LE CHARIVARI

1833

On assure que la fête de Quelqu'un sera désormais fixée au 19 novembre,

jour de la Saint-Ladre.

Lorsque les journaux ministériels disent que «l'ordre _le plus parfait_

règne en France», nous aimons à croire qu'ils ne parlent pas de l'Ordre

de choses.

L'insurrection carliste a principalement gagné dans les montagnes

situées sur les frontières de l'Espagne, dont les habitants, comme on

sait, sont tous contrebandiers. Il est question de leur envoyer M. de

Broglie pour _s'entendre_ avec eux.

L'hiver s'annonçant comme devant être très-rigoureux, chacun s'empresse

de faire ses provisions de bûches. C'est sans doute pour ce motif que le

juste milieu rassemble ses députés.

L'industrie des tourneurs de chaises est, dit-on, dans une grande

détresse. Cela n'est pas étonnant avec un Ordre de choses si mal assis.

Jules Rohaut.

(_A suivre._)

[Illustration: UN INTRUS.--Dessin de M. K. Bodmer.]

M. LÉON DE ROSNY

ET LE CONGRÈS INTERNATIONAL

DES ORIENTALISTES

Le Congrès international des Orientalistes a été l'événement de la

première quinzaine de septembre 1873. Répondant à la tendance actuelle,

qui veut que tout tourne à une application humanitaire utile et

immédiate, le Congrès a produit tout de suite des résultats pratiques

importants. C'est l'entrée spontanée de l'empire du Japon dans le

concert des peuples européens, par la création rendue possible de la

presse, c'est-à-dire par la solution du grand problème de l'unité

orthographique de la transcription européenne des textes japonais par

les caractères romains; c'est l'application raisonnée et pratique de

plusieurs _desiderata_ de la sériciculture et de l'industrie des soies;

c'est, enfin, l'exposition scientifique, faite au Palais de l'Industrie,

des produits étonnants d'une civilisation étrangère, dignes de notre

admiration et sur plusieurs points dignes même de notre imitation.

M. Léon de Rosny, notre savant professeur à l'école spéciale des langues

orientales, a été le promoteur, l'organisateur et le président de ce

premier Congrès international des Orientalistes: belle oeuvre

essentiellement d'initiative privée (premier mérite trop rare en France)

et dont la réussite a été complète (deuxième mérite prisé en tout pays).

Il appartenait à la voix autorisée de ce savant (jeune d'âge mais vieux

de réputation), de faire un appel fructueux à tous les orientalistes de

l'univers pour se réunir dans un grand congrès et inaugurer une ère

nouvelle.

[Illustration: M. de Rosny, président du Congrès international des

Orientalistes.]

La presse française et la presse étrangère ont suivi, avec une curieuse

et bienveillante attention, les travaux du congrès. Leurs premières

impressions lui ont été complètement favorables, mais elles ne pourront

se prononcer définitivement, et en toute connaissance de cause, qu'après

la publication du volume des procès-verbaux des séances, et des mémoires

justificatifs à l'appui des opinions et des thèses émises par les

orateurs.

L'oeuvre du congrès est acceptée par l'opinion publique et elle va se

poursuivre régulièrement. En 1874, sa seconde session sera tenue en

Angleterre. Ce pays, en effet, a été choisi de préférence à l'Italie, la

Suisse, le Portugal et le Luxembourg, qui auront plus tard leur tour.

L'étude des langues hindoustaniques sera l'objet principal de ses

travaux, de même que le Japon a été l'objectif du premier congrès, et

que les études orientalistes en général n'y ont obtenu que la moitié du

nombre des séances.

C'est le 1er septembre que le congrès a ouvert ses travaux au palais de

la Sorbonne, sous la présidence d'honneur de M. l'amiral Roze, et c'est

le 11 qu'il les a clos, également sous la présidence de ce savant marin.

M. de Rosny, avec la haute modestie qui est un des traits de son

caractère, n'a voulu présider que les séances où sa présence au fauteuil

était indispensable pour mieux diriger et soutenir les débats; mais,

quant aux autres séances, il a toujours cédé son fauteuil aux savants

français et étrangers qui étaient davantage familiarisés avec les sujets

qui en faisaient l'objet.

