LA
PÉNÉTRATION SAHARIENNE
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
GOUVERNEMENT GÉNÉRAL DE L’ALGÉRIE
* * * * *
=LA=
=PÉNÉTRATION SAHARIENNE=
=(1830-1906)=
PAR
=AUGUSTIN BERNARD= =N. LACROIX=
Professeur Chef de Bataillon d’Infanterie h. c.
à l’École Supérieure Chef du Service
des Lettres d’Alger des Affaires Indigènes
Chargé de Cours à la Sorbonne au Gouvernement Général de l’Algérie
[Décoration]
=ALGER=
IMPRIMERIE ALGÉRIENNE
=1906=
TABLE DES MATIÈRES
* * * * *
Pages
INTRODUCTION V
CHAPITRE PREMIER
LES PREMIÈRES TENTATIVES (1830-1852)
L’occupation étendue et l’occupation restreinte. — Les
renseignements anciens et nouveaux. — Cartes de Rennell et de
Lapie. — D’Avezac. — La Commission scientifique de
l’Algérie. — Carette (1844). — Daumas (1845). — Carte du
Sahara algérien. — El-Aïachi et Moula Ahmed. — Expéditions
dans l’Atlas Saharien (1844-47). — _Les Établissements
Français._ — L’expédition Cavaignac et le docteur Jacquot. —
Nouvel ouvrage de Daumas. — Projets commerciaux : Subtil,
Jacquot. — Tentatives d’exploration : Prax, Berbrugger. —
Conclusion 1
CHAPITRE II
LA PÉRIODE DU MARÉCHAL RANDON (1852-1864)
Gouvernement du maréchal Randon. — Voyages de Barth. —
Traduction d’Ibn Khaldoun. — Grammaire tamacheq de Hanoteau.
— Occupation de Laghouat (1852) et capitulation du Mzab. —
Renou (1853). — Rôle des Ouled-Sidi-Cheikh. — Si Hamza,
Cheikh-Othman et Ikhenoukhen. — Projets commerciaux. —
Double objectif des explorations : le Touat et Ghadamès 16
_I. Explorations dans l’Ouest._ — Dastugue (1853). —
El-Ouazzani (1854). — Mac-Carthy (1854). — De Colomb
(1854-59). — Correspondance de 1858 concernant Si Hamza. —
Colonieu et Burin (1860). — Projets sur le Touat et le Niger.
— Rohlfs (1864) 24
_II. Explorations dans l’Est._ — Occupation de Touggourt
(1854). — Forages de Jus dans l’Oued-Rir (1856). — Ville
(1855-63). — Pomel (1862). — Bonnemain à Ghadamès (1856-57).
— Bou-Derba (1858). — Duveyrier (1859-61). — Mission et
traité de Ghadamès (1862) 39
Conclusion. — Cartographie. — Faidherbe au Sénégal 53
CHAPITRE III
LA PÉRIODE DE STAGNATION (1864-1879)
L’insurrection des Ouled-Sidi-Cheikh. — La guerre
franco-allemande de 1870. — Colonnes du Sud-Ouest : de
Colomb, Colonieu ; expédition du général de Wimpffen dans
l’Oued-Guir. — Colonnes du centre : de Lacroix, de Galiffet.
— Les explorations : Dournaux-Dupéré et Joubert (1873-74). —
Soleillet (1874). — Largeau (1875-77). — Louis Say (1876-77).
— Les missionnaires du cardinal Lavigerie : les Pères
Paulmier, Ménoret et Bouchard (1875-76) ; les Pères Richard
et Kermabon (1879). — Colonisation de l’Oued-Rir. — La mer
intérieure : mission Roudaire (1876). — _Le Sahara_ de Pomel.
— Masqueray au Mzab. — Conclusion 57
CHAPITRE IV
LA PÉRIODE DU TRANSSAHARIEN (1879-1881)
La question du Transsaharien. — L’ingénieur Duponchel. — La
mission Pouyanne (1879) ; renseignements recueillis par MM.
Sabatier et Coyne ; hypothèse de M. Sabatier sur
l’Oued-Saoura. — La mission Choisy (1879-80). — Les deux
missions Flatters (1880-81). Résultats scientifiques.
Véritables causes du massacre de la mission. — Occupation de
la Tunisie (1881) 73
CHAPITRE V
LA PÉRIODE D’EFFACEMENT (1881-1890)
I. Conséquences du massacre de la mission Flatters. —
Création du poste d’Aïn-Sefra et insurrection de Bou-Amama
(1881). — Projets de Saussier sur Figuig (1882). —
Occupation du Mzab (1882), de Ouargla, de Touggourt,
d’El-Oued, de Djenien-bou-Rezg (1885). — Inauguration des
voies ferrées d’Aïn-Sefra (1887) et de Biskra (1888). —
Sondages artésiens dans l’Oued-Rir et à Ouargla. — Idées du
commandant Rinn 93
II. Explorations. — Les Pères Richard, Morat et Pouplard
(1881). — Première mission Foureau (1883). — Teisserenc de
Bort (1885). — Palat (1886). — Douls (1889) 97
III. Cartographie. — Renseignements recueillis par MM. de
Castries (1882) et Le Châtelier (1885-86). — Missions de M.
René Basset. — Ouvrages de MM. de Motylinski, Masqueray, Amat
sur le Mzab. — Les Touareg Taïtoq prisonniers : travaux de
MM. Masqueray et Bissuel 103
Mission Crampel. — Fondation du Comité de l’Afrique
française 108
CHAPITRE VI
LA PÉRIODE DU PARTAGE DE L’AFRIQUE (1890-1900)
I. — La convention de 1890 avec l’Angleterre. — Occupation
d’El-Goléa (1891). — Voyage de M. Cambon à El-Goléa (1892). —
Projets d’expédition au Touat. — Les bordjs (1892-93). —
Prise d’In-Salah (1899). — Progrès dans l’Afrique occidentale
et centrale. — Prise de Tombouctou. — Politique saharienne du
Soudan. — La « course au lac Tchad ». — La convention de
1899 111
II. — Explorations : Jacob (1892). — Godron (1895). — Flamand
(1896-1900). — Germain et Laperrine (1898). — Cornetz
(1891-94). — Foureau (1890-1900). — La mission Foureau-Lamy
(1898-1900). 119
III. — Tentatives de pénétration commerciale. — G. Méry
(1892-93). — D’Attanoux (1893-94). — Morès (1896). — Question
des marchés francs (1893). — Question du Transsaharien 139
IV. — Renseignements recueillis par MM. Deporter (1890) et
Sabatier (1891). — Ouvrages de MM. Schirmer, Vuillot, de la
Martinière et N. Lacroix. — Cartographie saharienne 148
CHAPITRE VII
LA SOLUTION (1900-1906)
I. _L’occupation des oasis du Sud-Ouest et ses conséquences._
— La question de la Zousfana. — Protocoles de 1901 et 1902.
