Forces que Napoléon avait réunies pour l'ouverture de la campagne

de 1815. -- Les places occupées, Paris et Lyon pourvus de

garnisons suffisantes, la Vendée contenue, il lui restait 124

mille hommes présents au drapeau pour prendre l'offensive sur la

frontière du Nord. -- En attendant un mois Napoléon aurait eu

cent mille hommes de plus. -- Néanmoins il se décide en faveur de

l'offensive immédiate, d'abord pour ne pas laisser dévaster par

l'ennemi les provinces de France les plus belles et les plus

dévouées, et ensuite parce que la colonne envahissante de l'Est

étant en retard sur celle du Nord, il a l'espérance en se hâtant

de pouvoir les combattre l'une après l'autre. -- Combinaison

qu'il imagine pour concentrer soudainement son armée, et la jeter

entre les Anglais et les Prussiens avant qu'ils puissent

soupçonner son apparition. -- Le 15 juin à trois heures du matin,

Napoléon entre en action, enlève Charleroy, culbute les

Prussiens, et prend position entre les deux armées ennemies. --

Les Prussiens ayant leur base sur Liége, les Anglais sur

Bruxelles, ne peuvent se réunir que sur la grande chaussée de

Namur à Bruxelles, passant par Sombreffe et les Quatre-Bras. --

Napoléon prend donc le parti de se porter sur Sombreffe avec sa

droite et son centre, pour livrer bataille aux Prussiens, tandis

que Ney avec la gauche contiendra les Anglais aux Quatre-Bras. --

Combat de Gilly sur la route de Fleurus. -- Hésitations de Ney

aux Quatre-Bras. -- Malgré ces hésitations tout se passe dans

l'après-midi du 15 au gré de Napoléon, et il est placé entre les

deux armées ennemies de manière à pouvoir le lendemain combattre

les Prussiens avant que les Anglais viennent à leur secours. --

Dispositions pour la journée du 16. -- Napoléon est obligé de

différer la bataille contre les Prussiens jusqu'à l'après-midi,

afin de donner à ses troupes le temps d'arriver en ligne. --

Ordre à Ney d'enlever les Quatre-Bras à tout prix, et de diriger

ensuite une colonne sur les derrières de l'armée prussienne. --

Vers le milieu du jour Napoléon et son armée débouchent en avant

de Fleurus. -- Empressement de Blucher à accepter la bataille, et

position qu'il vient occuper en avant de Sombreffe, derrière les

villages de Saint-Amand et de Ligny. -- Bataille de Ligny, livrée

le 16, de trois à neuf heures du soir. -- Violente résistance des

Prussiens à Saint-Amand et à Ligny. -- Ordre réitéré à Ney

d'occuper les Quatre-Bras, et de détacher un corps sur les

derrières de Saint-Amand. -- Napoléon voyant ses ordres

inexécutés, imagine une nouvelle manoeuvre, et avec sa garde

coupe la ligne prussienne au-dessus de Ligny. -- Résultat décisif

de cette belle manoeuvre. -- L'armée prussienne est rejetée au

delà de Sombreffe après des pertes immenses, et Napoléon demeure

maître de la grande chaussée de Namur à Bruxelles par les

Quatre-Bras. -- Pendant qu'on se bat à Ligny, Ney, craignant

d'avoir à combattre l'armée britannique tout entière, laisse

passer le moment propice, n'entre en action que lorsque les

Anglais sont en trop grand nombre, parvient seulement à les

contenir, et d'Erlon de son côté, attiré tantôt à Ligny, tantôt

aux Quatre-Bras, perd la journée en allées et venues, ce qui le

rend inutile à tout le monde. -- Malgré ces incidents le plan de

Napoléon a réussi, car il a pu combattre les Prussiens séparés

des Anglais, et il est en mesure le lendemain de combattre les

Anglais séparés des Prussiens. -- Dispositions pour la journée du

17. -- Napoléon voulant surveiller les Prussiens, compléter leur

défaite, et surtout les tenir à distance pendant qu'il aura

affaire aux Anglais, détache son aile droite sous le maréchal

Grouchy, en lui recommandant expressément de toujours communiquer

avec lui. -- Il compose cette aile droite des corps de Vandamme

et de Gérard fatigués par la bataille de Ligny, et avec son

centre, composé du corps de Lobau, de la garde et de la réserve

de cavalerie, il se porte vers les Quatre-Bras, pour rallier Ney

