Le président de la République a inauguré ces jours derniers la nouvelle
passerelle qui a remplacé l'antique estacade construite à l'entrée du
petit bras de la Seine, à quelques mètres en amont du pont Sully.
Cette estacade, destinée à arrêter les glaces en cas de débâcle, ne
laissait qu'un passage étroit pour les bateaux dont la manoeuvre était
rendue fort difficile par l'intensité du courant. A ce dispositif d'un
autre âge on a substitué une passerelle en béton armé reposant sur
quatre arches dont deux restent ouvertes en temps normal; les deux
autres, celles de la rive gauche, étant condamnées par un réseau
d'aiguilles fixes.
Quant aux arches de la rive droite, elles peuvent être rapidement
fermées, grâce au! système imaginé par M. Drogue, ingénieur en chef du
service de la navigation. Deux caissons flottants en tôle, très
résistants, sont tenus en réserve à peu de distance le long d'une berge.
A l'approche d'une débâcle, on les remorque jusqu'à la passerelle et on
échoue chaque caisson contre les deux piles d'une arche sur des
entailles ménagées: à cet effet.
La stabilité est assurée par deux séries d'_aiguilles_ en fer.
Les unes, enfilées directement dans le caisson, vont s'ancrer dans le
lit du fleuve. Leur poids est calculé de façon qu'elles continuent à
s'enfoncer si le niveau de l'eau vient à baisser, entraînant le caisson
qui ne risque pas de rester suspendu au-dessus de l'eau.
Les autres sont enfilées le long du tablier du pont et viennent
s'attacher au caisson. Une plaque d'arrêt butant sous le tablier limite
leur course et la remontée du caisson sous la poussée d'une crue.
Outre que ce système paraît devoir offrir une résistance considérable à
la poussée des glaces qui dépasse parfois 3.000 kilos par mètre
linéaire, il permettra de laisser la navigation libre jusqu'au dernier
moment. En cas de danger, il suffira de quelques heures pour amener le
caisson à la place qu'il devra occuper. Au lieu de le laisser flotter,
on le remontera au moyen de treuils contre le tablier pour le descendre
et fermer le passage dès que la débâcle se sera suffisamment dessinée en
amont.