— Attentats de 1902. — Bombardement de Zenaga. — Affaire de
Taghit. — Le général Lyautey (septembre 1902). — Occupation
de Béchar (novembre 1903). — Organisation de la région entre
Zousfana et Oued-Guir. — Le chemin de fer. — Le commerce. —
Reconnaissances et explorations. — Cartographie. 153
II. _La question Touareg._ — Les raids Cottenest,
Guillo-Lohan, Laperrine, Pein, Besset, Touchard. — Action du
Soudan. — Jonction de l’Algérie avec le Soudan (18 avril
1904). — Missions Etiennot, Gautier, Chudeau. — Occupation de
Taoudeni. — Résultats scientifiques 170
III. _L’organisation du Sahara._ — La limite sud de
l’Algérie. — La limite Nord du Soudan. — Les communications
transsahariennes : le télégraphe, le chemin de fer 181
Conclusion 193
Carte hors texte : Sahara septentrional en 1830, 1852, 1866,
1881, 1900, 1906.
INTRODUCTION
Le Sahara peut être défini la zone à pluies irrégulières et rares
(moins de 20 centimètres par an), comprise entre la zone des pluies
subtropicales d’hiver, c’est-à-dire les pays méditerranéens,
et la zone des pluies tropicales d’été, c’est-à-dire le
Soudan. Ses limites n’ont rien de précis, et, surtout en l’état
actuel des connaissances, ne peuvent être fixées avec certitude.
De cette immense zone désertique, la partie qui nous intéresse
le plus directement est la région qui s’étend au sud de nos
possessions d’Algérie et de Tunisie et se prolonge d’une part
jusqu’au bassin du Niger, de l’autre jusqu’au lac Tchad. La
moitié septentrionale, comprise entre l’Atlas et l’Ahaggar,
se rattache à nos établissements de l’Afrique du Nord.
La géographie physique du Sahara septentrional, entre l’Atlas
et l’Ahaggar, est des plus simples. A l’Ahaggar ou massif
central Targui, composé de terrains cristallins anciens surmontés
de roches éruptives et dont les sommets atteignent 2.000 mètres
d’altitude, s’adossent une série de plateaux gréseux dévoniens,
notamment le Mouydir et le Tassili des Azdjer. Une grande auréole de
plateaux crétacés, comprenant le Mzab, le Tademayt, le Tinghert,
la Hamada-el-Homra, sépare les deux bassins d’atterrissements du
Melrir à l’Est et du Gourara à l’Ouest, recouverts d’alluvions
tertiaires et quaternaires. Le bassin du Melrir ou de l’Igharghar,
constituant le Bas-Sahara (700-300 mètres), a sa pente générale du
Sud au Nord, celui du Gourara s’incline du Nord au Sud. Deux grands
massifs de dunes, l’Erg occidental et l’Erg oriental, occupent une
surface importante dans chacun de ces deux bassins hydrographiques.
La cause de l’aridité du Sahara ne doit pas être cherchée dans
la nature du sol : il ne diffère pas géologiquement des autres
contrées du globe ; il n’est pas, comme on le croyait, entièrement
formé de sables (1/9 à peine de sa surface), et d’ailleurs
les sables sont loin d’être aussi stériles que les plateaux
caillouteux ou hamadas. La cause de cette aridité n’est pas non
plus le relief : le Sahara n’est pas une immense plaine comme on se
l’imaginait : il a ses montagnes, ses plateaux et ses dépressions ;
ce qui domine dans l’ensemble, ce sont les plateaux aux couches
sensiblement horizontales, traversés par des vallées sèches ou
_oued_, limités par de grandes lignes de falaises découpées,
au profil souvent assez accentué pour recevoir le nom de _djebel_
ou montagne. « Ce n’est pas le sol infécond qui se refuse à
produire, c’est le climat qui le condamne à la stérilité[1]. »
Le Sahara septentrional, pour une superficie plus vaste que celle
de la France, ne compte pas plus de 300.000 habitants. C’est que
la vie sédentaire n’est possible que près des points d’eau
permanents, autour desquels on trouve des cultures irriguées,
et qui constituent les oasis. Les deux groupes d’oasis situées
au Sud de nos possessions méditerranéennes occupent le fond des
deux grands bassins d’atterrissements : c’est, d’une part,
la série des oasis d’Ouargla, de l’Oued-Rir (Touggourt), des
Ziban (Biskra) et du Djerid tunisien, dans le bassin du Melrir ;
d’autre part, le chapelet des oasis du Gourara, du Touat et du
Tidikelt, dans le bassin de l’Oued-Saoura. Ces dernières oasis,
quoique à une latitude plus méridionale que celles de l’Oued-Rir,
en forment le pendant au point de vue géographique et sont, comme ces
dernières, dans la dépendance naturelle de l’Algérie. Quant aux
oasis du Mzab, situées sur le plateau crétacé, elles occupent une
situation anormale et en quelque sorte contre nature, qui s’explique
par des raisons historiques.
En dehors de ces quelques oasis habitées par des populations
sédentaires, le Sahara est vide. Les explorateurs, à la suite de
leurs reconnaissances, ajoutent indéfiniment des noms sur la carte
de ces solitudes, mais ces noms ne s’appliquent qu’à des puits,
à des dunes et à certains accidents de la topographie saharienne
(Ghourd, Gassi, Feidj, Draa, etc.) Les points qu’ils désignent
n’ont aucune importance économique ou politique.
Dans le désert proprement dit vivent des groupes de Berbères
nomades, les Touareg. On a coutume de diviser en deux grandes
confédérations, celle des Hoggar et celle des Azdjer, les Touareg
que l’on rencontre en abordant le Sahara par nos possessions de
l’Afrique du Nord. En réalité, le lien qui unit les diverses
tribus est très lâche ; les chefs ou amenokal n’ont aucune
autorité effective, et personne ne peut se flatter de parler au
nom de la confédération tout entière. La cohésion est très
faible et l’anarchie complète. La vie pastorale ne procurant au
désert que des ressources tout à fait insuffisantes, le pillage
est admis comme moyen d’existence par toutes les tribus errantes
du désert, qui, mourant littéralement de faim, vivent dans un
état de désordre et de guerre perpétuel. Les nomades sont les
véritables maîtres des oasis, qu’ils exploitent et où ils se
ravitaillent ; le centre de ravitaillement des Hoggar est In-Salah,
celui des Azdjer est Ghadamès.