et aborder les Anglais. -- Ces dispositions l'occupent une partie

de la matinée du 17, et il part ensuite pour rejoindre ses

troupes qui ont pris les devants. -- Surprise qu'il éprouve en

trouvant Ney, qui devait former la tête de colonne, immobile

derrière les Quatre-Bras. -- Ney, croyant encore avoir l'armée

anglaise tout entière devant lui, attendait l'arrivée de Napoléon

pour se mettre en mouvement. -- Ce retard retient longtemps

l'armée au passage des Quatre-Bras. -- Orage subit qui convertit

la contrée en un vaste marécage. -- Profonde détresse des

troupes. -- Combat d'arrière-garde à Genappe. -- Napoléon

poursuit l'armée anglaise, qui s'arrête sur le plateau de

Mont-Saint-Jean, en avant de la forêt de Soignes. -- Description

de la contrée. -- Desseins du duc de Wellington. -- Son intention

est de s'établir sur le plateau de Mont-Saint-Jean, et d'y

attendre les Prussiens pour livrer avec eux une bataille

décisive. -- Blucher quoique mécontent des Anglais pour la

journée du 16, leur fait dire qu'il sera sur leur gauche le 18 au

matin, en avant de la forêt de Soignes. -- Longue reconnaissance

exécutée par Napoléon le 17 au soir sous une grêle de boulets. --

Sa vive satisfaction en acquérant la conviction que les Anglais

sont décidés à combattre. -- Sa confiance dans le résultat. --

Ordre à Grouchy de se rapprocher et d'envoyer un détachement pour

prendre à revers la gauche des Anglais. -- Mouvements de Grouchy

pendant cette journée du 17. -- Il court inutilement après les

Prussiens sur la route de Namur, et ne s'aperçoit que vers la fin

du jour de leur marche sur Wavre. -- Il achemine alors sur

Gembloux son infanterie qui n'a fait que deux lieues et demie

dans la journée. -- Pourtant on est si près les uns des autres,

que Grouchy peut encore, en partant à quatre heures du matin le

18, se trouver sur la trace des Prussiens, et les prévenir dans

toutes les directions. -- Il écrit le 17 au soir à Napoléon qu'il

est sur leur piste, et qu'il mettra tous ses soins à les tenir

séparés des Anglais. -- Napoléon se lève plusieurs fois dans la

nuit pour observer l'ennemi. -- Les feux de bivouac des Anglais

ne laissent aucun doute sur leur résolution de livrer bataille.

-- La pluie n'ayant cessé que vers six heures du matin, Drouot,

au nom de l'artillerie, déclare qu'il sera impossible de

manoeuvrer avant dix ou onze heures du matin. -- Napoléon se

décide à différer la bataille jusqu'à ce moment. -- Son plan pour

cette journée. -- Il veut culbuter la gauche des Anglais sur leur

centre, et leur enlever la chaussée de Bruxelles, qui est la

seule issue praticable à travers la forêt de Soignes. --

Distribution de ses forces. -- Aspect des deux armées. --

Napoléon après avoir sommeillé quelques instants prend place sur

un tertre en avant de la ferme de la Belle-Alliance. -- Avant de

donner le signal du combat, il expédie un nouvel officier à

Grouchy pour lui faire part de la situation, et lui ordonner de

venir se placer sur sa droite. -- À onze heures et demie le feu

commence. -- Grande batterie sur le front de l'armée française,

tirant à outrance sur la ligne anglaise. -- À peine le feu est-il

commencé qu'on aperçoit une ombre dans le lointain à droite. --

Cavalerie légère envoyée en reconnaissance. -- Attaque de notre

gauche commandée par le général Reille contre le bois et le

château de Goumont. -- Le bois et le verger sont enlevés, malgré

l'opiniâtreté de l'ennemi; mais le château résiste. -- Fâcheuse

obstination à enlever ce poste. -- La cavalerie légère vient

annoncer que ce sont des troupes qu'on a vues dans le lointain à

droite, et que ces troupes sont prussiennes. -- Nouvel officier

envoyé à Grouchy. -- Le comte de Lobau est chargé de contenir les

Prussiens. -- Attaque au centre sur la route de Bruxelles afin

d'enlever la Haye-Sainte, et à droite afin d'expulser la gauche

des Anglais du plateau de Mont-Saint-Jean. -- Ney dirige cette

double attaque. -- Nos soldats enlèvent le verger de la

Haye-Sainte, mais sans pouvoir s'emparer des bâtiments de ferme.

