Les autres provinces d’Italie écoutaient des intérêts divers. Venise
craignait les Turcs et l’empereur; elle défendait à peine ses états
de terre-ferme des prétentions de l’Allemagne et de l’invasion du
grand-seigneur. Ce n’était plus cette Venise autrefois la maîtresse du
commerce du monde, qui, cent cinquante ans auparavant, avait excité la
jalousie de tant de rois. La sagesse de son gouvernement subsistait;
mais son grand commerce anéanti lui ôtait presque toute sa force, et la
ville de Venise était, par sa situation, incapable d’être domptée, et,
par sa faiblesse, incapable de faire des conquêtes.
L’état de Florence jouissait de la tranquillité et de l’abondance sous
le gouvernement des Médicis; les lettres, les arts, et la politesse,
que les Médicis avaient fait naître, florissaient encore. La Toscane
alors était en Italie ce qu’Athènes avait été en Grèce.
La Savoie, déchirée par une guerre civile et par les troupes françaises
et espagnoles, s’était enfin réunie tout entière en faveur de la
France, et contribuait en Italie à l’affaiblissement de la puissance
autrichienne.
Les Suisses conservaient, comme aujourd’hui, leur liberté, sans
chercher à opprimer personne. Ils vendaient leurs troupes à leurs
voisins plus riches qu’eux; ils étaient pauvres; ils ignoraient les
sciences et tous les arts que le luxe a fait naître; mais ils étaient
sages et heureux[385].