CHAPITRE XLII

Résumé de l'histoire artistique et littéraire de l'Iran.--Achéménides,

Parthes, Sassanides.--Conquête musulmane.--Guiznévides, Seljoucides,

Mogols, Sofis, Kadjars.

28 février.--Mes forces reviennent lentement, mais chaque jour je

constate un progrès. Une promenade d'un bout à l'autre du bateau ne

m'effraye plus, et mes esprits eux-mêmes semblent sortir de

l'engourdissement où ils se complaisaient. Pendant ces soirées si calmes

et si tièdes passées sur l'océan Indien et sur la mer Rouge à regarder

jouer les dauphins qui paraissent, dans la phosphorescence des belles

nuits, s'ébattre comme des bêtes de feu dans une mer de flammes, je

reviens en arrière, je rassemble mes souvenirs, j'évoque les paysages,

et je reconstitue les grandes époques de l'Iran.

Dégagée des préoccupations de la vie journalière, soulagée d'un contact

fatigant avec les Persans, je juge sans passion les hommes et les

choses. Pour moi, désormais, l'histoire commence à Cyrus et se termine à

Nasr ed-din chah.

La genèse du peuple perse, ses progrès intellectuels et artistiques, sa

décadence même, l'aspect du pays où se sont déroulées les pages de son

épopée, les liens de famille qui le rattachent aux races latines et

germaniques, ses dix siècles de luttes contre la Grèce et Rome, me

semblent d'autant plus dignes d'étude et d'intérêt que seule la

monarchie constituée il y a près de trente siècles par les ancêtres

d'Astyage et de Cyaxare a échappé au naufrage des nations asiatiques et,

quoique bien déchue de son ancienne splendeur, a conservé son caractère

propre, ses arts et, jusque dans la religion musulmane importée à la

suite des vainqueurs, un schisme distinct.

Les premières lueurs qui éclairent d'un jour certain l'histoire du

plateau de l'Iran nous montrent ce pays occupé par les tribus aryennes.

Au nord règnent les Madaï ou les Mèdes. Au contact des Assyriens ils

conquièrent de bonne heure une civilisation relative et en profitent

pour asservir les tribus sauvages du Fars. Maîtres et sujets, vainqueurs

et vaincus parlent un idiome apparenté avec les vieilles langues des

Indes et vivent sous l'empire de lois autoritaires. Leur religion,

connue aujourd'hui, le mazdéisme, ainsi désigné en l'honneur de son dieu

Aouramazda, avait été révélée aux Aryens par le légendaire Zoroastre.

En Médie, sous l'influence d'une caste sacerdotale très puissante et

peut-être même autochtone, elle s'était modifiée et avait admis comme

principe fondamental le dualisme défini par la lutte du bien et du mal,

des dieux et des démons. En Perse elle semblait au contraire être

demeurée plus attachée à la forme ancienne, au culte primitif des

Aryens.

Les Mèdes entrent en scène pour la première fois à l'occasion de leur

alliance avec les vassaux révoltés de l'empire ninivite. Sous les coups

de Nabou-bal-Oussour, gouverneur de Babylone pour le roi d'Assyrie, et

de Cyaxare, souverain de la Médie, le colosse assyrien s'écroule. Quel

rôle les Perses jouèrent-ils dans cette tragédie? On l'ignore; mais il

est à supposer qu'il fut considérable et leur valut tout ou partie de la

Susiane, jointe dès cette époque à la Perse méridionale.

C'est probablement dans ce petit royaume, désigné par les inscriptions

babyloniennes sous le nom de royaume d'Ansan, que naquit Cyrus d'un

souverain de nationalité perse, originaire de cette grande famille

achéménide dont la branche aînée habitait à Pasargade et gouvernait le

Fars. A Suse comme à Pasargade on reconnaissait la suzeraineté du roi

d'Ecbatane.

La Perse, la Chaldée et la Susiane · 第 55 / 155 题