-- Attaque du corps de d'Erlon contre la gauche des Anglais. --

Élan des troupes. -- La position est d'abord emportée, et on est

près de déboucher sur le plateau, lorsque nos colonnes

d'infanterie sont assaillies par une charge furieuse des dragons

écossais, et mises en désordre pour n'avoir pas été disposées de

manière à résister à la cavalerie. -- Napoléon lance sur les

dragons écossais une brigade de cuirassiers. -- Horrible carnage

des dragons écossais. -- Quoique réparé, l'échec de d'Erlon

laisse la tâche à recommencer. -- En ce moment, la présence des

Prussiens se fait sentir, et Lobau traverse le champ de bataille

pour aller leur tenir tête. -- Napoléon suspend l'action contre

les Anglais, ordonne à Ney d'enlever la Haye-Sainte pour

s'assurer un point d'appui au centre, et de s'en tenir là jusqu'à

ce qu'on ait apprécié la portée de l'attaque des Prussiens. -- Le

comte de Lobau repousse les premières divisions de Bulow. -- Ney

attaque la Haye-Sainte et s'en empare. -- La cavalerie anglaise

voulant se jeter sur lui, il la repousse, et la suit sur le

plateau. -- Il aperçoit alors l'artillerie des Anglais qui semble

abandonnée, et croit le moment venu de porter un coup décisif. --

Il demande des forces, et Napoléon lui confie une division de

cuirassiers pour qu'il puisse se lier à Reille autour du château

de Goumont. -- Ney se saisit des cuirassiers, fond sur les

Anglais, et renverse leur première ligne. -- Toute la réserve de

cavalerie et toute la cavalerie de la garde, entraînées par lui,

suivent son mouvement sans ordre de l'Empereur. -- Combat de

cavalerie extraordinaire. -- Ney accomplit des prodiges, et fait

demander de l'infanterie à Napoléon pour achever la défaite de

l'armée britannique. -- Engagé dans un combat acharné contre les

Prussiens, Napoléon ne peut pas donner de l'infanterie à Ney, car

il ne lui reste que celle de la garde. -- Il fait dire à Ney de

se maintenir sur le plateau le plus longtemps possible, lui

promettant de venir terminer la bataille contre les Anglais, s'il

parvient à la finir avec les Prussiens. -- Napoléon à la tête de

la garde livre un combat formidable aux Prussiens. -- Bulow est

culbuté avec grande perte. -- Ce résultat à peine obtenu Napoléon

ramène la garde de la droite au centre, et la dispose en colonnes

d'attaque pour terminer la bataille contre les Anglais. --

Premier engagement de quatre bataillons de la garde contre

l'infanterie britannique. -- Héroïsme de ces bataillons. --

Pendant que Napoléon va les soutenir avec six autres bataillons,

il est soudainement pris en flanc par le corps prussien de

Ziethen, arrivé le dernier en ligne. -- Affreuse confusion. -- Le

duc de Wellington prend alors l'offensive, et notre armée

épuisée, assaillie en tête, en flanc, en queue, n'ayant aucun

corps pour la rallier, saisie par la nuit, ne voyant plus

Napoléon, se trouve pendant quelques heures dans un état de

véritable débandade. -- Retraite désordonnée sur Charleroy. --

Opérations de Grouchy pendant cette funeste journée. -- Au bruit

du canon de Waterloo, tous ses généraux lui demandent de se

porter au feu. -- Il ne comprend pas ce conseil et refuse de s'y

rendre. -- Combien il lui eût été facile de sauver l'armée. -- À

la fin du jour il est éclairé, et conçoit d'amers regrets. --

Caractère de cette dernière campagne, et cause véritable des

revers de l'armée française. 1 à 298

LIVRE SOIXANTE ET UNIÈME.

SECONDE ABDICATION.

Événements militaires sur les diverses frontières. -- Combats

heureux et armistice en Savoie. -- Défaite des Vendéens et trêve

avec les chefs de l'insurrection. -- Arrivée de Napoléon à Laon.

