Nous possédons quelques fragments de ce poëme de _Clovis_ et de ces
_Méditations_, de ces élégies de Béranger de vingt ans. L'élévation,
la pureté, la mélancolie de ces vers inachevés démontrent qu'il serait
devenu aussi poëte en suivant ces voies des grandes lettres, mais il
ne serait pas devenu aussi populaire. Or il était pressé de gloire et
de pain; il ne devait pas tarder à changer de note: le poëte devait se
faire chansonnier. Cependant on ne peut éviter son sort; il allait
trouver une gloire historique dans un refrain où il ne cherchait que
l'écho de la rue et l'engouement d'un soir.
Mais, avant de feuilleter ses chansons, citons, pour caractériser son
génie naissant, une ou deux de ces poésies sérieuses et élégiaques qui
tombaient de son âme sensible, plus printanières et plus irréfléchies
peut-être que ses couplets. Un studieux et pieux commentateur de
Béranger, M. Fournier, nous a restauré hier une de ces ébauches dans
le _Courrier de Paris_; nous ne la connaissions pas; elle gisait
enfouie dans les éphémérides poétiques des premières années de
l'Empire. Elle est intitulée _Glycère_. Je voudrais bien qu'elle fût
une page de mes propres _Méditations_. Cette élégie est aussi grecque
et plus grecque encore que française; elle ressemble à s'y méprendre à
une feuille de cyprès d'André Chénier.
Écoutez ces vers: