DES TURCS.

Les Turcs n’étaient pas ce qu’ils avaient été sous les Sélim, les

Mahomet, et les Soliman: la mollesse corrompait le sérail, sans en

bannir la cruauté. Les sultans étaient en même temps et les plus

despotiques des souverains dans leur sérail, et les moins assurés de

leur trône et de leur vie. Osman et Ibrahim venaient de mourir par le

cordeau. Mustapha avait été deux fois déposé. L’empire turc, ébranlé

par ces secousses, était encore attaqué par les Persans; mais, quand

les Persans le laissaient respirer, et que les révolutions du sérail

étaient finies, cet empire redevenait formidable à la chrétienté; car

depuis l’embouchure du Borysthène jusqu’aux états de Venise, on voyait

la Moscovie, la Hongrie, la Grèce, les îles, tour-à-tour en proie aux

armes des Turcs; et dès l’an 1644, ils fesaient constamment cette

guerre de Candie si funeste aux chrétiens. Telles étaient la situation,

les forces, et l’intérêt des principales nations européanes vers le

temps de la mort du roi de France, Louis XIII.

Œuvres de Voltaire Tome XIX: Siècle de Louis XIV.—Tome I · 第 63 / 89 题