-- Rédaction du bulletin de la bataille de Waterloo. -- Napoléon

examine s'il faut rester à Laon pour y rallier l'armée, ou se

rendre à Paris pour y demander aux Chambres de nouvelles

ressources. -- Il adopte le dernier parti. -- Effet produit à

Paris par la fatale nouvelle de la bataille de Waterloo. --

L'idée qui s'empare de tous les esprits, c'est que Napoléon, ne

sachant ou ne pouvant plus vaincre, n'est désormais pour la

France qu'un danger sans compensation. -- Presque tous les

partis, excepté les révolutionnaires et les bonapartistes

irrévocablement compromis, veulent qu'il abdique pour faire

cesser les dangers qu'il attire sur la France. -- Intrigues de M.

Fouché qui s'imagine que, Napoléon écarté, il sera le maître de

la situation. -- Ses menées auprès des représentants. -- Il les

exhorte à tenir tête à Napoléon si celui-ci veut engager la

France dans une lutte désespérée. -- Arrivée de Napoléon à

l'Élysée le 21 juin au matin. -- Son accablement physique. --

Désespoir de tous ceux qui l'entourent. -- Conseil des ministres

auquel assistent les princes Joseph et Lucien. -- Le maréchal

Davout et Lucien sont d'avis de proroger immédiatement les

Chambres. -- Embarras et silence des ministres. -- Napoléon

paraît croire que le temps d'un 18 brumaire est passé. -- Pendant

qu'on délibère, M. Fouché fait parvenir à M. de Lafayette l'avis

que Napoléon veut dissoudre la Chambre des représentants. --

Grande rumeur dans cette chambre. -- Sur la proposition de M. de

Lafayette on déclare traître quiconque essayera de proroger ou de

dissoudre les Chambres, et on enjoint aux ministres de venir

rendre compte de l'état du pays. -- Les esprits une fois sur

cette pente ne s'arrêtent plus, et on parle partout d'abdication.

-- Napoléon irrité sort de son abattement et se montre disposé à

des mesures violentes. -- M. Regnaud, secrètement influencé par

M. Fouché, essaye de le calmer, et suggère l'idée de

l'abdication, que Napoléon ne repousse point. -- Pendant ce temps

la Chambre des représentants, vivement agitée, insiste pour avoir

une réponse du gouvernement. -- Les ministres se rendent enfin à

la barre des deux Chambres, et proposent la formation d'une

commission de cinq membres afin de chercher des moyens de salut

public. -- Discours de M. Jay, dans lequel il supplie Napoléon

d'abdiquer. -- Réponse du prince Lucien. -- L'Assemblée ne veut

pas arracher le sceptre à Napoléon, mais elle désire qu'il le

dépose lui-même. -- Elle accepte la proposition des ministres, et

nomme une commission de cinq membres chargée de chercher avec le

gouvernement les moyens de sauver le pays. -- La Chambre des

pairs suit en tout l'exemple de la Chambre des représentants. --

Napoléon est entouré de gens qui lui donnent le conseil

d'abdiquer. -- Son frère Lucien lui conseille au contraire les

mesures énergiques. -- Raisons de Napoléon pour ne les point

adopter. -- Séance tenue la nuit aux Tuileries par les

commissions des deux Chambres. -- M. de Lafayette aborde

nettement la question de l'abdication. -- On refuse de l'écouter

pour s'occuper de mesures de finances et de recrutement, mais M.

