Je montrai un jour, en revenant à la ville, ce petit cantique au vieux
prêtre. Il ne put s'empêcher de dérider les plis toujours un peu
sévères de sa bouche; il applaudit même à deux ou trois de mes images,
surtout à celle des saintes pensées des vieillards comparés à des
enfants qui jouent en hiver sur la neige sans sentir le froid, et à
celle de l'enfant de choeur assoupi qui laisse pencher le cierge sans
que la flamme cesse de monter à Dieu.
Il me demanda de lui écrire plus correctement ce cantique pour le
faire lire au père Debrosse, supérieur du collége, mais il ne le lut
point à ses élèves dans la classe, sans doute de peur de manquer à la
discipline antipoétique de nos leçons.
Les jésuites cependant en eurent connaissance; ils m'en firent
plusieurs fois compliment depuis pendant les récréations, et, après
leur dispersion, on dut retrouver cette ébauche, parmi les papiers du
père Debrosse, dans les balayures des greniers du collége.
Cette ébauche ne méritait pas un autre sort. La poésie se compose de
trois choses: sentiment, peinture, musique. Dans ce cantique d'enfant,
il n'y avait encore que de la musique et un peu de peinture; le
rhythme m'enivrait déjà; mais le rhythme seul ressemble à ce chef
d'orchestre qui bat la mesure avec son archet pendant les silences de
la mélodie.