Résumé de l'histoire artistique et littéraire de l'Iran.--Achéménides,
Parthes, Sassanides.--Conquête musulmane.--Guiznévides, Seljoucides,
Mogols, Sofis, Kadjars.
28 février.--Mes forces reviennent lentement, mais chaque jour je
constate un progrès. Une promenade d'un bout à l'autre du bateau ne
m'effraye plus, et mes esprits eux-mêmes semblent sortir de
l'engourdissement où ils se complaisaient. Pendant ces soirées si calmes
et si tièdes passées sur l'océan Indien et sur la mer Rouge à regarder
jouer les dauphins qui paraissent, dans la phosphorescence des belles
nuits, s'ébattre comme des bêtes de feu dans une mer de flammes, je
reviens en arrière, je rassemble mes souvenirs, j'évoque les paysages,
et je reconstitue les grandes époques de l'Iran.
Dégagée des préoccupations de la vie journalière, soulagée d'un contact
fatigant avec les Persans, je juge sans passion les hommes et les
choses. Pour moi, désormais, l'histoire commence à Cyrus et se termine à
Nasr ed-din chah.
La genèse du peuple perse, ses progrès intellectuels et artistiques, sa
décadence même, l'aspect du pays où se sont déroulées les pages de son
épopée, les liens de famille qui le rattachent aux races latines et
germaniques, ses dix siècles de luttes contre la Grèce et Rome, me
semblent d'autant plus dignes d'étude et d'intérêt que seule la
monarchie constituée il y a près de trente siècles par les ancêtres
d'Astyage et de Cyaxare a échappé au naufrage des nations asiatiques et,
quoique bien déchue de son ancienne splendeur, a conservé son caractère
propre, ses arts et, jusque dans la religion musulmane importée à la
suite des vainqueurs, un schisme distinct.
Les premières lueurs qui éclairent d'un jour certain l'histoire du
plateau de l'Iran nous montrent ce pays occupé par les tribus aryennes.
Au nord règnent les Madaï ou les Mèdes. Au contact des Assyriens ils
conquièrent de bonne heure une civilisation relative et en profitent
pour asservir les tribus sauvages du Fars. Maîtres et sujets, vainqueurs
et vaincus parlent un idiome apparenté avec les vieilles langues des
Indes et vivent sous l'empire de lois autoritaires. Leur religion,
connue aujourd'hui, le mazdéisme, ainsi désigné en l'honneur de son dieu
Aouramazda, avait été révélée aux Aryens par le légendaire Zoroastre.
En Médie, sous l'influence d'une caste sacerdotale très puissante et
peut-être même autochtone, elle s'était modifiée et avait admis comme
principe fondamental le dualisme défini par la lutte du bien et du mal,
des dieux et des démons. En Perse elle semblait au contraire être
demeurée plus attachée à la forme ancienne, au culte primitif des
Aryens.
Les Mèdes entrent en scène pour la première fois à l'occasion de leur
alliance avec les vassaux révoltés de l'empire ninivite. Sous les coups
de Nabou-bal-Oussour, gouverneur de Babylone pour le roi d'Assyrie, et
de Cyaxare, souverain de la Médie, le colosse assyrien s'écroule. Quel
rôle les Perses jouèrent-ils dans cette tragédie? On l'ignore; mais il
est à supposer qu'il fut considérable et leur valut tout ou partie de la
Susiane, jointe dès cette époque à la Perse méridionale.
C'est probablement dans ce petit royaume, désigné par les inscriptions
babyloniennes sous le nom de royaume d'Ansan, que naquit Cyrus d'un
souverain de nationalité perse, originaire de cette grande famille
achéménide dont la branche aînée habitait à Pasargade et gouvernait le
Fars. A Suse comme à Pasargade on reconnaissait la suzeraineté du roi
d'Ecbatane.