Quelque temps après, je m'informai de la demeure de Béranger, et
j'allai visiter l'oracle.
Béranger demeurait alors à Passy, dans une jolie maisonnette de
faubourg, à l'extrémité de la rue Vineuse. Cette rue était attenante à
ces vastes terres labourées et creusées d'ornières qui s'étendent
entre le village de Passy et les lisières du bois de Boulogne. La
demeure de Béranger n'avait rien d'indigent; au contraire, une
élégante propreté d'appartements et de meubles; une femme âgée et
gracieuse qu'on entrevoyait sous la tonnelle de lilas d'un petit
jardin; une belle jeune fille, plus semblable à une pupille qu'à une
servante, qui ouvrait la porte; un chien caressant sur l'escalier, des
oiseaux en cage à la fenêtre, des fleurs sur la cheminée: tout
respirait un air de _Charmettes_ de J.-J. Rousseau plutôt que la
sordidité d'une maison de faubourg. On voyait que c'était là une
existence étroite, mais une existence qui s'était bornée elle-même par
modération et non par dénûment, une indigence philosophique en un
mot.