La sculpture a été poussée à sa perfection sous Louis XIV, et s’est
soutenue dans sa force sous Louis XV.
SARASIN (Jacques), né en 1598, fit des chefs-d’œuvre à Rome pour le
pape Clément VIII. Il travailla à Paris avec le même succès. Mort en
1660.
PUGET (Pierre), né à Marseille en 1623, architecte, sculpteur, et
peintre; célèbre par plusieurs chefs-d’œuvre qu’on voit à Marseille et
à Versailles. Mort en 1694.
LEGROS et THÉODON[353] ont embelli l’Italie de leurs ouvrages. Ils
firent chacun, à Rome, deux modèles qui l’emportèrent au concours sur
tous les autres, et qui sont comptés parmi les chefs-d’œuvre. Legros
mourut à Rome en 1719.
GIRARDON (François), né en 1630, a égalé tout ce que l’antiquité a de
plus beau, par les bains d’_Apollon_, et par le tombeau du cardinal de
Richelieu. Mort en 1715[354].
Les COISEVOX[355] et les COUSTOU[356], et beaucoup d’autres, se sont
très distingués, et sont encore surpassés aujourd’hui par quatre ou
cinq de nos sculpteurs modernes.
CHAUVEAU[357], NANTEUIL[358], MELLAN[359], AUDRAN[360], EDELINCK[361],
LE CLERC[362], les DREVET[363], POILLY[364], PICART[365],
DUCHANGE[366], suivis encore par de meilleurs artistes, ont réussi
dans les tailles-douces; et leurs estampes ornent, dans l’Europe, les
cabinets de ceux qui ne peuvent avoir des tableaux.
De simples orfèvres, tels que Claude BALLIN et Pierre GERMAIN[367], ont
mérité d’être mis au rang des plus célèbres artistes, par la beauté de
leur dessin et par l’élégance de leur exécution.
Il n’est pas aussi facile à un génie né avec le bon goût de
l’architecture de faire valoir ses talents, qu’à tout autre artiste. Il
ne peut élever de grands monuments que quand des princes les ordonnent.
Plus d’un bon architecte a eu des talents inutiles.
MANSARD[368] (François) a été un des meilleurs architectes de l’Europe.
Le château ou plutôt le palais de Maisons, auprès de Saint-Germain, est
un chef-d’œuvre, parcequ’il eut la liberté entière de se livrer à son
génie.
MANSARD[369] (Jules Hardouin), son neveu, mort en 1708, fit une fortune
immense sous Louis XIV, et fut surintendant des bâtiments. La belle
chapelle des Invalides est de lui. Il ne put déployer tous ses talents
dans celle de Versailles, où il fut gêné par le terrain et par la
disposition du petit château qu’il fallut conserver.
On reproche à la ville de Paris de n’avoir que deux fontaines dans le
bon goût; l’ancienne, de Jean Goujon; et la nouvelle, de Bouchardon:
encore sont-elles toutes deux mal placées[370]. On lui reproche de
n’avoir d’autre théâtre magnifique que celui du Louvre, dont on ne fait
point d’usage, et de ne s’assembler que dans des salles de spectacle
sans goût, sans proportion, sans ornement, et aussi défectueuses dans
l’emplacement que dans la construction; tandis que les villes de
provinces donnent à la capitale des exemples quelle n’a pas encore
suivis[371].
La France a été distinguée par d’autres ouvrages publics d’une plus
grande importance: ce sont les vastes hôpitaux, les magasins, les
ponts de pierre, les quais, les immenses levées qui retiennent les
rivières dans leur lit, les canaux, les écluses, les ports, et surtout
l’architecture militaire de tant de places frontières, où la solidité
se joint à la beauté. On connaît assez les ouvrages élevés sur les
dessins de PERRAULT, de LEVAU, et de DORBAY[372].
L’art des jardins a été créé et perfectionné par LE NOSTRE pour
l’agréable, et par LA QUINTINIE pour l’utile. Il n’est pas vrai que Le
Nostre ait poussé la simplicité jusqu’à embrasser familièrement le roi
et le pape[373]. Son élève Collineau m’a protesté que ces historiettes,
rapportées dans tant de dictionnaires, sont fausses; et on n’a pas
besoin de ce témoignage pour savoir qu’un intendant des jardins ne
baise point les papes et les rois des deux côtés.
La gravure en pierres précieuses, les coins des médailles, les fontes
des caractères pour l’imprimerie, tout cela s’est ressenti des progrès
rapides des autres arts.
Les horlogers, qu’on peut regarder comme des physiciens de pratique,
ont fait admirer leur esprit dans leur travail.
On a nuancé les étoffes, et même l’or qui les embellit, avec une
intelligence et un goût si rare, que telle étoffe, qui n’a été
portée que par le luxe, méritait d’être conservée comme un monument
d’industrie.
Enfin le siècle passé a mis celui où nous sommes en état de rassembler
en un corps, et de transmettre à la postérité le dépôt de toutes les
sciences et de tous les arts, tous poussés aussi loin que l’industrie
humaine a pu aller; et c’est à quoi a travaillé une société de savants
remplis d’esprit et de lumières. Cet ouvrage immense et immortel semble
accuser la brièveté de la vie des hommes[374]. Il a été commencé par
messieurs d’Alembert et Diderot, traversé et persécuté par l’envie
et par l’ignorance, ce qui est le destin de toutes les grandes
entreprises. Il eût été à souhaiter que quelques mains étrangères
n’eussent pas défiguré cet important ouvrage par des déclamations
puériles et des lieux communs insipides, qui n’empêchent pas que le
reste de l’ouvrage ne soit utile au genre humain.