La valeur économique du Sahara est nécessairement des plus
faibles ; il s’y fait deux sortes de commerces : le commerce
de ravitaillement et le commerce de transit. Au point de vue du
commerce saharien proprement dit, les deux seuls objets susceptibles
d’échange sont la datte et le sel. Au point de vue du commerce
transsaharien, le désert doit être regardé comme un obstacle aux
communications et aux relations commerciales. Cet obstacle n’est
pas infranchissable. Des relations ont toujours existé à travers
le désert entre le Soudan et l’Afrique méditerranéenne. Mais on
s’est bien mépris sur leur importance ; la valeur du commerce total
du Soudan à la mer par le Sahara est évalué à environ 9 millions,
le mouvement d’un port de vingtième ordre. L’importance de
ce commerce va sans cesse en diminuant, non seulement dans les
possessions françaises de l’Afrique du Nord, mais aussi en
Tripolitaine et au Maroc. Les entraves au commerce des esclaves et
l’ouverture des voies de la côte occidentale d’Afrique sont
les principales causes de cette décadence, à laquelle on espère
remédier par la construction de voies ferrées transsahariennes.
Le Sahara septentrional, entre l’Atlas et l’Ahaggar, a été
le théâtre de tentatives d’exploration et de pénétration
parties de nos colonies de l’Afrique du Nord. Ces tentatives
se présentent sous trois formes principales. On peut rechercher
uniquement le progrès des connaissances géographiques, dresser la
carte de territoires inconnus, recueillir sur le sol, le climat,
les populations des renseignements de tous ordres, sans viser le
moins du monde à s’établir dans la contrée. On peut avoir pour
objet l’occupation directe ou indirecte des régions sahariennes,
prendre possession de tel ou tel groupe d’oasis et y établir
l’autorité française, que cette autorité soit d’ailleurs
exercée par des Européens ou par des indigènes. On peut enfin
se livrer à des entreprises culturales, chercher à reconnaître
et à exploiter des richesses minérales, s’efforcer de nouer des
relations commerciales et de créer un mouvement d’échanges. Ces
trois modes de pénétration peuvent être appelés _la pénétration
scientifique, la pénétration politique et la pénétration
économique_. Nous nous proposons de les passer en revue et d’en
faire l’historique sommaire, depuis 1830 jusqu’à nos jours.
La première édition de la présente brochure avait été publiée
à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1900. Nous
l’avons remaniée et augmentée. Ainsi qu’on en pourra juger,
la pénétration saharienne a fait, dans ces dernières années,
des progrès considérables et la plupart des questions sahariennes
sont résolues ou sur le point de l’être.
* * * * *
[Note 1 : SCHIRMER, _Le Sahara_, Paris, 1893, p. 23.]
LA
PÉNÉTRATION SAHARIENNE
* * * * *
CHAPITRE PREMIER
LES PREMIÈRES TENTATIVES (1830-1852)
L’occupation étendue et l’occupation restreinte. — Les
renseignements anciens et nouveaux. — Cartes de Rennell et
de Lapie. — D’Avezac. — La Commission scientifique de
l’Algérie. — Carette (1844). — Daumas (1845). — Carte du
Sahara algérien. — El-Aïachi et Moula Ahmed. — Expéditions dans
l’Atlas Saharien (1844-47). — Les _Etablissements français_. —
L’expédition Cavaignac et le docteur Jacquot. — Nouvel ouvrage
de Daumas. — Projets commerciaux : Subtil, Jacquot. — Tentatives
d’exploration : Prax, Berbrugger. — Conclusion.
Lorsque la France, en 1830, fut amenée par la prise d’Alger
à s’établir sur la côte barbaresque, il ne pouvait être
encore question d’entrer en contact avec le Sahara. Il fallut
d’abord conquérir le Tell, et d’ailleurs, pour le Tell même,
les discussions durèrent plusieurs années entre les partisans de
l’occupation étendue et les partisans de l’occupation restreinte,
voire de l’évacuation.
Les événements, plus forts que les théories, se chargèrent de
résoudre la question. On fut amené par la force des choses à
conquérir l’Algérie toute entière ; on s’aperçut[2] qu’il
fallait être maître partout, sous peine de n’être en sécurité
nulle part.
Cependant, dès le début de la conquête, on s’était préoccupé
de rechercher et de réunir des renseignements sur les régions
sahariennes, en attendant qu’on pût en faire l’exploration
directe. Il y a lieu, disait le capitaine Carette[3], de distinguer
la géographie mathématique, c’est-à-dire les éléments obtenus
par les opérations exactes, ayant le caractère de la certitude,
et la géographie critique, c’est-à-dire les indications fournies
par des voyageurs auxquels l’usage des instruments de précision
était interdit, ou par des géographes dont le témoignage n’est
pas irrécusable. C’est de 1830 que date l’ère de la géographie
positive en Algérie : le Sahara, au contraire, restait et devait
rester longtemps encore le domaine de la géographie critique.
Parmi les renseignements dont on disposait, les uns remontaient
à une époque antérieure à 1830. Les auteurs principaux
auxquels on les empruntait étaient, outre les géographes grecs
et romains, El-Bekri (XIe siècle)[4], Edrisi (XIIe siècle)[5],
Léon l’Africain (XVIe siècle)[6], Thomas Shaw (XVIIe siècle)[7],
enfin les naturalistes français Peyssonnel, Desfontaines[8] et Poiret
(XVIIIe siècle)[9]. Le major Laing (1825-1826), puis René Caillié
(1827-1828) avaient visité Tombouctou, mais leurs traversées du
Sahara avaient fourni peu de résultats scientifiques. La carte
d’Afrique publiée par Rennel en 1790 (revue en 1803), dont nous
reproduisons la partie relative au Sahara, peut être considérée
comme représentant assez exactement l’état des connaissances
avant la conquête française. La carte publiée par le colonel Lapie
(1828)[10], appuyée surtout sur Shaw, ne marque pas un progrès bien
sensible sur la carte de Rennel, bien que Carette ait dit « qu’il
était impossible de faire un usage plus judicieux de matériaux
incohérents[11] ».
