Un intrus

C'est vers la fin du mois de septembre ou le commencement d'octobre que

commence pour le cerf la saison des amours. A ce moment son bois est

complètement poussé, et il est armé pour la bataille. Ce n'est plus

l'animal de la saison précédente, doux et timide, prêt à fuir d'un pied

rapide au premier soupçon du danger. Alors il est devenu audacieux, et,

à la vue d'un autre cerf, cette audace se change en fureur.

Cet animal toutefois ne s'attache pas, comme le chevreuil, à la même

femelle, mais il en change comme le daim. Naturellement, la biche le

paye de la même monnaie.

Elle ne se pique pas de fidélité, on sait cela, et elle aime qu'on se

dispute ses faveurs. Elle ne se donne qu'au plus vaillant. Aussi Dieu

sait les combats que, à cette époque de l'année les cerfs accourant à

l'appel des biches, se livrent dans les clairières des hautes futaies!

Combats successifs que le même tenant est obligé de livrer à tous ses

rivaux. Et quand il a vaincu le dernier, lorsqu'il s'est emparé du prix

de la victoire, souvent tout n'est pas dit encore. Un dernier appel de

quelque biche affolée lui amène un dernier rival, contre lequel il lui

faut se mesurer une dernière fois, malgré sa fatigue, malgré ses

blessures. Et dans ce cas là, malheur à lui! neuf fois sur dix, il lui

arrive de perdre le fruit de ses précédents efforts qui, finalement, ne

doivent profiter qu'au combattant de la dernière heure.

Ce n'est pas la seule circonstance dans laquelle les cerfs entrent en

lutte. Comme les daims, qui ont avec eux tant de points de ressemblance,

ils vivent en troupes ou hordes, sous le commandement du plus fort et du

plus âgé de la bande. Quand la troupe est trop nombreuse, elle se

fractionne. Dans ce cas, ces fractions ne tardent pas à devenir

ennemies. La possession de certaines régions de la forêt ou du parc où

elles sont cantonnées les met aux prises. Alors ce sont de véritables

guerres qui durent jusqu'à ce que, par une suprême défaite, le parti

vaincu soit forcé d'abandonner sans espoir de retour le champ de

bataille à l'heureux vainqueur.

L'hostilité qui règne entre les hardes ne s'arrête pas à la harde prise

en masse, elle s'étend encore à l'individu Ainsi un cerf ou un daim ne

s'aventure pas toujours impunément sur le territoire d'une harde

voisine. En temps ordinaire, il n'y songe guère; mais l'amour le

pousse-t-il, il ne craint plus de se risquer. Dans ce cas, je vous

Laisse à penser la réception qui est faite à l'_intrus._

Louis Clodion.

L'Illustration, No. 1599, 18 Octobre 1873 · 第 20 / 30 题