Je m'écriai tout de suite en la lisant: Voilà le poëte! Cette
révélation donna malgré moi le ton à plusieurs des essais de poésie
vague et informe que j'écrivais au hasard dans mes heures
d'adolescence.
On en retrouvera quelque trace dans l'élégie intitulée _la Fille du
pêcheur_, qui n'a jamais été ni achevée ni publiée par moi. Je
l'achève et je la publie ici pour la première fois. On a lu avec
indulgence une page en prose de mes _Confidences_ sous le nom de
_Graziella_. J'ai dit, dans cette demi-confidence de première
jeunesse, que, pendant notre séjour dans l'île, j'écrivais de temps en
temps des vers mentalement adressés à la charmante fille du pêcheur,
bien qu'elle ignorât ce que c'était que des vers et dans quelle langue
ces vers étaient écrits. _La Fille du pêcheur_ est une de ces élégies
que j'esquissai au crayon sous le figuier et sous la treille dorée par
le soleil de l'île; on y retrouvera, à travers les réminiscences
grecques de Théocrite et d'Anacréon, quelque pressentiment d'André
Chénier, mais avant que la muse d'André Chénier eût pleuré, et quand
elle jouait encore sur le sable de la mer d'Ionie avec les bas-reliefs
et les débris des Vénus grecques roulés par les flots.