Mais des faits nouveaux s’introduisirent bientôt dans le domaine
de la discussion et agrandirent le cercle des connaissances. On avait
rencontré à Alger même des Mozabites et des Biskris organisés
en corporations de métiers, et on avait obtenu d’eux quelques
renseignements sur leur pays d’origine[12]. En 1835, d’Avezac
publiait ses _Etudes de géographie critique_[13]. Il avait pris
pour point de départ un itinéraire fourni à William B. Hodgson,
consul général des Etats-Unis à Alger, par un habitant de
Laghouat. Hodgson avait traduit en anglais la relation d’El-Hadj
ebn ed Din el Laghouati, et d’Avezac en avait fait une version
française. Les itinéraires de cet indigène vont de Laghouat
à In-Salah et d’El-Goléa à Ghadamès. Désirant tracer ces
itinéraires sur une petite carte, d’Avezac sentit la nécessité
de faire table rase de tous les travaux antérieurs et de construire
à neuf la carte de la région ; il fut ainsi amené à discuter de
nombreux itinéraires, et à utiliser divers renseignements qui lui
furent communiqués par l’état-major français. Cette discussion
savante et approfondie est le commentaire de la carte, datée de
février 1836.
En 1837 fut constituée une Commission pour l’exploration
scientifique de l’Algérie[14] qui, organisée en 1839, commença
à fonctionner vers 1840, et publia les excellents travaux
géographiques du capitaine du génie Carette. Les deux ouvrages
qu’il fit paraître en 1844 sont la mise en œuvre d’informations
indigènes[15].
Où commençait le Sahara ? Telle était la première question qu’on se
posait alors. « A une époque où l’on connaissait à peine le Tell
algérien, pour qui était à Oran et à Alger, les villes de Mascara,
de Tlemcen et de Médéa étaient des oasis en plein désert ; pour qui
était dans ces villes de l’intérieur, Saïda, Tiaret, Teniet-el-Had,
tous les postes qu’on venait de créer sur les limites du Tell, étaient
au bout du monde. Ceux de nos officiers qui faisaient la guerre, qui
observaient, savaient seuls à quoi s’en tenir. Mais pour tout le
monde le désert commençait au-delà de ces postes, et il fut un temps,
dans la province d’Oran, par exemple, où une colonne qui s’était
hasardée jusqu’au Chott croyait être arrivée aux limites du possible,
et avoir atteint une ligne au-delà de laquelle l’air n’était plus
respirable que pour les nègres et les antilopes[16] ».
On comprend d’ordinaire dans le Sahara algérien la région des
steppes ou hautes plaines, souvent appelées aussi le Petit-Désert,
qui s’étend au sud de la dernière ride de l’Atlas Tellien,
au-delà de Daïa, Tiaret et Boghar. Cependant d’autres auteurs[17]
reconnaissaient que le Sahara ne commence qu’au sud des montagnes
de la _Kibla_, c’est-à-dire au sud de l’Atlas Saharien. Carette
s’efforçait à son tour[18] de marquer les limites entre le Tell,
région des laboureurs et des céréales, et le Sahara, région des
pasteurs et des palmiers. Il était amené à distinguer entre la
zone des landes (les steppes), et la zone des oasis, qui s’étend
jusque vers Ouargla, « limite naturelle de l’Algérie ». Au-delà
s’étend le désert proprement dit, « parcouru plutôt qu’habité
par les Touareg ». Cette distinction se retrouve dans la plupart
des ouvrages de cette époque. Carette étudiait successivement les
lieux d’échange du commerce saharien, les moyens d’échange
et voies de commerce, les objets d’échange. Il examinait en
détail les divers itinéraires et les reportait sur sa carte. Il
fournissait également, dans sa _Carte des tribus_[19], bon nombre de
renseignements sur les populations de l’Algérie méridionale. La
_Description de l’empire du Maroc_, de Renou, parue aussi dans
l’_Exploration scientifique de l’Algérie_[20], contenait des
documents sur le Sahara oranais.
En 1845, le lieutenant-colonel Daumas, autorisé et encouragé
par Bugeaud, publiait le _Sahara Algérien_, résultat des études
poursuivies pendant plus de dix ans par la direction centrale des
affaires arabes et des témoignages recueillis de la bouche de plus de
200 indigènes[21]. Le colonel Daumas les interrogeait, le capitaine
Gaboriaud dessinait et coordonnait le tracé, Ausone de Chancel,
secrétaire archiviste de la direction des affaires arabes, prenait
des notes et rédigeait. Une carte du Sahara algérien, publiée
sous les auspices du maréchal Bugeaud et gravée sous la direction
du dépôt de la guerre, servait de complément à l’œuvre de
Daumas. On avait pris pour limite même de nos possessions, « les
forts de séparation qui couronnent le Tell et dominent le Sahara »,
c’est-à-dire la ligne de postes Tiaret-Boghar-Tébessa. Au Sud,
on avait choisi comme limite une ligne brisée passant par Nefta,
le Souf, Ouargla et In-Salah. On divisait la région considérée
en deux parties, orientale et occidentale, séparées par la grande
ligne d’Alger à Ouargla. On étudiait d’abord cette ligne,
puis l’Est et enfin l’Ouest, en procédant par itinéraires et
en s’avançant de renseignements en renseignements. « Dans son
ensemble, disait le colonel Daumas[22], le Sahara présente, sur un
fond de sable, ici des montagnes, là des ravins ; ici des marais,
là des mamelons ; ici des villes et des bourgades, là des tribus
nomades dont les tentes en poil de chameau sont groupées comme
des points noirs dans l’espace fauve. » On est donc revenu de
l’idée qui considérait le Sahara comme entièrement inhabitable
et inhabité. Peut-être même tend-on à tomber dans l’excès
contraire ; on remarque que les centres de population sont, dans la
première zone du Sahara, beaucoup plus nombreux que dans le Tell[23].
La méthode d’utilisation des informations indigènes fut
dès le début portée par Carette, et surtout par Daumas, à
une perfection qu’on n’a pas dépassée depuis et qu’on
a rarement égalée. Carette avait insisté sur l’usage que
l’on pourrait faire des voyageurs algériens dans l’intérêt
des sciences économiques et géographiques. « Il est possible,
dit-il[24], sans quitter les villes abordables du continent
africain, d’obtenir sur l’intérieur des renseignements de
toute nature. Ces renseignements, recueillis avec persévérance,
rapprochés et contrôlés avec discernement, conduiraient à la
connaissance des faits généraux. » Il concluait en demandant la
fondation d’une école pratique d’explorateurs indigènes.
Dans les bibliothèques mêmes, il était possible de trouver
des documents indigènes intéressants pour la connaissance du
Sahara. Berbrugger, membre titulaire de la Commission scientifique de
l’Algérie, conservateur de la bibliothèque et du musée d’Alger,
traduisit (1846), d’après deux manuscrits de la bibliothèque
d’Alger, le voyage de deux pèlerins musulmans, El Aïachi (XVIIe
siècle) et Moula-Ahmed (XVIIIe siècle), qui se rendirent du Maroc
en Tripolitaine par les oasis du Sahara septentrional[25].
