XXXV

Nous possédons quelques fragments de ce poëme de _Clovis_ et de ces

_Méditations_, de ces élégies de Béranger de vingt ans. L'élévation,

la pureté, la mélancolie de ces vers inachevés démontrent qu'il serait

devenu aussi poëte en suivant ces voies des grandes lettres, mais il

ne serait pas devenu aussi populaire. Or il était pressé de gloire et

de pain; il ne devait pas tarder à changer de note: le poëte devait se

faire chansonnier. Cependant on ne peut éviter son sort; il allait

trouver une gloire historique dans un refrain où il ne cherchait que

l'écho de la rue et l'engouement d'un soir.

Mais, avant de feuilleter ses chansons, citons, pour caractériser son

génie naissant, une ou deux de ces poésies sérieuses et élégiaques qui

tombaient de son âme sensible, plus printanières et plus irréfléchies

peut-être que ses couplets. Un studieux et pieux commentateur de

Béranger, M. Fournier, nous a restauré hier une de ces ébauches dans

le _Courrier de Paris_; nous ne la connaissions pas; elle gisait

enfouie dans les éphémérides poétiques des premières années de

l'Empire. Elle est intitulée _Glycère_. Je voudrais bien qu'elle fût

une page de mes propres _Méditations_. Cette élégie est aussi grecque

et plus grecque encore que française; elle ressemble à s'y méprendre à

une feuille de cyprès d'André Chénier.

Écoutez ces vers:

Cours familier de Littérature - Volume 04 · 第 99 / 237 题