Regnaud fait entendre qu'en ménageant Napoléon, on obtiendra

bientôt de lui ce qu'on désire. -- Rapport de cette séance à la

Chambre des représentants. -- Impatience causée par

l'insignifiance du rapport. -- Le général Solignac, longtemps

disgracié, rappelle l'Assemblée au respect du malheur, et court à

l'Élysée pour demander l'abdication. -- Napoléon l'accueille avec

douceur, et lui promet de donner à la Chambre une satisfaction

complète et prochaine. -- Seconde abdication. -- Napoléon y met

pour condition la transmission de la couronne à son fils. --

L'abdication est portée à la Chambre, qui, une fois satisfaite,

cède à un attendrissement général. -- Nomination d'une commission

exécutive pour suppléer au pouvoir impérial. -- MM. Carnot,

Fouché, Grenier, Caulaincourt, Quinette, nommés membres de cette

commission. -- M. Fouché en devient le président en se donnant sa

voix. -- M. Fouché rend secrètement la liberté à M. de Vitrolles,

et s'abouche avec les royalistes. -- Il préférerait Napoléon II,

mais prévoyant que les Bourbons l'emporteront, il se décide à

faire ses conditions avec eux. -- Scènes dans la Chambre des

pairs. -- La Bédoyère voudrait qu'on proclamât sur-le-champ

Napoléon II. -- Altercation entre Ney et Drouot relativement à la

bataille de Waterloo. -- Napoléon voyant qu'on cherche à éluder

la question relativement à la transmission de la couronne à son

fils, se plaint à M. Regnaud d'avoir été trompé. -- MM. Regnaud,

Boulay de la Meurthe, Defermon, lui promettent de faire le

lendemain un effort en faveur de Napoléon II. -- Séance fort vive

le 23 à la Chambre des représentants. -- M. Boulay de la Meurthe

dénonce les menées royalistes, et veut qu'on proclame

sur-le-champ Napoléon II. -- L'Assemblée tout entière est prête à

le proclamer. -- M. Manuel, par un discours habile, parvient à la

calmer, et fait adopter l'ordre du jour. -- Diverses mesures

votées par la Chambre. -- Ce qui se passe en ce moment aux

frontières. -- Ralliement de l'armée à Laon, et manière

miraculeuse dont Grouchy s'est sauvé. -- L'armée compte encore 60

mille hommes, qui au nom de Napoléon II retrouvent toute leur

ardeur. -- Grouchy prend le commandement, et dirige l'armée sur

Paris en suivant la gauche de l'Oise. -- Les généraux étrangers,

dès qu'ils apprennent l'abdication, se hâtent de marcher sur

Paris, mais Blucher, toujours le plus fougueux, se met de deux

jours en avance sur les Anglais. -- Agitation croissante à Paris.

-- Les royalistes songent à tenter un mouvement, mais M. Fouché

les contient par M. de Vitrolles. -- Les bonapartistes et les

révolutionnaires voudraient que Napoléon se mît à leur tête, et

se débarrassât des Chambres. -- Affluence des fédérés dans

l'avenue de Marigny, et leurs acclamations dès qu'ils aperçoivent

Napoléon. -- Inquiétudes de M. Fouché, et son désir d'éloigner

Napoléon. -- Il charge de ce soin le maréchal Davout, qui se rend

à l'Élysée pour demander à Napoléon de quitter Paris. -- Napoléon

se transporte à la Malmaison, et désire qu'on lui donne deux

frégates, actuellement en rade à Rochefort, pour se retirer en

Amérique. -- M. Fouché fait demander des sauf-conduits au duc de

Wellington. -- Napoléon attend la réponse à la Malmaison. -- Le

général Beker est chargé de veiller sur sa personne. -- M. de

Vitrolles insiste auprès de M. Fouché pour qu'on mette fin à la

crise. -- M. Fouché imagine de rejeter la difficulté sur les

militaires, en faisant déclarer par eux l'impossibilité de se

défendre. -- Les yeux des royalistes se tournent vers le maréchal

Davout. -- Le maréchal Oudinot s'abouche avec le maréchal Davout.

-- Celui-ci déclare que si les Bourbons consentent à entrer sans

l'entourage des soldats étrangers, à respecter les personnes, et

à consacrer les droits de la France, il sera le premier à

proclamer Louis XVIII. -- Le maréchal Davout fait en ce sens une

franche démarche auprès de la commission exécutive. -- M. Fouché

n'ose pas le soutenir. -- Dans ce moment arrive un rapport des

négociateurs envoyés auprès des souverains alliés, d'après lequel

on se figure que les puissances européennes ne tiennent pas

absolument aux Bourbons. -- Ce rapport devient un nouveau

prétexte pour ajourner toute résolution. -- Les armées ennemies

s'approchent de Paris. -- On nomme de nouveaux négociateurs pour

obtenir un armistice. -- Dispositions particulières du duc de

Wellington. -- Sa parfaite sagesse. -- Ses conseils à la cour de

Gand. -- Dispositions de cette cour. -- Idées de vengeance. --

Déchaînement contre M. de Blacas et grande faveur à l'égard de M.