Cependant les progrès de notre domination et le souci même de la
sécurité du Tell avaient amené les troupes françaises jusque dans
les oasis sahariennes. En février-juin 1844, le duc d’Aumale,
commandant la province de Constantine, s’avançait jusqu’à
Biskra et occupait les Ziban. Le cheikh de Touggourt, Ben Djellab,
reconnaissait notre autorité. La même année, dans la province de
Titteri, la colonne du général Marey-Monge, opérant contre les
Oulad-Naïl, s’était avancée jusqu’à Laghouat[26]. En 1845,
dans l’Oranie, le colonel Géry, du 56e de ligne, passant par
Stitten et Rassoul, s’emparait de Brézina[27] ; le commandant
de Martimprey, alors chef du service topographique de la division
d’Oran, avait accompagné la colonne. En 1847, les généraux
Renault et Cavaignac allaient visiter les ksour du Sud-Oranais ; la
colonne Cavaignac s’avançait jusqu’au Djebel Haïmeur, au sud
de Moghrar, et poussait une pointe sur l’Oued-Namous, jusqu’à
l’endroit où cet oued sort des montagnes pour déboucher dans
le Sahara[28]. En 1849, le général Pélissier se montrait à son
tour dans les mêmes régions. En 1850, après la prise de Zaatcha,
on occupait Bou-Saâda. Ainsi, dans l’Est comme dans l’Ouest,
à El-Kantara comme au défilé d’Arouïa, où dépassait l’Atlas
Saharien, on franchissait le _bab-es-Sahra_[29].
Une notice rédigée d’après les renseignements contenus
dans le journal de l’expédition du colonel Géry[30] et dont
les matériaux ont été fournis par Martimprey et Maire, donne
des renseignements sur les ksour du Petit-Désert de la province
d’Oran. Cette notice se termine par un aperçu sur le Gourara,
d’après des renseignements recueillis par le commandant Charras,
chef de poste de Daïa ; il sera facile, dit l’auteur, de nouer
dans un avenir rapproché des relations avec ces oasis.
L’expédition du général Cavaignac eut pour historiographe
le docteur Félix Jacquot, dont l’ouvrage[31] est accompagné
d’une carte de la contrée parcourue par la colonne et d’un
certain nombre d’intéressants dessins d’après nature. Ce
qui fait aujourd’hui le principal intérêt de la relation du
docteur Jacquot, c’est qu’il fut le premier à signaler[32] les
sculptures rupestres de Tiout et de Moghrar Tahtani, représentant
entre autres choses des scènes de chasse et divers animaux, parmi
lesquels l’éléphant. Mais le docteur Jacquot ne pense pas que
ces dessins soient vraiment préhistoriques, et croit qu’ils sont
l’œuvre d’individus originaires du Soudan.
Nos colonnes avaient vérifié l’exactitude des renseignements
consignés par Daumas dans son ouvrage sur le Sahara algérien
à une époque où on ne l’avait pas encore parcouru. Daumas
forma alors le projet d’utiliser des renseignements puisés
aux mêmes sources sur les contrées situées encore plus au Sud,
sur le commerce de l’intérieur de l’Afrique et sur les usages
des peuples qui habitent ou traversent le Sahara. De là le livre,
fort inférieur à son _Sahara Algérien_, qu’il publia en 1848
en collaboration avec Ausone de Chancel[33]. C’est le récit de
voyage d’un Chaânbi de Metlili, El Hadj Mohammed, qui était
allé trois fois dans le Haoussa pour y acheter des esclaves dont il
faisait le commerce. L’itinéraire passe par El-Goléa, Timmimoun,
In-Salah, le Mouydir, l’Ahaggar, Assiou et l’Aïr, Agadès, le
Damerghou. Il est accompagné d’une carte du Sahara au 1/10.000.000
par Mac-Carthy.
Dès le début de la conquête, on s’était préoccupé de
recueillir des détails sur la marche annuelle des caravanes et
le commerce de la régence avec l’Afrique intérieure. On avait
cherché à se renseigner sur l’importance que ce commerce avait
eue jadis, sur les nouvelles directions que la guerre l’avait
forcé de prendre, sur les moyens de le rappeler dans les lieux
qu’il avait si longtemps fréquentés, et peut-être de lui donner
d’utiles développements[34] ». On étudiait aussi les rapports
de Constantine avec Biskra et Touggourt[35].
C’est en 1840 que Youssef, pacha de Tripoli, fit reconnaître
son autorité à Ghadamès, et c’est de cette époque que
date l’abandon à peu près complet du débouché commercial de
Ghadamès sur la Tunisie par Gabès et sur l’Algérie par le Souf
et Ouargla[36]. En 1842, la Régence devenait une simple province
de l’empire Ottoman, et Ghadamès reçut un représentant de
l’autorité turque.
Un certain E. Subtil pensait avoir trouvé les moyens de faire
arriver en Algérie les caravanes de l’Afrique centrale[37] ; il
suffisait pour cela, selon lui, d’établir deux agents consulaires
français à Ghadamès et Touggourt et de s’entendre avec Mohammed,
fils d’Abd el Gelil, prince des Tibbous. L’auteur avait vu ce
Mohammed à Linouf, en Tripolitaine, et avait passé avec lui, en
1841, un traité de commerce par lequel il s’engageait à faire
aboutir à Constantine toutes les caravanes de l’intérieur :
l’original de ce traité avait été remis, paraît-il, aux mains
du maréchal Soult.
C’était dans un but commercial autant que pour des motifs
politiques, et dans l’espoir d’ouvrir des débouchés à notre
industrie, que, depuis 1844, on était intervenu à diverses reprises
dans le Sahara, notamment dans le Sahara oranais[38]. On insistait[39]
sur le rôle commercial des populations du Sud-Oranais, qui, dans
leurs migrations annuelles, sont les intermédiaires naturels entre
les habitants du Tell et les peuplades des contrées méridionales :
« Aux uns elles apportent du Sud des dattes, de la laine, des plumes
d’autruche, des plantes tinctoriales, des esclaves noirs et même
de la poudre d’or ; aux autres elles livrent en échange, sur les
marchés des oasis, des céréales et des produits de l’industrie
européenne. »
Dans un rapport du 13 Juillet 1844, le duc d’Aumale, commandant
supérieur de la province de Constantine, marquait les résultats
commerciaux qu’on était en droit d’attendre de la prise
de possession des Ziban, et indiquait que des commerçants se
proposaient, vers la fin de novembre, d’aller juger par eux-mêmes
de l’importance du marché de Touggourt. Le docteur Félix
Jacquot[40] se livrait à une comparaison entre les deux grands
courants de caravanes passant l’un par Touggourt à l’Est,
l’autre par In-Salah à l’Ouest. Il donnait la préférence
à cette dernière ligne, parce que, dit-il, elle est plus facile
et plus courte, et parce que Tombouctou est le principal centre du
commerce du Soudan et beaucoup plus important que le pays Haoussa.
