par " on voit "

Page 84, note 194, " Shirmer " a été remplacé par " Schirmer "

Page 130, " année surve-venait un " a été remplacé par " survenait "

Page 133, " plus grand honnneur " a été remplacé par " honneur "

Page 139, " plus économique posssible " a été remplacé par

" possible "

Page 150, " qu’ancun autre livre " a été remplacé par " qu’aucun "

Page 151, note 339, " historique et géogaphique " a été remplacé par

" géographique "

Page 152, " publié en collabo-tion " a été remplacé par

" collaboration "

Page 160, " été asssassinés sur " a été remplacé par " assassinés "

Page 164, " belle reconnnaissance dans " a été remplacé par

" reconnaissance "

Page 177, " 19° 45°′ de latitude " a été remplacé par " 19° 45′ "

Page 187, " l’ouvrage de de M. " a été remplacé par

" l’ouvrage de M. "

De plus, quelques changements mineurs de ponctuation

ont été apportés.

La pénétration saharienne (1830-1906) · 第 15 / 15 段