Fouché. -- Empire momentané de M. de Talleyrand. -- Arrivée de

Louis XVIII à Cambrai. -- Sa déclaration. -- Le duc de Wellington

ne veut pas qu'on entre de vive force à Paris, et désire au

contraire qu'on y entre pacifiquement, afin de ne pas

dépopulariser les Bourbons. -- Violence du maréchal Blucher, qui

songe à se débarrasser de Napoléon. -- Nobles paroles du duc de

Wellington. -- Les commissaires pour l'armistice s'abouchent avec

ce dernier. -- Il exige qu'on lui livre Paris et la personne de

Napoléon. -- M. Fouché se décide à faire partir ce dernier en

toute hâte. -- Napoléon, informé de la marche des armées

ennemies, et sachant que les Prussiens sont à deux journées en

avant des Anglais, offre à la commission exécutive de prendre le

commandement de l'armée pour quelques heures, promet de gagner

une bataille, et de se démettre ensuite. -- Cette proposition est

repoussée. -- Départ de Napoléon pour Rochefort le 28 juin. --

Napoléon parti, le duc de Wellington ne peut plus demander sa

personne, mais signifie qu'il faut se décider à accepter les

Bourbons, et promet de leur part la plus sage conduite. --

Entretien avec les négociateurs français. -- Les agents secrets

de M. Fouché lui adressent des renseignements conformes à ceux

qu'envoient les négociateurs, et desquels il résulte que les

Bourbons sont inévitables. -- M. Fouché comprend qu'il faut en

finir de ces lenteurs, et convoque un grand conseil, auquel sont

appelés les bureaux des Chambres et plusieurs maréchaux. -- Il

veut jeter la responsabilité sur le maréchal Davout, en l'amenant

à déclarer l'impossibilité où l'on est de se défendre. -- Le

maréchal, irrité des basses menées de M. Fouché, annonce qu'il

est prêt à livrer bataille, et répond de vaincre s'il n'est pas

tué dans les deux premières heures. -- Embarras de M. Fouché. --

Avis de Carnot soutenant que la résistance est impossible. -- La

question renvoyée à un conseil spécial de militaires. -- M.

Fouché pose les questions de manière à obtenir les réponses qu'il

souhaite. -- Sur les réponses de ce conseil, on reconnaît qu'il y

a nécessité absolue de capituler. -- Brillant combat de cavalerie

livré aux Prussiens par le général Exelmans. -- Malgré ce succès

tout le monde sent la nécessité de traiter. -- On envoie des

commissaires au maréchal Blucher à Saint-Cloud. -- Ces

commissaires traversent le quartier du maréchal Davout. -- Scènes

auxquelles ils assistent. -- Ils se transportent à Saint-Cloud.

-- Convention pour la capitulation de Paris. -- Sens de ses

divers articles. -- L'armée française doit se retirer derrière la

Loire, et la garde nationale de Paris faire seule le service de

la capitale. -- Scènes des fédérés et de l'armée française en

traversant Paris. -- M. Fouché a une entrevue avec le duc de

Wellington et M. de Talleyrand à Neuilly. -- Ne pouvant obtenir

des conditions satisfaisantes, il se résigne et accepte pour lui

le portefeuille de la police. -- Ses collègues se regardent comme

trahis. -- Il retourne à Neuilly et obtient une audience de Louis

XVIII. -- Il dispose tout pour l'entrée de ce monarque, et fait

fermer l'enceinte des Chambres. -- L'opinion générale est qu'il a

trahi tous les partis. -- Résumé et appréciation de la période

dite des Cent jours. 299 à 530

LIVRE SOIXANTE-DEUXIÈME.

SAINTE-HÉLÈNE.