C’est aussi de l’intérêt économique et commercial que
s’inspiraient la plupart des explorations ou reconnaissances
individuelles entreprises pendant cette période, explorations
d’ailleurs peu importantes et médiocrement fructueuses. En 1836,
Loir-Montgazon[41] avait passé un mois à Touggourt. En 1848, un
autre voyageur, Garcin, négociant à Constantine, s’y rendait
également de Biskra. En 1848, Prax[42], ancien officier de marine,
accomplissait dans le Sud algérien le premier voyage qui ait eu un
caractère un peu plus scientifique. Parti de Tunis, il se rendit
au Souf et rentra en Algérie par Touggourt et Biskra. L’année
suivante, il publia une brochure[43] sur le commerce transsaharien ;
il énumérait les produits que l’on pouvait tirer du centre
de l’Afrique et les denrées qu’on pouvait porter dans le
Soudan. Il concluait à la nécessité d’avoir un consul au Touat,
lieu d’étape commode entre les dernières pentes de l’Atlas et
les rives du Sénégal.
En 1850, J.-B. Renaud, ancien soldat au 48e de ligne, qui avait
embrassé l’islamisme et pris le nom d’Abdallah, résolut, à
la suite d’un pèlerinage à la Mecque et d’un voyage de trois
mois au Darfour, de se rendre d’Algérie à Tombouctou par le
Touat. Ce projet n’aboutit pas ; le cheikh de Ngoussa, instruit
du dessein de Renaud, l’obligea à retourner sur ses pas à cause
de l’insécurité des régions qu’il voulait traverser.
La même année, Berbrugger entreprenait, avec un succès bien
différent, un voyage dans l’Est. Il avait formé le projet[44]
d’explorer la « deuxième ligne » des oasis algériennes, par
Gabès, le Souf, Touggourt, Ouargla, El-Goléa, le Touat avec retour
par le Mzab ; il devait s’attacher surtout à l’étude des faits
qui importent à la politique et au commerce. Son voyage ne le mena
pas si loin ; il se rendit[45] en Tunisie par Souk-Ahras, visita
le Djerid, le Souf, l’Oued-Rir, Ouargla et le Mzab ; il rapporta
nombre de renseignements géographiques et archéologiques sur les
régions traversées[46].
En 1851, Ducouret (Hadj Abd el Hamid Bey) partait de Tunis avec une
mission du Ministre de l’instruction publique dans le Sahara. Il
sollicita l’appui de l’autorité militaire pour gagner Ouargla
et le Mzab, mais il parut dangereux de l’autoriser à parcourir ce
pays, où Berbrugger avait rencontré d’assez grandes difficultés
l’année précédente.
Résumons, au triple point de vue auquel nous nous sommes placés,
les résultats obtenus pendant cette période.
La connaissance scientifique du Sahara a considérablement avancé
par les informations indirectes, surtout celles de Carette et de
Daumas. L’exploration directe, si on en excepte le voyage de
Berbrugger, n’a encore donné aucun résultat. L’occupation a
rapidement progressé, puisque, malgré les hésitations du début,
elle nous a amenés d’Alger à Laghouat. Enfin, au point de vue
de la pénétration commerciale, on a formé des projets nombreux
et souvent grandioses, mais on n’a en fait rien obtenu. La carte
du Sahara algérien[47] de 1852 montre l’état des connaissances
à cette date : c’est une nouvelle édition de la carte de 1845,
dont les indications avaient guidé nos colonnes ; on a réparé les
omissions et comblé les lacunes que l’expérience avait signalées.
Une nouvelle période s’ouvre avec la prise de Laghouat (4
décembre 1852), bientôt suivie de la capitulation du Mzab. Grâce
aux circonstances favorables, grâce aussi à l’impulsion donnée
par le maréchal Randon, cette période, comme on va le voir, est
une des plus brillantes et des plus fructueuses de l’histoire de
la pénétration saharienne.
* * * * *
[Note 2 : DAUMAS, _Le Sahara Algérien_, in-8o, Paris, 1845, p. 5.]
[Note 3 : CARETTE, _Etude sur les routes suivies par les Arabes dans
la partie méridionale de l’Algérie et de la Régence de Tunis_,
in-8o, Paris, 1844, p. 3 et suiv.]
[Note 4 : Traduction française de la _Description de l’Afrique_,
publiée par QUATREMÈRE dans le tome XII des _Notices et Extraits
des Manuscrits_.]
[Note 5 : Traduit par A. JAUBERT en 1836.]
[Note 6 : LEO AFRICANUS, _De l’Afrique_, traduction de Jean
Temporal, Paris, 4 vol. in 8o, 1830. « Imprimé aux frais du
Gouvernement pour procurer du travail aux ouvriers typographes. » La
même année était réimprimée, à Venise, la traduction italienne
de Ramusio.]
[Note 7 : TH. SHAW, _Travels and Observations relating to several
parts of Barbary and the Levant_, in-4o, Oxford, 1738. Traduction
française à La Haye, 1743.]
[Note 8 : DUREAU DE LA MALLE, _Voyages dans les Régences de Tunis
et d’Alger_, par Peyssonnel et Desfontaines, 2 vol. in-8o, Paris,
1838.]
[Note 9 : POIRET (l’abbé), _Voyage en Barbarie_, 2 vol. in-8o,
Paris, 1789.]
[Note 10 : _Carte comparée des Régences d’Alger et de Tunis_,
dressée par le chevalier Lapie, premier géographe du roi, officier
supérieur du Corps royal des Ingénieurs (les noms anciens revus
par Hase, les noms arabes par Jaubert), Paris, 1828, chez Picquet.]
[Note 11 : _Routes suivies par les Arabes_, p. VII. Cette remarque
semble s’appliquer à la carte de 1828 ; la date de 1838, donnée
par Carette, paraît une faute typographique : nous n’avons pas
découvert de carte d’Algérie de Lapie portant cette date.]
[Note 12 : _Tableau de la Situation des Etablissements Français
dans l’Algérie_, 1838, p. 161.]
[Note 13 : Paris, 1836, in-8o.]
[Note 14 : _Etablissements Français_, 1838, p. 113 ; 1840, p. 109.]
[Note 15 : E. CARETTE, _Recherches sur la géographie et le
commerce de l’Algérie méridionale_, avec 3 cartes (_Exploration
scientifique_, in-4o, Paris, 1844). Id., _Etude des routes suivies
par les Arabes dans la partie méridionale de l’Algérie et de la
Régence de Tunis_ (_Exploration scientifique_, in-8o, Paris, 1844).]
