En effet, jusqu'à la fin du dernier chant, son poëme, sans action,
sans drame, et par conséquent sans dénoûment, n'est plus qu'un
éblouissement d'étincelles, de feux, de flammes, de lueurs, d'ailes,
de fleurs volantes, de trinités lumineuses, resplendissantes dans une
seule étoile, de visages rayonnants d'auréoles, de cercles inférieurs
se fondant dans d'autres cercles supérieurs, comme les plans
superposés de bienheureux échelonnés par tous les peintres
d'apothéoses dans les dômes des cathédrales; saint Bernard, la Vierge
Marie, Rachel, Sara, Rebecca, Judith, saint Jean, saint Benoît, saint
Augustin, saint Pierre, sainte Anne, Ésaü, Jacob, Moïse, sainte Lucie,
patronne de Palerme, y chantent des _Hosanna_ éternels. La tête du
poëte se trouble, les paroles lui manquent; il compare lui-même
l'anéantissement de son esprit:
«À la neige qui fond et se distille au soleil, au vent qui expire dans
les feuilles légères et immobiles, aux oracles de la sibylle qui se
perdent dans leur obscurité. Je vis,» ajoute-t-il, «tout ce que
l'univers renferme relié en un _volume_ par l'amour.»
Enfin il discerne, dit-il: «Dans la profonde et lumineuse substance
d'un haut foyer, trois cercles de trois nuances et d'une même surface.
Et l'une par l'autre paraissait se réfléchir comme _Iris_ dans une
autre _Iris_, et le troisième ressemblait à un feu qui rayonne
également d'ici et de là!
«Et je voulais voir, ajoute-t-il, comment _l'image s'adapte au cercle
et comment elle s'y incorpore_. Mais déjà l'amour, qui donne le
mouvement au soleil et aux étoiles, tournait mon désir et mon _velle_
(ma volonté) comme une roue qui circule sous une impulsion
universelle.»