Irritation des Bourbons et des généraux ennemis contre M. Fouché,

accusé d'avoir fait évader Napoléon. -- Voyage de Napoléon à

Rochefort. -- Accueil qu'il reçoit sur la route et à Rochefort

même. -- Il prolonge son séjour sur la côte, dans l'espoir de

quelque événement imprévu. -- Un moment il songe à se jeter dans

les rangs de l'armée de la Loire. -- Il y renonce. -- Divers

moyens d'embarquement proposés. -- Napoléon finit par les rejeter

tous, et envoie un message à la croisière anglaise. -- Le

capitaine Maitland, commandant _le Bellérophon_, répond à ce

message qu'il n'a pas d'instructions, mais qu'il suppose que la

nation britannique accordera à Napoléon une hospitalité digne

d'elle et de lui. -- Napoléon prend le parti de se rendre à bord

du _Bellérophon_. -- Accueil qu'il y reçoit. -- Voyage aux côtes

d'Angleterre. -- Curiosité extraordinaire dont Napoléon devient

l'objet de la part des Anglais. -- Décisions du ministère

britannique à son égard. -- On choisit l'île de Sainte-Hélène

pour le lieu de sa détention. -- Il y sera considéré comme simple

général, gardé à vue, et réduit à trois compagnons d'exil. --

Napoléon est transféré du _Bellérophon_ à bord du

_Northumberland_. -- Ses adieux à la France et aux amis qui ne

peuvent le suivre. -- Voyage à travers l'Atlantique. -- Soins

dont Napoléon est l'objet de la part des marins anglais. -- Ses

occupations pendant la traversée. -- Il raconte sa vie, et sur

les instances de ses compagnons, il commence à l'écrire en la

leur dictant. -- Longueur de cette navigation. -- Arrivée à

Sainte-Hélène après soixante-dix jours de traversée. -- Aspect de

l'île. -- Sa constitution, son sol et son climat. -- Débarquement

de Napoléon. -- Son premier établissement à _Briars_. -- Pour la

première fois se trouvant à terre, il est soumis à une

surveillance personnelle et continue. -- Déplaisir qu'il en

éprouve. -- Premières nouvelles d'Europe. -- Vif intérêt de

Napoléon pour Ney, La Bédoyère, Lavallette, Drouot. -- Après deux

mois, Napoléon est transféré à _Longwood_. -- Logement qu'il y

occupe. -- Précautions employées pour le garder. -- Sa vie et ses

occupations à Longwood. -- Napoléon prend bientôt son séjour en

aversion, et n'apprécie pas assez les soins de l'amiral Cockburn

pour lui. -- Au commencement de 1816, sir Hudson Lowe est envoyé

à Sainte-Hélène en qualité de gouverneur. -- Caractère de ce

gouverneur et dispositions dans lesquelles il arrive. -- Sa

première entrevue avec Napoléon accompagnée d'incidents fâcheux.

