XVIII

Quelque temps après, je m'informai de la demeure de Béranger, et

j'allai visiter l'oracle.

Béranger demeurait alors à Passy, dans une jolie maisonnette de

faubourg, à l'extrémité de la rue Vineuse. Cette rue était attenante à

ces vastes terres labourées et creusées d'ornières qui s'étendent

entre le village de Passy et les lisières du bois de Boulogne. La

demeure de Béranger n'avait rien d'indigent; au contraire, une

élégante propreté d'appartements et de meubles; une femme âgée et

gracieuse qu'on entrevoyait sous la tonnelle de lilas d'un petit

jardin; une belle jeune fille, plus semblable à une pupille qu'à une

servante, qui ouvrait la porte; un chien caressant sur l'escalier, des

oiseaux en cage à la fenêtre, des fleurs sur la cheminée: tout

respirait un air de _Charmettes_ de J.-J. Rousseau plutôt que la

sordidité d'une maison de faubourg. On voyait que c'était là une

existence étroite, mais une existence qui s'était bornée elle-même par

modération et non par dénûment, une indigence philosophique en un

mot.

Cours familier de Littérature - Volume 04 · 第 139 / 237 题