Dans notre numéro du 27 septembre nous avons donné un dessin
représentant le dernier bataillon allemand passant, le 16, à neuf heures
et demie du matin, la nouvelle frontière française de l'Est. Aujourd'hui
nous donnons le portrait du dernier soldat prussien ayant foulé le sol
de la France.
Il a été photographié par un de nos collaborateurs à Rozerieulles, petit
village de la Moselle qui, hélas! ne nous appartient plus, en même temps
que deux de ses camarades qui le précédaient immédiatement.
Ce soldat se nomme Jahnke.
Il fait partie de la deuxième compagnie du huitième régiment
d'infanterie brandebourgeois, n° 64.
Les deux autres se nomment Guillaume Mittelstâdt et Charles Blümner, et
appartiennent à la même compagnie du même régiment.
Remise des forçats alsaciens à la gendarmerie prussienne.
Vers le milieu du mois de septembre arrivaient à Belfort une quarantaine
de forçats, marchant en colonne et attachés deux par deux à l'aide de
chaînettes cadenassées aux poignets. Six de ces forçats étaient en outre
reliés ensemble par une forte chaîne. Une huitaine de soldats et autant
de gendarmes armés les ont escortés à la gare, puis de là se sont
dirigés jusqu'à Montreux-Vieux, où ils les ont remis entre les mains de
la gendarmerie prussienne.
Ces individus sont des Alsaciens qui avaient opté pour l'Allemagne, et
que le gouvernement français a ramenés de Cayenne, pour les livrer au
gouvernement allemand.
Le costume de ces forçats était celui-ci: pour coiffure, chapeau de
paille; pour vêtement, vareuse et pantalon de coutil gris. Ils portaient
de la main qui était libre de petits sacs ou des mouchoirs noués
paraissant contenir du linge.
Il y en avait parmi eux qui sont très-âgés. Plusieurs marchaient la tête
baissée; quelques-uns avaient l'air insolent.
C'est le sixième cortège de ce genre qui a été expédié dans les landes
de la Poméranie. En échange la France a reçu un certain nombre de
pensionnaires nés en France, qui ont été internés à Clairvaux et
ailleurs.
P. Kauffmann.