*

* *

M. Léon de Rosny naquit à Loos (Nord), le 5 avril 1837. Dès son enfance,

il annonça ce qu'il devait être un jour par sa grande aptitude à l'étude

de la grammaire, de la géographie et de l'histoire. Élève de l'École

spéciale des langues orientales, il s'y distingua par sa merveilleuse

facilité à l'étude des langues de l'extrême Orient et il en fut le

brillant élève.

[Illustration: La nouvelle caserne d'infanterie de marine construite à

Saïgoun.]

A l'âge de vingt ans, il débuta dans la carrière de la presse politique

comme rédacteur successivement de la _Presse_, le _Courrier du dimanche_

et le _Temps._ Il fit aussi la correspondance politique quotidienne de

plusieurs journaux étrangers. Cette même année 1857, il reçut, pour

services politiques, la décoration du Lion et Soleil de Perse, et, peu

après, la médaille d'or de l'Académie des sciences de Saint-Pétersbourg.

M. de Rosny a été décoré depuis d'un grand nombre d'ordres étrangers.

En 1858, le ministre de l'instruction publique l'envoya en Angleterre

pour la composition d'un grand Dictionnaire

_japonais--français--anglais._ Cette même année, il fonda la _Revue

orientale américaine_ (première série, 10 volumes in-8°), et, en 1859,

il fonda la Société d'ethnographie, belle institution dont il est resté

secrétaire jusqu'en 1873, époque à laquelle les suffrages des membres

l'appelèrent aux fonctions de président.

En 1861, un fragment de son _Histoire de la langue chinoise_ lui valut,

au concours Volney, le grand prix de 1,200 francs. Nommé premier

interprète de la légation de France à Yedo, il fut chargé, en 1862, par

le ministère des affaires étrangères, d'accompagner la première

ambassade japonaise en Europe et il voyagea avec elle en Hollande, en

Prusse et en Russie.

Une chaire de japonais manquait à l'École des langues orientales. En

1863, M. de Rosny y fut appelé comme professeur libre. Cette même année

il fonda le _Comité d'archéologie américaine_, et, en 1865, la société

de l'Athénée oriental, la jeune et brillante rivale de la Société

asiatique de Paris. Cette même année, 1865, M. de Rosny fut chargé de

traduire en chinois, pour le gouvernement espagnol; le traité conclu par

cette puissance avec la Chine.

En 1866, il fut envoyé à Marseille par le ministère de l'agriculture et

du commerce pour diriger une mission chargée d'examiner les graines de

vers à soie données par le Taïkoun à l'empereur des Français, affaire de

haute importance en présence de l'épidémie qui, depuis vingt ans, ravage

nos magnaneries. Il fit, à cette époque, un voyage scientifique en

Suisse et en Italie, qui attira l'attention. En 1867, il fut nommé

membre de la commission scientifique de l'exposition universelle pour

l'ethnographie.

En 1868, un décret impérial ayant transformé la chaire d'arabe de M.

Sylvestre de Sacy à l'École spéciale des langues orientales en chaire de

japonais, M. de Rosny y fut nommé le premier titulaire, juste récompense

qui consacrait définitivement la haute place que ce jeune professeur

avait conquise dans le monde orientaliste.

Le cours d'_ethnographie de la race jaune_ qu'il ouvrit au Collège de

France en 1869, réunit un nombreux public. Enfin, la grande oeuvre de

l'organisation et de la conduite du premier congrès international des

Orientalistes est venue confirmer la réputation de M. Léon de Rosny

comme savant et comme organisateur progressif.

M. Léon de Rosny est l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages techniques

sur l'extrême Orient et de vocabulaires japonais, chinois, coréen et

aïno, qui tous ont été remarqués par leur haute valeur. On en trouve le

détail dans le Dictionnaire des contemporains, de G. Vapereau, arrêté à

1869. Les limites de cette notice ne nous permettent pas de les

mentionner ici, mais nous dirons que depuis dix ans, de Rosny s'occupe

d'une histoire de la race jaune, grand ouvrage qui résumera ses immenses

travaux et formera quatre forts volumes in-8°.

Bon Textor de Ravisi.

L'Illustration, No. 1599, 18 Octobre 1873 · 第 25 / 30 题