[Note 16 : DE COLOMB, _Notices sur les Oasis du Sahara_, 1860,
p. 1. « Dès le débarquement, en 1830, il fut question du désert
à propos du terrain sablonneux de Sidi-Ferruch. Plus tard, les
sables reculèrent jusque dans la Mitidja où, selon l’expression
de Pellissier, on n’en ramasserait pas de quoi poudrer une lettre ».
(BERBRUGGER, _Voyages dans le Sud de l’Algérie, par El-Aïachi
et Moula-Ahmed_, Paris, 1846, p. 4).]
[Note 17 : BERBRUGGER, ouvrage cité.]
[Note 18 : E. CARETTE, _Recherches sur la géographie et le commerce
de l’Algérie méridionale_, p. 7.]
[Note 19 : _Etablissements Français_, 1844, p. 377 et 396 ; _Carte
de l’Algérie divisée en Tribus_, par CARETTE et WARNIER, à
1/1.000.000e (avril 1846).]
[Note 20 : In-8o, Paris, 1848, avec _Carte du Maroc_ à 1/2.000.000e,
datée de 1845. Cf. _Carte du Maroc_ de BEAUDOUIN, 1848 (excellente
pour l’époque et encore utile à consulter).]
[Note 21 : DAUMAS (Lieutenant-colonel), _Le Sahara Algérien_,
études géographiques, statistiques et historiques sur la région
au Sud des établissements français, in-8o, Paris, 1845.]
[Note 22 : P. 5.]
[Note 23 : DAUMAS, p. 1, reproduit et défiguré dans les
_Etablissements Français_ de 1850-52, p. 651. Il convient de dire
que, précisément à l’époque ou Daumas écrivait ces lignes,
le traité de 1845 avec le Maroc reproduisait l’ancienne conception
du Sahara inhabitable et inhabité.]
[Note 24 : _Recherches sur la Géographie et le Commerce de
l’Algérie méridionale_, p. 142.]
[Note 25 : ADRIEN BERBRUGGER, _Voyages dans le Sud de l’Algérie et
des Etats barbaresques par El-Aïachi et Moula-Ahmed_ (_Exploration
Scientifique de l’Algérie_), in-8o, Paris, 1846.]
[Note 26 : PELLISSIER DE REYNAUD, _Annales Algériennes_, Alger-Paris,
1854, tome III, p. 123-126.]
[Note 27 : H. M. P. DE LA MARTINIÈRE et N. LACROIX, _Documents
pour servir à l’étude du Nord-Ouest africain_, réunis et
rédigés par ordre de M. Jules Cambon, Gouverneur général de
l’Algérie. Gouvernement général de l’Algérie, Service des
Affaires indigènes, 4 vol. in-8o et 1 vol. de pl., 1894-97 ; tome
III, p. 73 et 791. Nous citerons cet ouvrage en abrégé sous le
titre de _Documents_.]
[Note 28 : H. DUVEYRIER, _Historique des Explorations au Sud et
au Sud-Ouest de Géryville_, _Bull. Soc. Géogr. de Paris_, 1872,
p. 229.]
[Note 29 : _Etablissements Français_, 1845, p. 4. PELLISSIER DE
REYNAUD, _Annales Algériennes_, III, p. 160.]
[Note 30 : _Tableaux des Etablissements français dans l’Algérie_,
1846, p. 515. On sait que cette collection des _Etablissements
français_ est la source la plus précieuse pour l’histoire des
débuts de la conquête et de la colonisation.]
[Note 31 : Dr FÉLIX JACQUOT, _Expédition du général Cavaignac
dans le Sahara Algérien en avril et mai 1847_, in-8o, Paris.]
[Note 32 : P. 149 et 165.]
[Note 33 : DAUMAS et DE CHANCEL, _Le grand désert, ou itinéraire
d’une caravane du Sahara au pays des nègres_, in-8o, Paris, 1848.]
[Note 34 : _Etablissements français_, 1837, p. 324.]
[Note 35 : _Id._, 1840, p. 371.]
[Note 36 : Colonel REBILLET, _Les relations commerciales de la
Tunisie avec le Soudan_ (_Revue gén. des Sciences_, 1896, p. 1158).]
[Note 37 : _Revue de l’Orient_, 1845, tome VI, p. 6.]
[Note 38 : _Etablissements français_, 1850-52, p. 651.]
[Note 39 : _Id._, 1846, p. 515.]
[Note 40 : _Expédition du général Cavaignac_, p. 199.]
[Note 41 : _Revue de l’Orient_, 1844, tome IV, p. 76.]
[Note 42 : Instructions pour le voyage de M. Prax dans le Sahara
septentrional, in-8o, Paris, 1847. — PRAX, _Tougourt, le Souf_
(_Revue de l’Orient et de l’Algérie_, 1848, tome IV, p. 129).]
[Note 43 : PRAX, ancien officier de la marine nationale, _Commerce
de l’Algérie avec la Mecque et le Soudan_, Paris, 1849. Cf. _Carte
des routes commerciales de l’Algérie au pays des Noirs_, dressée
par M. Prax à 1/10.000.000, s. d. (très intéressante).]
[Note 44 : BERBRUGGER, _Projet d’exploration de la 2e ligne des
oasis algériennes_, in-8o, Alger, 1850.]
[Note 45 : _Résultats obtenus jusqu’à ce jour par les explorations
entreprises sous les auspices du Gouvernement de l’Algérie pour
pénétrer dans le Soudan_, in-8o, Alger, 1862. Cette brochure,
due au capitaine de Polignac, a paru dans le _Bull. de la Soc. de
Géogr. de Paris_, 1862, p. 222. Nous la citerons en abrégé sous
le titre _Résultats_.]
[Note 46 : Mémoire publié dans l’_Akhbar_, Alger, 1853.]
[Note 47 : _Etablissements français_, 1849, p. 719 et 1850-52,
p. 651. Cf. _Carte des divisions politiques, administratives et
militaires de l’Algérie_, dressée sur les documents officiels
par ordre de M. le général Randon par CH. DE LA ROCHE, attaché
au Ministère de la Guerre, 1851, à 1/1.000.000.]
CHAPITRE II
LA PÉRIODE DU MARÉCHAL RANDON (1852-1864)
Gouvernement du maréchal Randon. — Voyages de Barth. —
Traduction d’Ibn Khaldoun. — Grammaire tamacheq de Hanoteau. —
Occupation de Laghouat (1852) et capitulation du Mzab. — Renou
(1853). — Rôle des Ouled-Sidi-Cheikh. — Si Hamza, cheikh Othman
et Ikhenoukhen. — Projets commerciaux. — Double objectif des
explorations : le Touat et Ghadamès.
