[Note 2: Nous dirons dans le prochain Entretien pourquoi nous
commençons par l'_Odyssée_ notre étude en trois Entretiens
sur Homère, au lieu de la commencer par l'_Iliade_.]
I
L'_Iliade_ est le poëme de la vie publique; l'_Odyssée_, que j'ouvre
en ce moment devant vous, est le poëme de la vie domestique. Il y a
autant de différence entre l'_Iliade_ et l'_Odyssée_ qu'il y en a
entre le champ de bataille ou le conseil des princes et le foyer de
famille. L'_Iliade_ célèbre l'héroïsme, l'_Odyssée_ raconte le coeur
humain. La première de ces épopées est le livre des héros, la seconde
est le livre de l'homme. Homère est plus sublime peut-être dans
l'_Iliade_, il est plus intéressant dans l'_Odyssée_; la gloire a des
accents plus éclatants, la nature en a de plus intimes et de plus
pathétiques. Dans l'un et dans l'autre de ces poëmes différemment
divins, Homère est égal à lui-même, c'est-à-dire supérieur à tout ce
qui a été raconté ou chanté avant lui. Faisons donc faire silence à
tous les bruits du jour dans notre âme et reportons-nous à l'époque
héroïque et pastorale du monde, dans une de ces îles, véritables
_Édens_, de la mer sur l'Archipel, et écoutons.