-- Sir Hudson Lowe craint de mériter le reproche encouru par

l'amiral Cockburn, de céder à l'influence du prisonnier. -- Il

fait exécuter les règlements à la rigueur. -- Diverses causes de

tracasseries. -- Indigne querelle au sujet des dépenses de

Longwood. -- Napoléon fait vendre son argenterie. -- Départ de

l'amiral Cockburn, et arrivée d'un nouvel amiral, sir Pulteney

Malcolm. -- Excellent caractère de cet officier. -- Ses inutiles

efforts pour amener un rapprochement entre Napoléon et sir Hudson

Lowe. -- Napoléon s'emporte et outrage sir Hudson Lowe. --

Rupture définitive. -- Amertumes de la vie de Napoléon. -- Ses

occupations. -- Ses explications sur son règne. -- Ses travaux

historiques. -- Fin de 1816. -- M. de Las Cases est expulsé de

Sainte-Hélène. -- Tristesse qu'en éprouve Napoléon. -- Le premier

de l'an à Sainte-Hélène. -- Année 1817. -- Ne voulant pas être

suivi lorsqu'il monte à cheval, Napoléon ne prend plus

d'exercice, et sa santé en souffre. -- Il reçoit des nouvelles

d'Europe. -- Sa famille lui offre sa fortune et sa présence. --

Napoléon refuse. -- Visites de quelques Anglais et leurs

entretiens avec Napoléon. -- Hudson Lowe inquiet pour la santé de

Napoléon, au lieu de lui offrir _Plantation-House_, fait

construire une maison nouvelle. -- Année 1818. -- Conversations

de Napoléon sur des sujets de littérature et de religion. --

Départ du général Gourgaud. -- Napoléon est successivement privé

de l'amiral Malcolm et du docteur O'Meara. -- Motifs du départ de

ce dernier. -- Napoléon se trouve sans médecin. -- Instances

inutiles de sir Hudson Lowe pour lui faire accepter un médecin

anglais. -- Année 1819. -- La santé de Napoléon s'altère par le

défaut d'exercice. -- Ses jambes enflent, et de fréquents

vomissements signalent une maladie à l'estomac. -- On obtient de

lui qu'il fasse quelques promenades à cheval. -- Sa santé

s'améliore un peu. -- Napoléon oublie sa propre histoire pour

s'occuper de celle des grands capitaines. -- Ses travaux sur

César, Turenne, le grand Frédéric. -- La santé de Napoléon

recommence bientôt à décliner. -- Difficulté de le voir et de

constater sa présence. -- Indigne tentative de sir Hudson Lowe

pour forcer sa porte. -- Année 1820. -- Arrivée à Sainte-Hélène

d'un médecin et de deux prêtres envoyés par le cardinal Fesch. --

Napoléon les trouve fort insuffisants, et se sert des deux

prêtres pour faire dire la messe à Longwood tous les dimanches.

-- Satisfaction morale qu'il y trouve. -- Sur les instances du

docteur Antomarchi, Napoléon ne pouvant se décider à monter à

cheval, parce qu'il était suivi, se livre à l'occupation du

jardinage. -- Travaux à son jardin exécutés par lui et ses

compagnons d'exil. -- Cette occupation remplit une partie de

l'année 1820. -- Napoléon y retrouve un peu de santé. -- Ce

retour de santé n'est que momentané. -- Bientôt il ressent de

vives souffrances d'estomac, ses jambes enflent, ses forces

s'évanouissent, et il décline rapidement. -- Satisfaction qu'il

éprouve en voyant approcher la mort. -- Son testament, son

agonie, et sa mort le 5 mai 1821. -- Ses funérailles. --

Appréciation du génie et du caractère de Napoléon. -- Son

caractère naturel et son caractère acquis sous l'influence des

événements. -- Ses qualités privées. -- Son génie comme

législateur, administrateur et capitaine. -- Place qu'il occupe

parmi les grands hommes de guerre. -- Progrès de l'art militaire

depuis les anciens jusqu'à la Révolution française. -- Alexandre,

Annibal, César, Charlemagne, les Nassau, Gustave-Adolphe, Condé,

Turenne, Vauban, Frédéric et Napoléon. -- À quel point Napoléon a

porté l'art militaire. -- Comparaison de Napoléon avec les

principaux grands hommes de tous les siècles sous le rapport de

l'ensemble des talents et des destinées. -- Leçons qui résultent

de sa vie. -- Fin de cette histoire. 531 à 796

FIN DE LA TABLE DU TOME VINGTIÈME.

TABLE DES LIVRES

CONTENUS

DANS LES TOMES I À XX.

TOME Ier.

Novembre 1799 à juillet 1800.

Pages

LIVRE Ier. Constitution de l'an viii. 1

II. Administration intérieure 112

III. Ulm et Gênes 227

IV. Marengo 350

TOME II.

Août 1799 à avril 1801.

LIVRE V. Héliopolis 1

VI. Armistice 73

VII. Hohenlinden 216

VIII. Machine infernale 303

IX. Les Neutres 361

TOME III.

Avril 1801 à août 1802.

LIVRE X. Évacuation de l'Égypte 1

XI. Paix générale 113

XII. Le Concordat 194

XIII. Le Tribunat 286

XIV. Consulat à vie 405

TOME IV.

Août 1802 à mars 1804.

LIVRE XV. Les Sécularisations 1

XVI. Rupture de la paix d'Amiens 162

XVII. Camp de Boulogne 344

XVIII. Conspiration de Georges 500

TOME V.

Avril 1804 à août 1805.

LIVRE XIX. L'Empire 1

XX. Le Sacre 154

XXI. Troisième coalition 269

TOME VI.

Août 1805 à septembre 1806.

LIVRE XXII. Ulm et Trafalgar 1

XXIII. Austerlitz 185

XXIV. Confédération du Rhin 370

TOME VII.

Septembre 1806 à juillet 1807.

LIVRE XXV. Iéna 1

XXVI. Eylau 207

XXVII. Friedland et Tilsit 433

TOME VIII.

Juillet 1807 à juillet 1808.

LIVRE XXVIII. Fontainebleau 1

XXIX. Aranjuez 323

XXX. Bayonne 517

TOME IX.

Mai 1808 à février 1809.

LIVRE XXXI. Baylen 1

XXXII. Erfurt 238

XXXIII. Somo-Sierra 364

Histoire du Consulat et de l'Empire, (Vol. 20/20) faisant suite à l'Histoire de la Révolution Française · 第 58 / 59 段