I. _Explorations dans l’Ouest._ — Dastugue (1853). — El-Ouazzani
(1854). — Mac-Carthy (1854). — de Colomb (1854-59). —
Correspondance de 1858 concernant Si Hamza. — Colonieu et Burin
(1860). — Projets sur le Touat et le Niger. — Rohlfs (1864).
II. _Explorations dans l’Est._ — Occupation de Touggourt
(1854). — Forages de Jus dans l’Oued-Rir (1856). — Ville
(1855-57). — Bou-Derba (1858). — Duveyrier (1859-61). — Mission
et traité de Ghadamès (1862).
Conclusion. — Cartographie. — Faidherbe au Sénégal.
Le maréchal Randon est une des figures les plus intéressantes
de l’histoire moderne de l’Algérie. « Après le maréchal
Bugeaud, le second rang dans l’histoire de la conquête appartient
de droit au maréchal Randon ; au génie de l’un a succédé la
persévérance de l’autre ; celui-ci a parachevé l’œuvre de
celui-là[48]. » En même temps qu’il conquérait la Kabylie,
il préparait et organisait l’expansion de l’Algérie vers le Sud.
Le maréchal Randon fut gouverneur de l’Algérie de 1851 à 1858 ;
mais la brillante période de pénétration saharienne ne commence
guère qu’en 1852, pour se continuer jusqu’en 1864, parce que
l’impulsion ne se fit pas immédiatement sentir et se prolongea
d’autre part pendant un certain temps après le départ de celui
qui l’avait imprimée. Le mouvement d’exploration et d’expansion
fut arrêté net par l’insurrection des Ouled-Sidi-Cheikh, qui eut
des conséquences si fâcheuses à tous égards pour nos rapports
avec le Sahara.
Un événement considérable dans l’histoire des découvertes
géographiques s’accomplissait alors. Un des plus grands voyageurs
des temps modernes, Barth, effectuait sa magnifique exploration à
travers le Sahara et le Soudan (1850-1855). « Il faudrait de longues
pages[49] pour faire ressortir les nombreux résultats du voyage de
Barth. Avant lui, tout n’était que fables ou données vagues sur
l’Afrique centrale et ses habitants ; il était réservé à Barth
de rapporter au monde civilisé des notions précises aussi bien
sur la région du Tchad que sur le Sahara, de fixer la géographie
encore incertaine de ces pays, d’étudier l’histoire des tribus
qui les habitent, enfin de recueillir des renseignements d’une
valeur inestimable sur l’ethnographie, l’histoire ancienne et
l’état politique des vastes étendues de territoire qu’il a
parcourues. » Il est le premier et le plus grand des explorateurs
vraiment scientifiques du continent noir[50].
Vers la même époque paraissaient en Algérie, sous les auspices
du Gouvernement général, deux des ouvrages les plus remarquables
qui aient été publiés depuis la conquête : la traduction de
l’_Histoire des Berbères_ d’Ibn-Khaldoun[51] par de Slane
(1852), et la grammaire de la langue des Touareg par Hanoteau,
commandant supérieur du cercle de Dra-el-Mizan[52]. Le premier de ces
ouvrages faisait connaître le document capital sur l’histoire et
les traditions des populations sahariennes, le second nous initiait
à leur langue ; Duveyrier a pu contrôler l’exactitude de la
grammaire de Hanoteau et il a rendu hommage à l’excellence de
cet ouvrage[53], comme bien d’autres l’ont fait après lui.
Le gouvernement du maréchal Randon, le voyage de Barth
déterminèrent une période des plus actives dans notre œuvre
de pénétration au Sahara central, œuvre à laquelle d’autres
circonstances, qu’il convient d’indiquer, étaient par ailleurs
très favorables.
L’insurrection soulevée en 1852 par le chérif Mohammed ben
Abdallah parmi les tribus du Sud détermina la prise d’assaut
et l’occupation définitive de Laghouat[54] (4 décembre
1852). Quelques jours après, les habitants du Mzab, redoutant des
représailles de notre part, en raison de l’hospitalité donnée
par eux au chérif Mohammed, prirent la résolution d’entrer en
négociations avec nous.
Dans une convention du 24 janvier 1853, décorée plus tard du nom de
traité, mais qui mérite bien mieux le titre de capitulation[55],
Randon posait aux Mozabites ces conditions : « Il ne saurait
être question, disait-il, d’un traité de commerce entre vous
et nous, mais bien nettement de votre soumission à la France. En
dehors de cette pensée, il ne peut y avoir aucun arrangement. Vos
ressources de toute espèce nous étant connues, chaque ville ne
paiera que ce qu’elle doit raisonnablement payer. Comptés dès
lors comme nos serviteurs, notre protection vous couvrira partout,
dans vos voyages à travers nos tribus et pendant votre séjour
dans nos villes. Nous ne voulons en aucune façon nous mêler de
vos affaires intérieures ; vous resterez à cet égard comme par
le passé. _Nous ne nous occuperons de vos actes que lorsqu’ils
intéresseront la tranquillité générale et les droits de nos
nationaux et de nos tribus soumises_. » Ainsi le maréchal Randon
trouvait dès le premier jour la véritable formule qui doit présider
à nos relations avec les populations sahariennes, formule dont on
s’est trop souvent écarté depuis, soit en traitant de puissance
à puissance avec les Sahariens, soit en intervenant à outrance
dans leurs affaires intérieures.
Peu après, Renou, collaborateur de l’_Exploration Scientifique
de l’Algérie_, après une excursion d’Alger à Laghouat,
se décida, sur les conseils du général Yousouf, commandant
les troupes indigènes, à pousser jusqu’au Mzab. Il partit de
Laghouat en compagnie du lieutenant Carrus, chef du bureau arabe,
et se rendit à Berrian, où il fut parfaitement accueilli ; il
profita de son séjour dans cette localité pour en déterminer la
longitude et la latitude.
C’est à partir de cette époque que les Ouled-Sidi-Cheikh
commencent à jouer un rôle considérable dans nos projets
de pénétration. On songe d’abord à se servir d’eux pour
ces projets, et des résultats dont on ne saurait méconnaître
l’importance sont obtenus par cette voie. Mais ces résultats ne
sont pas aussi complets qu’on l’avait espéré, d’abord parce
que, comme on le verra, ils ne s’y prêtent pas toujours sans
réticences et sans hésitations, puis parce qu’on s’exagère,
peut-être sur leurs propres indications, leur pouvoir sur les
populations sahariennes et qu’on leur demande plus qu’ils ne
peuvent donner.